Le Premier Congrès de la langue française au Canada se déroule dans la ville de Québec du 24 au . Il a pour objet « l'examen des questions que soulèvent la défense, la culture et le développement de la langue et de la littérature françaises au CanadaCLFC. Premier Congrès de la langue française au Canada. Québec, 24-30 juin, 1912. Compte rendu, Québec : Imprimerie de l'Action sociale, 1913, p. 31. »

Organisation thumb|Carte postale du Congrès de la langue française en AmériqueLe , le bureau de direction de la Société du parler français au Canada prend la résolution d'organiser et de convoquer un Premier Congrès de la langue française au Canada, qu'on souhaite tenir dans le courant de l'année 1912, dans la ville de Québec, sous le patronage de l'Université Lavalibid., p. 8. La Société constitue un comité organisateur composée de dix de ses membresPaul-Eugène Roy, président; N.-A. Belcourt, Thomas Chapais et P.-A. Landry, vice-présidents; S.-A. Lortie, trésorier; Philéas Fillion, assistant-trésorier; Adjutor Rivard, secrétaire général; Élie Auclair, Joseph-Évariste Prince, Camille Roy et Amédée Denault, secrétaires-adjoints; , sous la présidence de , afin de fixer la date du congrès et voir aux préparatifs de l'événement, qui a pour objet « l'examen des questions que soulèvent la défense, la culture et le développement de la langue et de la littérature françaises au Canada »ibid., p. 31.

Quelque deux mois plus tard, le , alors que l'organisation va déjà bon train, le comité lance un appel « à tous les Canadiens français et à tous les Acadiens qui ont à cœur la conservation de leur langue et de leur nationalitéibid, p. 13 » pour les inviter à prendre part à ce premier congrès, du lundi 24 au dimanche . Bien que le Congrès porte sur la langue française « au Canada », les organisateurs adressent explicitement leur invitation à tous les parlants français d'Amérique. Des comités régionaux formés par le comité général d'organisation voient au recrutement des membres du congrès autant au Québec, qu'en Ontario, dans l'Ouest canadien, les provinces atlantiques et aux États-Unis.

Le comité d'organisation, désireux de faire du congrès un événement significatif, s'assure du concours de la société civile et des représentants des pouvoirs politique et religieux. Le gouvernement québécois, dirigé par le premier ministre libéral Lomer Gouin est très favorable à la tenue de ce Congrès dans la capitale historique de Québec. En plus des salles de l'Université Laval, les congressistes investiront les salles de l'Hôtel du Parlement du Québec que leur prête le gouvernement.

L'ouverture du Congrès le associe l'événement à un grand jour de patriotisme et lui confère un caractère solennel, populaire et festif. Les 23 et , avant le début officiel du Congrès, on célèbre la « Fête nationale des Canadiens français » qu'organise la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Sauveur de Québec. Sont au programme les traditionnelles messe, cortège, banquet, discours, divertissements, etc.

Le à 20 h, la séance d'ouverture du Congrès, qui se tient à la Salle des exercices militaires sur la Grande Allée, est l'occasion d'une grande pompe avec musique et allocutions des principaux officiers du Congrès, du lieutenant-gouverneur François Langelier, des membres du clergé catholique, l'ancien premier ministre du Canada Wilfrid Laurier, le premier ministre du Québec Lomer Gouin, Charles Eudes Bonin, du Consulat général de France au Canada, Étienne Lamy, délégué de l'Académie française, le maire de Québec Napoléon Drouin, des ministres des provinces de l'Ontario et des Maritimes, etcibid., p. 74.

La salle est décorée des drapeaux britannique, canadien, québécoisIl s'agit du Blue Ensign québécois, l'actuel drapeau fleurdelisé n'ayant été adopté qu'en 1948., français, américain, et du Carillon Sacré-Cœur. Les musiciens jouent le God Save the Queen, l'hymne national britannique (qui est aussi l'hymne du Dominion), ainsi que le Ô Canada, l'hymne national des Canadiens français, et des airs patriotiques ou traditionnels tels Vive la Canadienne, À la claire fontaine, Ô Canada, mon pays, mes amours, etc.

Déroulement Le Congrès, qui comprend quatre sections d'étude (scientifique, pédagogique, littéraire et de propagande), tient huit séances générales en plus des séances de section, qui se déroulent de façon indépendante sous la direction de leurs propres bureaux. Dans les séances des sections, les participants présentent des mémoires, tiennent des discours, délibèrent et émettent des vœux et des propositions en rapport avec leurs champs d'études, alors que dans les séances générales, on tient des discours patriotiques sur la langue française et des rapporteurs rendent compte des travaux des sections devant l'assemblée de tous les congressistes. Cette assemblée ratifie les rapports, et vote en faveur ou non des vœux et propositions des sections.

+ Les quatre sections d'étude du Congrès de 1912 Section scientifique Président : Pascal Poirier Sous-section historique Sous-section juridique Sous-section philologique Président : Joseph-Edmond Roy Secrétaire : Thomas Nadeau Rapporteur : Antonio Huot Président : M. A. Constantineau Secrétaire : Oscar Hamel Rapporteur : Joseph-Évariste Prince Président : Alcée Fortier Secrétaire : J.-E. Plamondon Rapporteur : Émile Chartier Section pédagogique Président : Pierre-Boucher de la Bruère Secrétaire : Charles-Joseph Magnan Rapporteurs : Philippe Perrier (enseignement primaire) et Narcisse Degagné (enseignement secondaire) Section littéraire Président : Ferdinand RoyL.-A. Prudhomme, qui devait être président cette section au départ, n'a finalement pu se rendre au Congrès. Secrétaire : Jean-Baptiste Lagacé Rapporteur : Camille Roy Section de la propagande Président : Thomas Chapais Sous-section A : Les associations Sous-section B : La famille, les relations sociales, la presse, etc. Sous-section C : Le commerce et l'industrie, les arts et les sciences Président : Thomas ChapaisRaoul Dandurand, qui devait être président cette section au départ, n'a finalement pu se rendre au Congrès, car il est retenu en Europe.. Secrétaire : Pierre-Georges Roy Rapporteur : Élie Auclair Président : Eugène Rouillard Secrétaire : Amédée Denault Rapporteur : Théophile Hudon Président : Armand Bédard Secrétaire : Cyrille Gagnon Rapporteur : Hector Bernier

Les personnes qui s'inscrivent au congrès obtiennent un Guide du congressiste de 96 pages et une médaille-insigne qui est l'œuvre de Alexandre Morlonibid., p. 62. et sur laquelle on peut lire les mots du poète français Gustave Zidler « C'est notre doux parler qui nous conserve frères. »

thumb|Monument à la mémoire d'Honoré Mercier, au nord de la Grande Allée, face au Parlement du Québec. Inauguré le 25 juin 1912.En plus des travaux sérieux des différentes sections d'étude, le programme du Congrès comprend des activités à caractère symbolique tel l'inauguration, mardi le à 15 h, du monument à Honoré Mercier sur la colline parlementaire, la remise de diplômes honorifiques de l'Université Laval, et d'autres activités que l'on dirait aujourd'hui « touristiques », tel une excursion, le matin du mercredi , au Petit-Cap, le domaine d'été des « Messieurs » du Séminaire de Québec, situé à Saint-Joachim de Montmorency, dans la campagne québécoiseibid., p. 98.. L'abbé Charles Thellier de Poncheville et le poète Gustave Zidler, qui arrivent le matin du 26, prennent part à cette excursion où l'on mange bien, chante des chansons, lit des poèmes, et prononce encore des discours.

Le vendredi 28 réserve une place aux délégués de la Nouvelle-Angleterre, Armand Bédard, président de la Société historique franco-américaine de Boston, et M. Henri-T. Ledoux, président de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, qui sont venus à Québec donner l'heure juste de la situation des communautés francophones des États-Unis.

Le matin du samedi , l'assemblée plénière des congressistes adopte unanimement la proposition de MM. Jean-Baptiste Lagacé et Adjutor Rivard d'établir un Comité permanent des Congrès de la langue française en Amérique « pour la défense, la culture, l'extension et le développement de la langue et de la littérature française au Canada et en général chez les Acadiens et les Canadiens français de l'Amérique du Nord ». En plus de ce mandat général, on attribue au comité le mandat spécifique « d'assurer la publication des actes, la réalisation des vœux et la continuation de l'œuvre du Congrès de la langue française au Canada, tenu à Québec, du 24 au Ibid., p. 132. ». Le soir à 21 h, l'on tient un dîner dans la salle des fêtes du nouveau Château Frontenac, qui a moins de vingt ans à cette époque.

Le dimanche , à 9 h, on donne une messe spéciale à la basilique Notre-Dame de Québec et dans l'après-midi, un cortège organisé par l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française défile dans la ville de Québecibid., p. 139 et 143. Une séance générale tenue en soirée à la Salle des exercices militaires clôture le Congrès, et les membres sont invités à assister à une feu d'artifice en face du Parlementibid., p. 171.

Mémoires Les quatre sections du Congrès reçoivent 65 mémoires au total.

Des 19 mémoires traitant de sujets scientifiques, sept se rapportent à l'histoire de la langue française au Canada, sept autres à la situation juridique du français à travers la fédération canadienne et les États-Unis, et les cinq restant discutent de questions philologiques.

Les 21 mémoires reçues par la section pédagogique donnent aux congressistes un portrait statistique de l'enseignement du français au Canada et aux États-Unis.

Les dix mémoires présentés à la section littéraire traitent de l'état de littérature canadienne de langue française, de son développement et de sa propagation, de sa place dans les écoles, etc.

Les 15 mémoires de la section de la propagande traitent de la qualité du français diffusé par la presse, les associations, de même qu'au foyer, dans l'industrie, le commerce, les sciences et le service public.

Vœux Le premier congrès débouche sur l'adoption d'une série de déclarations et vœux des congressistes ayant participé aux différentes sections d'étudeibid., p. 589-622.

Section scientifique La sous-section historique de la Section scientifique formule quatre vœux : que les noms des « plus vaillants apôtres et défenseurs de notre idiome en ce pays » soient enseignés dans les écoles et collèges et que des monuments soient érigés en leur honneur ; que soit fondée une section historique de la Société du parler français afin de mieux faire connaître l'histoire ; que les Canadiens français du Québec et les émigrés des États-Unis soient encouragés à aller grossir le nombre des groupes français établis dans l'Ouest canadien, l'Ontario et les Maritimes ; qu'un Bureau de colonisation soit fondé à Québec et des bureaux de correspondance dans l'Ouest.

La sous-section juridique émet les vœux : qu'un comité spécial « chargé de veiller à la législation touchant les droits de la langue » soit formé ; que partout au Canada où il y a des groupes importants de francophones le français soit maintenu ou établi au même rang que l'anglais ; que ce comité fasse connaître au peuple ses droits ; que la défense des droits du français soit exigée des candidats aux élections.

La sous-section philologique émet les vœux : que le public soit instruit de la différence entre langue, patois et dialecte « afin de proscrire la distinction absurde que l'on établit entre le Parisian French et le Canadian French »; que l'on réponde « par des démonstrations scientifiques, à ceux qui méprisent le caractère archaïque de la lexicologie, de la phonétique et de la syntaxe du français populaire d'Amérique » ; que la classe des gens instruits soigne son langage et lutte contre les erreurs et les anglicismes ;