La cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Clermont est une cathédrale gothique située à Clermont-Ferrand. Elle a été édifiée à partir de 1248 au centre de la ville de Clermont, la capitale historique de l'Auvergne. Elle a remplacé une cathédrale romane située au même endroit qui elle-même avait été précédée par deux autres sanctuaires chrétiens. Son patronage initial est celui de saint Vital et saint Agricol. La majeure partie de la construction actuelle date de la seconde moitié du , c'est le premier exemple d'utilisation en architecture de la pierre de Volvic. La façade occidentale et d'autres rénovations ont été effectuées par Eugène Viollet-le-Duc au cours de la seconde moitié du . Par sa taille et son caractère unique, elle est aujourd'hui un des symboles de la ville.
La cathédrale est construite au sommet de la butte centrale qui forme le centre ancien de Clermont-Ferrand. Elle se trouve au carrefour des différentes rues et places de l'époque médiévale reprenant le tracé de la ville fortifiée du . Le parvis méridional donne sur la place de la Victoire, au centre de laquelle se trouve la statue du pape Urbain II qui lança la première croisade lors du concile de 1095.
Histoire Édifices primitifs Au , Namatius, évêque de la cité des Arvernes, fit bâtir une première cathédrale, obtenant ainsi que le culte chrétien sorte du quartier appelé par Grégoire de Tours le « vicus christianorum » (actuel quartier Saint-Alyre) dans son Historia Francorum du . Namatius dédia cet édifice aux saints Vital et Agricol, dont on fit venir les reliques de Ravenne. La description faite par Grégoire de Tours indique que l’église, la plus ancienne construite intra muros, était de plan basilical, ornée de marbre, possédait une nef et deux collatéraux. « Elle a de long (), 60 de large () et 50 de haut (), possède , et ».
Le fut marqué par la présence et le rayonnement de l'évêque Sidoine Apollinaire, poète et homme politique, gendre d'Avitus, l'un des derniers empereurs romains. Entre 470 et 475, il organisa la défense de la ville de Clermont face aux attaques répétées des troupes wisigothes du roi Euric. Malgré une défense victorieuse des Arvernes, Rome céda la cité des Arvernes aux Wisigoths en échange de la Provence.
La cathédrale primitive fut détruite en 760 par Pépin le Bref, et restaurée par l’évêque Adebert entre 764 et 768. De nouveau détruite lors des raids normands en 915, c’est l’évêque Étienne II, ancien abbé de Conques et frère du vicomte de Clermont, qui entreprit de la reconstruire en style roman.
La cathédrale romane Construction L’évêque Étienne II fit bâtir, par Alleaume, une troisième cathédrale, romane, qui fut consacrée à la Vierge en 946. Elle passa pour un modèle inégalé et servit probablement de prototype à de nombreuses églises d'Auvergne.
C'est au que la cathédrale connaît une période d'enrichissement, alors que les évêques de Clermont obtiennent le droit de battre monnaie de la part de Guillaume V d'Auvergne, privilège qu'ils conserveront jusqu'à François .
Au , l'abbé Suger la nomme pour la distinguer de à savoir Notre-Dame-du-Port ce qui donne à penser à l'historien clermontois Ambroise Tardieu que cette dernière pourrait avoir servi de cathédrale après les attaques normandes du Ambroise Tardieu, Histoire de la ville de Clermont-Ferrand depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, imprim. C. Desrosiers, Moulins, 1870, .
La crypte La crypte découverte en 1885 est particulièrement mutilée avec des voûtes détruites, des excavations pour y installer des sarcophages et les fondations de la cathédrale gothique.
On peut restituer son plan d'origine vers l'an mil. et on sait par un texte du moine Helgaud de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire qu'elle a servi de modèle à la crypte de la collégiale Saint-Aignan d'Orléans édifiée par le roi Robert le Pieux et consacrée en 1029.
Le centre de la crypte est organisé à partir de trois confessions donnant sur une salle carrée constituée de trois nefs couverte de voûtes d'arêtes reposant sur des colonnes. Cet espace est prolongé par un chœur un peu moins large. Ce chœur comprend deux niches semi-circulaires et une carrée contenant l'autel avec une fenêtre meurtrière ouverte dans l'axe.
Cet ensemble est contourné par une galerie étroite ou déambulatoire périphérique avec de chaque côté un accès vers la salle centrale et l'église supérieure. Sur la partie tournante restée intacte sont accrochées quatre chapelles pratiquement carrées dont la porte est désaxée. Devenues chapelles funéraires, elles ont été agrandies au ou au début du ..
Elle possède un sarcophage du en marbre blanc.
Statue de la Vierge Marie C’est au à Clermont qu’apparut la toute première statue d’une Vierge en majesté. Vers 946, Étienne II, ancien évêque de Conques, commanda une statue reliquaire pour la Vierge, peut-être inspirée de la statue-reliquaire de sainte Foy dorée à l’or fin, fabriquée sans doute au . Cette première statue, destinée à orner l’autel de la nouvelle cathédrale, est sans doute l’archétype des vierges romanes auvergnates. Cette statue-reliquaire avait une tête en vermeil entourée de pierreries, son corps étant recouvert de plaques d’or, d’argent et de cuivre, et la chaire était rehaussée d’or et de pierres précieuses.
Détruite et fondue pour la Monnaie de Paris pendant la Révolution, sa trace fut retrouvée dans le « Codex Claromontanus » de la bibliothèque de Clermont-Ferrand. Le Codex, copié au en latin, décrit, par l’intermédiaire du diacre Arnaud racontant la vision de Robert, abbé de Mozac, les circonstances de la réalisation de la statue : « Il dédia [la cathédrale] en l’honneur de la Mère de Dieu toujours vierge, et la fit si belle qu’en nos temps on n’en trouverait pas de pareille dans tout l’univers ». Au verso de la page se trouve un dessin à la plume représentant la statue. La Vierge est assise sur un trône, l’enfant sur les genoux, représenté avec une tête adulte. Les mains sont démesurées.
La cathédrale gothique Conception du projet vignette|Cathédrale de Clermont-Ferrand sur l'Armorial de Guillaume Revel vers 1450.
vignette|Cathédrale de Clermont-Ferrand dans le plan de François Fuzier paru en 1575.
vignette|Cathédrale de Clermont-Ferrand sur une gravure publiée par Jacques Chéreau en 1740.
vignette|Dessin d'un arc-boutant de la cathédrale de Clermont-Ferrand. Dictionnaire raisonné de l'architecture française du , par Eugène Viollet-le-Duc, 1856.
En 1248, l'évêque Hugues de la Tour décida de lancer le chantier d'une nouvelle cathédraleAnne Courtillé, « La cathédrale de Clermont-Ferrand ; l'œuvre gothique », in Bulletin Monumental, 2000, p. 141-151, (lire en ligne)., s'inspirant de la Sainte-Chapelle, qui avait fait son émerveillement lors d'un passage à Paris. Construire une église dans le prestigieux style gothique du Nord lui permettrait ainsi d'affirmer sa suprématie sur une ville qui avait été remise au pouvoir épiscopal juste quelques décennies auparavant.
Le chantier fut confié à Jean Deschamps à qui l'on doit aussi les cathédrales de Narbonne et de Limoges. Inspiré par Beauvais et Amiens, il réalisa des plans originaux : les fenêtres n'occupent pas tout l'espace disponible entre les supports et ne possèdent pas d'arcs formerets, les ogives sont à pénétration directe sous la voûte, le plan elliptique des piliers du rond-point du chœur laisse toute la lumière des fenêtres absidiales pénétrer dans le sanctuaire les débords de la terrasse permettent de faire le tour des arcs-boutants.
La principale originalité de l'édifice est le matériau utilisé : la pierre de Volvic (de type trachy-andésitique) qui donne une couleur sombre et dont la résistance permit d'élever des piliers d'une grande sveltesse. Cette particularité lui valut le surnom de par les frères GoncourtUlysse, septembre-octobre 2009, .
Jean Deschamps travailla de 1248 à 1287 sur le chœur, dans lequel saint Louis vint marier son fils, le futur Philippe le Hardi, avec Isabelle d'Aragon. Le roi finança peut-être pour cette occasion, une partie des vitraux qui paraissent sortir du même atelier que ceux de la Sainte-Chapelle. Le chœur, le transept et le début de la nef sont achevés vers 1273. Le chantier marque ensuite un certain ralentissement. En 1317 les trois premières travées sont utilisables. À cette date, la création du diocèse de Saint-Flour ampute les moyens du diocèse, ce qui a pour conséquence un nouveau ralentissement de la construction.
Pierre Deschamps prit la succession de son père jusqu'en 1325, poussant les travaux au-delà de la croisée du transept. Il respecte l'élévation conçue par son père, ce qui offre à l'ensemble une certaine homogénéité malgré la durée du chantier. De 1325 à 1340, les tours des bras de transept furent élevées par un maître d'œuvre inconnu.
La nef semble achevée dans les années 1340, appuyée sur la façade de l'édifice roman, qui sera finalement détruite au . Entre-temps, plusieurs projets d'achèvement de la façade restèrent sans exécution.
Les épures de Jean Deschamps C’est sur la terrasse surmontant le déambulatoire que l’on trouve gravées les épures de Jean Deschamps, dessins préparatoires destinés à préparer le travail des tailleurs de pierre.
Elles servaient à la confection de gabarits en bois donnant le profil et les dimensions des pierres à tailler. Les gabarits étaient ainsi directement utilisables sur le chantier par les appareilleurs et les maçons.
Ces épures ont servi notamment à la réalisation d’une fenêtre de la chapelle de Notre-Dame du Secours Perpétuel, du gable du porche nord et d’une baie de la nef.
Lors de son passage à Clermont, en , le jeune François-René de Chateaubriand laissa un témoignage très vivant sur les qualités architecturales de la cathédrale, notamment la finesse de son élévation :
Les tours du transept La tour de la Bayette La tour de la Bayette, qui flanque le côté est du portail nord, doit son nom au guetteur (bayeur) autrefois posté à son sommet. Elle est surmontée d'une tourelle, elle-même ornée d'un campanile en fer forgé ouvragé à l'allure méridionale. Il s'agit de la seule tour restant des quatre tours semblables d'origine.
D'une hauteur de , elle servit de beffroi à la cité et abrita longtemps une horloge : la première en 1407, une seconde en 1606, puis en 1823. La cloche actuelle, qui date de 1606, sonnait les heures d'office pour les chanoines de la cathédrale.
Le beau-frère de Blaise Pascal, le conseiller Périer, vint y continuer les expériences sur la pression atmosphérique commencées sur le sommet du puy de Dôme.
Évolutions du Moyen Âge tardif ( - )
De 1340 à 1355, l'architecte Pierre Juglar de Cébazat, connu pour avoir travaillé à la Chaise-Dieu, acheva les trois travées de la nef, qui permettaient de rejoindre les tours romanes de l'église d'Étienne . Les troubles de la guerre de Cent Ans ne lui laissèrent pas le temps d'achever son œuvre. Durant les années qui suivirent, le chapitre se contenta de faire sculpter un nouveau chambranle pour la porte de sa sacristie.
vignette|200px|gauche|Rosace sud. La rose à dominante bleue placée au-dessus du portail nord date du ainsi que celle à tonalité orangée qui surplombe le portail sud. Toutes les deux s’inscrivent dans un carré de de côté. Datant de 1350, la façade sud donnait autrefois sur les bâtiments de l’évêché. Les trois premières travées possèdent une terrasse de style méridional sur laquelle viennent s'appuyer des arcs-boutants décorés avec des colonnettes et des gargouilles.
En 1427, l'évêque de Clermont Martin Gouges obtient le droit de battre monnaie d'or et d'argent du roi Charles VII. Sous sa prélature, un atelier local s'occupa également de la réalisation d'un jubé flamboyant.
De 1444 à 1474, un clocher dit « du retour » fut placé au-dessus du chœur ; il fut abattu en 1741.
En 1490, les murs furent ébranlés par un tremblement de terre qui laissa une longue lézarde visible à l'œil nu au-dessus du portail sud.
Période révolutionnaire