Henri le Despenser (vers 1341 – ) est un prélat anglais du . Il est évêque de Norwich à partir de 1370 et acquiert une certaine renommée en mettant fin à la Révolte des paysans en East Anglie en 1381. Despenser est en effet celui qui commande les troupes royales lors de la bataille de North Walsham à l'été 1381, affrontement qui scelle l'écrasement de la rébellion.

Pendant sa jeunesse, Despenser étudie à l'Université d'Oxford et occupe plusieurs postes au sein de l'Église. Il combat quelque temps en Italie avant d'être consacré évêque en 1370. Le Parlement d'Angleterre l'autorise en 1383 à mener une croisade en Flandre, qui est dirigée contre le comte Louis de Male, qui est soutien de l'antipape Clément VII. La croisade est censée défendre les intérêts économiques et politiques de l'Angleterre mais l'expédition est mal équipée et doit faire face à des dissensions au sein de son commandement. Après quelques succès initiaux, le siège d'Ypres tourne au désastre et oblige Despenser à rentrer en catastrophe en Angleterre. À son retour, l'évêque doit subir une procédure d'impeachment de la part du Parlement. Ses biens et possessions sont confisqués par le roi Richard II. Toutefois, ils lui sont rendus en 1385, et la même année, Despenser accompagne le roi vers le nord pour repousser une incursion française en Écosse.

Despenser est un administrateur énergique et efficace qui a défendu fermement son diocèse contre les idées des Lollards. En , il fait partie de ceux qui choisissent de rester fidèles à Richard II, après le débarquement d'Henri Bolingbroke dans le Yorkshire. Il est arrêté par Bolingbroke pour sa fidélité au roi. L'année suivante, il est impliqué dans le Soulèvement de l'Épiphanie, mais reçoit un pardon royal.

Famille et ascendance Henri le Despenser est le plus jeune fils d'Édouard le Despenser et d'Anne Ferrers., qui est la fille de William Ferrers, 1 baron Ferrers de Groby. Henri est né avant 1342, date à laquelle son père est tué à la bataille de MorlaixDNB (1900). Avec ses trois frères aînés, il lui est enseigné le métier des armes dès son plus jeune âge. Son frère aîné Édouard le Despenser, 1 baron le Despenser. gagne par la suite la réputation d'être le plus grand chevalier de son époque. Édouard et Henri combattent ensemble pour le pape Urbain V contre Milan en 1369. De manière étonnante, on ignore l'essentiel de la vie de leurs autres frères : Hugues combat à l'étranger et meurt à Padoue en , Thomas combat en France et meurt sans descendance en 1381.

La famille le Despenser a pour souche les seigneurs de Gomiécourt dans le Nord-Ouest de la France. Par ailleurs, la grand-mère paternelle d'Henri, Éléonore de Clare, est la petite-fille du roi d'Angleterre Édouard I.

L'arrière-grand-père, Hugues le Despenser l'Aîné, et le grand-père d'Henri, Hugues le Despenser le Jeune, sont tous deux des favoris du roi Édouard II. Hugues l'Aîné est un conseiller d'Édouard jusqu'à sa défaite militaire à Bannockburn en 1314, mais recouvre plus tard son influence. Son fils Hugues le Jeune est nommé chambellan en 1318 et devient progressivement le favori du roi. Les barons sont hostiles aux Despenser, en raison de leur richesse et de leur arrogance, et parviennent à les faire exiler en 1321The Project Gutenberg EBook of Encyclopædia Britannica, 11th Edition, Volume 8, Slice 2 On-line version. Leur sentence est rapidement révoquée et ils jouent un rôle important dans le gouvernement à partir de 1322. Ils sont finalement exécutés en 1326 lors de la rébellion baronniale conduite par la reine Isabelle de France.

En 1375, le neveu d'Henri le Despenser, Thomas, succède à son père Édouard. Il est capturé et exécuté en 1400 sur ordre d'Henri IV après avoir fomenté la restauration sur le trône de Richard II au cours du Soulèvement de l'Épiphanie.

Début de carrière En 1353, Henry devient chanoine de Llandaff"Henry de Exon 1353-?, By exch. with Geoffrey de Cornasano for a canonry with reservn. of preb. in Lanchester colleg. ch., co. Dur., 12 March 1353 (CPL. 11 482; see above p. 32)." (from: 'Canons of Llandaff', Fasti Ecclesiae Anglicanae 1300–1541: volume 11: The Welsh dioceses (Bangor, Llandaff, St Asaph, St Davids) (1965), pp. 32-34, compid=32454&strquery=llandaff On-line version Date accessed: 13 June 2010.. Un an plus tard, il est transféré à la cathédrale de Salisbury. À l'âge de 19 ans, en 1360, il devient recteur de Bosworth. En , il part étudier la loi civile à l'Université d'Oxford. Son ordination a lieu le . Le , Despenser est élevé au titre d'archidiacre de Llandaff. Le chroniqueur du John Capgrave nous informe que Henri le Despenser a passé quelque temps en Italie, où il a combattu au service du pape Urbain V contre les Visconti de Milan en 1369 : 'In this same tyme was Ser Herry Spenser a grete werrioure in Ytaile, or the tyme that he was promoted.' See Capgrave, 'The book of illustrious Henries' , On-line version

Évêque de Norwich En 1370, Despenser, alors chanoine de Salisbury, est nommé évêque de Norwich par une bulle papale datée du . Il est consacré à Rome le et retourne en Angleterre. Il reçoit de l'archevêque de Cantorbéry William Whittlesey les revenus de son siège le et les biens qui y sont attachés du roi Édouard III le suivantFasti ecclesiae Anglicanae, p.465.

Suppression de la Révolte des paysans

vignette|gauche|Le site de la bataille de North Walsham Au cours de la Révolte des paysans en 1381, les rebelles du Kent et de l'Essex marchent sur Londres. Une fois admis dans la capitale, ils s'empressent de s'emparer de la Tour de Londres. Le roi Richard II, qui a promis d'accepter les demandes des paysans, rencontrent les rebelles en dehors de la ville, où leur leader Wat Tyler est tué et la rébellion étouffée dans l'œuf. Le roi retire immédiatement les concessions qu'il a faites sous la pression.

La rébellion se répand rapidement dans toute l'Angleterre, notamment le diocèse de Norwich, où elle dure pendant deux semainesAn Historical Atlas of Norfolk. Le , un groupe de rebelles atteint Thetford, d'où part l'insurrection en direction du Norfolk et de The Fens. Au même moment, les rebelles, conduits par un teinturier local, Geoffrey Litster, se déplacent dans le nord-est du comté, où ils encouragent l'insurrection. Les jours suivants, les rebelles convergent vers Norwich, Lynn et Swaffham. Norwich, à ce moment-là une des plus grandes et puissantes villes de l'Angleterre, est prise et occupée par Litster et ses partisans. Les rebelles endommagent les propriétés et les possessions de leurs adversaires une fois dans la ville. Les rebelles de Norwich se rendent ensuite à Yarmouth, où ils saccagent les documents juridiques et les possessions des propriétaires terriens. D'autres insurgés poursuivent leur route dans le nord-est du Norfolk où ils détruisent des documents relatifs à la loi et aux taxes. D'autres incidents de pillage et d'extorsion ont lieu dans tout le comté.

Despenser est d'abord informé du soulèvement dans son diocèse alors qu'il se trouve en son manoir de Burley dans le Rutland, qui est situé à 100 miles à l'ouest de Norwich. Il se dépêche de retourner dans le Norfolk en transitant par Peterborough, Cambridge and Newmarket, accompagné d'une escorte de seulement huit lanciers et de quelques archers. Son armée ne cesse de croître en route et lorsqu'il arrive à North Walsham, il a sous ses ordres une force importante. À North Walsham, Despenser découvre que les rebelles se sont retranchés dans des fortifications de fortune. Selon le chroniqueur Thomas Walsingham, l'évêque de Norwich conduit lui-même l'assaut au cours de la bataille qui s'ensuit. Il se serait même mêlé au corps-à-corps. Les rebelles subissent d'énormes pertes. Beaucoup sont capturés, dont leur chef, qui est condamné à être exécuté sous la forme hanged, drawn and quartered. Henri le Despenser supervise personnellement l'exécution de Litster. Dans les mois qui suivent, il fait juger les autres rebelles de son diocèse. Cependant, la rigueur avec laquelle il a écrasé la rébellion le rend hautement impopulaire dans le Norfolk : dès l'année suivante, un complot est organisé afin de l'assassiner. La conspiration est toutefois trahie par un de ses membres, et les conspirateurs sont traduits devant les autorités du NorfolkKnighton, Chronicle.

Croisade de 1383

vignette|300px|Carte des Flandres et du nord de la France pendant la croisade de Norwich en 1383 Peu après son élection au trône pontifical en 1378, Urbain VI se voit contester par l'élection d'un pape rival, Clément VII en Avignon. Le Grand Schisme d'Occident cause ainsi une immense crise dans toute la chrétienté. Il sera finalement résolu au concile de Constance entre 1414 et 1418.

À l'automne 1382, la Flandre est envahie par le roi de France Charles VI. Philippe van Artevelde, chef des insurgés gantois, est tué à la bataille de Roosebeke et tout le comté doit se soumettre au roi de France, qui oblige toutes les villes de Flandre à reconnaître pour pape Clément VII. En réponse aux événements de Flandre, Urbain VI publie une bulle pontificale appelant à une croisade contre les partisans de Clément VII en Flandre. Il choisit Henri le Despenser pour mener cette expédition. Urbain accorde à Despenser des pouvoirs extraordinaires pour cette mission ainsi que des indulgences à quiconque y prendra part.

Les Communes et le roi Richard II se montrent enthousiastes à l'idée d'une croisade anglaise en Flandre, à la fois pour des raisons politiques et économiques. Tout d'abord, le droit d'étape pour l'exportation de la laine anglaise en Flandre, interrompu à la suite de l'invasion française, pourra reprendre. De plus, la croisade permettra d'éviter une expédition militaire coûteuse et impopulaire que prévoit Jean de Gand en Castille. Ainsi, les Français auront l'attention détournée de la péninsule ibérique. Enfin, les relations anglo-flamandes seront renforcées à la suite de la croisade. Ce qui a sans doute fait basculer les Communes en faveur de la croisade est le fait qu'elle est financée non pas par le gouvernement mais par l'Église : le Parlement cherche en effet à éviter un nouveau soulèvement populaire faisant suite à une taxation trop forte.

Le , Richard proclame le lancement de la croisade. Le même mois, l'évêque de Norwich et ses hommes prennent la croix à la cathédrale Saint-Paul. En , le Parlement, après avoir longuement hésité à donner le commandement de l'expédition à un ecclésiastique, accorde à Despenser les subsides que le roi avait réclamés en Walsingham, Hist. Angl. ii. 84. Le roi impose toutefois la condition que les croisés devront attendre l'arrivée de William de Beauchamp avant de commencer les opérations militaires en Flandre.

L'évêque émet des mandats pour la publication de la bulle d'Urbain VIWalsingham, Hist. Angl. ii. 78 et seq.; Knighton, p. 2673 et seq.Wilkins, Concil Magnæ Brit. iii. 176-8. L'expédition est ardemment secondée par des frères ainsi que des contributions provenant de toute l'Angleterre, mais surtout, selon Henry KnightonKnighton. p. 2671, grâce aux "riches dames d'Angleterre". Les Anglais débarquent à Calais en et s'empressent d'attaquer Gravelines, alors aux mains des Français. Gravelines, Dunkerque et les villes avoisinantes (dont Bourbourg, Bergues, Poperinge et Nieuport) tombent rapidement aux mains des croisés. Le , les croisés mettent en fuite une armée franco-flamande sous le commandement du comte Louis II de Flandre, après un bref engagement près de DunkerqueWestminster Chronicle On-line version .Knighton On-line version .. Despenser est ensuite persuadé par son entourage d'assiéger Ypres, siège qui va se révéler être le tournant décisif de la croisade. L'évêque est réticent à l'idée d'attaquer la ville mais ses alliés gantois et certains de ses officiers insistent pour que Ypres soit prise.

vignette|200px|Ypres pendant le siège mené par Henri le Despenser. Cette illustration, qui est une reproduction d'une gravure de 1610, montre l'évolution du siège.