vignette|300px|Les hadiths sont les recueils de tous les dires, faits et gestes de Mahomet et constituent avec le Coran le socle théologique et législatif de l'islam. Ils apportent des détails précis sur la façon de faire tous les actes islamiques (prières, vêtements, pèlerinage, etc) et sont à la base de la charia, la loi islamique. Leur masse littéraire est beaucoup plus importante que le Coran lui-même mais l'authenticité de tous est très discutée car ils auraient été transmis oralement après la mort de Mahomet et n'auraient été mis à l'écrit qu'environ deux siècles plus tard. Certains contredisent le Coran ou d'autres hadiths, et de nombreux rapportent des actes superstitieux qui avaient cours dans l'Arabie du . Un hadith ou hadîth. (en arabe : , , , pluriel , ʾaḥādīṯ) est une action du prophète de l'islam, Mahomet, rapportée par une chaîne de transmetteurs selon la tradition musulmane. Par extension, le terme désigne l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons. Les hadiths sont aussi désignés sous le nom de « traditions » de Mahomet ou de « traditions prophétiques ».

Alors que le nombre de versets normatifs dans le Coran est relativement modeste, les hadiths apportent non seulement des éclaircissements sur Dieu (Allâh), le Coran, Mahomet et la vie après la mort, mais ils donnent également des directives sur tout ce qui organise la vie des fidèles, ce qui va du détail des obligations religieuses (ablutions, prière, jeûne, pèlerinage) aux exhortations portant sur les bons comportements (devoirs et interdits, vertus et vices, règles de bienséance, nourriture, habillement, etc.).. Ainsi, la majeure partie des règles de la loi dite islamique (charia) est dérivée des hadiths, plutôt que du Coran.. La discipline cherchant à étudier les traditions attribuées à Mahomet pour les distinguer de celles qui lui seraient faussement attribuées est dite science du hadith.

Les hadiths peuvent être considérés comme l'« épine dorsale » de la civilisation islamique. et leur autorité comme source de la loi religieuse et de l'orientation morale occupe le deuxième rang après le Coran (considéré comme la parole de Dieu).. Il y eut une pluralité particulièrement importante dans les approches théologiques et juridiques du hadith dans l'histoire de l'islam, les différentes écoles et courants de pensées ne considérant pas les hadiths de la même façon et certaines les rejetant. Leur importance dans la définition du dogme et dans la définition des lois différait et continue de varier en fonction des orientations religieuses au sein même de l'islam.

Définition vignette|Sahih Muslim, un des « six Livres ». Étymologiquement, le mot hadith signifie ce qui est « transmis ». La référence à ce qui est « dit » est secondaire.. Lorsque le terme hadith (« propos ») est utilisé sans complément d'attribution, il désigne celui de MahometMarie-Thérése Urvoy, « Hadith », Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, et suiv.. Certains hadiths sont classés en hadith qoudousi, « sacrés », qui sont considérés comme étant les paroles de Dieu adressées directement à MahometOrcel M., « 2 - Les énigmes du Coran -L'institution de la vulgate* coranique » dans L'invention de l'islam (2012), pages 41 à 70..

Viennent ensuite les hadiths des faits et paroles des compagnons du Prophète. Certaines traditions, néanmoins, utilisent le terme Qu'ran pour désigner toutes les paroles dites par Mahomet. Par extension, les hadiths intègrent des paroles mais aussi des actes ou des silences de Mahomet.

Exemple de hadith classé comme authentique (« sahîh ») où Mahomet parle : « Un jour, l'Apôtre d'Allah est allé à Musalla pour Id-al-Adha ou la prière d'Al-Fitr. Puis il passa devant les femmes et [leur] dit : "Ô Femmes ! Faites l'aumône parce que j'ai vu que la majorité des occupants du feu de l'enfer sont vous (les femmes)." Elles demandèrent : "Pourquoi en est-il ainsi, Ô Apôtre d'Allah ?" Il répondit : "Vous maudissez fréquemment et vous êtes ingrates envers vos maris. Je n'ai jamais rien vu de plus déficient en intelligence et en religion que vous. Un homme sensé pourrait être égaré par quelques-unes d'entre vous. " Les femmes demandèrent : "Ô apôtre d'Allah ! Qu'y a-t-il de déficient dans notre intelligence et notre religion ?" Il dit : "La preuve apportée par deux femmes n'est-elle pas équivalente à celle d'un seul homme ? " Elles répondirent par l'affirmative. Il dit : "C'est l'insuffisance dans leur intelligence. N'est-il pas vrai qu'une femme ne peut ni prier ni jeûner pendant ses règles ?" Les femmes répondirent par l'affirmative. Il dit : C'est l'insuffisance dans leur religion." » — Sahih al-Bukhari, Volume 1, livre 6, N°301

Exemple de hadith classé comme authentique où Mahomet ne parle pas : « Le prophète a lapidé deux juifs, et je faisais partie de ceux qui les lapidaient. J'ai vu l'homme essayer de protéger la femme contre les pierres » — Sunan Ibn Majah 2556

Le terme « hadith » peut ainsi inclure non seulement les paroles, les conseils, les pratiques, etc. de Mahomet, mais aussi ceux de ses compagnons... Cela concerne surtout les trois premiers siècles de l'Hégire, la distinction entre les traditions attribuées aux sahaba et celles attribuées à Mahomet n'est pas établie systématiquement. Dans l'islam chiite spécifiquement, les hadiths concernent à la fois les paroles et les actions de Mahomet, ceux de sa famille (Ahl al-bayt), mais aussi ceux des imams considérés comme saints par les différents courants chiites..

Historiographie Les hadiths ont fait l'objet de nombreux débats entre chercheurs, en particulier autour de leur authenticité. Un des premiersW. Muir est aussi un des premiers auteurs de la critique occidentale à se pencher sur les hadith en 1856 : D. W. Brown, « Western Hadith Studies », The Wiley Blackwell Concise Companion to The Hadith, 2020, . à avoir soulevé la question de la présence de falsifications est Aloys Sprenger en 1869. Celui-ci rejeta l'efficacité de la critique traditionnelle. Il comprit que les variantes permettraient d'étudier les datations des hadiths mais resta « conservateur » en acceptant les isnad comme sourceD. W. Brown, « Western Hadith Studies », The Wiley Blackwell Concise Companion to The Hadith, 2020, .. Les premières recherches restent concentrées sur le texte matn et non sur la chaîne isnad, considérée comme secondaire.

Néanmoins, le premier nom important est celui d'Ignaz Goldziher, qui, en 1888, publie un travail important sur le sujet. Sans rejeter l'ensemble des hadiths, il démontre que beaucoup de traditions sont le reflet de la pensée des deux premiers siècles et demi de l'islam. Son étude change le paradigme des recherches sur les hadiths et marque un véritable tournant dans les recherches sur le sujet. Jusqu'alors, les chercheurs considéraient que les hadiths contenaient un noyau historique qu'il était possible de distinguer par un « bon tamisage ». Les recherches de Goldziher montrent au contraire que les traditions étaient tardives et qu'elles étaient, souvent, plus légendaires qu'historiques. En cela, elles illustrent plutôt la société musulmane du milieu du . Ces travaux se voient confirmés par ceux de Leone Caetani et de Henri Lammens. Ce point de vue est finalement accepté par Theodor Nöldeke et Joseph Schacht. Dans la pratique, un certain nombre de chercheurs (Watt, Rodinson…) ont ignoré les recherches de Goldziher, puisqu'elles réduisaient fortement ce qu'il était possible de dire sur Mahomet. Néanmoins, les recherches de Goldziher ont permis de montrer que la littérature hadithique était peu utile pour étudier le . Les recherches postérieures sur les hadiths cherchent donc à combler le vide de notre connaissance sur les débuts de l'islam.

En 1950, le travail de J. Schacht intègre l'étude des chaînes de transmission. Celui-ci démontre la non-fiabilité des parties anciennes des isnads. D'autres auteurs, comme Fuat Sezgin ou Motzki, le suivent. Une méthode de « critique de l'isnad » se voit ainsi relancée par certains savants, qui se basent sur des « modèles de transmission supposée ». En 1989, un des premiers chercheurs à utiliser cette méthode dite Isnad-cum-matn est Iftikhar Zaman, qui fait remonter, en étudiant plus de cent versions différentes du texte, une tradition à al-Zuhri et al-Thawri et donc à la fin du 1er siècle ou au début du second siècle de l'Hégire. Les auteurs qui reprennent l'étude de cette tradition concluent qu'P. Pavlovitch, D. Powers, "A Bequest May Not Exceed One-Third”: An Isnād-cum-Matn Analysis and Beyond", Islamic Cultures, Islamic Contexts, Brill, 2014, .. Un des buts de cette méthode est de repérer le chaînon par lequel la chaîne de transmission passe du légendaire au souvenir grâce à l'étude de la même tradition dans des sources différentes. Lorsque tous les isnads différents convergent vers un « lien commun », il est possible de supposer que cet auteur est le premier à avoir mis en circulation la tradition. Cette méthode peut faire l'objet d'erreurs en cas d'altération de l'isnad au cours du processus de transmission. Cette méthode a été utilisée par Juynboll et Motzki qui parviennent à remonter au début de l'HégireVoir la partie sur les hadiths comme sources historique et la note sur les recherches de Motzki.. Juynboll, à la différence de Schacht ne considère pas le « lien commun » comme un faussaire mais juste comme l'auteur du texte et Motzki comme un collecteurLes recherches de Motzki ont été critiquées par Melchert (2004) et Gledhill (2012) : [Brown 2020]. Cette méthode pourrait remonter à la fin du 1er siècle de l'Hégire pour certaines traditions sur les expériences visuelles et auditives de Mahomet ou sur l'accusation d'adultère portée contre Aisha. Schoeler accepte néanmoins l'existence de forgeries, la construction tardive de la chronologie de la vie de Mahomet, la dimension exégétique de certaines traditions...

Entre l'optimisme de Motzki et le scepticisme bien plus courant de Cook, Berg et Shoemaker, tous les auteurs sont d'accord sur le fait que les hadiths renseignent davantage sur le développement de l'islam que sur ses origines, .

Genèse du corpus des hadiths Historique L'origine orale, ou écrite, des hadiths a été débattue par les islamologues. Pour Schoeler, le terme « oral » est à utiliser avec précaution, celui-ci n'excluant pas l'usage de l'écrit.. Des hadiths contradictoires remontent à Mahomet sur la question de la mise par écrit de ses paroles. La transmission était effectuée de maître à élèves. Après leur apprentissage, les meilleurs étaient envoyés chercher de nouvelles traditions prophétiques. Il semblerait que la mémorisation des hadiths a parfois pu être accompagnée de notes écrites, que certains maîtres demandaient d'effacer leurs notes écrites une fois mémorisées. Néanmoins, la mise par écrits des traditions a connu de nombreux opposants, possiblement sous l'influence du judaïsme qui tenait à conserver une distinction entre Écriture et Tradition. Pour Marie-Thérése Urvoy, s'il a été longtemps cru que le hadith appartenant au monde de la pure oralité, cette approche n'est plus juste.

Si hadiths et Qur'an sont des paroles énoncées par Mahomet, la distinction entre les deux a été progressive et s'est faite selon des critères, avant tout formels. Pour A. de Prémare, « en ce sens originel, le Coran est un ensemble de hadiths sélectionnés pour la récitation publique, et qui est destiné à représenter le Livre de Dieu. La constitution du Coran semble avoir consisté pour une grande part en cette composition sélective ». Le lien entre les deux se retrouve dans les hadiths et dans le Coran qui précisent de manière presque identique que « le Livre de Dieu est le plus beau des hadiths ». La sélection entre ce qui a intégré le corpus des hadiths et celui du Coran a été menée par les scribes mais « la frontière entre les deux reste floue », comme l’atteste l'existence de hadiths réputés être des paroles divines.