vignette|redresse=1.25|Crâne Irhoud 1, un Homo sapiens trouvé en 1960 au Maroc, daté d'environ en 2017. vignette|redresse=1.1|Crâne reconstitué de l'Homme de Florisbad, un Homo sapiens trouvé en 1932 en Afrique du Sud, daté d'environ en 1996.
Lorigine africaine de l'Homme moderne est la théorie la plus communément admise pour décrire l'origine des populations humaines actuelles. Dans les milieux scientifiques elle porte aussi les noms d'hypothèse d'une « origine unique récente » (OUR), « hypothèse du remplacement » (HR), modèle de l'« origine africaine récente » (OAR) et « dernière sortie d'Afrique » (DSA).
L'espèce Homo sapiens est apparue en Afrique il y a au moins . Les études génétiques montrent que de petits groupes ont quitté l'Afrique il y a environ et se sont rapidement répandus sur les autres continents, en supplantant les espèces humaines antérieures, comme l'Homme de Néandertal en Europe et l'Homme de Denisova en Asie, avec des épisodes d'hybridation limitée entre espèces.
Origine de l'Homme moderne : monogénisme contre polygénisme
Avec l'essor de l'anthropologie au début du , un débat virulent opposa les tenants du monogénisme comme Johann Friedrich Blumenbach et James Cowles Pritchard, pour qui les différentes races humaines sont des variétés partageant une ascendance commune, et ceux du polygénisme tels que Louis Agassiz et Josiah C. Nott, qui soutenaient que les races humaines sont des espèces distinctes ou se sont développées comme espèces distinctes par transmutation à partir de singes, sans avoir d'ancêtres communs.
Vers le milieu du , de nombreux anthropologues s'étaient ralliés à la théorie du monogénisme, mais les partisans du polygénisme, comme Carleton Coon, demeuraient influents. Ce dernier émit en 1962 l'hypothèse d'une évolution indépendante et séparée d’Homo erectus vers Homo sapiens sur chacun des cinq continentsJohn P. Jackson Jr., 2001, "InWays Unacademical": The Reception of Carleton S. Coon's The Origin of Races.
Le polygénisme a ensuite cédé la place dans les années 1980 à la théorie de l'origine multirégionale de l'homme moderne, une version intermédiaire dans laquelle les cinq branches dHomo erectus (une par continent) échangent des gènes tout au long de leur évolution avant de parvenir au stade final Homo sapiens.
Le développement de la génétique des populations dans les années 1980 et 1990 a permis de montrer l'origine commune et récente de l'ensemble de l'humanité actuelle, avec un enracinement sur le continent africain, replaçant le monogénisme comme théorie centrale et quasi-consensuelle de l'origine de l'Homme moderne.
Premiers Homo sapiens Homo sapiens est apparu en Afrique il y a au moins ans, d'après les fossiles les plus anciens connus, trouvés à Djebel Irhoud, au Maroc, et publiés en 2017 par Jean-Jacques Hublin. Homo sapiens se serait diffusé à travers tout le continent avant de se répandre hors d'Afrique.
Jean-Jacques Hublin défend l'idée d'une émergence d'''Homo sapiens à l'échelle de l'ensemble du continent africain, selon un modèle multirégional limité à l'Afrique. Selon lui, l'arbre phylogénétique de l'humanité est un « arbre dont il manque de nombreuses branches » et la surreprésentation de l'Afrique orientale en matière de fossiles humains serait due à sa géologie et à ses conditions propices à la conservation des fossiles.
Le passage de l'industrie lithique acheuléenne aux industries dites de mode 3 (dont fait partie le Moustérien), qui s'est produit en Afrique à partir d'environ avant le présent, témoignerait peut-être de la transition entre des formes humaines archaïques et les premiers Homo sapiens.
Fossiles dHomo sapiens découverts en Afrique et datés de plus de (non exhaustif) : Homme de Djebel Irhoud : 300 ka, Maroc Homme de Florisbad : 260 ka, Afrique du Sud Homme de Kibish : 235 ka, Éthiopie Homme d'Eliye Springs : 200 à 300 ka, Kenya Homme de Ngaloba (LH 18) : au moins 200 ka, Tanzanie Homme de Guomde : plus de 180 ka, Kenya Homme de Herto : 157 ka, Éthiopie Homme de Singa : au moins 133 ka, Soudan
En 2019, une étude des paléoanthropologues français Aurélien Mounier (CNRS-MNHN) et argentine Marta Mirazón Larh (université de Cambridge), publiée dans la revue Nature, a montré, parmi les plus anciens fossiles africains connus attribués à l'espèce Homo sapiens, lesquels préfiguraient le mieux la morphologie finalement acquise par l'Homme moderne. L'analyse de nombreux crânes d'hommes modernes, issus des différentes populations de la planète, proposait une morphologie virtuelle du dernier ancêtre commun de l'humanité actuelle, et la comparait, en morphométrie 3D, aux 5 crânes africains les plus complets datés d'au moins : Irhoud 1 (Maroc), Florisbad (Afrique du Sud), Eliye Springs (Kenya), Omo Kibish 2 (Éthiopie), et LH 18 (Tanzanie). Le crâne de Florisbad a été jugé le plus proche de notre ancêtre virtuel, devant celui d'Eliye Springs. Les trois autres crânes fossiles représenteraient des stades plus archaïques de l'espèce Homo sapiens.
Dans une synthèse publiée en 2016, le paléoanthropologue anglais Christopher Brian Stringer, du Musée d'histoire naturelle de Londres, rappelait l'existence, dans plusieurs régions d'Afrique, de fossiles humains récents qui ne sont peut-être pas attribuables à l'espèce Homo sapiens. Les fossiles d'Iwo Eleru (14 ka, Nigeria), de Lukenya Hill (22 ka, Kenya), et du lac Eyasi (7 fragments de crâne, environ 110 ka, Tanzanie), pourraient témoigner de l'existence de populations reliques en Afrique, tout comme l'Homme de Kabwe (environ 300 ka, Zambie), un peu plus ancien, holotype de l'espèce Homo rhodesiensis.
Ces deux études soulignent la grande diversité des morphologies relevées sur les différents fossiles africains datés sur une période allant du Pléistocène moyen tardif jusqu'au Pléistocène supérieur, ce qui pourrait refléter la coexistence de populations ou d'espèces morphologiquement distinctes en Afrique tout au long de cette période. Le modèle d'évolution applicable au Paléolithique moyen africain resterait alors un buissonnement évolutif, ce qui contredirait la théorie de l'origine multirégionale de l'homme moderne à l'échelle du continent, telle que proposée par Jean-Jacques Hublin.
Il est aussi possible d'envisager cette théorie sous une version intermédiaire, consistant à imaginer un chemin évolutif se déroulant successivement dans plusieurs régions d'Afrique, avec de possibles apports génétiques de populations plus archaïques le long du chemin. Dans cette vision, l'Homme moderne n'émergerait pas d'un foyer régional unique, mais par accrétion successive de caractères acquis à différents moments et dans différentes régions du continent. Ce chemin évolutif laisserait derrière lui différentes populations ou espèces humaines archaïques ayant coexisté un certain temps avec la lignée pionnière, avant de finalement s'éteindre peu avant ou durant le Pléistocène supérieur.
Premières sorties d'Afrique Deux sorties incontestables concernant les Hommes modernes sont attestées il y a 130 000 ans et 50 000 ans..
Un fragment de calotte crânienne fossile, noté Apidima 1, fut découvert en 1978 dans la grotte d'Apídima, située dans le sud du Péloponnèse, en Grèce. Grâce à l'imagerie virtuelle par tomodensitométrie, l'analyse du fossile en morphométrie 3D, soulignant notamment la rondeur de l'os occipital et l'absence de fosse sus-iniaque, a permis en 2019 de l'attribuer à Homo sapiens, avec une datation d'environ (datation uranium-thorium). Cette datation reculerait de quelque l'âge de l'arrivée des premiers Homo sapiens en Europe.Homo sapiens n'a pas pu à l'époque se maintenir en Europe où il a probablement été supplanté par l'Homme de Néandertal, mieux adapté au froid des cycles glaciaires successifs, avant que l'Homme de Cro-Magnon réussisse bien plus tard son implantation, à partir de avant le présent.
Le second plus ancien fossile dHomo sapiens trouvé hors d'Afrique, un demi-maxillaire avec ses huit dents, a été découvert en 2002 dans la grotte de Misliya, en Israël. Il a été daté en 2018 d'environ . Des fossiles dHomo sapiens avaient été mis au jour en Israël dès les années 1930, dans la grotte d'Es Skhul, datés d'environ , et dans la grotte de Qafzeh, datés d'environ . Sur les deux sites, les individus exhumés ont bénéficié de sépulturesBruno Maureille, Les premières sépultures, Paris, Le Pommier, Cité des sciences et de l'industrie, 2004, 123 p..
Ces premiers Homo sapiens trouvés hors d'Afrique n'auraient pas contribué au patrimoine génétique de l'humanité actuelle Michael Price, Ancient humans traveled half the world to Asia before main migration out of Africa, science.org, 13 juin 2023. Ils auraient profité d'une période interglaciaire pour s'étendre en dehors de l'Afrique, avant que le retour ultérieur d'une phase glaciaire conduise peut-être à leur retrait d'Eurasie, au profit de Néandertaliens venus du Nord.
Fossiles d'''Homo sapiens découverts hors d'Afrique et datés de plus de (non exhaustif) : Apidima 1 : 210 ka, Grèce Homme de Misliya : 185 ka, Israël Homme de Skhul : 118 ka, Israël Homme de Zhiren : 110 ka, Chine Homme de Qafzeh : 92 ka, Israël Homme de Tam Pà Ling : 86 ka, Laos
Plusieurs fossiles d'Homo sapiens ont été annoncés au début du sur divers sites du sud de la Chine, avec une datation allant jusqu'à . Une équipe de chercheurs a évalué l'âge des fossiles provenant de cinq grottes de cette région à l'aide de plusieurs méthodes de datation géologique ou radiométrique. Ils ont constaté que les fossiles étaient beaucoup plus jeunes que ce qui avait été suggéré précédemment, certains vestiges datant même de l'Holocène, en raison de l'histoire complexe des dépôts dans ces grottes subtropicales. Selon ces chercheurs, les preuves actuelles montrent que l'Homme moderne s'est installé dans le sud de la Chine à l'époque indiquée par des données génétiques, à savoir entre et pas plus tôt Xue-feng Sun et al., Ancient DNA and multimethod dating confirm the late arrival of anatomically modern humans in southern China, pnas.org, février 2021, doi.org/10.1073/pnas.2019158118.
Les études génétiques ont en effet montré que toutes les populations vivantes non africaines se sont formées successivement à la suite de la dernière sortie d'Afrique, il y a environ .
Émergence de l'Homme moderne
Il y a environ , des indices de technologies et d'artisanat plus sophistiqués commencent à apparaitre en Afrique du Sud, à Pinnacle Point puis à Blombos. À partir d'environ avant le présent, les outils lithiques s'affinent et les outils en os et en bois de cervidé se développentMiddle to upper paleolithic transition. Les connaissances ont récemment évolué, ce qui autorise Jean-Jacques Hublin à pouvoir ..
Génétique des populations
Deux parties du génome humain d'accès plus facile ont longtemps été seules exploitées pour déchiffrer l'histoire de l'Homme moderne. L'un est l'ADN mitochondrial, et l'autre le chromosome Y. Ce sont les deux seules parties du génome qui ne se recombinent pas au moment de la fécondation. L'ADN mitochondrial et le chromosome Y sont transmis respectivement le long des lignées féminine et masculine. Sur la base de ces éléments, la totalité de l'humanité actuelle aurait hérité son ADN mitochondrial d'une femme qui vivait en Afrique il y a environ Cann, R. L., Stoneking, M., Wilson, A. C. (1987), « Mitochondrial DNA and human evolution », Nature, vol. 325., pp. 31-36Vigilant, L., Stoneking, M., Harpending, H., Hawkes, K., Wilson, A. C. (1991) « African Populations and the Evolution of Human Mitochondrial DNA », Science, vol. 253, pp. 1503-1507, dénommée Ève mitochondriale. Tous les hommes d'aujourd'hui ont hérité leurs chromosomes Y d'un homme qui vivait à une date controversée en Afrique. Cet homme est le plus récent ancêtre patrilinéaire commun.
ADN mitochondrial vignette|redresse=1.8|Un des modèles d'expansion reposant sur l'ADN mitochondrial.