Georges Rapin ( – ), dit Monsieur Bill, est un criminel français dont le procès et l'exécution ont fait l'objet d'une importante couverture médiatique au début des années 1960L'histoire de Georges Rapin fera notamment la couverture de huit numéros du magazine Détective.. On évoque, à son propos, un cas de « suicide à la guillotine ».

Biographie Né dans une famille aisée de la bourgeoisie parisienne , Georges Rapin, couvé par sa mère en raison du décès d'une méningite à l'âge de dix mois de son frère aîné, a une enfance sans souci. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il change souvent de villes et d'établissements scolaires : Cogolin, chez ses grands-parents, Pacy-sur-Eure, Vals et Bilbao où travaille son pèreParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Un fils à papa devant les assises". Particulièrement instable et turbulent, il n'arrive pas, à la suite d'un début de méningite, bien qu'il soit doué d'une vive intelligence, ni à rester à l'école ni à garder un emploiParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Un fils à papa devant les assises" "Un an après le retour en France, Georges Rapin subit un début de méningite, la maladie du frère. On l'enraye, mais c'est la catastrophe à un double point de vue : d'abord, cela confirme Mme Rapin dans son incroyable système d'éducation sans devoirs ni contrariétés ; ensuite, cela affaiblit les capacités intellectuelles de son fils. Dès ce moment, tout travail continu lui devient un supplice. Il a de la fièvre, des migraines, des vomissements.". Il connaît également un problème de croissance : il mesure seulement à quatorze ans. Par la prise d'hormones de croissance et une série d'élongations, alors très en vogue, il parvient à une taille d'environ Paris Match n°572, 26 mars 1960 : "Un fils à papa devant les assises" "Son retard de croissance est évident : à quatorze ans et demi, Pinpin mesure 1 m 45. On le traite aux hormones. De son côté, pour grandir, il se soumet à de torturantes séances d'élongation, suspendu par le menton. Il finira par atteindre 1 m 60.". Dès l'adolescence, il est attiré par les armes. vignette|Une Dauphine « Gordini ». De à , il effectue son service militaire au Maroc. À son retour, ses parents lui donnent l'argent nécessaire, conformément à son souhait, pour acheter un bar aux Gobelins, 92 boulevard Saint-Marcel, Le Porto, et un autre à cinq cents mètres, dans le , 65 rue Pascal qu'il appelle le Bill's bar. Il revend ce dernier après cinq mois d'exploitation et ferme le premierParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Au bout de cinq mois, il revendra le Bill's Bar et quant au Porto, il le fermera purement et simplement sans même prévenir ses parents.". Dans le même temps, Georges Rapin, se faisant appeler « Monsieur Bill », est un client assidu du Sans-Souci, 65 rue PigalleAlexandre Mathis, Les Fantômes de M. Bill. Le fer et le feu, Léo Scheer, 2011.. Fasciné par la légende des gangsters héros de la Série noire, il rêve de se faire une réputation dans le milieu du banditisme. Il se lance alors dans le proxénétisme, paradant revolver à la ceinture et au volant de sa Dauphine « Gordini ». Il éprouve un besoin impérieux de passer pour un vrai « dur », respecté comme tel.

Il entretient aussi une liaison avec une jeune apprentie-coiffeuse, Nadine Lévesque, se faisant passer pour un professeur du lycée Buffon et est reçu par ses parents, concierges rue de GergovieParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Nadine est éblouie. Il fait à la jeune fille une cour en règle, se montre galant, dévoué, respectueux des usages. Il demande à connaître les parents de Nadine, ce qui fait naître de grands espoirs rue de Gergovie. Il est reçu comme un fiancé.". De à , il suit des cours d'art dramatique chez Andrée Bauer-Thérond, rue Henry-Monnier, à Pigalle, à deux pas de l'avenue Frochot, et du Sans Souci. Parallèlement, Georges Rapin possède une librairie, payée par ses parents, à Sèvres-Babylone.

Meurtre de « Domino » Sous le prétexte d'une dette non honorée, il assassine une entraîneuse, Muguette Thirel, 23 ans, dite Dominique ou Domino. La jeune femme est emmenée dans la forêt de Fontainebleau, Rapin lui tire plusieurs balles non immédiatement létales dans le ventre et le dos, l'asperge d'essence alors qu'elle se débat, et l'enflamme avec un journal. Le crime a lieu dans la nuit du vendredi 29 au samedi , à deux heures du matin. Monsieur Bill avait préparé cette « action d'éclat » bien à l'avance« L'Affaire Georges Rapin », dans l'émission L'Heure du crime, RTL, .. Le cadavre est découvert par un marchand de chevaux et son garçon d'écurie.

La victime est rapidement identifiée grâce à ses escarpins roses aux talons aiguille. Sur les causes, Alphonse Boudard émet l'hypothèse d'un traquenard, monté contre Rapin, pour l'arnaquer, et que Rapin aurait perçu : c'était compter sans la « dinguerie profonde de Rapin », écrit-ilAlphonse Boudard, M. Bill ou À combien Pigalle revient aux fils de famille.. Mais il semble plus probable, comme Rapin le racontera lors de ses aveux, qu'il a voulu la punir car il était devenu son « maquereau », l'ayant rachetée cher à son précédent souteneur, Stello le Corse, mais elle ne lui rapportait pas assez. Domino se rebellant, elle aurait menacé de le dénoncer comme proxénète, aussi Rapin aurait décidé de la tuer puis de la brûler pour faire disparaître le corps..

Arrestation, aveux, rétractation Dénoncé par les caïds de Montmartre, qui n'apprécient guère ce jeune bourgeois prétentieux et mythomane aux cheveux gominés, aux lunettes noires et à la moustache fine, Rapin est interpellé peu après par le commissaire Chaumeil, le , dans le luxueux appartement familial du 209 boulevard Saint-Germain où il réside avec ses parents. Après vingt-quatre heures d'interrogatoire, il reconnaît avoir tué Muguette ThirelLe Monde, ..

L'horreur du crime, les rebondissements de l'enquête, la personnalité atypique du suspect et ses incessantes forfanteries vont faire de « Monsieur Bill » une véritable star médiatique.

Quelques jours plus tard, le , alors qu'on ne lui demande rien, il déclare aux policiers puis au magistrat instructeur être aussi l'auteur du meurtre d'un pompiste, Roger Adam, père de trois enfants, abattu d'une balle dans la tête à Villejuif dans la nuit du Vendredi saint, début — une affaire que la police ne parvenait pas à résoudre depuis un anLe Monde, .. Rapin avait à cette époque une Traction Avant.

Fabulateur, Rapin donne plusieurs versions de ce qui s'est passé cette nuit-là, dont une dans laquelle il dit qu'il aurait neigé, ce que retiendra aux assises l'avocat général pour souligner un élément que seul Rapin pouvait connaître« « Neigeait-il réellement le à deux heures du matin ? » Le président de la Cour d'assises de Paris, Fernand Chapar, s'en tiendra aux déclarations de Rapin : « Vous n'avez pas tué le pompiste Roger Adam, mais c'est vous qui avez appris sa mort, la date et l'heure de sa mort, au magistrat instructeur qui a dû procéder à des vérifications pour s'assurer que vous ne mentiez pas. Vous êtes innocent, mais vous êtes le seul à savoir que ce jour-là, cette nuit-là, à 1h55 du matin, il neigeait. Les journaux parlaient d'un "temps maussade". Vous saviez qu'il neigeait. » Cité dans Alexandre Mathis, Les Fantômes de M. Bill..

Seul détail que la presse mettra en relief : Rapin aurait été insulté par Roger Adam, qui l'aurait traité de « petit con », à la suite d'une réflexion que Rapin lui aurait faite pour de l'essence versée sur la carrosserie de sa Traction.

Le , alors qu'il est incarcéré à la prison de Fontainebleau, Rapin s'accuse devant le juge d'instruction de onze autres meurtres « parfaits »Les Fantômes de M. Bill, et « L'Affaire Georges Rapin », série L'Heure du crime, RTL. (mais qui s'avéreront imaginaires) commis au cours des cinq années passées« Obéit-il au désir de se hisser au rang de "vedette" du crime ? Veut-il prouver qu'il n'est pas seulement le "demi-sel" qu'on a dit ? » commente Le Monde du ..

Mais le , il revient en bloc sur ses aveux, niant avoir commis aucun meurtre. Il déclare qu'il a assisté à l'assassinat de Muguette Thirel mais que le coupable est un truand dont il ne connaît que le prénom, un certain « Robert »Le Monde, .. Le lendemain, il précise s'être accusé de ce crime un peu afin de devenir une « vedette judiciaire », mais surtout pour protéger le mystérieux « Robert » le temps qu'il puisse se mettre à l'abri. « Il aurait alors attendu en vain l'intervention du « milieu » en sa faveur, et, comprenant vite que personne ne lui viendrait en aide, il aurait été frappé d'un violent désespoir. Dégoûté de la vie et des hommes, il aurait opté comme moyen de suicide pour la guillotine » rapporte Le Monde du .

Le , l'expertise balistique ayant prouvé que la balle ayant tué le pompiste de Villejuif a bien été tirée par le pistolet que détenait alors Rapin, celui-ci prétend que l'arme lui a été dérobée dans sa voiture la nuit même du meurtre par quatre jeunes gens dont il ne peut rien direLe Monde, ., et qui seraient venus la lui restituer le lendemain.

Procès et condamnation Le procès s'ouvre aux assises de la Seine le . Il attire une foule de personnalités et des centaines de curieux.

Interrogé par le président, Georges Rapin maintient son système de défense : « Je plaide non coupable. Je considère que l'assassin mérite cent fois la peine de mort, mais cet assassin ce n'est pas moi. Pas plus dans l'affaire de M. Roger Adam que dans celle de Thirel. »Article de Jean-Marc Théolleyre, Le Monde, ..

Quatre défenseurs ont la lourde tâche de plaider l'innocence de M. Bill, dont , bâtonnier du barreau de Melun et commis d'office dès le début de l'instruction, et , le plus célèbre avocat pénaliste de l'époque. Ils insistent sur le fait que faute de témoins des crimes, tout le dossier repose sur des déclarations de Rapin, que celui-ci a ensuite reniées. Floriot conclut sa plaidoirie de trois heures et demie en disant : « Pouvez-vous dire qu'un demi-fou qui s'est accusé de onze crimes inventés est coupable de deux autres crimes ? ».

Il ne faut au jury qu'une demi-heure de délibéré pour prononcer la peine capitale, le .

Le général de Gaulle, président de la République, ayant refusé sa grâce, Rapin est guillotiné dans la petite cour de la Santé le , par le bourreau André Obrecht. Seul est venu assister le condamné, celui-ci ayant récusé ses trois autres avocats.

Sous la plume de Pierre Joffroy, Paris Match reprend alors l'expression « suicide à la guillotine »Réquisitoire de plusieurs pages contre la peine de mort, signé Pierre Joffroy, en couverture : « Fallait-il exécuter Bill ? ».. La même thèse est avancée par Marcel HaedrichMarcel Haedrich, Le Vrai procès de Monsieur Bill., et également appuyée, plus tard, par ObrechtAndré Obrecht, Affaires civiles : Georges Rapin : « Le secret de l'exécution, le voici : « M. Bill » a mis en scène lui-même son suicide légal. Il a coupé le col de son veston et de sa chemise. Et, à notre arrivée, il riait. Il riait mais devait être déçu de n'avoir personne pour l'interviewer et immortaliser son cabotinage. Il n'a pas faibli. Mort avec courage. ».. Les parents ont toujours cru en l'innocence de leur fils.

« Monsieur Bill » a été exécuté en emportant tous ses secrets, et il en avait beaucoup, comme l'écrira le commissaire Chaumeil, regrettant de n'avoir pu interroger davantage Georges Rapin. Tout ce que l'on sait des mobiles de cette histoire, on le tient de Rapin, écrit Alexandre Mathis. Rapin a multiplié les versions, et bien des zones d'ombre subsistent.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900 Exécutions en France

Bibliographie Marcel Haedrich, Le Vrai Procès de Monsieur Bill, Paris, Grasset, coll. « Enquêtes et documents », 1960, 197 p. Pierre Joffroy, « Fallait-il exécuter Bill ? », dans Paris Match, (second article de P. Joffroy sur G. Rapin dans Paris-Match).