vignette| peint par Hyacinthe Rigaud en 1715. Le roi n'a alors que cinq ans.
La Régence, dans l’histoire du royaume de France, est la période de régence instaurée à la mort de () à cause du trop jeune âge de son héritier désigné, , qui n’a que et . Cette période est remarquable par son progressisme, mais la crédibilité de l’État est affaiblie. La Régence se termine officiellement à la majorité de ( et ) le , mais une « régence politique » se poursuit.
Cette période est marquée par la prise du pouvoir par Philippe, duc d’Orléans, prince du sang, au détriment de Louis-Auguste, duc du Maine, fils légitimé de feu le roi, ce qui entraîne une certaine agitation de Cour ; par l’entente et le partage du pouvoir absolu entre régent, haute noblesse et parlementaires ; par le système innovant, mais finalement décevant de la polysynodie ; et enfin par le « système de Law », sa réussite à assainir les finances de l’État, mais son effondrement final. On peut aussi noter l’audace maritime mais trop peu soutenue, l’action du cardinal Dubois, ainsi que les débuts du futur cardinal de Fleury.
Histoire Événements précédents thumb|Philippe, fils de France, proclamé roi d’Espagne par son grand-père Louis XIV. thumb|Le roi Louis XIV entouré de ses trois héritiers et de la duchesse de Ventadour. thumb|Le duc du Maine. : Philippe de France, duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, devient roi d’Espagne sous le nom de Philippe V. Ses droits au trône de France lui sont conservés ce qui entraîne la guerre de Succession d'Espagne. 1709 : malgré les défaites de ses armées, Louis XIV illustre la prospérité de sa maison en se faisant peindre entouré de ses héritiers directs : son fils, le dauphin, son petit-fils, le duc de Bourgogne et son arrière-petit-fils, le duc de Bretagne. C’est une situation exceptionnelle qu’un souverain puisse contempler ses trois prochains successeurs. , naissance d’un second arrière-petit-fils du roi à qui est donné l’ancien titre de son oncle le roi d’Espagne « duc d’Anjou », signifiant la volonté du roi de conserver la couronne espagnole dans sa maison. : le dauphin Louis de France (1661-1711), fils de Louis XIV, meurt. Son fils aîné, le duc de Bourgogne, devient dauphin.
: le dauphin Louis de France (1682-1712), petit-fils de Louis XIV, meurt à son tour, (huit jours après son épouse. Leur fils, le duc de Bretagne, devient dauphin. : le dauphin Louis de France (1707-1712) meurt également à son tour. Son frère, le duc d’Anjou devient dauphin. C’est un enfant de , de complexion fragile et l’on craint à chaque instant pour sa vie.
: traité de Rastatt qui met fin à la guerre de succession d’Espagne. Philippe V conserve son trône espagnol mais doit renoncer à ses droits au trône de France. La France et l’Espagne s’engagent à ce que les deux couronnes ne soient jamais réunies. Troisième petit-fils du roi, le duc de Berry devient l'héritier en second du trône de France. Cependant Philippe V d'Espagne a deux fils (7 et ) qui pourraient revendiquer la couronne de France. : le duc de Berry meurt sans postérité. Louis XIV a . Considérant le dauphin qui n’a que quatre ans, il se lamente : . Si l'on excepte les princes Espagnols, le duc d'Orléans, neveu du roi, devient héritier en second du trône de France. : déclaration royale qui fait du duc du Maine et du comte de Toulouse, fils légitimés du roi, des princes du sang aptes à succéder au trône en cas d’extinction des branches légitimes de la famille royale.
: Louis XIV meurt. Son testament affirme qu'en attendant que le dauphin, futur Louis XV, devienne majeur pour régner (1723), le duc du Maine, bâtard légitimé, exercera le pouvoir réel (« régence »), tandis qu'au duc d’Orléans, revient la charge, purement honorifique, de « président du conseil de régence ».
Prise de pouvoir 150px|left|thumb|Philippe, duc d’Orléans.
, le Parlement de Paris casse le testament de Louis XIV et attribue à Philippe d’Orléans la régence pleine et entière durant la minorité du jeune Louis XV. , une déclaration royale est publiée, indiquant que la régence est assurée au duc d'Orléans. , il restitue au parlement son droit de remontrance avant l’enregistrement des édits.
Dès , le Régent organise le déménagement du roi et de la Cour d'abord à Vincennes puis, rapidement, à Paris, qui redevient donc la capitale politique de la France. Le roi enfant Louis XV et sa Cour sont installés au palais des Tuileries.
Le , la polysynodie est mise en place, Philippe d’Orléans est régent, les parlementaires ont un pouvoir accru et les ministres du roi sont remplacés par des Conseils (« synodie ») dans lesquels la haute noblesse participe à la vie politique.
La Régence Désormais nommé « monseigneur le régent », le duc d’Orléans procède à bon nombre de changements politiques — lois et choix politiques —, ces actions principales étant : la modification des alliances, avec l'abandon de l’Espagne pour l’Angleterre, la mise en place du système de Law améliorant la situation des dettes de l’État, l'augmentation des libertés et légitimation du Parlement, l'écriture de lois religieuses (jansénisme, etc.).
Les premières années de la Régence Le Parlement de Paris a profité de son pouvoir à casser le testament pour se mettre en valeur. En se montrant docile à la volonté de Philippe d'Orléans, il a acquis des droits sur lui.
Mise en place de la Régence, les figures principales Philippe, duc D’Orléans. Cardinal Dubois.
Éducation du roi Le roi étant un enfant de , il faut l'éduquer. Cette tâche incombe à trois personnes : le gouverneur, François de Neufville de Villeroy, Maréchal de France, Chevalier de l' Ordre royal et militaire de Saint-Louis 71 ans, qui s'occupe de l'éducation physique et militaire ; la gouvernante, Charlotte de La Mothe-Houdancourt, duchesse de Ventadour ; 61 ans; André Hercule de Fleury, évêque de Fréjus, 62 ans, qui s'occupe des disciplines de l'esprit.
Le roi étudie le matin et le soir. L'après-midi est réservée aux sorties et aux divertissements.
Fleury fait appel à des savants tels que le géographe Delisle ou le mathématicien Chevallier. L'éducation s'occupe majoritairement des sciences exactes et naturelles.
La période « libérale » de la Régence (septembre 1715-septembre 1718) : la Polysynodie
Organisation de la Polysynodie gauche|vignette|L'heureux commencement du règne de Louis XV, Roy de France et de Navarre par la régence de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans et l'établissement des Conseils. Sept conseils ont pour tâche de simplifier le travail du Conseil de Régence, présidé par le Régent lui-même : le Conseil de conscience (affaires morales et religieuses), présidé par le cardinal de Noailles, le Conseil des affaires étrangères, présidé par le maréchal d'Huxelles, le Conseil de la guerre présidé par le maréchal de Villars, le Conseil de finances, ayant pour chef le maréchal de Villeroy et pour président le duc de Noailles, le Conseil des affaires du dedans du Royaume, présidé par le duc d'Antin, le Conseil de la Marine, présidé par le comte de Toulouse, le Conseil du commerce (), présidé par le maréchal de Villeroy et en fait dirigé par Michel-Jean Amelot de Gournay.
Disparition de la Polysynodie Philippe d'Orléans supprime la polysynodie le . Elle était l'objet de critiques et, au cours de l'année 1718, l'activité des différents conseils décline, les conflits entre les conseillers se multiplient et ceux issus de la noblesse d'épée y manifestent leur opposition à la politique menée par le Régent. Ce dernier revient donc au système des secrétaires d'État.
Les finances publiques et l’expérience de Law (1716-1720) Finances publiques À la mort de Louis XIV, le Trésor est vide et les revenus des deux années suivantes sont déjà dépensés. La dette publique s'élève à 2,8 milliards de livres, un record, pour 69 millions de recettes contre 132 millions de dépenses annuelles. Sans toutefois convoquer l'assemblée des états généraux alors que la suggestion lui en est faite, le régent encourage la recherche de trésorerie, au moment où, sur les marchés boursiers d'Amsterdam, Londres et Genève, le crédit de la France est boudé. Cette « fièvre » pousse le pouvoir à prendre des décisions pour le moins arbitrairesThierry Claeys, Les Institutions financières en France au , tome 1, Paris, Kronos, éditions SPM, 2012, ..
L'idée principale repose sur un constat simple : il faut raréfier coûte que coûte les papiers d’État. Le régent va donc être assisté pour cette entreprise par un conseil des finances. Le , un arrêt du conseil oblige « les traitants, sous-traitants et autres gens d'affaires, de rendre compte de leurs géries »Jean Buvat, Journal de la Régence, vol. 1 édité par Émile Compardon, Paris, Plon, 1865.. Cet édit vise les traitants et partisans chargés en province depuis 1687 de récolter diverses taxes et qui étaient censés en verser le produit, ou du moins l'avance, au roi. En décembre, le louis d'or de 1709 est coté officiellement à 20 livresContre 14 livres auparavant : l’État encaisse ainsi 6 livres par louis échangé (source : La banqueroute de Law - Trente journées qui ont fait la France par Edgar Faure, Gallimard, 1977).. En , un édit autorise l'opération du visa, à savoir l'inventaire de tous les détenteurs de papiers d’État et réduit les revenus issus des rentes, le taux d'intérêt divisé par deux. Dans la foulée, l'intendant des finances Charles-Henri Malon de Bercy (1678-1742) est démis de ses fonctions, ainsi que deux contrôleurs, Pontchartrain et Desmarets. Le , le Régent et d'Argenson présentent les modalités concernant les taxes. Entretemps, la Chambre de justice, créée le , qui encourage la dénonciation, s'organise pour qu'en avril, à Paris et en province, plusieurs centaines de fortunes soient inventoriées et taxées. Plusieurs commis sont fortement condamnés, leurs biens confisqués, pour malversations, concussion avec l'ennemi et enrichissement personnel, tels que Paparel (qui fit grand bruit), Dumoulin, Penot, Chartier, etc. Le Peletier des Forts est arrêté en novembre, suivi de dix-neuf autres interpellations, du jamais vu. Le Régent réussit à éviter aux banquiers Antoine Crozat, Samuel Bernard et les frères Pâris, ainsi qu'au duc de Bourbon une telle infamie, et ceux-ci payèrent. L’État espérait, dans un premier temps, récupérer près de 150 millions, afin d'honorer le service de la dette, puis de réduire de moitié le montant des créances. Il y eut en tout taxées, la plus grosse part revenant à Crozat qui versa 6,6 millions. Le Conseil des finances voulut réorganiser la taille sur une base proportionnelle mais les discussions s'enlisèrent. La banqueroute se profilait. La Chambre de justice fut dissoute en .
On libéralisa aussi les jeux d’argent, en même temps que la finance spéculative et les cabarets, qui prolifèrent en se diversifiant. L’État royal, qui en est le maître, les multiplie pour son propre compte tout en autorisant de nombreuses loteries privées, charitables ou de commerce, car il voit le profit qu’il peut en tirer« Les jeux d’argent » par Jean-CLaude Lavigne, in Revue d'éthique et de théologie morale, Édition du Cerf, 2010, 262..
Système de Law left|thumb|Monsieur "Lass" de Lauriston. thumb|Caricature de John Law (1720).
Au cours de l'année 1716, le Régent prête également l’oreille aux propositions séduisantes de l’Écossais John Law. Law avait conçu un système hardi. Un pays, disait-il en substance, est d’autant plus riche qu’il fait plus de commerce. Or le commerce dépend de l’abondance de la monnaie et de la rapidité de sa circulation. La monnaie n’étant qu’un instrument d’échange des marchandises, sa nature importe peu. Il n’est pas nécessaire de recourir à l’or et à l’argent, métaux rares dont beaucoup de pays sont dépourvus. La monnaie la plus commode est la monnaie de papier qui se fabrique et se transporte facilement.