Le Grand Prix cycliste de L'Humanité est une ancienne course cycliste organisée conjointement par la Fédération sportive et gymnique du travail et le journal L'Humanité de 1927 à 1979.
Alternant entre course d'une journée (1927-1936, 1945, 1949-1955) et course à étapes sur deux ou trois jours (1937-1939, 1946-1948, 1956-1979), son parcours est fluctuant au fil des ans. Il emprunte le plus souvent différents tracés en Île-de-France et des parcours reliant Rouen et Le Havre à Paris.
Histoire sportive et politique Politique nouvelle à L'Humanité Créée en 1927 par L'Humanité, cette compétition cyclisteArticle paru le 30 mai 1975, dans L'Humanité, sous la plume d'Émile Besson. est l'une des marques les plus visibles d'une conception nouvelle du quotidien du Parti communiste français, telle que l'entend le rédacteur en chef, nommé en 1926, Paul Vaillant-Couturier. Au repliement politique du journal sur la seule transmission de mots d'ordre, aux articles à vocation unique de propagande, celui-ci veut substituer un journal plus varié, ouvert dans la conquête d'un nouveau lectoratAnalyse produite par les historiens Christian Delporte, Claude Pennetier, Jean-François Sirinelli, Serge Wolikow, qui, à l'occasion du centenaire du quotidien, ont tenu colloque et en ont publié les Actes : L'Humanité de Jaurès à nos jours, aux éditions Nouveau monde, 2004. En particulier les contributions de Tanguy Perron : « L'Humanité » et ses images dans le cinéma communiste du Front Populaire, et de Annie Burger-Roussenne : Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de L'Humanité .. Le Grand Prix cycliste correspond à cette nouvelle pratique éditoriale communiste, qui adopte en la matière la pratique commune de la presse sportive (le Tour de France est une création de presse), comme de la presse à grand tirageÉdouard Seidler: Le sport et la presse, collection Kiosque, Armand Colin éditeur, 1960. : faire connaître le quotidien « organe central du Parti communiste français » en allant au-devant du public d'une manière originale et populaire. Or le vélo était devenu, après la guerre de 1914-1918, beaucoup plus que l'objet sportif, dévolu aux champions, ou l'objet de loisir des classes aiséesLes aristocrates des stades, Alain Ehrenberg, article dans Le Monde, 9 juin 1980. qu'il était à la Belle époque. C'était un moyen de transport de diffusion de plus en plus massive pour les classes populaires. Toutefois il est à observer que le soutien par L'Humanité de rencontres sportives ne se limite ni au Grand Prix de L'Humanité, dans le domaine cycliste, ni au seul cyclisme. Les pages sportives du quotidienConsultation de L'Humanité sur la rubrique « Presse quotidienne » du site Gallica de la Bibliothèque nationale de France, jusqu'à l'année 1939. permettent de constater, pour la période antérieure à 1939, que le journal offrait son soutien à des compétitions de natation, à d'autres courses cyclistes, à des épreuves d'athlétisme, des tournois de football, des compétitions de marche à pied. Ainsi pour la période 1944-1970, le « Cross de L'Humanité », épreuve pédestre déjà organisée avant guerre, rivalise, quant à la notoriété des compétiteursL'athlétisme, comme le football, ne connaissent pas la cloison « amateurs/professionnels », qui divise artificiellement en deux le cyclisme mondial jusqu'en 1990. De ce fait, il semble que la fédération travailliste FST / FSGT n'attire pas une partie de l'élite de l'athlétisme, comme c'est le cas pour le cyclisme, et se consacre plus à l'organisation des Brevets sportifs populaires. Au niveau international, la compétition annuelle du « Cross de L'Humanité » présente un « plateau » de grand choix. En 1954, 1955, le vainqueur du Cross se nomme Emil Zátopek (Tchécoslovaquie), champion olympique. Parmi ses adversaires, on note Vladimir Kuts (URSS), en 1954, champion olympique. (Source: Miroir sprint. avec le Grand Prix cycliste. Celui-ci s'adresse aux coureurs, licenciés dans les associations sportives de la FST/FSGT, et aux indépendants, dont certains semblent appartenir aussi à l'officielle Union vélocipédique de France, ancêtre de la Fédération française de cyclisme. En effet, jusqu'en 1939, la politique éditoriale du quotidien communiste réserve une part importante au sport, initié par la Fédération sportive du travail (FST), puis par la FSGT dans les colonnes de sa rubrique sportive. Celle-ci occupe une demi-page dédiée quand le journal tire sur six pages, jusqu'en 1936, puis une page entière dans la configuration du journal de huit pages, lancée après la victoire du Front populaire. Il n'est pas rare que les activités des différents comités de la FST/FSGT occupent plus de la moitié des comptes-rendus, tous sports confondus.
Le « Sport rouge » En effet, la compétition cycliste organisée par le journal fondé par Jean Jaurès entrait également dans le champ de la pratique sportive au sein de la classe ouvrière telle que voulaient la promouvoir les organisations sportives « ouvrières »Le terme « ouvrier » est entendu ici au sens que ces organisations se donnent elles-mêmes : il se situe dans une optique de « luttes des classes ». Mais la sociologie des organisations sportives en France montre la pratique sportive « travailliste » est un phénomène toujours minoritaire dans l'ensemble constitué des sportifs licenciés, toutes fédérations confondues. Voir l'article de André Gounot, Les Spartakiades internationales paru dans la revue Les Cahiers d'histoire, revue d'histoire critique, 88-2002. Le même auteur a contribué à l'ouvrage Métamorphoses ouvrières, paru aux éditions de l'Harmattan par un article, cet article est consultable sur Internet : Une organisation sportive et révolutionnaire: la Fédération sportive du travail.. Durant l'été 1938, plusieurs réunions sont organisées par la FSGT, pour célébrer le Trentenaire du sport travaillisteL'Humanité, 11 juin 1933.. En 1907 / 1908, en effet, des militants créent une Fédération sportive, athlétique socialiste, embryon d'une organisation, autonome par rapport aux fédérations sportives (l'Union vélocipédique de France, par exemple) et à l'égal des fédérations plurisportives et des patronages catholiques. La division politique de l'après-guerre, selon un clivage entre Parti communiste, qui s'intitule en fait Section française de l'Internationale communiste (SFIC) et Parti socialiste, resté SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) entraine, en 1923 la division du mouvement sportif « socialiste » en deux fédérations omnisports distinctes : La Fédération sportive du travail (FTS), rassemble les sportifs communistes, ou sympathisants. L'Union des sociétés sportives de gymnastique du travail (USSGT) rassemble les sportifs socialistes.
La FST adhère à lInternationale rouge sportive, créée en à Moscou, dans le sillage de la tenue du troisième congrès de l'Internationale communiste, et la déclinaison du thème central de celle-ci : « Conquérir les masses ».
Cette Internationale sportive se proclame rouge, et par extension du vocable « rouge », le sport que ses membres pratiquent devient le Sport Rouge. Eux-mêmes intègrent le rouge, dans leur vocabulaire : comme le montrent les reportages du journal L'Humanité, ce sont des sportifs rouges et le Grand Prix cycliste devient le « Circuit rouge ». Le rôle de cette Internationale rouge sportive a été peu étudiéVoir les travaux de recherche historique publiés par André Gounot, ou Nicolas Kssis, dans diverses revues, cités en notes. Pour ce qui en transparaît à la lecture de L'Humanité, elle appelle chacune de ses sections à organiser, en juillet ou en août chaque année de son existence, une Journée internationale du sport ouvrier. Pour des raisons de calendrier sportif, le Grand Prix cycliste de L'Humanité ne se court qu'une année dans le cadre de cette journée du « Sport rouge ». Il s'agit de l'édition de 1933. En cette occasion, Marcel Cachin, directeur du journal, consacre son éditorial au Sport rouge, le dimanche : d'encadrement et de militarisation de la Jeunesse.
Le but que s'assigne le Sport rouge est tout autre. Marcel Cachin ne développe pas mais Georges Marrane avait synthétisé, lors de la première remise des Prix aux vainqueurs du Grand Prix cyclisteL'Humanité, 10 avril 1927. : (…) et (retour à Cachin) C'est le but des Spartakiades internationales organisées par l'Internationale rouge sportive. Lorsque Paul Vaillant-Couturier, donne le départ du premier Grand Prix, un matin d', c'est en chantant L'Internationale qu'auraient été donnés les premiers coups de pédale des , une éditorial de Paul Vaillant-Couturier, L'Humanité du lundi 4 avril 1927..
Le rôle de la Fédération sportive du travail, puis de la Fédération sportive et gymnique du travail Si l'organisation financière relève du journal L'Humanité, l'organisation sportive relève de la Fédération sportive du travail, qui en , fusionnant avec l'USSGT, se transforme en Fédération sportive et gymnique du travailNicolas Kssis,La Politique sportive des municipalités communistes de banlieue entre les deux guerres, dans l'ouvrage dirigé par Jacques Girault,Des communistes en France (années 1920-années 1960), Publications de la Sorbonne, Paris 2002.. La Fédération sportive du travail ne compte en 1933, selon ses propres textes que . C'est évidemment peu, mais les compétitions qu'elle organise rassemblent une participation sportive bien supérieure à ces chiffres. Ainsi le Grand Prix cycliste de L'Humanité, dont les organisateurs doivent chaque année prévoir des épreuves éliminatoires, puis des demi-finales plus nombreuses que l'année antérieure. En 1934, par exemple, les 335 participants à l'épreuve finale représentent 50 % des demi-finalistes, eux-mêmes issus de quatre éliminatoires. Les éditions des années 1937 à 1939, qui ouvrent plus de places aux provinciaux, font que le Grand Prix de L'Humanité, qui se dispute en deux étapes à partir de 1937, ajoute aux éliminatoires de la région parisienne ( en 1937 pour environ 200 places), des éliminatoires en province : Reims, Grenoble, Tours, Lyon, Le Mans. Le journal note des candidatures venant d'Algérie. Ce sont les comités départementaux ou les clubs locaux de la FSGT qui organisent ces courses. Pour l'épreuve disputée à ToursL'Humanité, 31 mai 1937., c'est « le jeune club sportif de Saint-Pierre-des-Corps », qui est chargé du déroulement pratique de l'épreuve. Cependant, le Grand Prix cycliste de L'Humanité n'est pas une épreuve FSGT. La moitié des places en finale sont réservées aux « indépendants » ou à des coureurs de l'UVF.