L'hôpital civil de Strasbourg est le site principal et historique des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le centre hospitalier universitaire (CHU) de la ville de Strasbourg. La première trace écrite de l'hôpital date de 1143 et situe sa fondation en 1119. C'est à l'origine un hôpital pavillonnaire qui comportera 45 bâtiments répartis sur . au sud du centre de la ville de Strasbourg, et il le restera jusqu'à l'inauguration du "Nouvel Hôpital Civil" (NHC) en mars 2008, un hôpital-bloc ou monobloc qui réunit désormais une grande partie des services de l'ancien hôpital auparavant dispersés. Il possède depuis une capacité de 968 lits et 197 places. On trouve toujours dans l'enceinte de l'hôpital civil plusieurs bâtiments historiques ayant marqué l'histoire de la ville de Strasbourg, dont l'ancienne pharmacie ou encore la cave historique des hospices de Strasbourg, datant plus de 700 ans.
Historique Le premier hôpital
La création d'un premier hôpital à Strasbourg daterait du . Selon une légende, il aurait été fondé dans le « Strateburgum » (ancienne dénomination de Strasbourg) dès 657 par le Duc d'Alsace Etichon-Adalric d'Alsace, père de sainte Odile Essai historique et moral sur la pauvreté des nations par François Emmanuel Fodéré. 1825 .
Un document conservé aux archives municipales de la ville de Strasbourg datant de 1143, la charte de l'évêque Burcard, situe sa fondation en 1119. Cet hôpital était sis à côté de la cathédrale de Strasbourg, rue du Vieil Hôpital. Cet hôpital restait cependant une institution religieuse chargée des soins, plutôt spirituels que corporels, des malades et des mendiants.
Le deuxième hôpital
L'air devenant nauséabond à la suite des épidémies de peste et de la famine qui décimaient la population de Strasbourg entre 1313 et 1316, l'hôpital fut transféré hors de l'enceinte de la ville près de la porte qui s'appelle « porte de l'Hôpital ». Étant hors des murs de la ville, il sera ensuite démoli (pour que l'ennemi ne l'utilise pas) vers la fin 1392-1393 au cours des combats entre les soutiens des différents compétiteurs à la succession de l'évêque Frédéric de Blankenheim"Un double-gros de Frédéric de Blankenheim, évêque d'Utrecht (1393-1423)", revue suisse de numismatique, 1905..
À la suite de cette destruction, les malades sont soignés dans les locaux du « Stalhof » et du « Herrenstall » au Finkwiller et cela jusqu'à ce que l'hôpital soit installé dans ses propres locaux en 1398. Locaux se situant sur le terrain qu'occupe encore aujourd'hui l'hôpital. Dès leur création, vers 1395, la cave des Hospices participe à l'autosuffisance alimentaire de cette institution caritative, lui permettant de vivre en autarcie. En effet, à cette époque, en plus des malades, des pauvres et des personnes âgées (pensionnaires jusqu'à la fin de leurs jours), les religieux proposent aussi le gîte et le couvert aux pèlerins.
En 1428, une chapelle spécifique à l'hôpital est achevée.
À partir de 1555, seuls les bourgeois peuvent être admis comme pensionnaires.
Une boulangerie spécifique est ouverte en 1572.
Dès 1604, une voiture ambulance à cheval entre en service pour chercher, jour et nuit, les malades et les blessés sur la voie publique.
Le , une laveuse déclenche un incendie dans la chambre des copeaux. Le feu s'étend de façon incontrôlable et tout l'édifice principal part en cendres. Seuls l'économat, la chancellerie, la boulangerie, les écuries et enfin la cave pourront être sauvés. En 1718, les travaux de reconstruction commencent par l'actuel bâtiment principal de la direction générale.
Le un décret du Conseil des Treize institue des leçons pratiques à l'hôpital pour les étudiants de la faculté de médecine. Le professeur de pathologie Jean-Jacques Sachs obtient alors du Magistrat des lits pour instruire ses étudiants à l'hôpital civil. La clinique trouve son entrée dans les modalités d'enseignement pratique.
En 1734, le Magistrat de la ville crée la première école de sages-femmes.
De nouveaux bâtiments sont construits en 1840-1841 vers l'actuel quai Saint-Nicolas.
Strasbourg, capitale du Reichsland d'Alsace-Lorraine
À la suite de la guerre de 1870, Strasbourg devient allemande. Afin d'affirmer le rayonnement intellectuel et scientifique allemand, les autorités recrutent et mettent en chantier un vaste ensemble de nouvelles constructions qui deviendront des « instituts » de la faculté de médecine de Strasbourg (anatomie, anatomie-pathologique et histologie ; physiologie ; pharmacologie ; biophysique ; chimie biologique, hygiène et bactériologie) et des « cliniques » de l'hôpital de Strasbourg. Une nouvelle convention, datée du , entre l’université et l’hôpital fixe les conditions matérielles et de maintenance des cliniques. Ainsi l’hôpital paye pour la maintenance (chauffage, éclairage, gaz, eau…) et l’université paye annuellement la partie qui lui revient. Entre 1881 et 1914, plus d'une dizaine de cliniques et services sont aussi mis en place : 1881, mise en service de la clinique chirurgicale A ; 1885, mise en service de la clinique psychiatrique ; 1887, mise en service de la clinique gynécologique et obstétricale ; 1891, mise en service de la clinique ophtalmologique ; 1901, mise en service de la clinique médicale A ; 1902, création d’une clinique dentaire scolaire Histoire de la Faculté Dentaire de Strasbourg sur le site de la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg. ; 1910, mise en service de la clinique infantile (en allemand : Kinderklinik) ; 1911, mise en service de la maternité ; 1912, mise en service de la clinique neurologique et du service central de radiologie et de physiothérapie ; 1914, mise en service de la clinique médicale B et de la clinique chirurgicale B.
Les allemands mettent en place un système qui préfigure les centres hospitalo-universitaires, notamment la présence de médecins universitaires à temps plein dans les services.
L'entre-deux-guerres
En 1919, l'Alsace-Lorraine retourne à la France. L’université de Strasbourg est inaugurée le , la faculté de médecine prend la place de l’ex faculté allemande, prenant aussi le contrôle des instituts et cliniques. L’université de Strasbourg suit ainsi le point de vue du Président de la république française Raymond Poincaré selon lequel les universités doivent s’adapter aux singularités locales, point de vue soutenu aussi par le Directeur de l’enseignement supérieur Alfred Coville. Cependant la séparation entre locaux de la faculté et de l’hôpital n’est pas évidente du fait d’un grand enchevêtrement entre les deux, autant au point de vue physique, que financier. Weiss reconnaît en 1919 que la conservation de l’organisation allemande est favorable à l’embauche de personnel d’élite et donne une impulsion à la recherche dans la nouvellement fondée facultéTricia Close Koenig, Entre science et service : production et commercialisation de la connaissance dans un laboratoire de la Faculté de Médecine de Strasbourg (mi- - 1939), thèse de doctorat, histoire et épistémologie des sciences et des techniques, université de Strasbourg, 2011..
En 1919, le ‘’laboratoire régional de bactériologie’’, contrôlé par le ministère de l’Hygiène, est installé dans les locaux de l’institut d’hygiène et de bactériologie.
En 1920 le commissaire général de la république de Strasbourg met en place une commission technique consultative pour mettre en place une convention entre université et hôpital, et de liquider les dettes en cours. Devant la complexité des relations, il est décidé que l’État paye une somme fixe à l’hôpital pour l’entretien des locaux d’enseignement de la faculté (ce qui comprend les soins médicaux des employés, l’eau, électricité, le gaz et la maintenance des routes) et l’hôpital prend en charge les huit services dont il partage l’usage (médicale A, chirurgicale A, gynécologie et obstétrique, ancienne dermatologie, ophtalmologie, neurologie, psychiatrie et ORL). L’hôpital prend donc en charge (salaires, chauffage, éclairage, électricité, eau) ces huit services, les autres (médicale B, chirurgicale B, nouvelle dermatologie, infantile), dans lesquelles la faculté de médecine assure l’enseignement, restant à la charge de l’université. Cette convention exclut la maternité et le service de maladies chroniques, des services spécifiques de l’hôpital, la clinique dentaire et les instituts scientifiques spécifiques de la faculté. Entre 1922 et 1924, une série de conventions de cinq ans est signée entre l’hôpital de Strasbourg, financé par la ville de Strasbourg, et le ministère de l’Instruction publique qui est chargé du financement des universités françaises1922 Convention Casier 50/1 AHUS. La difficulté d’appliquer des conventions de 1922-1924 entraîne une forte tension entre faculté et hôpital et des fréquents contrôles de la part du ministère des Finances (11 rapports et mémoires entre 1920 et 1939). Le sommet de cette tension conduit à un renoncement aux conventions par l’hôpital en 1926, ce qui conduit à un non-paiement des frais de maintenance pendant les 8 années suivantes.
Le développement de l'hôpital continue aussi avec la mise en service en 1928 de l'institut d'histologie et en 1930 de la nouvelle clinique ORL, de l'institut d'hygiène et de bactériologie, ainsi que de la nouvelle clinique dermatologique.
À la suite des impayés des conventions université-hôpital, la Cour des comptes lance, en 1934, une expertise financière des laboratoires des instituts d’anatomie pathologique et de la clinique médicale B, ainsi que de la chaire d’hydrologie thérapeutique et de climatologie pour la période 1924 à 1934. Le , les Hospices civils de Strasbourg et la faculté de médecine signent une nouvelle convention. Cette convention retransférait toutes les cliniques sous le contrôle de l’hôpital de Strasbourg, mais les laboratoires des cliniques et les instituts scientifiques restent sous le contrôle de la faculté. L’hôpital ne possédant pas de laboratoires est alors obligé de sous-traiter, en général contre financementProf. Rohmer (CI Infant) à , 21 février 1936. Dossier concernant le tarif des examens des laboratoires. Casier 153F. AHUS, les analyses médicales aux laboratoires de la faculté. Ces laboratoires, appelés ‘’laboratoires conventionnés’’, proposent leurs services aussi bien à l’hôpital public qu’au secteur privé. Cependant la situation financière reste encore assez confuse comme le montre le contrôle suivant de la cour des comptes en 1937.
L'année 1936 verra la mise en service d'un centre de lutte contre le cancer.
En 1939 l'histologie et de l'ophtalmologie sont ouverts à l'Enseignement public.
Après la déclaration de guerre de 1939, la ville de Strasbourg est déclarée zone militaire par l'État-major français et évacuée d'office. La faculté de médecine de Strasbourg, avec ses instituts, ses cliniques, et tout leur matériel (bibliothèques, instruments, chaises, tables, lits des malades…) rejoint donc l'école de médecine de Clermont-Ferrand. Les hospices civils sont évacués principalement dans la cité-sanitaire de Clairevivre dans la région de Salagnac. Ils y restent de à . Ils n'existent plus à Strasbourg et les seuls médecins qui sont dans la ville s'occupent des quelques "Équipes Civiles" ayant pour mission de patrouiller autour des blocs d'immeubles pour empêcher le pillage.
La Seconde Guerre mondiale