Pelodiscus sinensis, la Trionyx de Chine ou Tortue à carapace molle de Chine est une espèce de tortues de la famille des Trionychidae. C’est une tortue d’eau douce qui a une vaste répartition allant des bassins de l’Oussouri et de l’Amour en Russie, les deux Corée, la Chine, le Japon jusqu’au Vietnam. Mais c’est aussi une espèce menacée à l’état sauvage car elle a été abondement prélevée dans la nature pour être consommée par les hommes et être employée dans la pharmacopée traditionnelle chinoise. Depuis la fin du , de gros investissements ont été faits dans de grandes stations d’élevage capables de mettre sur le marché des centaines de millions de trionyx d’élevage.
Nomenclature et étymologie
L’espèce reçoit sa première description zoologique en 1834 par le zoologiste allemand Wiegmann sous le nom de Trionyx sinensis. Le genre Trionyx avait été établi par le naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire en 1809. En 1836, le zoologiste autrichien Fitzinger divise le genre Trionyx en cinq sections 1. Trionyx s. str. 2. Aspidonectes 3. Platypeltis 4. Pelodiscus 5. Amyda. Les caractères de Trionix s. str. sont , ceux de Pelodiscus sont . Ce nouveau genre, Pelodiscus, créé par Fitzinger, contient T. sinensis Wiegm qui devient par conséquent Pelodiscus sinensis (Wiegm. 1835)lorsque le nom de genre a été changé, le nom du premier descripteur doit être mis entre-parenthèses. De nouvelles espèces de tortues à carapace molle ont depuis été décrites : 1) Pelodiscus sinensis 2) P. maacki 3) P. axenaria 4) P. parviformis 5) P. variegatus. Pendant longtemps, les scientifiques ont cru qu’il ne s’agissait que d’une seule et même espèce : la tortue à carapace molle de Chine, Pelodiscus sinensis..
L'épithète spécifique sinensis qui est composé de sin[o], « Chine », et du suffixe latin , « qui vit dans, qui habite », lui a été donné en référence au lieu de sa découverte.
Description
thumb|Pelodiscus sinensis
thumb|Tête de Pelodiscus sinensis, nez cylindrique, grosses lèvres
Pelodiscus sinensis fait partie des tortues dites « molles » car leur carapace supérieure est souple sur les bords et sans écaille rigide kératinisée. La partie centrale de la dossière comporte un os comme pour les autres tortues (voir photo ci-dessous). Le corps mesure environ , un peu plus pour la femelle et un peu moins pour le mâle. La carapace est ovale, plate, avec un bord souligné par un léger bourrelet au-dessus du cou et des pattes. Elle est couverte d’une peau douce, de couleur vert olivâtre ou brun jaunâtre et peut avoir des taches sombres bordées de jaune chez les individus plus jeunes. Les mâles ont un cou et une queue plus longs que ceux des femelles. Le plastron est blanc grisâtre.
La tête est assez épaisse, avec deux yeux ronds, prolongée par un nez, conique à la base et tubulaire à l’extrémité. qui leur permet de respirer discrètement en surface de l’eau. La gueule n’a pas de dent mais elle est pourvue de mâchoires tranchantes. Le cou est long et peut rapidement s’étirer pour attraper une proie. Les pattes se terminent par cinq doigts palmés dont les trois intérieurs sont dotés de griffes acéréesles « trois griffes » ont donné leur nom de genre Trionyx , du grec τρι tri « trois » et ονυξ onyx « ongle ». La tête et les membres peuvent être rétractés à l’intérieur de la carapace. Comme tous les reptiles, sa température interne varie et s’accorde à la température ambiante. Son métabolisme décline fortement quand la température de l’eau descend en-dessous de . Elle cesse de se nourrir à une température inférieure à et entre en hibernation en s’enfouissant dans la boue quand la température est inférieure à . En plus des poumons pour respirer l’air, elle utilise un organe pharyngé avec des branchies semblables à des villosités pour obtenir l'oxygène de l'eau ambiante. Ce qui lui permet d’hiberner sous l’eau pendant de longs mois.
C'est une tortue très vive, bonne nageuse, vorace, dotée d'un assez mauvais caractère et qui cherche à mordre lorsqu'elle est manipulée. Certaines populations sont plus agressives que d'autres, comme celle du fleuve Rouge au Vietnam.
Les journées ensoleillées d’été, elles montent sur la berge pour s’exposer au soleil durant par jour. Elles se débarrassent ainsi des pathogènes de surface (bactéries et champignons) et la lumière stimule le métabolisme du calcium et du phosphore nécessaire à leur carapace osseuse.
Alimentation
La tortue à carapace molle est principalement carnivore : elle se nourrit de poissons, crevettes, écrevisses, mollusques, insectes vivants ou morts, de charognes, mais aussi de plantes aquatiques et de graines.
Les tortues à carapace molles sont voraces et si elles manquent de nourriture, elles peuvent s'entre-dévorer. Durant le jour, elles se cachent dans l’eau ou s’enfouissent dans le limon, et sortent la nuit pour chercher leur nourriture. Elles ont une disposition agressive comme certains carnivores mais plongent se cacher sous l’eau lorsqu’un bruit ou une ombre d’homme se produisent.
Reproduction
thumb|Accouplement
thumb|Jeune albinos
Les tortues à carapace molle atteignent leur maturité sexuelle entre 4 et 6 ans. Elles s’accouplent aussi bien à la surface que sous l’eau. La saison de reproduction va du début du printemps jusqu’à la fin de l’automne. C’est à cette époque qu’elles peuvent bénéficier de la plage de températures la plus appropriée pour la reproduction de 25 à .
Pour s’accoupler, le mâle s’agrippe sur la femelle, tout en lui mordant violemment le cou et les membres. La femelle peut conserver dans ses oviductes des spermatozoïdes viables pendant environ six mois. Elle pondra entre 2 et 5 fois par an dans un trou sur la rive, qu’elle creusera et rebouchera. Les nids se composent de 8 à 30 œufs sphériques, blancs, d’environ mm de diamètre.
La durée d’incubation varie entre 55 et . Les nouveau-nés ont une dossière presque ronde, olivâtre, portant des ocelles noirs cerclés de jaune clair et plusieurs lignes longitudinales de petits tubercules. Les jeunes peuvent grandir très vite, sans doute pour échapper aux prédateurs, et dans les élevages, les juvéniles de atteignent après une seule année d'engraissement.
Chez les tortues la température peut « forcer » la détermination du sexe. Une étude scientifique chinoise de 2019 laisse penser que l'embryons de P. sinensis dispose, durant un certain temps, d'un certain pouvoir de « choix » de sa destinée sexuelle, pouvoir qu'il exerce en se déplaçant vers une zone un peu plus chaude ou fraîche dans l'œuf. Chez cette espèce si tous les embryon peuvent se positionner dans un endroit de l'œuf où la température n’est ni trop chaude ni trop froide () pour eux, alors le sex-ratio sera à la naissance à peu près parfaitKatie Camero (2019) Turtle embryos may determine their own sex—by seeking the perfect temperature Science News ; 1er aout 2019. . Si cette hypothèse est confirmée chez d'autres espèces de tortues, ce comportement pourrait contribuer à sauver certaines espèces face au réchauffement climatique, au moins si la température ne monte pas trop, faute de quoi, il finirait par ne rester que des femelles qui ne seraient plus fécondées, ce qui condamnerait l'espèce. Bien que minuscules, les embryons se montrent déjà capables de détecter de petites différences de température et de s’installer dans la partie de l'œuf donnant la meilleure chance de survie.
Miction orale Des chercheurs de l'Université de Singapour ont montré que cette tortue excrète l'urée seulement à 6 % par le cloaque et à 94 % par la gueule en effectuant des mictions orales dans de l'eau, via la cavité buccale. Cette particularité est permise par la présence d'un transporteur d'urée débouchant dans la muqueuse buccale alors qu'il est habituellement exprimé dans les reins. La miction via la vessie et le cloaque est consommatrice d'eau. Cette faculté d'uriner par la bouche économise donc de l'eau, ce qui permet à la Trionyx de Chine de vivre dans des eaux de mauvaise qualité car elle a moins besoin d'en ingurgiter, ce qui limite l'exposition de son système digestif au manque d'eau et à la pollution. Elle peut aussi évoluer dans de l'eau salée sans compromettre son équilibre osmotique.
Croissance
La croissance de la tortue à carapace molle est relativement lente dans la nature. Par exemple, dans le bassin du Yangzi Jiang, la période d’hibernation peut durer six mois, parce que la température de l’eau est inférieure à . Il lui faudra 4-5 ans pour atteindre une taille commercialisable.
Mais dans des stations d’élevage où la température de l’eau est maintenue aux environs de , avec de l’eau et de la nourriture de bonne qualité, la croissance est rapide et l’animal peut atteindre la taille de , commercialisable, en 8 à 12 mois.
Habitats
Les tortues molles de Chine vivent en eaux douces à faible courant : rivières, lacs, étangs, toute pièce d’eau où poissons et crevettes sont disponibles. Elles sont de très bonnes nageuses. Elles peuvent monter sur la terre ferme pour se mettre au soleil ou pour pondre.
Répartition La trionyx de Chine a une large aire de répartition, s’étendant du nord au sud de l’Asie orientale
en Russie du sud-est (bassin de l'Oussouri et du fleuve Amour) dans les deux Corées en Chine dans les provinces du Anhui, du Fujian, du Gansu, du Guangdong, du Guangxi, du Guizhou, de Hainan, du Hebei, du Henan, à Hong Kong, du Hubei, du Hunan, du Jiangsu, du Jiangxi, du Shaanxi, du Shandong, du Shanxi, du Sichuan, du Yunnan et du Zhejiang ; à Taiwan ; au Japon dans les îles Honshū, Kyūshū et Shikoku. au Viêt Nam.
Elles ont été introduites et se sont naturalisées au Japon dans les îles Bonin et Nansei, en Thaïlande, en Malaisie, à Singapour, en Indonésie, au Timor oriental, aux Philippines, aux îles Mariannes du Nord, à Guam, à Hawaï et en Espagne (au Sud, dans les marais du Guadalquivir)..
En France, les individus présents dans le milieu naturel sont des animaux échappés de captivité ou relâchés volontairement. Cependant, contrairement à la Tortue de Floride, sa présence en milieu naturel est anecdotique et ne semble pas présenter de risque de naturalisation.. Toutefois, une population pourrait s'être établie dans le Lez.
Statut de conservation UICN
Dans la Liste rouge des espèces menacées de l'IUCN, Pelodiscus sinensis est classée .. On assiste à un déclin continu des populations sauvages.
Selon les chercheurs Shi haitao et al.. (2008), l'une des principales menaces à la survie des tortues asiatiques est la demande en Chine de tortues à des fins de consommation alimentaire et médicinale.
La nouvelle prospérité chinoise a réactivé les anciennes routes commerciales vers l’Asie comme les doigts d’une main, pour ramener vers le marché chinois une multitude d’espèces sauvages de tortues. On peut voir sur les marchés de produits frais, ces animaux vivants horriblement maltraités, attendant d’être vendus pour l’alimentation des hommes ou pour servir de remèdes à la médecine chinoise traditionnelle (James E. Barzyck.).
Élevage
La tortue molle Pelodiscus sinensis est l’espèce de tortue la plus communément élevée en Chine, au Japon et en Asie du Sud-Est.. Plus de 1500 méga-fermes d’élevage existent dans le sud de la Chine. Des fermes d’élevage de tortues molles existent aussi dans en Russie extrême-orientale, en Corée, au Timor (Indonésie), au Japon et en Thaïlande.
Les aliments pour tortues sont faits de poissons de faible valeur marchande, de crevettes, vers, escargots, de granulés ou de composition maison (mélange de son de riz, patate douce, tourteaux de soja et d’enzymes digestives).
Utilisations
Alimentaire thumb|Tortues molles vendues vivantes dans un magasin de ginseng de Seoul (marché de Namdaemun).
thumb|Suppon-nabe japonais, à base de tortue molle (Kyoto).