vignette|220px|Les armoiries de la ville de Lourdes se blasonnent ainsi :De gueules à trois tours d'or, maçonnées et ajourées de sable, celle du milieu plus élevée et sommée d'une aigle essorante contournée d'argent, tenant dans son bec une truite du même ; à la champagne cousue d'azur chargée d'une chaîne de six montagnes d'or, posées sur une rivière d'azur, ondée d'argent mouvant de la pointe. Le blason de Lourdes trouverait son origine dans la légende suivante : « En 778, Charlemagne, qui combattait avec succès les Maures dans le sud de la France, se trouvait devant le château fort de Lourdes défendu par le chef sarrazin Mirat et ses troupes, qui avaient juré de ne se rendre à aucun mortel. Après plusieurs mois de siège, alors que Mirat allait devoir capituler à cause de la famine qui menaçait, un aigle passa au-dessus du château fort, avec dans son bec un énorme poisson qu'il venait de pêcher (une truite ou un brochet). L'aigle tout à coup, lâcha le poisson qui tomba en un point appelé depuis « Pierre de l'aigle ». Mirat saisit le poisson et l'envoya à Charlemagne qui décida, croyant à la présence d'abondantes réserves de nourriture dans le château, à lever le siège… »
Cet article traite de l'histoire de la ville de Lourdes en Lavedan, département des Hautes-Pyrénées, région Occitanie, France.
Préhistoire vignette|gauche|220px|Le cheval de Lourdes
Favorablement situé entre plusieurs vallées, le site de Lourdes est habité depuis la préhistoire : des traces d'occupation (dont des outils, des bijoux, des tessons de céramique et des sépultures) ont été découvertes, entre autres, dans la grotte des EspéluguesLussault Agnès, Les Hautes Pyrénées (Carte archéologique de la Gaule), Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 1997, pages 176-177, paragraphe 3. Le musée d'archéologie nationale date le « cheval de Lourdes », une figurine de 7,3 cm de long taillée dans de l'ivoire de mammouth, de ans avant notre ère, soit la période du Magdalénien au Paléolithique supérieur..
Dans les grottes Arrouza, les traces d'occupation sont datées du Néolithique et de l'âge du bronzeLussault Agnès, Les Hautes Pyrénées (Carte archéologique de la Gaule), Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 1997, page 176, paragraphe 1.
Des fouilles plus importantes permettraient probablement de mettre au jour des traces conséquentes de l'habitat protohistorique sur le territoire de LourdesOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 59.
Antiquité et Haut Moyen Âge thumb|220px|Dépôt lapidaire au château comportant des sarcophages provenant de la nécropole qui s'étendait du château à l'ancienne église Saint-Pierre L'histoire ancienne de Lourdes reste peu connue en raison du faible nombre de fouilles entreprises sur le site de la ville jusqu'à récemment. En effet, les travaux d'urbanisme déclenchés par le pèlerinage n'ont pas toujours été précédés de fouilles préventives, ce qui a probablement causé la destruction de nombreux vestigesOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 61.
L'oppidum du château est vraisemblablement occupé dès le Ouvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 63. Des pans de murailles romaines ont d'ailleurs été découverts lors des travaux effectués par le génie militaire au château au . À cette occasion, plusieurs fragments lapidaires (morceaux de statue, fragments d'autel) ont été mis au jour. De même, à l'est de l'oppidum, la place Peyramale a livré des vestiges antiques à deux occasions.
Entre 1904 et 1907, lors de la démolition de l'ancienne église paroissiale Saint-Pierre, des substructions appartenant à un temple dédié aux Tutelles (divinités des eaux) ont été découvertes, accompagnées de fragments de céramiques et de trois autels votifs remployés dans les fondations de l'ancienne absideLussault Agnès, Les Hautes Pyrénées (Carte archéologique de la Gaule), Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 1997, page 181, paragraphe 16. Cet édifice avait été ensuite remplacé par une église paléochrétienne (au ) détruite par un incendie, comme l'atteste la calcination des pièces découvertesLussault Agnès, Les Hautes Pyrénées (Carte archéologique de la Gaule), Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 1997, page 182, paragraphe 17. Une nécropole, dont l'étendue n'a pas pu être mesurée, entourait le lieu de culte. Des traces de celle-ci ont été dégagées au pied du château, ce qui fait penser qu'elle s'étendait jusqu'au pied de l'oppidum. Les sarcophages, dont la datation et la chronologie est délicate à établir, ont pour partie été entreposés à l'entrée du châteauOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 83.
En 1990, l'aménagement du parking de la place a de nouveau nécessité des fouilles préventives. Une voie urbaine datée du ou du début du (as de Nîmes découvert sur place) et orientée nord-sud a été dégagée. Des traces d'ornières croisant cette trajectoire ont été mises au jour, laissant penser à la présence d'une autre voie, perpendiculaire (est-ouest), ce qui a amené les spécialistes à se demander si Lourdes ne s'était pas développée au croisement de deux itinéraires antiques. Certains attribuent d'ailleurs Lourdes à l'Oppidum Novum mentionné dans l'Itinéraire d'Antonin, mais les preuves archéologiques manquent. De plus, les données toponymiques accusant la présence de deux axes respectivement est-ouest et nord-sud, de même que la découverte de ce temple des Tutelles, montrent bien que Lourdes s'est développée autour d'un carrefour routierLussault Agnès, Les Hautes Pyrénées (Carte archéologique de la Gaule), Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 1997, page 183, paragraphe 19.
Le Moyen Âge
Au Moyen Âge, Lourdes et son château sont le siège du comte de BigorreOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, pages 101-102. Avec la Croisade des Albigeois, le château, considéré comme un des verrous de la province, est disputé entre différentes factions. Il passe sous la domination des comtes de Champagne, également rois de Navarre, puis entre les mains des rois de France sous Philippe le Bel, pour être ensuite livré aux Anglais en 1360 pendant la Guerre de Cent Ans, et ce jusqu'au début du . Ils surent d'ailleurs profiter de la situation stratégique de la ville et de son marchéOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, pages 102-103.
En effet, située au carrefour de deux axes de communication majeurs (vers l'Espagne au sud, vers Toulouse à l'est et l'Atlantique à l'ouest), la ville abrite un marché d'assez grande importance protégé par le comte (première mention au début du portant sur les revenus du sel). Ce marché fait encore référence au , et reste donc une source de revenus importante pour celui qui se rend maître du châteauOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 103.
Pendant la guerre de cent ans, Pierre Arnaud de Béarn tient le château de Lourdes, ainsi que toute la Bigorre et le Lavedan, pour le roi d'Angleterre. Après 1374 son frère en devient le capitaine, mais son territoire est réduit à la zone montagneuse. Jean tiendra le château de Lourdes jusqu'en octobre 1407, où, après un dur siège du parti du roi de France et en l'absence de secours anglais, il vendra cher sa reddition et disparaîtra. Jean de Béarn fut un chef routier de grande réputation; à partir de Lourdes il écumait le sud ouest.
La ville médiévale se dresse à l'est du château et est ceinte de murailles (dont il ne reste que la Tour de Garnavie). Elle compte environ 150 feux vers le , et 243 au début du .
De la Renaissance à la Révolution thumb|right|220px|Retable baroque à la chapelle du château, qui ornait l'église Saint-Pierre, reconstruite après les Guerres de Religion et détruite en 1904.
La ville va traverser les crises des et . L'église paroissiale est détruite lors des Guerres de ReligionOuvrage Collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 70, comme l'abbaye de Saint-Pé-de-Bigorre toute procheDurliat Marcel, Pyrénées Romanes, Ed. Zodiaque, 1978, page 226.
Cependant, Lourdes sait tirer profit de sa situation. Elle est, entre autres, une étape sur la "route des bains" de Barèges, dont les sources servent à soigner les soldats blessés et maladesOuvrage Collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 130. Le château reste un important lieu stratégique, "verrou du Lavedan"Ouvrage Collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 131.
La population est en augmentation au , malgré les famines et épidémiesOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 109. 2315 habitants en 1696, 1189 habitants en plus entre 1730 et 1772 par le plus grand nombre de naissances par rapport aux décèsOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 110. Mais les crises ramènent la population à 2300 environ à l'aube de la RévolutionOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 129.
Vers 1755, la population est composée d'environ 40 % d'agriculteurs, de 40 % d'artisans (secteur dominé par le textile) et 8,5 % de carriers (ardoise et tailleurs de pierres) et d'ouvriers du bâtiment, plus environ 13 % de services (marchands, santé...)Ouvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 119. Dans les années qui suivent, l'agriculture va perdre de l'importance face aux « fonctions urbaines », dont bénéficie surtout l'artisanat dont l'effectif augmenteOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 120.
La paix signée avec l'Espagne entraîne la perte de l'intérêt stratégique du château, qui devient prison. En 1788 il est d'ailleurs question de supprimer la garnison du château, formée par des invalides, et qui sera défendue par une supplique envoyée à Louis XVI.
Durant la Révolution, la ville est tenue de fournir du matériel et des vivres à l'armée révolutionnaire du fait de sa position stratégique. Elle compte alors 2741 habitants. Avec la création du département des Hautes-Pyrénées en 1790, Lourdes demande à être le siège du chef-lieu du nouveau district du gave, l'un des cinq que compte le département. Cependant, Argelès-Gazost lui est préférée de par sa position stratégique à l'intérieur du Lavedan. Le reste des fonctions (dont le tribunal) sont installées à LourdesOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, pages 131-132. La ville fournit ensuite de nombreux volontaires aux armées lors des guerres révolutionnairesOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 132. Le danger est important en 1793 lors de la guerre avec l'Espagne et la menace d'invasion par le Lavedan, non avéréeOuvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, pages 133-134. La paix est signée en 1795 et entraîne la démilitarisation du château, qui abrite de nouveau une garnison d'invalides à partir de 1797Ouvrage collectif, Lourdes de la Préhistoire à nos jours, Musée Pyrénéen, 1987, page 136.
De la Révolution à nos jours Durant la première moitié du , la ville est un bourg agricole où se pratique l'élevage des porcs. Des carrières de pierre y sont exploitées. La population est évaluée à en 1843Philippe Le Bas, Le Maître, Augustin François Lemaitre, L'Univers, Histoire et description de tous les peuples, dictionnaire encyclopédique de la France, tome 10e, 1843, p.428.
Lourdes, ville mariale thumb|200px|Photo de Bernadette Soubirous à la grotte de Lourdes en 1863, trois ans après ses premières visions.