vignette|Le judaisme associe le bonheur à l'idée de paradis perdu, depuis qu'Adam et Ève en ont été chassés pour avoir désobéi à Dieu.Le Paradis, peinture de Jérôme Bosch (vers 1500). vignette|Le christianisme, fondé sur l'idée que Dieu s'incarne en l'homme, répand un message selon lequel le bonheur est possible sur Terre dès lors que l'homme n'oublie pas Dieu.Le Christ enseignant les béatitudes, peinture de James Tissot (fin ). vignette|À partir du se développe l'amour courtois : l'idée de plaisir, longtemps écartée par le christianisme, est peu à peu réintégrée dans la notion de bonheur.Miniature tirée du récit du Roman de la Rose (v. 1430). vignette|Au , le bonheur devient une « idée neuve », à savoir une valeur bourgeoise.La famille en est une métaphore parmi beaucoup d'autres.Le Vrai Bonheur, peinture de Jean-Michel Moreau. vignette|Au , la révolution industrielle a incité Karl Marx à poser la question : « peut-on être heureux au travail ? »Charlie Chaplin dans son film Les Temps modernes (1936).

Le bonheur est, au sens courantDéfinition introductive élaborée à partir de celles du Centre national de ressources textuelles et lexicale (CNRTL), de Dicophilo, du Larousse et du Littré., un émotionnel agréableLittré - « bonheur », définition dans le dictionnaire Littré - « État heureux, état de pleine satisfaction et de jouissance », équilibré et durable« Bonheur », Dicophilo : dans lequel se trouve quelqu'un qui estime être parvenu à la satisfactionLarousse - Bonheur : « Nom masculin. (de bon et heur) État de complète satisfaction ». des aspirations et désirs qu'il juge importantsCentre National de Ressources Textuelles et Lexicale (CNRTL) - Bonheur - Définition B - « État essentiellement moral atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement harmonieux de sa personnalité. ». Il perçoit alors sa propre situation de manière positive et ressent un sentiment de plénitude et de sérénité, d'où le stress, l'inquiétude et le trouble sont absents. Cette impression ressentie est indispensable à la survie des mammifèresInserm - Les récepteurs centraux de la sérotonine (1993) - Michel Hamon et Henri Golan : « La sérotonine ou 5-hydroxytryptamine (5-HT), initialement identifiée au niveau périphérique (elle est très abondante dans les cellules entérochromaffines de l'intestin et dans les plaquettes sanguines), a été mise en évidence dans le système nerveux central (SNC) des mammifères il y a une quarantaine d'années. Très vite, la démonstration de l'hétérogénéité de la distribution de la 5-HT au niveau cérébral a conduit à suggérer que cette amine y jouait le rôle de neuromédiateur... Il est aujourd'hui clairement établi que les neurones qui synthétisent et libèrent la 5-HT (les neurones sérotoninergiques) participent au contrôle de nombreuses fonctions centrales telles que le rythme veille/sommeil, la prise alimentaire, la nociception, la thermorégulation, l'activité sexuelle ». Le bonheur ne doit pas être confondu avec la sensation passagère de plaisir, mais représente au contraire un état d', agréable, qui dure dans le temps.

Le bonheur a été étudié en biologie, en psychologie, en sociologie ainsi qu'en philosophie. La plupart des courants philosophiques occidentaux succédant à Socrate sont des eudémonismes, des doctrines visant à atteindre et à maintenir l'état de bonheur. Cette recherche du bonheur individuel en philosophie se renforce encore de manière significative avec l'apparition de l'épicurisme et du stoïcisme. Ces deux grands mouvements philosophiques s'attardent et s'opposent notamment sur le lien existant entre plaisir et bonheur.

Histoire La notion de bonheur traverse toute la pensée occidentale depuis Socrate (), mais elle évolue sensiblement au fil du temps.

On peut distinguer quatre grandes phases.

Durant l'Antiquité les philosophes grecs (principalement Platon, Aristote et Épicure) puis romains (dont Cicéron et Sénèque), s'interrogent sur les conditions qui relient ou au contraire opposent le bonheur (durable) et le plaisir (passager) ainsi que les circonstances requises pour que le bonheur ne soit pas seulement une expérience individuelle mais aussi collective.

Le judaïsme puis le christianisme promeuvent l'idée qu'il n'est de bonheur absolu qu'au Paradis, duquel ont été chassés Adam et Ève, mais les deux religions stipulent qu'ici-bas, l'homme peut vivre dans lAlliance en s'entretenant avec Dieu par la prière et en agissant de sorte à le servir. Alors qu'en Grèce le débat sur le bonheur se limitait à quelques philosophes, l'Église s'assigne pendant tout le Moyen Âge la tâche de propager cette idée de béatitude (euangélion, évangile, signifie « bonne nouvelle »).

La fin du Moyen Âge () constitue une période de synthèse entre la philosophie grecque et le christianisme : sous l'influence de différents penseurs particulièrement attentifs à la pensée d'Aristote, notamment Thomas d'Aquin et Boèce de Dacie puis Dante Alighieri, la philosophie (qui n'était que la « servante de la théologie ») prend son autonomie. Et à la vita contemplativa, tournée vers Dieu, elle oppose désormais la vita activa, centrée sur les activités matérielles* Christian Trottmann, Vita activa, vita contemplativa : enjeux pour le Moyen Âge, Mélanges de l'école française de Rome , 2005, . tandis qu'à la même époque se développe l'amour courtois : les béatitudes chrétiennes sont ainsi peu à peu complétées par une nouvelle forme de bonheur, réintégrant la notion de plaisir, que le christianisme avait jusqu'alors délaissée.

Avec les temps modernes, dont la naissance coïncide avec la découverte de l'Amérique et les débuts de la colonisation, le monde cesse d'être associé au mythe de la création divine. Et quand avec Machiavel la philosophie politique prend son essor, que le commerce international et le capitalisme se développent et que la vita activa prend toujours plus de place par rapport à la vita contemplativa, quand enfin, avec les progrès de l'imprimerie, les idées circulent davantage, la question du bonheur n'est plus seulement l'affaire de quelques intellectuels mais s'ancre dans les mentalités.

Dès lors, la question du bonheur à la fois s'étoffe et se diversifie, évoluant le plus souvent dans le sens d'un matérialisme affirmé, parfois même revendiqué.

Au , les premiers intellectuels humanistes (Érasme, Thomas More, Machiavel, Montaigne...) s'intéressent à la façon dont les humains, sans se référer à la religion, réfléchissent à leur manière d'appréhender le monde (par la raison ou la sensibilité) et d'y évoluer dans les meilleures conditions.

Au , notamment avec Pascal et Spinoza, la philosophie morale émerge et prend ses distances avec l'éthique chrétienne. Les penseurs occidentaux s'attachent à élaborer des doctrines visant à définir l'état de bonheur et préconiser les voies pour l'atteindre.

À la fin du , « le bonheur est une idée neuve en Europe » (Saint-Just) au sens où le concept est totalement sécularisé et où se pose la question du « bonheur collectif ». La démocratie est alors pensée comme un moyen de l'atteindre par l'intermédiaire d'hommes politiques, les « élus », et plus globalement l'État, qui occupe dans l'imaginaire collectif une place de plus en plus comparable à celle qu'occupait l'Église jusqu'alors (on parlera plus tard d’État-providence). À la même époque, l’épanchement du sensualisme et la mise en honneur de la sensibilité en général coïncident avec l’élaboration d’une « morale et une politique naturelles fondées sur le bonheur et l'émancipation de l'homme »Josiane Boulad-Ayoub, « Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre... », Études françaises, volume 25, numéro 2-3, automne 1989, (lire en ligne)..

Durant la seconde moitié du , Marx et Nietzsche désignent chacun « le bonheur » comme un concept occultant des réalités essentielles : d'une part les inégalités sociales (Marx), d'autre part le fait que les humains endossent une lourde responsabilité morale depuis qu'ils affirment que « Dieu est mort » (Nietzsche). Pour le premier, le bonheur est une valeur bourgeoise, qu'il faut transformer en Franck Fischbach, Le bonheur est une question politique, France Culture, 25 avril 2017., plus exactement en facteur d’émancipation politiquePaul B. Preciado, Avec Marx, le bonheur est émancipation politique, Libération, 21 octobre 2016.. Pour le second, le bonheur consiste en qui pousse l'homme à accueillir avec joie tout ce qui advient, même le malheurLe bonheur chez Nietzsche, Le philosophe heureux..

Au , la psychologie et la sociologie prennent le relai de la philosophie mais, après les ravages causés par les deux Guerres mondiales et la découverte des camps d'extermination, elles peinent à conceptualiser la question du bonheur. On parle alors de paix et de droits de l'homme. Selon la psychanalyse, ce qu'on entend généralement par « bonheur » résulte d'une volonté inconsciente et fébrile d'assouvir ses désirs, au point de considérer ceux-ci comme des besoins. Quand les pays industrialisés sont gagnés par le consumérisme et la multiplication des loisirs, la publicité devient un moyen d'attiser ces désirs et de propager l'idée que le bonheur se réduit à une simple question de confort matériel. Émerge alors le courant de la pensée positive : les arguments se multiplient, visant à démontrer que quiconque, à force de volonté, peut trouver en lui-même les ressources nécessaires pour conjurer tous les désagréments. On parle alors d'estime de soi, de développement personnel, de résilience… Pour ceux dont la volonté ne suffit pas, les neurobiologistes étudient les relations chimiques à l'œuvre dans le cerveau de façon à concevoir des traitements médicamenteux leur permettant de lutter contre des pathologies liées à la « vie moderne » : stress, burn out, dépression…

Au début du , le nombre de livres sur le bonheur explose (voir la bibliographie) : non seulement en philosophie mais dans le domaine du management et chez d'innombrables « marchands de bonheur »Virginie Spies, Télévision, presse people : les marchands de bonheur, De Boeck, 2008., au point que certains voient dans ce phénomène l'émergence d'une « industrie »Eva Illouz et Edgar Cabanas, Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, 2018. et d'une « économie du bonheur ». Le thème du bonheur est partout : les Nations unies proclament la « Journée mondiale du bonheur », le Bhoutan institue le « Bonheur intérieur brut », les Émirats arabes unis créent un « ministère du bonheur », les grandes entreprises instaurent la fonction de « responsable du bonheur », certains scientifiques entreprennent de « mesurer le bonheur »Francesco et Luigi Luca Cavalli-Sforza, La science du bonheur. Les raisons et les valeurs de notre vie, Odile Jacob, 1998.… et l'on trouve même des militants de la décroissance défendre le principe d'une « sobriété heureuse ». La notion de bonheur est essentiellement mise en relation avec les conditions de travail : en janvier 2020, un sondage révèle que 82% des salariés estiment que l'entreprise est responsable de leur bonheur, selon un sondage, Le Figaro, 21 janvier 2020..

Rémy Pawin : Le bonheur, objet d’histoire, Le Café pédagogique, ..

Définitions du concept Étymologie Le mot bonheur dérive de deux mots latins, bonum et augurum, qui se sont lentement transformés en « bon eür » en ancien français. bonum signifie « bon », « positif », « favorable » ; augurum est celui qui observe et interprète les auspices, qui devient l'« heur » en français, désignant le fait d'un hasard, d'une chance.

Le mot « bonheur » renvoie donc à l'idée d'un état de contentement non seulement durable, permanent, mais pouvant aller croissant. Inversement, le malheur est une carence de chance et donc un manque de contentement.

En anglais, le mot vient du nordique hap qui signifie « la chance ».