RED Digital Cinema est une entreprise américaine fondée en 2005 par Jim Jannard, spécialisée dans la conception et la fabrication de caméras de cinéma numérique professionnelles.

Elle se fait connaître avec la RED ONE, commercialisée à partir de 2007, qui contribue à l'adoption du cinéma numérique haute résolution grâce à l'enregistrement en 4K, à l'utilisation de capteurs de grande taille et un prix abordable pour les professionnels du cinéma. En 2024, l'entreprise est acquise par le groupe japonais Nikon et devient l'une de ses filiales.

Histoire Fondation et lancement (2005-2007)

RED Digital Cinema est fondée en 2005 par Jim Jannard, également connu comme le créateur de la marque de lunettes de soleil Oakley. Collectionneur de plus d'un millier de caméras et décrit par ses interlocuteurs comme un passionné de cinématographie, Jannard n'est alors pas étranger au monde de l'image.

Le projet est l'aboutissement d'une ambition née dès 1999. Tout part d'un mail de demande de support envoyé par Jannard à Frederic Lumière, le créateur de Lumière HD. Leurs échanges évoluent en discussions et rencontres autour d'une envie commune : créer une caméra numérique capable de rivaliser avec les caméras argentiques de l'époque. Lumière lui présente également Ted Schilowitz, qui deviendra le premier employé de RED ainsi que son porte-parole, Jannard préférant interagir via le forum officiel de RED ().

Le , la première caméra de la société est annoncée lors du () : la RED ONE . Ses caractéristiques promettent un capteur de de , capable de filmer en 4K à 60 images par seconde en RAW, le tout pour un prix annoncé de . À titre de comparaison, une Sony F900, dont le capteur offre environ cinq fois moins de mégapixels, coûte alors près de . L'annonce fait grand bruit et des précommandes sont ouvertes, bien qu'aucun prototype fonctionnel ni résultat vidéo ne soit présenté. Cette absence de démonstration concrète vaut à la RED ONE d'être qualifiée par certains de vaporware, ce qui n'empêche pas plus d'un millier de précommandes d'être passées.

Lors du NAB de l'année suivante est diffusé Crossing the Line, un court métrage de douze minutes sur la Première Guerre mondiale, réalisé par Peter Jackson à l'aide de deux prototypes de RED ONE surnommés « Boris » et « Natasha » équipées du capteur Mysterium. Le film convainc notamment le réalisateur Steven Soderbergh, qui déclare à Jannard : (« Je suis partant à fond. Il faut que je tourne avec ça. ») Soderbergh embarque alors deux autres prototypes dans la jungle pour tourner Che. La série télévisée Urgences fait également partie des premiers adoptants de la caméra.

Les premières livraisons ont lieu en . Si le prix du boîtier nu à est respecté, le coût d'un ensemble complet prêt à tourner dépasse les , soit près du double de ce que les précommandeurs avaient anticipé. Une grande partie d'entre eux devra par ailleurs attendre 2008 pour être livrée.

Croissance et adoption par Hollywood (2008-2015) En , ce sont, d'après Ted Schilowitz, déjà plus de RED ONE qui ont été expédiées dans le monde, et films tournés avec, dont 5 longs métrages de Soderbergh.

Fidèle à la philosophie (« l'obsolescence rendue obsolète ») annoncée par Jannard dès le NAB 2006, la RED ONE bénéficie au fil du temps de mises à jour gratuites du améliorant ses fonctionnalités et sa science des couleurs. RED développe ensuite un capteur de nouvelle génération, le Mysterium-X, proposé sous forme d'upgrade : les propriétaires de RED ONE peuvent envoyer leur caméra et payer le coût de la mise à niveau du capteur, sans avoir à racheter un boîtier complet. Une première dans l'industrie selon Jannard. Plusieurs films sont produits avec cette dernière, tels que The Social Network ou The Girl with the Dragon Tattoo.

L'arrivée de l'ARRI Alexa en crée, avec son capteur format Super 35 et son format propriétaire ARRIRAW, une première concurrence directe. Les deux marques incarnent cependant des philosophies différentes : ARRI met en avant sa qualité d'image, sa fiabilité et son ancrage historique, RED pousse la résolution, la modularité et la flexibilité en postproduction.

En , RED lance la Scarlet-X le même jour que Canon annonce la C300, marquant l'intensification de la concurrence sur le segment des caméras accessibles. La même année, les trois derniers fabricants de caméras argentiques (Panavision, ARRI, et Aaton) annoncent que tous leurs prochains modèles seront des caméras numériques.

Le capteur Dragon, introduit en , apporte une amélioration significative avec 6K et une plage dynamique annoncée de 16,5+ stops. Le 19 du même mois, Jim Jannard annonce sur REDUser avoir le sentiment d'avoir atteint son but et de se retirer de la communication publique, laissant Jarred Land le remplacer en tant que visage de l'entreprise.

Consolidation et diversification (2016-2023) La génération DSMC2, introduite avec le Weapon en 2015, unifie la gamme autour d'un boîtier plus compact. En 2016, RED lance les capteurs Helium 8K (Super 35) et Monstro 8K VV (Full Frame), atteignant pour la première fois la définition 8K.

Le , RED déploie IPP2, une refonte majeure de son pipeline de traitement d'image.

En 2018, RED tente une diversification avec le smartphone Hydrogen ONE, qui s'avère un échec commercial (voir la section dédiée). Le capteur Gemini 5K, développé initialement pour un projet NASA, introduit le double ISO natif.

Le , Jim Jannard annonce sa retraite définitive pour raisons de santé, mettant fin au projet Hydrogen. Jarred Land et Tommy Rios prennent les rênes opérationnelles.

En 2020, le Komodo 6K inaugure le premier capteur RED à obturation globale (global shutter). L'année suivante, le V-Raptor lance la génération DSMC3.

Acquisition par Nikon (2024)

Une poursuite judiciaire est intentée par l'entreprise contre Nikon en 2022, mais un (désistement sans préjudice) est conclu en . Cette conclusion atypique interroge, laissant présager que de futurs événements découleront directement de cette affaire.

Le , Nikon acquiert RED Digital Cinema pour (soit presque 80 millions d'euros), ce moins d'un mois après l'annonce officielle des négociations, laissant supposer des discussions antérieures à cette annonce. Jarred Land et Jim Jannard deviennent conseillers, tandis que Keiji Oishi (vice-président exécutif de l'Imaging Business Unit chez Nikon) prend la place de CEO, et Tommy Rios (vice-président exécutif de RED) devient co-CEO.

Hiroyuki Ikegami (Nikon) affirmera peu après que, bien que cela paraisse paradoxal, c'est la poursuite judiciaire de 2022 qui a permis aux deux entreprises de mieux se comprendre, et de trouver une complémentarité dans leurs objectifs. Nikon cherchant à accéder au marché de la caméra de cinéma, tandis que RED avait un intérêt à bénéficier de leur fiabilité et leur savoir-faire dans le domaine du traitement de l'image, de la technologie optique et de l'interface utilisateur.

Technologie REDCODE RAW Format de compression vidéo propriétaire de RED (fichiers .R3D), il fait partie des avancées ayant permis de rendre la capture vidéo 4K plus accessible en permettant son enregistrement sur des supports plus classiques. La compression vidéo avait, à l'époque, mauvaise réputation dans l'industrie. De ce fait, les autres formats étaient peu compressés et demandaient un débit d'écriture très élevé, nécessitant du matériel de stockage plus cher, en plus gros volumes, voire une liaison filaire au système de stockage.

Pour pouvoir réaliser ce processus, le codec traite les données brutes issues de la matrice de Bayer du capteur en les séparant en quatre canaux (un rouge, deux verts, un bleu) et les encode sur 12 ou 16 bits. Une fonction de préaccentuation est ensuite appliquée afin de mieux préserver les détails visuellement importants, puis les 4 canaux sont décorrélés avant d'être envoyés au moteur de compression proposant des ratios allant de 2:1 (qualité maximale) à 22:1, ajustables selon les besoins (Netflix exigeant par exemple un ratio maximum de 8:1 pour ses productions). Ce moteur était initialement basé sur une transformée en ondelettes à la manière du JPEG 2000, efficace en termes de qualité et de taux de compression, mais très coûteuse en mémoire et nécessitant de traiter chaque image entièrement d'un coup. À partir de la Komodo (2020), RED adopte une transformée en cosinus discrète (DCT). Cet algorithme, au ratio de compression plus modeste, est cependant plus simple à calculer grâce à son travail par blocs, réduisant la consommation électrique, la production de chaleur, et préservant aussi l'autonomie batterie.

Lors de la décompression, le signal conserve les caractéristiques du capteur (dynamique, espace colorimétrique). La débayerisation, la balance des blancs et l'étalonnage peuvent ainsi être ajustés en post-production, offrant une grande latitude de correction et accélérant les tournages.

Capteurs

RED conçoit ses propres capteurs CMOS, ce qui la distingue de concurrents utilisant des capteurs tiers. La fabrication est sous-traitée à des fonderies non identifiées publiquement, RED ne possédant pas d'usine de semi-conducteurs.

+ Principaux capteurs RED Capteur Année Définition Stops Format Particularité Mysterium 2007 (4K) Super 35 Premier capteur RED Mysterium-X 2010 (5K) Super 35 Sensibilité améliorée Dragon 2013 (6K) Super 35 16,5+ stops de dynamique Helium 8K S35 2016 (8K) Super 35 Premier 8K S35 Monstro 8K VV 2017 (8K) Full Frame Format VistaVision Gemini 5K 2018 (5K) Super 35 Double ISO natif Komodo 6K 2020 (6K) Super 35 Premier global shutter RED V-Raptor 2021 (8K) Full Frame en 2K, autofocus PDAF

Pipeline de traitement IPP1 (2007-2017) Le premier pipeline de traitement de RED repose sur plusieurs espaces colorimétriques (REDcolor, DRAGONcolor) et courbes gamma (REDgamma, REDlogFilm) développés au fil des générations de capteurs. Cette multiplicité d'options, si elle offre de la flexibilité, est critiquée par certains professionnels pour sa complexité.

IPP2 (depuis 2017) Le , RED introduit IPP2 (Image Processing Pipeline 2), une refonte complète du traitement d'image. Ce nouveau pipeline repose sur deux éléments : l'espace colorimétrique REDWideGamutRGB, conçu pour contenir l'intégralité des couleurs captées sans écrêtage, et la courbe logarithmique Log3G10, préservant la plage dynamique complète.

IPP2 permet un workflow en trois étapes : développement RAW (exposition, balance des blancs), étalonnage créatif (LUTs, CDL), puis conversion vers l'espace de sortie (Rec. 709, HDR, DCI-P3). Le système n'est disponible en caméra que sur les capteurs Helium, Monstro, Gemini et ultérieurs ; les capteurs antérieurs n'en bénéficient qu'en post-production.

Architecture modulaire

RED adopte une architecture modulaire séparant le camera brain (boîtier contenant capteur et électronique) des accessoires interchangeables. Cette approche, désignée DSMC (Digital Still and Motion Camera) à partir de 2010, permet aux utilisateurs de configurer leur équipement selon leurs besoins.

Trois générations se succèdent : DSMC (2010-2015) : introduit les SSD RedMag ainsi que l'écran tactile. DSMC2 (2015-2022) : plus compact et léger, connexions sans câbles et support des formats Apple ProRes et Avid DNxHR. DSMC3 (depuis 2021) : simplification des choix de compression, nouveau système de refroidissement et autofocus

Le Komodo (2020) fait exception avec son boîtier Ranger : conçu pour être compact et autonome avec monture Canon RF native mais non modulaire, il est le seul qui ne s'inscrit pas dans le système DSMC.

Produits Caméras + Principales caméras RED Modèle Année Capteur BoîtierPoids Définition max Prix de lancement RED ONE 2007 Mysterium 4K Epic 2010 Mysterium-X DSMC 5K Scarlet-X 2011 Mysterium-X DSMC 4K Epic Dragon 2013 Dragon DSMC 6K Weapon 8K 2016 Helium DSMC2 8K () Komodo 6K 2020 Global Shutter Ranger 6K () V-Raptor 2021 VV DSMC3 8K

RED Hydrogen ONE