vignette|Outil emblématique du maçon, la truelle triangulaire à embout arrondi des Anciens ou aujourd'hui la truelle italienne ronde. Une truelle est un instrument dont la partie utile est semblable à une petite pelle effilée, un couteau plat et élargi, une large spatule a priori sans rebord. Il s'agit d'un outil manuel polyvalent typique du maçon et du plâtrier, du carreleur ou du peintre décorateur, ornemaniste ou stucateur, de l'archéologue et du jardinier, ou encore du paveur d'allée ou du bricoleur constructeur.

Se maniant d'une main, elle est composée d'ordinaire d'une lame mince et plate, en forme de triangle, de trapèze, de losange ou grossièrement rectangulaire ou carrée avec un arrondi au bout, le plus souvent en matériau plus ou moins flexible (métal, fer, laiton, acier, acier trempé, inox, acier spéciaux, voire plastique(s), caoutchouc ou bois) et d'un manche coudé ou recourbé se terminant par une poignée en bois ou en plastique. En général, le manche métallique est inséré dans la poignée et y est fixé à l'aide d'une viroleLa lame métallique s'engage dans le manche en bois après un double coude. .. La truelle trapézoïdale de maçon ou de plâtrier sert à prendre et à étendre le mortier ou le plâtreLa Grande Encyclopédie de Marcellin Berthelot se limite à une définition classique et laconique : pour le bâtiment, outil à lame de fer ou de laiton muni d'un manche recourbé..

Il existe aussi sur les chantiers de finition et de lissage de grandes dalles de béton, diverses machines motorisées à pales tournantes plus ou moins larges, dénommées « truelles mécaniques ».

Origine du mot et lexique Le mot correspondant au latin médiéval trulla est attesté en ancien français sous la forme trieule en 1285, puis truele en 1328..

Le mot bas latin de genre féminin s'écrit trǔella, il s'agirait d'une probable reformation sur un diminutif de trǔa. Le latin classique reste le féminin désignant à la fois une petite écumoire (), une espèce de poêle, une truelle de maçon, une cuvette ou vase de nuit selon le dictionnaire Gaffiot, qui s'étend probablement à la latinité médiévale. On ne connaît pas de forme trūella en latin. Le mot dialectal roman, par exemple en wallon ou en lorrain, se prononce « trouelle ». Il existe un autre mot de genre féminin en latin classique ascĭa ou ascěa, asciæ, désignant divers outils communs des chantiers, d'abord la cognée ou la hache des charpentiers, la doloire, ensuite la pioche ou la houe agricole, et enfin la truelle du maçon ou encore le marteau spécifique du tailleur de pierreLire le dictionnaire Gaffiot, page 169 mais consulter aussi Wilhelm Freund (1806-1894), Grand dictionnaire de la langue latine, en trois tomes, traduit par N. Theil, 1883-1929, en particulier Tome 1, entrée ascĭa et verbe ascĭo, asciāre p. 241-242.. D'où le verbe ascĭo, ascĭāvi, ascĭātum, asciāre signifiant « doler, dégrossir à la doloire » ou encore « travailler avec la truelle, remuer à la truelle, gâcher ». L'inscription funéraire ou indiquerait que la dédicace protectrice ou la consécration du monument a été effectuée à la va-vite « sous la truelle » ou « sous le marteau », c'est-à-dire pendant le chantier confié aux maçons et aux tailleurs de pierre.

Le verbe construire, attesté en ancien français du , dérive du verbe transitif en latin classique , qui signifie en premier lieu « entasser par couches (avec ordre), ranger », puis « bâtir, édifier ». Le premier sens figuré n'est attesté qu'en 1466, le sens géométrique en 1690.. Il semble exister un rapport ancien entre la truelle et l'art de la construction. La truelle et le niveau, associés à la franc-maçonnerie du restent aussi des symboles de la fin du travail maçon. Toutefois la truelle apparaît toujours seule dans le rite français à la fin de la cérémonie d'initiation au grade de compagnon. La symbolique commune de la truelle - fraternité et tolérance - est associée au début des travaux ou à leur entreprise initiale : elle est l'unique outil avec lequel les autorités posent la première pierre, le plus souvent datée, d'un édifice.

Le dictionnaire universel d'Antoine Furetière, paru en 1690, mentionne une définition classique largement reprise : « Instrument de maçon, de couvreur, de paveur, qui sert à gascher le plastre, ou le mortier, & le ciment, à les employer, & à en faire des enduits. » Le lexicographe poursuit : « C'est une lame de fer triangulaire, qui a une poignée par où on la manie. L'équipage d'un maçon est son marteau, son auge, & sa truelle. Une truelle brettée est celle qui a des dents. » « Jouer de la truelle » signifie à cette époque exceller dans l'art de bâtir.

Une truellée est une quantité, parfois normée, que peut porter une truelle. Le verbe trueller signifie peindre à pleine pâte, par couches épaisses. Le truellage est le travail exécuté à la truelle, mais aussi parfois la peinture déposée en épais empâtements. La truellisation, selon le dictionnaire des techniques et des métiers édité par Jean Peyroux en 1985, est un travail spécifique réalisé à la truelle d'un enduit ou d'un crépi afin de servir de décoration.

Le lexicologue Pierre Larousse affirme que le mot latin trulla, à l'origine de truelle, est un diminutif de trua au sens de « cuiller, chose creuse, outil qui creuse », de même famille gréco-latine que le verbe en grec ancien τρύώ, τρύγηώ ou truô, truchô, signifiant « trouer, creuser ». Dans les bonnes maisons bourgeoises, la truelle est un instrument du service de table, généralement en argent, qui sert à ouvrir et servir le poisson. La truelle désigne familièrement l'action de bâtir ou de faire bâtir, au milieu du , d'où les expressions aujourd'hui désuètes « aimer la truelle », « avoir le mal de la truelle ». Honoré de Balzac, grand observateur de la vie urbaine, écrivait : « La truelle est, à Paris, plus civilisatrice qu'on ne le pense.».

Variété de l'outil "truelle" selon les métiers et les tâches On distingue par principe, en oubliant l'art du façadier et du stucateur, dans le bâtiment deux types de truelles, formées généralement d'une lame d'acier et d'un manche recourbé, se terminant par une poignée en bois : la "truelle de maçon" qui présente un bout arrondi permet de projeter le mortier, voir le ciment ou béton encore malléable, et de rejointoyer les parements. La truelle triangulaire à bout arrondi, "façon Bayonne", de 16 cm, en est un exemple. Autrefois en fer de manière ordinaire, la truelle à mortier variait de forme selon les localités ou pays de maçons. Les maçons limousins préféraient à l'usage une truelle composée d'une plaque de tôle ayant la forme d'un triangle isocèle, arrondi à son extrémité la plus aiguë. Sur le milieu du côté opposé à cet angle, se soudait un manche en fer recourbé d'équerre. Cette truelle qui a la pointe arrondie pour faciliter l'entrée du mortier dans les joints étaient encore dénommée "greluchonne". Depuis les années 1850, une longue truelle en fer, de 18 cm de longueur, de 6 cm de largeur à son extrémité, et respectivement 98 cm et 9 cm près du manche s'impose pour sa commodité à prendre le mortier, et encore plus pour dresser les enduits. Elle présente ainsi une forme trapézoïdale similaire à la truelle à plâtre. Les tailles de ces truelles sont numérotées : par exemple les numéros 5, 6, 7 et 8 inscrit sous la lame correspondent à des lames de 17 cm, 17,8 cm, 18,5 cm, 19 cm et à peu près autant de largeur près du manche. La truelle 7 était la plus usitée, du vivant de Pierre Larousse.. La truelle italienne à extrémité ronde, avoisinant 20 à 22 cm, est à notre époque une truelle standard, qui permet de réaliser toutes les finitions en maçonnerie, comme l'enduisage ou le jointoiement de parement. Sa variante à bout carré permet aujourd'hui de maçonner, enduire, voire crépirDans la tradition française, crépir signifie recouvrir un mur d'un enduit de sable et de chaux, de plâtre ou de mortier de ciment, appelé crépi, au moyen d'un balai et sans truelle, comme le rappelle .. la "truelle de plâtrier" qui offre un bout carré ou anguleux afin de pouvoir récupérer le plâtre dans les angles des auges, lui permet de gâcher ou mettre en place le plâtre frais. La truelle à plâtre était autrefois en cuivre jaune car le métal fer s'oxydait vite au contact du plâtre qui, de plus, s'y attache fortement en lui faisant perdre son poli. Cet inconvénient ne permet pas au plâtrier de lisser ses enduits avec facilité, ni de nettoyer efficacement son lame en la passant entre ses doigts. Cet outil en cuivre jaune, dont il fallait prendre soin de ne pas ébrécher les côtés de la lame, pour ne pas rayer les enduits au lieu de les lisser, devait être nettoyé et poli avec soin : un morceau de charbon mouillé, choisi bien calciné, ou à défaut un morceau de sapin, recouvert de petits charbons de bois tendres écrasés sous ce dernier, servait à effectuer un vigoureux frottement.

Cette distinction est en grande partie caduque, depuis l'apparition de lames de truelle de meilleure résistance et qualité, en acier trempé et inox. Notons qu'un bon ouvrier nettoie avec soin ses outils après usage.

Il existe d'autres instruments similaires à manche pour des usages spéciaux, qui peuvent être des truelles non standard dévoilant d'autres formes ou tailles : la "truelle à briques", grande et large, de forme rectangulaire ou carrée à bout arrondi, d'une quinzaine de centimètre de longueur, qui est recommandée aux maçons poseurs de briques. Elle était autrefois en laiton ou en cuivre. La truelle à briqueter façon Reims s'utilise pour maçonner, voire sectionner les briques. Il en existe aussi des truelles façon belge et des "cazzuolas" carrés. la "doloire" du maçon, qui présente la forme d'une truelle et d'un râteau, servant à mêler et gâcher le sable et la chaux. la "truelle à dégrossir", de forme trapézoïdale, d'une vingtaine de centimètre de long. La "greluchonne" du maçon est une truelle à mortier de forme similaire. la "truelle d'angle" est conçue par sa forme pour assurer la finition dans les angles de cloisons, elle existe en deux versions : angle intérieur et angle extérieur. la "truelle pointue" ou truelle de finition. La truelle triangulaire, à bout pointu, permet de réaliser les finitions, particulièrement au niveau des angles difficilement accessible. On peut compter parmi cette catégorie la langue de chat, petite truelle fine et effilée qui sert à réaliser les finitions, en particulier la réalisation et le rebouchage de joints, notamment entre les éléments d'un parement. Il existe des "truelles de pointage" formées de deux moitiés de losanges, la première moitié près du manche assez large et la seconde en avancée pointue. La petite truelle, dénommée spatule, d'une longueur de 12 cm et de 3 à 4 cm de largeur, se terminant en pointe arrondie, à l'instar de la greluchonne, servait à assurer les rejointoiements. la "truelle des plafonneurs", en acier très mince, est plus allongée que l'ancienne truelle à plâtre en cuivre : environ 22 à 25 cm de longueur de lame, 12 à 15 cm de largeur près du manche, 7 à 9 cm à son extrémité souvent arrondie. la "petite truelle à plâtre" est une truelle de finition pour appliquer et lisser le plâtre, le stuc et autres matériaux de finition. La petite truelle à profiler du plâtrier, de 8 cm de long, à lame triangulaire légèrement arrondie, en fait partie. Le "stucateur", encore nommé truelle de façadier, présente une forme de truelle carrée en inox, elle est destinée à appliquer un enduit.