Marc Jacquet, né le à Mercy-le-Bas (Meurthe-et-Moselle) et mort le à ParisÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970., est un industriel et homme politique français.
Biographie
Il étudie le droit aux universités de Paris et de Kiel et obtient le doctorat en droit. En 1938, Marc Jacquet effectue son service militaire dans l'armée de l'Air à la et suit la filière des élèves officiers où il en sort avec le grade de sous-lieutenant. Mobilisé, il est rapidement promu lieutenant et affecté au groupe de bombardement de la où il est nommé chef du Deuxième bureau de son unité.
Démobilisé en , il est nommé adjoint du lieutenant-colonel Alfred Heurtaux, chef de cabinet du général d'aviation Jean d'Harcourt, le secrétaire général à la Famille et à la Jeunesse. Ancien as de l'aviation durant la Première Guerre mondiale et futur compagnon de la Libération, Alfred Heurtaux, qui occupe la fonction de vice-président de la Légion française des combattants, propose à Marc Jacquet de faire partie du réseau de résistance « Hector » dont il est en train de jeter les bases.
En novembre, Jacquet accepte de suivre son patron à Paris qui, sous couvert de la Légion, a décidé de développer son réseau de renseignements en zone occupée. Sous le pseudonyme de « capitaine Vauthier », Marc Jacquet, durant un an, va effectuer de nombreuses missions dans le domaine du renseignement et du recrutement. Ses activités au sein du réseau Hector cessent en , à la suite de l'arrestation d'Alfred Heurtaux et de plusieurs membres de son organisation.
En , Alfred Heurtaux attestera de la participation de Marc Jacquet à son organisation : « Je soussigné colonel Alfred Heurtaux, compagnon de la Libération, certifie que monsieur Marc Jacquet-Vauthier a été mon adjoint direct du à dans l'organisation de résistance et de renseignements dont j'étais le chef. Il m'a apporté pendant cette période son concours total et désintéressé, encourant les risques les plus graves avec la plus grande bonne humeur et le courage le plus clairvoyant. Après mon arrestation, il a tenté de sauver le réseau et, recherché par la police allemande, a continué en Afrique du Nord aux côtés de monsieur Henri d'Astier de La Vigerie, compagnon de la Libération, le travail commencé à Paris »..
Aidé par son ami Alfred Pose, directeur général de la Banque nationale pour le commerce et l'industrie (BNCI) (qui deviendra la BNP en 1966) avec qui il a travaillé avant la guerre, Marc Jacquet passe en Afrique du Nord à la fin du mois de . Pose le nomme directeur des Services économiques de sa filiale, la BNCI-Afrique, qui est la banque la plus importante de toute l'Afrique française. À Alger, où il occupe un studio à la résidence Algéria située boulevard Saint-Saëns, il fait la connaissance d'Henri d'Astier de La Vigerie qui l'informe de l'action qu'il mène avec quatre de ses amis (Jacques Lemaigre-Dubreuil, Alphonse Van Hecke, Jacques Tarbé de Saint-Hardouin et Jean Rigault) pour préparer, en liaison avec les Américains, un débarquement allié en Afrique du Nord..
À la fin du mois d', Marc Jacquet avertit Alfred Pose par télégramme que le débarquement est sur le point de se réaliser et il l'invite à le rejoindre rapidement. Pose arrive à Casablanca le . C'est le lendemain à minuit qu'Henri d'Astier de La Vigerie, à la tête de patriotes et secondé par José Aboulker, déclenche l'opération destinée à neutraliser les points stratégiques de la ville d'Alger afin de faciliter le débarquement des troupes alliées. Marc Jacquet fait partie du groupe de résistants chargés d'occuper la radio d'Alger. Du point de vue militaire le débarquement est un succès. Henri d'Astier et ses amis avaient prévu de placer le général Giraud à la tête de l'Afrique du Nord mais, à la suite de circonstances inattendues, les Américains donnent le pouvoir à l'amiral Darlan, chef des armées françaises et successeur désigné du maréchal Pétain.
Marc Jacquet ne se satisfait pas de la tournure politique prise par les évènements : « Le , quand les évènements ont débuté j'avais l'assurance que le général Giraud allait prendre le pouvoir, mais dès le il a fallu me rendre à l'évidence qu'il ne prendrait pas le pouvoir politique qui se trouvait dans les mains de l'amiral Darlan »Audition de Marc Jacquet, procès-verbal du , Dossier d'Astier de La Vigerie et consorts, Dépôt central d'archives de la Justice militaire, Le Blanc.. Ce jour-là, il fait part de son indignation à Henri d'Astier de La Vigerie : « Je me tourne vers l'homme que je connaissais le mieux et que je savais être, lui, aussi, monarchiste, dont j'avais admiré la technique sur le plan du coup d’État, d'Astier de La Vigerie, et je lui demande ce qu'il pense de cette affaire (Conversation du ). Or, à ce moment-là, d'Astier est l'homme auquel tous les gens qui n'admettaient pas Darlan, en particulier tous les jeunes des troupes de choc de la nuit du 7 au , viennent demander, ou de redescendre dans la rue, ou de faire assassiner Darlan »Entrevue du avec le capitaine Marc Jacquet, Papiers Théry, 19 APOM/2, Volume XI, Les grandes révélations sur Alger, Archives nationales d'Outre-mer à Aix-en-Provence..
L'idée de faire appel au comte de Paris pour remplacer l'amiral Darlan émerge de leur conversation. Henri d'Astier de La Vigerie a des convictions monarchistes très ancrées et il entretient des relations avec le comte de Paris avec qui il nourrit l'idée d'une restauration. Marc Jacquet a, quant à lui, une conception républicaine de la monarchie et son objectif est plutôt de faire du prétendant au trône de France un chef d’État.. Il se trouve qu'Alfred Pose, son patron, connaît bien le comte de Paris qu'il a rencontré à plusieurs reprises depuis le mois d'. Le , Marc Jacquet adresse une lettre à Henri d'Astier qui résume leur projet royaliste, lettre qui sera saisie au domicile de ce dernier le par le juge Voituriez chargé d'instruire l'affaire de l'assassinat de DarlanRapport de Marc Jacquet sur l'affaire monarchiste, Papiers Théry, 19 APOM/2, Volume X, mars 1943. Archives nationales d'Outre-mer à Aix-en-Provence.. Dans cette lettre, Jacquet compte sur Henri d'Astier pour mener à bien leur projet qui passe notamment par l'élimination de Darlan : « Il vous faut donc, cher Monsieur, décider le Prince [...]. Il vous faut également éliminer le facteur Darlan -- vous savez ce que j'entends par là --, mais avec la plus grande prudence et en choisissant exactement l'heure -- ne mettre aucun cadavre entre vous et le Prince ».
Dans ses Mémoires, le comte de Paris raconte que Marc Jacquet, le , est venu le voir de la part d'Alfred Pose pour lui demander d'accepter de prendre le pouvoir en Afrique du Nord à la place de Darlan : « Jacquet me demandait donc, au nom d'Alfred Pose et des présidents des trois conseils généraux, si j'acceptais de constituer un gouvernement en vue de rassembler les Français, ceux de la France Libre et ceux d'Afrique du Nord, dans une action commune pour libérer le pays envahi. [...] On attendait de me voir démettre l'amiral de ses fonctions usurpées et de me faire investir ensuite à sa place [...] »..
Le comte de Paris accepte la proposition qui lui est faite d'écarter Darlan à son profit. Dès lors, Henri d'Astier et Alfred Pose qui occupent les postes ministériels de la police et de l'économie dans le gouvernement de Darlan, entrent en action et entraînent dans le complot leurs principaux collaborateurs. Au bout d'un mois, devant l'impossibilité d'écarter légalement Darlan du pouvoir, Henri d'Astier charge Fernand Bonnier de la Chapelle, son agent de liaison, d'exécuter Darlan qui est tué le . Les détails du rôle de Marc Jacquet dans cet épisode de la guerre sont clairement énoncés dans l'ouvrage de Geoffroy d'Astier de La Vigerie.
Finalement le comte de Paris ne parvient pas à prendre le pouvoir et le complot monarchiste est mis à jour par le juge d'instruction Voituriez chargé de l'enquête : Henri d'Astier de La Vigerie, Alfred Pose et Marc Jacquet sont reconnus coupables d'avoir organisé un complot « dans le but de changer de gouvernement, complot qui a été suivi d'un acte destiné à en préparer l'exécution, à savoir : l'assassinat de l'amiral Darlan, chef du gouvernement légalement établi »Extrait de l'ordonnance de référé établie le par le juge Voituriez, Dossier d'Astier de La Vigerie et consorts, Dépôt central d'archives de la justice militaire, Le Blanc..
Pour échapper à la justice Marc Jacquet s'enfuit en reprenant son pseudonyme de Marc Vauthier. C'est à ce moment-là qu'Antoine Argoud fait sa connaissance en Algérie (citations extraites de son livre La décadence, l'imposture et la tragédie - éditions Fayard). : Argoud est alors capitaine au stationné près de Mostaganem. Le lieutenant-colonel commandant le lui présente un capitaine de réserve : .
Il prétendait avoir été reçu à l’École polytechnique mais avoir renoncé à y entrer. Argoud, polytechnicien, et les autres officiers ont progressivement des doutes : .
Le lieutenant-colonel « qui était sensible aux pressions politiques [] confia au capitaine Vauthier, malgré les doutes qui pesaient sur sa compétence » le commandement du escadron.
.
Ce témoignage d'Argoud est en accord avec ce qu'expose Pierre Ordioni dans un livre Le secret de Darlan dans lequel Marc Jacquet est mentionné ). Pierre Ordioni confirme l'arrestation : ..
L'article nécrologique. paru dans le journal Le monde, le , mentionne aussi que Marc Jacquet, à Alger en 1942 « joua un rôle dans la tentative de restauration du comte de Paris après le débarquement américain ». Cette même nécrologie ne mentionne aucune action de résistance dans le réseau Hector.
Délégué agricole du mouvement gaulliste, il est élu député Rassemblement du peuple français (RPF) de Seine-et-Marne de 1951 à 1955. Il se défend d’être à l’origine des fuites sur les communications des généraux Ely et Salan qui ont paru dans l'Express. Battu en 1956, il oriente ses activités vers l’industrie du bâtiment. Il avait également été membre, dès 1952, de l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier.
Sous la République, il est élu député (UNR) de la première circonscription de Seine-et-Marne en 1958 et est réélu jusqu’à sa défaite en 1973. Il exerce au Palais Bourbon la fonction de rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale. Il devient président du groupe Union pour la défense de la République 'UDR) en 1969 et dirige ce groupe jusqu’en 1973. C'est lui qui annonce à ses compagnons le décès du général de Gaulle en ces termes : « Mes enfants, le père est mort ! ». En 1977, il devient sénateur et préside le groupe Rassemblement pour la République (RPR) de la Haute Assemblée de 1978 à 1981. Il est enfin maire de Barbizon de 1953 à 1971 puis de Melun de 1971 à sa mort en 1983.
vignette|upright=1|La tombe de Marc Jacquet au cimetière Saint-Benoît de Vire à Vire Normandie (Calvados).
Il est inhumé au cimetière Saint-Benoît à Vire dans le Calvados.
Décoration
sans_cadre|50x50px Médaille d'honneur des chemins de fer, échelon vermeil (de droit en tant qu'ancien ministre des Travaux publics et des Transports)
Fonctions gouvernementales secrétaire d'État chargé des Relations avec les États associés des (du au ) ministre des Travaux publics et des Transports du gouvernement Pompidou II (du au )
Pour approfondir Bibliographie
Articles connexes Liste des présidents successifs de la société « Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc »
Liens externes
Notes et références
Catégorie:Ministre de la Cinquième République Catégorie:Ministre français des Transports Catégorie:Personnalité du Rassemblement du peuple français Catégorie:Personnalité des Républicains sociaux Catégorie:Personnalité de l'Union pour la nouvelle République Catégorie:Personnalité de l'Union des démocrates pour la République Catégorie:Personnalité du Rassemblement pour la République Catégorie:Député de la Ire législature de la Ve République Catégorie:Député de Seine-et-Marne