Jean Jaurès ()Prononciation en français de France retranscrite phonémiquement selon la norme API. né le à Castres et mort assassiné le à Paris, est un homme politique, journaliste, historien et philosophe français. D’abord républicain modéré, il évolue vers le socialisme au début des années 1890, notamment à l’occasion de la grève des mineurs de Carmaux de 1892. Il devient ensuite l’une des principales figures du socialisme français et œuvre à son unification.

Député du Tarn à plusieurs reprises entre 1885 et 1914, il soutient les ouvriers de Carmaux, s’engage en faveur d’Alfred Dreyfus pendant l’affaire Dreyfus et défend une conception démocratique et républicaine du socialisme. Il fonde le quotidien L'Humanité en 1904 et participe, l’année suivante, à la création de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Il prend également part aux débats qui conduisent à la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et publie plusieurs travaux historiques et politiques, notamment l’Histoire socialiste de la France contemporaine.

Il commence une carrière politique comme républicain. En 1885, benjamin de la Chambre des députés, il siège au centre gauche en tant que non-inscrit. parmi les républicains « opportunistes », favorables à Jules Ferry. Battu lors des législatives de 1889 puis réélu comme socialiste indépendant lors de celles de 1893, il soutient la grande grève des mineurs de Carmaux, s'oppose aux « lois scélérates » et dénonce la collusion d'intérêts économiques avec la politique et la presse. Il prend la défense du capitaine Dreyfus, participe à la fondation du Parti socialiste français en 1902, puis fonde et dirige le quotidien L'Humanité.

Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, Jaurès fait de la lutte contre la guerre l’un des principaux axes de son action politique. Opposé notamment à la loi des Trois ans, il cherche à coordonner les mouvements socialistes européens afin d’empêcher un conflit entre les puissances européennes. Le 31 juillet 1914, en pleine crise de juillet, il est assassiné à Paris par le nationaliste Raoul Villain, trois jours avant l’entrée de la France dans la guerre.

Après sa mort, Jean Jaurès devient une référence majeure de plusieurs traditions de la gauche française, qui revendiquent diversement son héritage républicain, socialiste et pacifiste. Ses cendres sont transférées au Panthéon en 1924.

Biographie 1859-1885 : jeunesse et formation vignette|gauche|redresse|Jean Jaurès vers 1875. Jean Jaurès, de son nom complet Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès, naît à Castres, 5 rue Réclusane, dans la maison de famille maternelle.. Il appartient à une famille paternelle qui a évolué de la paysannerie vers la petite bourgeoisie provinciale du Tarn (essentiellement à Castres). Le jeune Jean Jaurès est notamment marqué par la brillante carrière de son cousin Benjamin Jaurès, amiral et ministre de la Marine en 1889..

Son père, Jules Jaurès (1819-1882)Jules Jaurès est dit fabricant sur son acte de mariage, négociant sur l'acte de naissance de Jean, et propriétaire sur celui de Louis (Archives départementales du Tarn)., est un négociant en tissus et qui possède et gère en outre une petite exploitation agricole de six hectares (ferme du domaine de La Fédial près de Castres), dans laquelle son fils passe son enfance et son adolescence jusqu'à l'âge de . La famille connaît ponctuellement des difficultés financières.. Sa mère, Adélaïde Barbaza (1822-1906), affectueusement surnommée « Mérotte », est issue d'une famille de fabricants de draps de la petite bourgeoisie de Castres et s'occupe de l'éducation des deux enfants du couple : Jean, l'aîné, et Louis (1860-1937), qui devint amiral et député républicain-socialiste..

vignette|redresse|Jaurès en 1878, à l’École normale supérieure.

Très brillant élève du lycée de CastresCollège protestant fondé en 1574, c'est un des plus vieux établissements secondaires de France. Source : ., il y est remarqué par un inspecteur général, Félix Deltour, qui convainc ses parents de lui faire poursuivre ses études dans les écoles de l'« élitisme républicain », alors qu'ils le destinaient à l'administration des postes. Il écrit aussi bien en français qu'en latin à 16 ans. Il est lauréat du concours général en latin.. L'inspecteur lui obtient une bourse qui lui permet de préparer à Paris l'École normale supérieure, au collège Sainte-Barbe puis au lycée Louis-le-Grand. Il reçoit le premier prix du concours général en 1878, et est reçu la même année premier au concours d'entrée à l'École normale supérieure, devant Henri Bergson. En aout 1881, il termine troisième à l'agrégation de philosophie, derrière Paul Lesbazeilles et Henri Bergson et devant Gustave Belot...

Devenu professeur de lycée, Jean Jaurès enseigne tout d'abord au lycée Lapérouse à Albi, puis rejoint Toulouse en 1882, où il exerce comme maître de conférences à la faculté des lettres et se voit confier un cours de morale au lycée de jeunes filles, section grandes..

Il se marie le avec Louise Bois (1867-1931), fille d'un marchand de fromages en gros d'Albi, avec qui il a deux enfants. : Madeleine Jaurès, née le à Castres et décédée en 1951, mère de Jean-Jacques Delaporte (1910-1931) ; Louis Paul Jaurès, né le à Nontron. Engagé volontaire en 1915 à , au de dragons, il passe aspirant au de chasseurs à pied. Il est tué le à Pernant, lors de la seconde bataille de la Marne., et déclaré « mort pour la France ».. Une stèle, surmontée du buste de son père, est inaugurée à quelques kilomètres du lieu de sa mort, à Chaudun, le , en présence de Léon Blum, qui prononce un discours... Il figure au Tableau d'honneur de la Grande Guerre de L'Illustration, sous le prénom Paul..

Dans le contrat de mariage, la famille Bois offre au jeune couple le domaine de Bessoulet près de Villefranche-d'Albigeois où il s'installe rapidement..

1885-1898 : la progressive adhésion au socialisme Entrée en politique comme républicain (1885-1889) vignette|redresse|Jaurès entre 1885 et 1889.(photographie d'Disdéri).

S'affirmant ferryste, et incité par certains de ses anciens professeurs de Castres, il est désigné candidat (sixième de liste) par le congrès des républicains d’Albi pour les élections législatives d'octobre 1885... Le , il figure parmi les six candidats élus, sa liste obtenant sur .

Benjamin de la nouvelle Chambre des députés, il siège parmi les républicains « opportunistes », favorables à Jules Ferry.. Pour sa première intervention, en date du , il défend les droits des communes en matière d’enseignement primaire. Ses votes permettent de le situer au centre gauche : contre l'amnistie des délits politiques des communards demandée par Henri Rochefort, pour le crédit de accordé au corps expéditionnaire du Tonkin, pour un crédit de au service des cultes... L'historienne Madeleine Rebérioux le décrit comme étant , mais n'ayant . Il condamne âprement les violences et les de cette grève, lors de laquelle des mineurs, après de vains pourparlers, précipitent par une fenêtre l'ingénieur Warlin qui est achevé par la foule... Cependant, plus généralement, selon Madeleine Rebérioux, .

La législature est marquée par les succès du général Boulanger, auquel s'oppose Jaurès. En , lors de l’élection partielle de Paris à laquelle Boulanger est candidat, il soutient Édouard Jacques, le candidat commun aux socialistes-possibilistes et aux républicains bourgeois.

Lors des législatives de 1889, il est battu dans la circonscription de Castres par voix contre à son adversaire monarchiste, Jean-Pierre Abrial.

Découverte du socialisme Privé de son mandat de député, Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur ès lettres en 1892. Sa thèse principale a pour titre De la réalité du monde sensible, sa thèse secondaire (en latin, selon l'usage de l'époque) De primis socialismi germanici lineamentis apud Lutherum, Kant, Fichte et HegelC'est-à-dire : Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte et Hegel. ., dans laquelle il exprime sa conviction que seul le socialisme permettra à l'Homme d'obtenir son plein épanouissement dans une société harmonieuse et fraternelle.

Il continue également son activité politique. À partir de 1887, il collabore au quotidien de tendance radicale La Dépêche de Toulouse (la future Dépêche du Midi). Jaurès y rédige, le , un article sur l'importance de l'école pour le futur citoyen : « Lettre aux instituteurs et institutrices ». Élu conseiller municipal de Toulouse en au sein d'un conseil « d’union républicaine radicale et radicale-socialiste », il devient adjoint au maire chargé de l'instruction publique jusqu'en 1893.

Selon l'historien Michel Launay, c'est en que Jean Jaurès , dans un article intitulé . Il demeure toutefois attaché au parti républicain, qu'il se représente dans son entier comme « un immense parti socialiste » (Dépêche, ). D'après Madeleine Rebérioux, , dont il étudie la condition .

Grève des mineurs de Carmaux : adhésion définitive au socialisme (1892)

gauche|vignette|La grève des mineurs de 1892 à Carmaux vue par Le Petit Journal. vignette|redresse|Gabriel Pech, Monument à Jean Jaurès à Carmaux. En 1892, quand éclate la grande grève des mineurs de Carmaux, Jean Jaurès est à l'écart de la vie politique nationale. L'origine du conflit est le licenciement de Jean-Baptiste Calvignac par la Compagnie des mines que dirigent le baron René Reille, président du conseil d'administration (l'homme fort de la droite tarnaise), et son gendre Jérôme Ludovic de Solages, membre de ce même conseil (député de la circonscription depuis ), propriétaire de mines et de verreries. Le prétexte motivant le licenciement se trouve dans les absences de Jean-Baptiste Calvignac causées par ses obligations d'élu municipal. Ce licenciement est considéré par les mineurs comme une remise en cause du suffrage universel et des droits réels de la classe ouvrière à s'exprimer en politique.

Les ouvriers se mettent en grève pour défendre leur maire. Le président Sadi Carnot envoie l'armée (mille cinq cents soldats) au nom de la « liberté du travail ». En plein scandale de Panama, la République semble ainsi prendre le parti du patronat contre les grévistes.

Dans ses articles à La Dépêche à partir du , Jean Jaurès soutient la grève, aux côtés de Georges Clemenceau. Il accuse la République d'être aux mains de députés et ministres capitalistes favorisant la finance et l'industrie aux dépens du respect des personnes. Durant cette grève, il fait l'apprentissage de la lutte des classes et du socialisme. Arrivé intellectuel bourgeois, républicain social, Jean Jaurès sort de la grève de Carmaux acquis au socialisme.

Sous la pression de la grève et de Jaurès, le Gouvernement arbitre le différend entre la Compagnie minière de Carmaux et Calvignac au profit de ce dernier en lui donnant un congé illimité pour qu'il exerce ses fonctions de maire. Solages démissionne de son siège de député et provoque l'élection anticipée de .. Ne s'étant pas accordé sur une candidature de Calvignac et n'ayant obtenu l’accord d'Antoine Duc-Quercy, le comité électoral socialiste de Carmaux se tourne vers Jean Jaurès, qui accepte de reprendre le programme de Marseille du Parti ouvrier français.

Le , il est élu député au deuxième tour par sur sous l'étiquette « socialiste indépendant » contre l’opportuniste Jean-Baptiste Héral. Les cantons ruraux lui procurent alors 59 % de ses suffrages. Son mandat est confirmé quelques mois plus tard lors des élections générales du par sur , lors desquelles le nombre de députés socialistes passe de 13 à 41, ce qui leur permet de former un groupe parlementaire, dirigé par Jaurès.

Premier mandat comme député socialiste (1893-1898) vignette|redresse|Jean Jaurès vers 1892.