Le Professionnel est un film d'action français réalisé par Georges Lautner, sorti en 1981.
C'est une adaptation du roman Mort d'une bête à la peau fragile de Patrick Alexander, écrite par Georges Lautner et Jacques Audiard et dialoguée par Michel Audiard, mettant en vedette Jean-Paul Belmondo dont c'est la troisième collaboration avec Georges Lautner, après Flic ou Voyou (1979) et Le Guignolo (1980) et avant Joyeuses Pâques (1984) et L'Inconnu dans la maison (1992). La distribution comprend également Robert Hossein, Michel Beaune, Jean Desailly, Cyrielle Clair et Bernard-Pierre Donnadieu.
C'est l'histoire d'un agent des services secrets français qui, envoyé en mission dans un pays d'Afrique, a été dénoncé pour des raisons politiques par ses chefs aux autorités de ce pays. Évadé du bagne où il a été détenu pendant deux ans, il revient en France pour se venger en achevant la mission qu'on lui avait confiée : assassiner le président de ce pays, en voyage officiel à Paris.
Sorti en salles en France le , Le Professionnel a rencontré un grand succès commercial, totalisant 5,2 millions d'entrées au box-office.
La musique d'Ennio Morricone est également célèbre grâce au thème Chi Mai, composée quelques années auparavant (en 1971) pour un autre long métrage : Maddalena de Jerzy Kawalerowicz. Le film avait été un échec, et le morceau resta méconnu jusqu'à ce que « Bébel » l'écoute et décide de l'intégrer au Professionnel. Choix gagnant, puisque le film, tout comme la musique, connaîtront un très grand succès. Chi Mai sort même en single et devient disque d'or en 1981..
Synopsis Agent des services secrets français, Josselin Beaumont, dit Joss, est envoyé au Malagawi (pays fictif, figurant les anciennes colonies françaises en Afrique à l'aube des années 1980), pour y abattre le président à vie du pays, le colonel N'Jala, dictateur et ennemi des intérêts français. Mais, la situation politique ayant changé, les services secrets français n'ont plus intérêt à faire abattre N'Jala et, plutôt que de simplement rappeler Beaumont, le dénoncent au président N'Jala, sur ordre de l'Élysée. Au terme d'un procès expéditif où il est drogué pour passer aux aveux, Joss est condamné aux travaux forcés. Au bout de deux ans d'esclavage, sévices, souffrances et tortures multiples, il s'évade et rejoint Paris avec une seule idée en tête, se venger de ses supérieurs en accomplissant sa mission initiale : abattre N'Jala, en profitant d'un voyage diplomatique de celui-ci en France.
Avisée par lui-même de son projet, l'ancienne hiérarchie de Josselin Beaumont commence à passer des nuits blanches. Le colonel Martin et son équipe vont tout mettre en œuvre pour « stopper » Beaumont. Celui-ci nargue ses anciens collègues en naviguant entre son ancien domicile, où il retrouve sa femme, Jeanne, et celui de sa maîtresse, Alice Ancelin, membre des services secrets. Le redoutable commissaire Rosen, de la Brigade de Répression et d'Intervention, malgré des méthodes brutales et expéditives doublées d'une haine et d'un mépris farouches envers Beaumont, échouera dans sa traque et sera abattu par Beaumont.
Faisant croire à sa mort en attribuant son identité à Rosen, il prend en otage l'inspecteur Farges, venu à la morgue identifier le corps, et réussit ainsi à remonter jusqu'à N'Jala, abrité au « château de Ferrières ». Grâce à un tour de passe-passe, Joss donne son revolver vide à N'Jala et l'attire vers la fenêtre. Ce dernier ne peut pas s'empêcher de le pointer sur Joss. Croyant que c'est Beaumont qui tient le revolver, Farges abat le président. Alors que Beaumont s'apprête à quitter les lieux dans l'hélicoptère amenant la prostituée de N'Jala, le ministre, pressé par le colonel Martin, donne finalement l'ordre de le « stopper ». Martin transmet cet ordre à Farges qui abat Beaumont d'une rafale dans le dos.
Fiche technique
Distribution
Production Développement thumb|right|200px|Jean-Paul Belmondo (ici en 1988 au Festival de Cannes), acteur principal du film. Jean-Paul Belmondo a pour projet de tourner Barracuda, d'Yves Boisset, inspiré en partie de l'affaire Françoise Claustre, Française retenue en otage au Tchad de 1974 à 1977 et qui se transforma en une affaire d'État, mais l'acteur et le réalisateur ne parviennent pas à s'entendre en raison d', selon Boisset, qui ajoute que Belmondo voulait en faire un film d'aventure et refusant toute allusion à l'affaire Claustre, contrairement à Boisset.. Alexandre Mnouchkine, producteur attitré de Belmondo, n'est pas intéressé par Barracuda et propose à Boisset d'adapter Mort d'une bête à la peau fragile, du Britannique Patrick Alexander, paru en 1978 dans la collection Série noire..
Si Boisset refuse, Belmondo, ayant lu le livre qu'il a trouvé bon et voulant faire un film sérieux après Le Guignolo, suit les conseils de Mnouckhine en lançant l'adaptation cinématographique. La réalisation est confiée à Georges Lautner, libre de tout engagement, qui entame sa troisième collaboration avec Belmondo après Flic ou voyou, en 1978 et Le Guignolo, l'année suivante. L'adaptation du roman est confiée à Michel Audiard, qui s'attelle à l'écriture du scénario et aux dialogues. L'action du roman, qui se déroule en Angleterre, est transposée en France pour les besoins du film, dont la première mouture du scénario, qui respecte certains dialogues du livre, n'enthousiasme guère le réalisateur Georges Lautner, Belmondo et le producteur Alexandre Mnouchkine. Le célèbre dialoguiste avait en effet commis un total hors-sujet : son esprit était en effet bien plus occupé par l'élaboration du script de Garde à vue, à laquelle il travaillait en parallèle.. Francis Veber raconte dans ses mémoires avoir été appelé par la production pour intervenir en tant que afin de remettre d'aplomb le scénario en collaboration avec Michel AudiardFrancis Veber, Que ça reste entre nous, Robert Laffont, 2010, pages 142-143.. Ce dernier portait si peu d'intérêt au Professionnel qu'il préféra que son fils Jacques soit crédité à sa place au générique du film. Francis Veber, qui n'est pas non plus crédité au générique, affirme pour sa part que Jacques Audiard a lui-même été peu impliqué dans l'écriture du film : il se serait contenté de jouer les messagers entre son père et Veber, apportant à l'un le travail de l'autre. Le changement du titre du film est par ailleurs dû à Belmondo et à son chargé de relations publiques René Chateau, qui se sont heurtés au départ aux réticences de Mnouchkine, Lautner et Audiard.
L'histoire du Professionnel et le contexte politique sont basés notamment sur l'évolution des relations diplomatiques, parfois troubles, entre la France et ses anciennes colonies en Afrique, le plus souvent soumises à des régimes dictatoriaux. C'est l'ère de la Françafrique de Jacques Foccart, secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, personnage central dans le fonctionnement de cette pratique néo-coloniale. L'affaire des diamants de Bokassa, en partie responsable de la défaite de Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle de 1981, est encore bien connue.
Tournage Doté d'un budget de 20 millions de francs, Le Professionnel fut tourné du au .. Le tournage débute par les scènes africaines de la détention de Joss Beaumont. La séquence d'ouverture, située dans le film en Afrique (le Malagawi, où se passe le début du film, est un pays imaginaireDans le résumé du dossier de presse, le Malawi, authentique pays africain dirigé par un dictateur, est cité à tort à la place du Malagawi.), a été tournée en Camargue, sur le territoire du Grand Radeau aux Saintes-Maries-de-la-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Pour incarner les soldats, des étudiants noirs de l'université de Montpellier ont été engagés pour jouer les figurants. Toutefois, le tournage a connu quelques problèmes, qui commencèrent avec le décor du village attaqué :
thumb|upright=0.8|Le début de la rue des Eaux.
L'équipe rejoint Paris pour tourner des scènes en extérieur (le début de la scène avec les clochards se déroule sur l'île aux Cygnes et se poursuit pont de Bir-Hakeim et square Alboni jusqu'à l'appartement de Josselin Beaumont, au 5 rue des Eaux, dans le arrondissement, l'Hôtel Intercontinental...), dont une est celle de la course-poursuite en voiture entre Beaumont et Rosen, réglée par Rémy Julienne sur le parvis et les escaliers du Trocadéro, après avoir sillonné les quais. Nécessitant une autorisation, qui tarde à venir, Belmondo fait intervenir son père, Paul, sculpteur membre de l'Académie des beaux-arts, ce qui permet de rendre la chose possible. Les intérieurs furent tournés aux studios d'Épinay.
thumb|left|Le château de Maintenon, où furent tournées les dernières scènes du Professionnel.
La séquence de clôture du film a quant à elle été tournée au château de Maintenon, en Eure-et-Loir. La scène du duel entre Jean-Paul Belmondo et Robert Hossein, digne d'un western de Sergio Leone, a été tournée au pied des immeubles du Point du Jour (Cour des Longs-Prés) à Boulogne-Billancourt. Elle est accompagnée d'une musique d'Ennio Morricone, compositeur fétiche du cinéaste italien Sergio Leone.
La fin telle qu'on la connait n'était pas le choix des producteurs : « tuer » Bébel leur apparaissait trop risqué financièrement (Belmondo apparaissait quasiment invincible dans tous ses films à cette époque). Mais devant l'insistance de Belmondo et de Lautner, la fin « idyllique » où celui-ci était épargné, bien que tournée, n'a pas été conservée.
Distribution Le Professionnel bénéficie d'une solide distribution, avec notamment Robert Hossein, dans le rôle du commissaire Rosen, flic violent n'hésitant pas à user de tous les moyens pour coincer Beaumont. Belmondo a suggéré à la production de l'engager . Ils avaient tourné dix ans auparavant dans Le Casse. On retrouve également des acteurs ayant déjà tourné avec « Bébel » comme Jean Desailly, Élisabeth Margoni, Bernard-Pierre Donnadieu, ainsi que ses amis de toujours, Michel Beaune et Pierre Vernier. On retrouve aussi Jean-Louis Richard et Cyrielle Clair. On découvre aussi Dany Kogan, fille d'Henri Cogan, interprétant le sergent Gruber, une subalterne violente de Rosen.
Pour Donnadieu, .
Musique Antérieure au film, la fameuse partition musicale Chi Mai d'Ennio Morricone fut initialement composée pour Maddalena, un film de 1971, réalisé par Jerzy Kawalerowicz. Puis, elle fut utilisée pour une série télévisée britannique, The Life and Times of David Lloyd George, diffusée sur la BBC en 1981. Le thème du générique fut un hit en Grande-Bretagne. Elle fut choisie par Jean-Paul Belmondo en personne, qui, la découvrant au hasard d'une écoute radiophonique, suggéra de l'intégrer à la bande sonore de son nouveau projet. Une fois réédité dans la bande originale du film, le thème musical connut non seulement une popularité supérieure à ses précédentes parutions, mais devint parmi les œuvres de Morricone les plus vendues en disques. Cette piste est restée très célèbre et fut réemployée pour une publicité pour Royal Canin. Les Nuls utilisent cette même piste pour parodier la publicité.
La musique du film est nommée aux Césars.
Cette piste est aussi utilisée lors de la cérémonie d’hommage national à Jean-Paul Belmondo aux Invalides le jeudi ..
Sortie et accueil Box-office vignette|Titre du film sur l'affiche allemande, un pays où le film connaît également un grand succès.