vignette|upright=1.2|Astrolabe persan du semblable à ceux que fabriquait Michel Coignet.
Michel Coignet (également Quignet, Cognet, ou encore Connette en italien), né à Anvers en 1549 et mort à Anvers le Alexandre Pinchart, Archives des arts, sciences et lettres: documents inédits, volumes 1 à 2 293 ., est un ingénieur brabançon, cosmographe, mathématicien et fabricant d'instruments scientifiques.
Mathématicien, ingénieur et cartographe des archiduc et duchesse d'Autriche Albert et Isabelle, il occupait à leur cour une position analogue à celle de Simon Stevin auprès de Maurice d'Orange. Les géographes lui doivent un traité de la navigation (1580) et de nombreux ouvrages mathématiques ou militaires. Il fut un des premiers jalons dans la création du compas de proportionGerard L'Estrange Turner, Elizabethan instrument makers : the origins of the London trade in precision (les fabricants d'instruments élisabéthains, les origines du commerce londonien des instruments de précision) Oxford University Press, 2000 , 70 .. Ayant pour élève Marino Ghetaldi, connu de François Viète, Coignet fut un mathématicien respecté par ceux de son époque, et notamment par Fabrizio Mordente, Ludolph van Ceulen, Godefroy Wendelin, Adrien Romain, Galilée, Johannes Kepler ou Mercator.
Biographie Une famille d'orfèvres vignette|Les maisons des Guildes d'Anvers. Michel Coignet est issu d'une famille d'orfèvres, établie à Anvers vers la fin du , et qui a donné aussi des peintres et des médecins. L'étymologie du nom est française — probablement la famille vient-elle de la région de Lille ou d'Arras — et provient du coin des orfèvres, un petit poinçon qui sert à marquer les pièces. Les armes de la famille portent d'ailleurs trois coins stylisés..
Son grand-père Jacob, mort en 1529, en plus de son métier de joaillier possédait de nombreux biens immobiliers à Anvers et dans les environs ; on lui connait deux fils qui reprennent le métier d'orfèvre, dont Gillis, dit « Gilles Coignet l'ancien », le père de Michel. Celui-ci était aussi facteur d'instruments mathématiques et astronomiques (certains nous sont parvenus). Gillis, maître de la guilde de Saint-Luc en 1543, meurt en 1562 ou 1563. laissant trois fils, Jacob qui devient médecin, le peintre Gillis Aegidius CoignetLe peintre Gillis Coignet, frère de Michel, devient maître de la Guilde de Saint-Luc en 1561, et doyen de celle-ci en 1584, avant de partir pour Amsterdam en 1586 après la prise d'Anvers par les Espagnols en 1585, comme d'autres citoyens de la ville., et le cadet Michel âgé de treize ans.. Michel bénéficie manifestement d'une éducation très complète, mais on ne sait rien de certain à ce sujet. Il a pu suivre, en mathématiques, l'enseignement de Valentin Mennher « maître d'école » de la guilde de Saint-Ambroise originaire d'Allemagne, et le seul qui nous soit connu à Anvers ayant des compétences avancées en algèbre (dans le style de La Coss) et en trigonométrie. Ces deux domaines seront des spécialités de Coignet.
En 1568, Michel est accepté comme maître d'école par la Guilde de Saint-AmbroiseFernand van Ortroy, Bio-Bibliographie de Gemma Frisius, 1911 Mémoires, tome XI, présenté à la classe des lettres de l'Académie Royale de Belgique. 62 Archives de la ville d'Anvers à propos de l'Arithmétique de Mennher, il enseigne le français et les mathématiques, probablement à un niveau avancé.
Vers 1570, il quitte la maison familiale pour se marier avec Maria van den Eynde, dont il aura dix enfants, ce qui le conduit à multiplier ses activités.. En 1572, il enseigne les mathématiques à des officiers supérieurs de la cour d'Espagne. C'est également de 1572 que date le premier instrument que l'on connaisse fabriqué par Coignet, un astrolabeL'astrolabe se trouve aujourd'hui au Kunstgewerbe Museum de Berlin .. À la même époque il est nommé « jaugeur de vin » par les magistrats de la ville d'Anvers Paul Bockstaele, De Wiskunde (mathématiques) in Robert Halleux, Carmélia Opsomer et Jan Vandersmissen, Geschiedenis van de wetenschappen in België van de Oudheid tot 1815 (histoire des sciences en Belgique des origines à 1815), Communal / Dexia, Brussels 1998, dbnl 2009, ., un emploi semi-public qui demande certaines capacités en arithmétique. Il s'agit en effet de mesurer le contenu des barriques de vin importées, pour calculer la taxe d'entrée, mais aussi celui des barriques entamées dans les auberges, pour pouvoir en déduire la consommation et la taxe sur celles-ci, et plus généralement p. 97-104 pour la description de l'emploi et des méthodes utilisées.. Ses affaires semblent florissantes, car en 1576 il doit prendre un assistant pour sa tâche de maître d'école. Coignet est admis en 1581 comme membre de la guilde de Saint-Luc, en tant que fils d'un maître de la guilde..
Premières publications De cette époque datent : des tables astronomiques, Tabulæ astronomicæ ; dès 1573, une déclaration ʃur le fait des changes ainsi qu'un petit Discours de bien & duement disconter, avec la solution sur diverses opinions y proposées, plus la solution des questions mathématiques par la supputation de Sinus, illustrées & amplifiées par les démonstrations géométriques, nécessaires à icelles, imprimé avec l'Arithmétique de Valentin Mennher (ou Menher) à AnversFrançois Grudé en trouve trace dans Les bibliothéques françoises de La Croix du Maine et de Du Verdier, chez Saillant et Nyon, 1773, 60 . ; la même année, il publie à Anvers ses commentaires sur l'œuvre récréative de Valentin MenherValentin Mennher né vers 1515 à Kempten, en Souabe bavaroise, émigre à Anvers, professeur d'arithmétique et comptable, il eut pour maître Christoff Rudolff. Ces cent questions ingénieuses pour délecter et aiguiser l'entendement, dont il donnait les solutions, furent remises en forme par Denis Henrion à Paris, en 1621Henri-Jean Martin et Roger Chartier, Livre, pouvoirs et société à Paris au , 1598-1701, vol. 1, Librairie Droz, 1999 , 145, .. Ces jeux récréatifs, ou de semblables, firent au siècle suivant le fonds de commerce des livres de mathématiques de Cyriaque de Mangin, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac et Claude Mydorge ; un traité sur la navigation, Nieuwe onderwysinghe op de principaelste puncten der zeevaert en 1580, imprimé à Anvers par Jaques Heinrick, et traduit en français par Coignet l'année suivante sous l'intitulé : Instruction des points les plus excellents et nécessaires touchant l'art de naviguer (1581). ; Coignet s'y montre lecteur de Pedro Nunes et de Pedro de Medina dans la traduction flamande de Merten Everaert Roland Baetens et Christian Koninckx, Nautische en hydrografische kennis in Belgie en Zaire, publié par le comité de l'Académie des belles lettres de Belgique, 1987 . Le traducteur, Merten Everaert, se dit mathématicien. Il traduit Nunes (1580) en s'aidant de la traduction française de Nicolas Nicolai ; il a d'autre part traduit des livres de médecine. et fin connaisseur de la notion de loxodromique. Il est plagié par Thomas BlundivilleThomas Blundiville, originaire de Norfolk, est un écrivain et essayiste anglais. Il publie A Brief Description of Universall Mappes and. Cardes, and of their Use (London, 1589). Afin de « permettre d'identifier les lieux et places et les distances entre elles ». qui fait paraître la traduction du traité en marge de ses Exercices en 1594.
Enfin, Coignet trouve encore le temps de faire éditer, en flamand Michel Coignet, Arithmetica oft Een niew cijfferboeck, Willem Raets, ., les œuvres de son ami de Maastricht, Willem RaetsÀ propos de Willem Raets, dans le Bulletin de L'Institut Archéologique Liégeois, 482, ., trop tôt décédé.
Correspondance avec Galilée vignette|upright=0.9|Gerard Mercator.
On sait, par son élève Federico Saminiati qui en cite un extrait dans son ouvrage sur les cadrans solairesFederici Saminiati Patritii Lucencis Tabulae Astronomicae ; Antverpiae, ex Officina typographica Martini Nutii, 1599, 26-27. En tète de cet ouvrage se trouve une épigramme de huit vers due à Coignet., qu'en 1584 Coignet est en correspondance avec Gérard Mercator. Malheureusement la correspondance elle-même est perdue.
Le , ayant eu communication des recherches de Galilée à propos du barycentre d'un conoïde parabolique tronqué, Coignet lui écrit son admiration. En contact avec Godefroy Wendelin ou Ludolph van Ceulen, il poursuit ses recherches sur le pantomètre, une règle plate graduée dont son compas de proportion paraît un successeur. Contrairement à ce qui a été affirmé, non sans une jalousie suspecte, par Giovanni Camillo Glorioso, soit « C'est en quoi Galilée est soupçonné d'un crime : se faire l'auteur de l'instrument qu'on appelle le compas géométrique et militaire, et le dédicacer au prince de Toscane alors que tous reconnaissent unanimement Michel Coignet d'Anvers comme son premier inventeur », lettre de Giovanni Camillo Glorioso à Giovanni Terrenzio, le 29 mai 1610, cité d'après cet extrait disponible sur le laboratoire de Galilée note 18. il ne semble pas possible que le compas de Michel Coignet ait pu avoir une influence sur le « compas géométrique et militaire » de Galilée. pour des questions de date. L'étude des manuscrits de Coignet (qui nous sont parvenus) montre plutôt que celui-ci met au point son instrument après Galilée, mais de façon autonomeUn curieux compas prétendument sorti de l'atelier de son père daté de 1562 est probablement un faux, il est par exemple beaucoup trop similaire à un compas sorti en 1615 de l'atelier du fils. Il est possession de la Société archéologique royale d'Amsterdam et conservé au Muséem Boerhaave..
Le mathématicien des archiducs vignette|L'archiduc Albert vers 1600 par Frans Porbus (Fine Arts Museums of San Francisco).
En 1596, Coignet entré à sa demande au service des archiducs Albert et Isabelle, abandonne son office municipal et se consacre aux fortifications le long de la rive de l'Escaut. À cet Archiduc, féru de mathématiques« La géométrie faisait les douceurs de son esprit. Son architecte Venceslas Couberghen et le célèbre mathématicien Michel Coignet avaient coutume d'admirer les connaissances très entendues de ce prince », affirme une Histoire (anonyme) de l'archiduc Albert. En réponse à son adresse, Coignet obtint, par lettres patentes datées de Bruxelles, le 22 octobre 1596, la somme de 600 livres., Coignet adresse cette requête :
Coignet développe à la suite de cette adresse un plan des cours qu'il veut donnerEn latin, orbiutn cœlestium, quas viilgo theoricus planetarum vocavit, unacimi debitis tabulis resolutis, congruetitibiis cum Copernicis sive Pruteni- cis tabulis Dans l'article « Coignet » du Messager des sciences, paragraphe 102, 176 . :
Il demande également le soutien financier qui convient à un tel enseignement :
Dans les années qui suivent, Coignet participe au siège de Hulst (1598) et d'Ostende (1602-1604). Il est pensionné par les archiducs sur la fin de sa vie. En 1606, après la mort de sa première femme, il se remarie avec Magdalena Marinus, dont il a, comme en son premier lit, quatre enfants. vignette|Carte du monde selon Ortelius. Ce militaire distingué n'est pas seulement versé dans la connaissance des sciences, il s'occupe également de littérature et fait avec facilité des vers latinsLa Biographie nationale, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique volume 4, publiée chez H. Thiry-van Buggenhoudt, 1873, , cite ces vers, imprimés dans un des ouvrages de Federico Samminiati, publié en 1599, .. Il publie toutefois pendant cette période un traité géographique de première importance, une édition du théâtre de l'univers ou « Epitome » , en complément d'un ouvrage d'Abraham Ortelius publié et gravé en 1601. Complété par des cartes du Japon, dues aux Jésuites, en 1603, sa traduction anglaise fut dédiée à Sir Walter Raleigh.
Vers 1600, Coignet a pour élève le lucquois Federico Samminiati et le Ragusain Marino Ghetaldi.