Cendrillon est un conte ancien et le nom de son personnage central.
L'Occident connaît surtout cette histoire à travers les versions fixées par Giambattista Basile dans La gatta Cenerentola, Charles Perrault dans Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre et par les frères Grimm dans Aschenputtel. Il existe cependant une multitude de versions de par le monde, dont certaines peuvent être très différentes de celles connues en Occident.
Un conte-type omniprésent Comme pour beaucoup d'histoires appartenant avant tout au patrimoine oral, on retrouve ce conte-type de l'enfant passant des cendres au trône un peu partout à travers les époques et les culturesSous la cendre : figures de Cendrillon, anthologie établie et postfacée par Nicole Belmont et Élisabeth Lemirre, Paris, José Corti, coll. « Merveilleux », 2007.. Il remonterait à la fin du III millénaire avant notre ère, au Moyen-Orient..
Dans l'Antiquité Parmi les multiples versions antiques du conte que l'histoire littéraire a retenues il y a celle-ciRoger Lancelyn Green (2011). "The Land of Egypt". Tales of Ancient Egypt. Penguin UK. .William Hansen (2017). The Book of Greek & Roman Folktales, Legends & Myths. Princeton, New Jersey: Princeton University Press. pp. 86–87. ., retranscrite au par Claude Élien dans son Histoire variéeClaude_Élien, Histoire variée, livre (13), chapitre 33 (lire en ligne). : l'auteur raconte l'histoire de Rhodope, une jeune Grecque embarquée en Égypte comme esclave. Un jour, un aigle lui vola une de ses chaussures alors qu'elle était au bain. L'oiseau vole jusqu'à Memphis et laisse tomber la chaussure aux pieds d’un pharaon nommé ; frappé de stupeur par la délicatesse de la chaussure, il promet d'épouser la femme à qui elle appartient.
Mais vraisemblablement Élien ne faisait que reprendre une légende déjà contée par Strabon au sujet de la pyramide de Mykérinos dont il rappelle que certains auteurs disaient que c'était le tombeau d'une courtisane nommée Rhodopis (« Yeux de rose ») :
En Asie L'histoire de Yexian, tirée d'un ouvrage chinois du , le , possède de nombreuses similitudes. De même, on peut retrouver des trames semblables dans plusieurs des Mille et Une Nuits, ou dans l'histoire de , parfois surnommée la Cendrillon japonaise. Adhémard Leclère a publié deux versions du conte : l'une cambodgienne qu'il compare à une version annamite ; l'autre collectée chez les ChamsLa chronique "Le conte de Cendrillon chez les Chams et autres contes du Cambodge collectés par Adhémar Leclère ; sur Biblioweb.
Cette notion du pied de petite taille se retrouve dans cette version chinoise qui vouait à cette époque une adoration particulière pour les pieds de petite taille, et ce jusqu'à la révolution culturelle du ..
Dans le volume XIX du journal Folk-lore (1908), Alexander Francis Chamberlain publie ce qu'on appelle une , du nom du peuple indonésien des Makassars. Il la juge très intéressante et constate qu'elle est apparemment négligée par M. Newel dans sa note comparative sur les versions philippines recueillies par Gardner. Elle figure dans le livre de T. J. Bezemer sur les contes populaires et animaliers indonésiens, alors publié récemment. Aux pages 373 à 375 se trouve le texte allemand de Die Makassarische Aschenbrodel (La Cendrillon macassarienne), traduit du néerlandais par Benjamin Frederik Matthes dans les Bijdragen tot de Taal- Land- en Volkenkunde (Contributions à la linguistique, à la géographie et à l'ethnologie). L'histoire se passe au pays de Baniaeng (Bonthan, un port du sud de Célèbes). Elle est complétée d'un commentaire d'. Traduit en anglais, le conte a été publiée dans The Lilac Fairy Book (1910) sous le titre The Bones of DjulungThe Bones of Djulung, dans The Lilac Fairy Book (lire en ligne, en anglais)., attribuée erronément par Andrew Lang à un certain A. F. Mackenzie.
Antony Landes publie dans ses Contes et légendes annamites (1886) une version vietnamienne : Histoire de con Tấm et de con CámAntony Landes, Histoire de con Tấm et de con Cám, dans Contes et légendes annamites (lire en ligne).. D'autres auteurs en publièrent des variantes, tels que François-Henri Schneider, avec Les deux sœurs Tȧm et Cȧm, qu'il publie dans le Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient (1907).
En Amérique Le conte d’Oochigeas (en anglais)., popularisé dans les années 1990 par une chanson de Roch Voisine, La Légende d'Oochigeas (indian song), est une version des Abénaquis de la Nouvelle-Angleterre, dont on ne peut dire si elle est antérieure ou pas à l’arrivée des colons européens. Bien que situé dans un cadre très « local », les composantes du conte y sont présentes : l’héroïne, Oochigeas (« la petite marquée » par le feu) est la dernière de trois sœurs, elle est confinée à l’entretien du feu qui brûle son visage et ses cheveux (ici, pour cuire des poteries) ; le « prince » est ici un chasseur qui a le pouvoir de se rendre invisible ; la robe somptueuse qui remplace les vêtements sales et brûlés n’est pas ici fournie par une fée ou une intervention surnaturelle, c’est l’héroïne qui se fait un habit invraisemblable d’écorce de bouleau. Les sœurs feignent de voir le jeune homme et sont vite démasquées. Oochigeas, elle, peut voir et donc, épouser le chasseur, après avoir été miraculeusement guérie de ses brûlures par la sœur du chasseur.
En Europe vignette|Illustration d'Otto Kubel.
Allemagne Mathilde de Morimont (Mechthild von Mörsberg) qui vécut entre le (décès le ) est la personne qui aurait inspiré la Légende de la petite Mathilda.. La légende., de près de plus ancienne que le conte de Charles Perrault est très similaire ; ce qui n'a rien d'étonnant, les contes de Perrault ayant pour origine des récits issus de toute l'Europe chrétienne médiévale. Le château où Mathilde a grandi est en ruines mais visitable. Le château du Morimont (Burg Mörsberg) se trouve sur la commune d'Oberlarg en France sur une colline à d'altitude à proximité de la frontière suisse.
L'histoire : Une jeune orpheline, gardeuse d'oies, qui reçoit de sa marraine une pomme (et non une citrouille) susceptible d'exaucer trois vœux. Grâce à ce fruit magique, Mathilde acquiert une robe magnifique et se rend par deux fois au bal organisé par un chevalier aussi beau que riche. Problème : à minuit, la belle redevient invisible. Le chevalier, au désespoir, fait rechercher celle qui a conquis son cœur, parvient à la retrouver grâce à une bague (et non un soulier de vair) qu'il lui avait offerte et finit par l'épouser.
Les frères Grimm publient en 1812 une autre version, Aschenputtel, dans leurs Contes de l'enfance et du foyerFrères_Grimm, Aschenputtel, Contes_de_l'enfance_et_du_foyer (lire en ligne)..
Italie En Europe encore, Giambattista Basile a recueilli les histoires de la tradition orale, dans son recueil de contes, Le conte des contes ou Le divertissement des petits enfantsGiambattista_Basile (1634-1636), , dans Pentamerone (lire en ligne).. Le conte de (La Chatte des cendres), publié dans le Pentamerone, I, 6, présente Zezolla, fille d'un prince. Le récit, que Perrault a pu lire et épurer, y est plus brutal et détaillé.
France En 1697, Charles Perrault publie Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, dans Histoires ou Contes du temps passéCharles_Perrault, Cendrillon_ou_la_Petite_Pantoufle_de_verre, dans Histoires ou Contes du temps passé (lire en ligne la version originale ou une version remaniée par Pierre Féron en 1902)..
La baronne d'Aulnoy publie en 1698 dans le recueil Contes nouveaux ou Les Fées à la mode, Finette CendronMarie-Catherine_d'Aulnoy, Contes nouveaux ou Les Fées à la mode, Finette_Cendron (lire en ligne)., version du conte dans laquelle le merveilleux joue une part très différente.
Histoire de la princesse RosetteComtesse_de_Ségur, Histoire de la princesse Rosette, dans Les Nouveaux Contes de fées (lire en ligne, p. 105) (1857) est une variante écrite par la Comtesse de Ségur, qu'elle a publié dans Les Nouveaux Contes de fées.
Jean-François Cerquand rapporte le conte La Recluse délivrée (1882) dans son Légendes et récits populaires du Pays basque recueillis principalement dans les provinces de Soule et de Basse NavarreJean-François_Cerquand, La Recluse délivrée, dans Légendes et récits populaires du Pays basque recueillis principalement dans les provinces de Soule et de Basse Navarre, Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau..
Les Contes populaires de l’île de Corse de Jean-Baptiste Frédéric Ortoli (1883) proposent une autre variante, Petit doigtJean-Baptiste_Frédéric_Ortoli, Petit doigt, dans Les Contes populaires de l’île de Corse, p. 88 (lire en ligne)., que lui a conté en 1881 mademoiselle Marie Ortoli, d'Olmiccia-di-Tallano.
Jean-François Bladé publie une version, La Gardeuse de dindons, qu'il publie dans ses Contes populaires de la GascogneJean-François_Bladé, La Gardeuse de dindons, dans Contes populaires de la Gascogne, 1, p. 251 (lire en ligne, p. 313 sur le site). dans le premier volume (1886).
Horace Chauvet, publie une version appelée Espiguette dans son Folklore du Roussillon (1943).
En 1970, Henri Pourrat publie encore dans ses Contes du vieux-vieux temps, premier tome du Trésor des contes, ensemble de contes collectés en Auvergne, un récit similaire intitulé Marie-CendronHenri Pourrat, Contes du vieux-vieux temps, Gallimard, 1970, p. 55-65..
Versions Il existe des versions de ce conte, centrées autour d'un (anti-)héros équivalent à Cendrillon (Askeladden dans le folklore norvégien, ou Ivan Zapetchnik, c'est-à-dire que l'on retrouve dans de nombreux contes russes, comme Sivko-Bourko par exemple).
Études folkloriques La première étude approfondie des nombreuses variantes du conte est due à l'Anglaise Marian Roalfe Cox, qui, aidée de plusieurs spécialistes de divers pays, en a recensé 345 (parmi lesquelles un conte de Bonaventure des Périers, la version de Basile et celle de Perrault) dans son ouvrage intitulé Cinderella (1893) Pat Schaefer, Unknown Cinderella: The Contribution of Marian Roalfe Cox to the Study of the Fairy Tale, in A Companion to the Fairy-Tale, éd. Hilda Ellis Davidson & Anna Chaudhri, Boydell & Brewer, Rochester NY, 2003 .. Cette œuvre considérable a ensuite connu un certain oubli, et ce n'est qu'en 1951 qu'une nouvelle étude, due à la Suédoise Anna Birgitta Rooth, The Cinderella Cycle, qui présente près de deux fois plus de variantes que celle de Cox, l'a en partie supplantée ; Anna Rooth rend hommage à sa devancière dans son Introduction.
William Ralston s'était intéressé au sujet dans son article Cinderella (in The Nineteenth Century, 1879). D'autres études sur divers aspects ou variantes du conte ont été publiées, notamment par R.D. Jameson (Cinderella in China, 1932), Arthur Wailey (The Chinese Cinderella Story, 1947) ou Nai-Tung Ting (The Chinese Cinderella Story, 1974), pour ce qui concerne les racines chinoises. Reidar Th. Christiansen a étudié les variantes irlandaises (Cinderella in Ireland, 1950), et William Bascom les équivalents africains (Cinderella in Africa, 1972). Alan Dundes, qui salue lui aussi le travail de pionnière de Cox et celui de Rooth, a publié une collection d'essais de différents spécialistes sur ce thème (Cinderella: A Casebook, 1982). Neil Philip, qui se dit plus intéressé par les histoires elles-mêmes que par leur analyse, a fait paraître Cinderella's Many Guises en 1980, et The Cinderella Story en 1989.
L'étude comparative des versions originaires de diverses cultures montre entre autres combien la version de Perrault, qui fait référence, a imposé dans l'imaginaire collectif un certain nombre de détails qui sont absents ou traités différemment ailleurs.
Cendrillon et Peau d'Âne
Le nom de l'héroïne