Dans le folklore de Belgique et des Hauts-de-France, le géant est une figure de grande taille qui représente un être fictif ou réel. Hérité de rites médiévaux, la tradition veut qu’il soit porté, et qu’il danse dans les rues les jours de carnavals, braderies, kermesses, ducasses et autres fêtes.
Sa physionomie et sa taille sont variables, et son appellation varie selon les régions. En flamand, le géant est connu sous le nom de « Reuze » (du féminin en flamand, mais en français le mot est employé au masculin), et sous le nom de « Gayant » en picard chti.
Créé par un groupe de personnes qui partagent des valeurs communes, le géant est un symbole majeur de l’identité collective. Porté, poussé ou tracté par une ou plusieurs personnes, il se déplace seul, en couple, ou en famille, lors de son jour de fête. En effet, chaque géant possède son jour de sortie : le porteur lui donne alors vie, le fait danser, embrasser une géante, saluer la foule. Ils apparaissent souvent lors de cortèges ou parades accompagnés de la fanfare locale. L'orchestre joue des marches de carnavals, de ducasses ou des airs et des chansons qui leur sont dédiés.
Chaque géant a son histoire, les géants naissent, sont baptisés, se marient et ont des enfants comme les humains. Le géant, en tant que représentant des habitants du lieu où il vit, est enraciné dans la tradition et fait partie de la culture populaire.
Le géant a une origine lointaine. La création et la vie du géant sont les témoins de pratiques ancestrales, propres aux régions possédant des géants sur leur sol. Présente sur tous les continents, la tradition des géants est désormais un élément du patrimoine vivant.
Depuis , les géants et dragons processionnels de Belgique et de France et leurs fêtes sont inscrits au titre de chefs-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l'humanité auprès de l’UNESCO.
Historique Le géant est originaire d’Europe méridionale, et plus particulièrement de la péninsule Ibérique. Les traces les plus anciennes se trouvent au Portugal et remontent au . Plus tard, le phénomène des géants s’est développé en Espagne ; ce sont alors des personnages muets qui miment des épisodes de l’histoire religieuse et des légendes locales.
Dès le , on recense des géants dans la partie septentrionale de la France, dans les zones frontalières et les marches du royaume. Nommés Gayant en Picardie ou Reuze en Flandre, l'origine de chacun des géants relève à la fois de la légende et de la vérité historique. Au , l’Espagne domine beaucoup de régions d’Europe, du Nouveau Monde et d’Asie. Le soleil ne se couche jamais sur l'empire de Charles Quint. En Europe, celui-ci comprend les Pays-Bas espagnols, qui sont devenus aujourd'hui le Nord-Pas-de-Calais, la Belgique, et les Pays-Bas. Le phénomène des géants s’est donc développé dans ces régions.
Les processions de géants perdent peu à peu de leur essor à cause de la pression de l'Église et de la Reconquête catholique, puis par l'influence du rationalisme des idées révolutionnaires. Au début du siècle, ces processions sont ravivées dans un esprit patriotique, rappelant le rattachement de plusieurs villes à la France en 1667, et adoptent un caractère laïc. Désormais, le géant est devenu l'élément central de ces processions.
Géants des Hauts-de-France
Le nord de la France possède de nombreux carnavals reconnus par le ministère de la Culture et inscrit à ce titre à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2014. C'est ainsi que le carnaval de Lesquin et les géants Hyppolyte et Tité., le carnaval de Lomme et sa géante Anne Delavaux., le carnaval de Wormhout ainsi que ses géants le Roi des Mitrons, le frère jumeau du Roi des Mitrons, Mélanie Michel'tje, Joséphine et Antoinette. ont tous été inscrits à l'inventaire français du patrimoine culturel immatériel.
Nord-Pas-de-Calais Les premiers géants sont nés à l'époque où la région faisait partie des Pays-Bas espagnols. Le plus ancien répertorié est né à Douai en 1530. Il appartient à la famille des Gayants. Ce sont alors des mannequins gigantesques inspirés de la mythologie grecque et romaine, de l’Ancien et du Nouveau Testament, ou de Chanson de geste. Ils défilent lors de processions religieuses.
Mais les déviances profanes de certains géants ne sont pas du goût de l’Église. Ceux-là sont proscrits des processions religieuses, et défilent dans les cortèges des carnavals et les fêtes païennes. La Révolution tente également de faire disparaître la tradition des géants, car elle est perçue comme une survivance de l’Ancien Régime, qui véhiculerait des valeurs contraires aux principes révolutionnaires.
Malgré ces conjonctures peu favorables, les géants, en tant que symboles de l’identité des villes, s’adaptent aux changements de régimes politiques comme à l’évolution de la vie religieuse : Gayant portera successivement le blason de Charles Quint, puis le soleil de Louis XIV, avant d’arborer les armes de la ville.
Le est celui de la renaissance du géant ; la pensée romantique, à la recherche des origines de l’homme et de la société, offre un terreau favorable à la renaissance des traditions anciennes, donc à celle du géant. Considéré comme le fondateur et le protecteur des villes, le géant voit son rôle s’accroître à mesure que celles-ci prennent de l’importance, notamment avec la révolution industrielle et l’augmentation de la population.
De nombreuses villes ont leur géant, tant en France avec Reuze Papa et Reuze Maman à Cassel, Martin et Martine à Cambrai, Roland d'Hazebrouck, Messire de Comines à Comines qu'en Belgique, avec Jan Turpin de Nieuport et les nombreux géants de la ducasse d'Ath.
Les sorties des géants ont été arrêtées lors des deux guerres mondiales, mais la tradition reprend à la fin du . Certaines villes créent alors de nouveaux géants, comme Cafougnette en 1948 à Denain. D'autres villes ressuscitent leurs géants disparus, comme Steenvoorde avec la Belle Hélène, une géante qui a vu le jour en 1853 et fut recréée en 1980 et Wasquehal qui créait le sien, Alexandre le Garde Champêtre en 1978 et actuellement Jérome le Courtilleux depuis 1980.
On dénombre plus de 559 géants dans le Nord de la FranceDictionnaire des géants du Nord de la France - Gérard Torpier - Édité par Ravet-Anceau (2007) , implantés aux quatre coins de la région Nord-Pas-de-Calais.
On trouve actuellement, des géants sur des chars ou roues. Pour lutter contre la disparition des géants portés, des associations (Les Amis de Fromulus à Steenvoorde par exemple) tentent de préserver la tradition.
Picardie
Les Géants font aussi partie des traditions des départements de l'Aisne, l'Oise et la Somme : Chauny : René Ch'Marinier (2005), géant du Carnaval des fêtes de Rabelais Compiègne : géants représentant les jaquemarts du beffroi de l'hôtel de ville, créés en 2004 par Dorian Demarcq et Stéphane Deleurence Flandrin ; Langlois ; Lansquenet. Crisolles : Rigobert (2006) Doullens : Florimond Long Minton, géant créé en 1935. Ce géant est issu des contes écrits par l'auteur picardisant, Charles Dessaint. Ham : géants de la parade El cavalcade ed Tchout Jaques Armandine, géante épouse de Tchout Jaques ; Dudule, géant, fils d'Amandine et de Tchout Jaques ; Tchout Jaques, géant créé en 1919 réhabilité en 2005. Hypercourt (Pertain) : T'chio Blaise ch'pouilleux géant créé en qui porte ce nom en mémoire de Benoît Labre qui fit un passage dans la commune.. Saint-Quentin : géants de la fête du Bouffon Éléonore (2000) Herbert IV (1996) Quentin de La Tour Soissons : temps forts de la cité du vase. Clovis (2019) Clotilde (2019) Monsieur le Paon (2018)
Géants de Belgique
On y dénombre plus de 1300 figures de géants, rien qu'en Flandre. En Belgique totale on estime plus de . Les plus anciens remontent au .On en crée chaque année de nouveaux qui défilent et dansent lors des ducasses, kermesses et carnavals. En voici une liste non-exhaustive permettant d'illustrer la diversité des géants belges.
Région flamande
Anvers
Druon Antigoon Pallas Athena Wannes Van de Velde Germaine van Ganzeveer Lowiske
Blankenberghe
Colette (1974) Korno (1956) Seven (1978) Gusten Kwik (2004) D'Oede Ula (2017) Miete Froufrou Stientje Bogaert A Monster Calls (2022) Eugenie Kadet (2021) De Mascotte van Blankenberge (1952)
Grammont
Goliath Gerarda Kinneke Baba Babaken-Pis (2018)
Malines
L'Ommegang de Malines et ses géants sont reconnus par l'Unesco depuis le au titre de chef-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l'humanité. La famille complète des géants et l'Ommegang ne sortent que tous les 25 ans, leur prochaine sortie aura lieu en 2038. Le cheval Bayard et les quatre fils Aymon (attesté en 1415). Les chameaux Reus (attesté dès 1481), Reuzin (1549) et leurs enfants Janneke, Klaesken, Mieke (1618), Amir et Noa (2013). Grootvader Reus (±1600)
Nieuport
Jan Turpijn (1929, recréé en 1963). Réputé comme le plus grand géant porté du monde, Jan Turpijn mesure 10,40 m pour un poids de 750 kg, nécessitant environ 24 porteurs. Il représente le bourgmestre de Nieuport qui, lors du siège de la ville en 1489, appela les femmes a rejoindre leurs hommes au combat. Goliath (mentionné dès 1653, recréé dans l'entre-deux-guerres et en 1947) Griete (recréé en 1947) Rosalinde (1985) Puuptje (2000) Jacqueline Puyt (2002) Hendrik Geeraert (2016) Karel Cogge (2016) Luc de Pompier
Termonde
L'Ommegang de Termonde est classé chef-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l'humanité. Il est attesté, avec présence de géants, dès 1405. Il sort chaque année. "Ros Beiaard" : attesté depuis le , il parade lors de l'Ommegang qui n'a lieu que tous les (prochaine édition en 2030). "Mars" : géant de la gilde de Sint Andries (1480 ?). "Goliath" : géant de la gilde de Sint-Joris, créée en 1377. "Indiaan" : géant de la gilde de Saint Sébastien, apparue en 1415. Il s'agit sans doute d'une figure de déesse de la chasse, repeinte à la fin sous la forme d'un indien stéréotypé.
Renaix En 1928, le journal "De Scheldeklokke" mentionne la sortie des géants renaisiens "Jefke" et "Marietje" à l'occasion de la foire des 15 et . Il s'agit de la seule trace de ces deux géants. Staf de Wever (1952, recréé en 1992 et 2012). Manse de Spinster (1952, recréée en 1992 et 2012). Angeleki de Naaister (1956, recréée en 1992 et 2018). Ephrem de Beiaardier (1992, recréé en 2018), il représente Ephrem Delmotte, carillonneur et fondateur des Bommelsfeesten (carnaval) de Renaix. M.A.X. de Zot van Ronse (2005), il représente le fou du carnaval de Renaix (den Bonmo). Kadeitche (2020 - groupe carnavalesque "De Kadeitchiest"). Kastaar (2020 - groupe carnavalesque "De Kadeitchiest").
Région bruxelloise
Ville de Bruxelles
Meyboom
La fête de la plantation du Meyboom est attestée depuis 1597 à Bruxelles et s'est poursuivie jusqu'à nos jours sans interruption.C'est aussi la fête du quartier de la rue des Sables, avec les géants Jan, Mieke, Bompa, Boma, Rooske, Janneke, Jefke, Pietje, Polleke et Yves le Gardevil. Le Meyboom de Bruxelles a été reconnu par l'Unesco comme chef-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l'humanité.
Ommegang de Bruxelles
Saint Michel (recréé en 2003) Sainte Gudule (recréée en 2005, baptisée à Ath) Le Dragon (2004) Janneke (1973) Mieke (1974) Le Cheval Bayard (recréé en 1989) La Licorne Les Chameaux Le Poisson
Géants des Marolles Georges Dorotijke (1977) Philippe le Bon (1991) Doña Brabantia Le Grand Jacques Marion Isabelle Don Quichotte Obélix
Géants anciennement des "Fêtes du Vismet" À partir de 1982, différents géants voient le jour dans l'atelier de l'artiste pluridisciplinaire bruxellois Paul Vankueken (1927-2019) pour agrémenter les Fêtes du Vismet, dans le quartier du même nom. Après la disparition des festivités, la grande famille des géants locaux est dispersée entre plusieurs localités ou quartiers, certains ont également disparus.