Lélection au trône de Grèce de 1862-1863 se produit à la suite de la déposition du roi d'origine bavaroise Othon de Grèce en et vise à donner au royaume de Grèce un nouveau souverain.

Une consultation populaire est organisée par le gouvernement grec en et aboutit à l'élection du prince Alfred du Royaume-Uni à la tête du pays. Mais le gouvernement britannique se montre peu enclin à envoyer un de ses princes régner à Athènes, tandis que les autres « puissances protectrices » de la Grèce (France et Russie) refusent de reconnaître l'élection car elle risquerait de donner trop d'importance à la Grande-Bretagne en Méditerranée orientale.

D'autres candidats sont donc avancés par les grandes puissances mais tous finissent par être rejetés par un autre gouvernement ou par décliner l'offre qui leur est faite : tel est notamment le cas du duc Nicolas de Leuchtenberg, de l'ex-roi Ferdinand II de Portugal, du duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha et du prince Guillaume de Bade. Finalement, le Royaume-Uni propose, fin , la candidature du prince Guillaume de Danemark, dont les sœurs sont fiancées au prince de Galles et au tsarévitch de Russie. Les puissances protectrices se montrent enthousiastes et l'Assemblée nationale grecque s'empresse d'élire le jeune homme de le . Cependant, les autorités danoises tardent à accepter l'élection du prince, qui n'est officiellement reconnue que le . Le , une délégation grecque conduite par l'amiral Constantin Kanaris se rend donc au château de Christiansborg et le prince danois est proclamé roi des Hellènes sous le nom de .

Contexte Othon et la crise dynastique

Dans les années 1850-1860, le tout jeune royaume de Grèce est secoué par un double mouvement de contestations. Désireux de réaliser la , autrement dit l'union de tous les Grecs dans un même état, le peuple hellène reproche au roi d'origine bavaroise Othon de ne pas avoir agrandi le pays et de ne pas avoir libéré l'Épire, la Thessalie et la Crète du joug ottoman. La population reproche par ailleurs au souverain de mener une politique despotique, de vider les caisses du royaume par ses constructions et, surtout, de ne pas avoir donné d'héritier au pays.

Conscient de ces reproches et désireux d’affermir son trône, le roi cherche à assurer sa succession. Conformément au traité de Londres du , qui établit que , il a l’espoir que l’un de ses frères ou neveux lui succède à sa mort. Cependant, la mise en place de la première constitution grecque, en 1843-1844, change la donne. L’article 40 de la Loi fondamentale établit en effet que . Or, les frères d’Othon se montrent très attachés à la foi catholique et refusent de se convertir ou d’élever leurs enfants dans une autre religion. Pendant plusieurs années, la succession grecque est donc victime des tergiversations des princes bavarois qui refusent de renoncer à leurs droits dynastiques mais ne font que peu d’effort pour affermir leur position d’héritiers.

C’est seulement à partir de 1861 que les choses semblent évoluer à l’intérieur de la maison de Wittelsbach : le prince Louis de BavièreIl monte finalement sur le trône de Bavière sous le nom de Louis III en 1913., fils aîné de Luitpold, approche de ses seize ans et il se montre très intéressé par le trône hellénique. Malgré leurs réticences, ses parents acceptent qu’il se convertisse à l’orthodoxie à sa majorité (le ) et envisagent de le fiancer à sa cousine, la princesse Eugénie de Leuchtenberg, petite-fille du tsar Nicolas de Russie, afin de rassurer les Grecs. Mais il est déjà trop tard et les Hellènes ne sont plus disposés à attendre.

La révolution d'octobre 1862

Le , une insurrection éclate à Nauplie contre le régime d'Othon et en faveur de la . Mais la révolte, mal préparée, peine à gagner du terrain et est totalement matée le .

Afin de rassurer la population et de renforcer son pouvoir, le souverain décide donc de partir, avec son épouse, pour une tournée officielle à travers le Péloponnèse et les îles de l'Égée. Le couple royal quitte Athènes le pour se rendre à Spetses mais, deux jours plus tard, une nouvelle insurrection éclate dans le pays. Vonitza se soulève et la révolte s'étend rapidement à Patras et Missolonghi. Le , c'est au tour de la capitale d'être touchée : des manifestations s'y déroulent et l'armée, chargée de les réprimer, ne tarde pas à rejoindre la foule. Le soir-même, un gouvernement provisoire est nommé avec, à sa tête, Voulgaris, Kanaris et Rouphos.

Le , les nouvelles autorités proclament un décret par lequel Une convention internationale signée à Londres le reconnaissait en effet le droit de la reine Amélie à exercer la régence en Grèce si le trône venait à être vacant et que l'héritier d'Othon était encore mineur. Voir le traité de 1852.. Une Assemblée nationale est convoquée pour organiser le pays et élire un souverain. Abandonné par les ambassadeurs des puissances protectrices, le couple royal doit embarquer sur un navire britannique, le Scylla, et quitter la Grèce. Malgré tout, contrairement à ce que prévoyait la première version du décret grec, la maison de Wittelsbach n'est pas officiellement déchue et un prince bavarois semble encore pouvoir succéder à Othon.

Plus de sept mois d'incertitudes La division des puissances protectrices Lorsque éclate la révolution à Athènes, les gouvernements des puissances protectrices de la Grèce (Royaume-Uni, France et Russie) sont d'abord préoccupés par la volonté expansionniste des Hellènes. Les grandes puissances européennes craignent en effet que les révolutionnaires déstabilisent l'équilibre international en déclarant la guerre à l'Empire ottoman et cherchent à mettre en œuvre la .

Cependant, le gouvernement provisoire se montre particulièrement mesuré et prend garde de ne s'aliéner ni les grandes puissances, ni la Sublime Porte. Ainsi, alors qu'un premier projet prévoyait de convoquer des représentants des Grecs de l'Empire ottoman au sein de la nouvelle Assemblée nationale, il est finalement décidé que seuls les Grecs de l'intérieur pourraient y siéger. Rassurées par l'attitude d'Athènes, Londres, Paris et Saint-Pétersbourg acceptent donc de s'occuper de la succession et de travailler de concert.

Mais, rapidement, des dissensions se font jour entre la Russie et la Grande-Bretagne. En effet, en Grèce, deux noms circulent pour succéder à Othon sur le trône. Le parti anglais soutient activement la candidature du prince Alfred du Royaume-Uni, second fils de la reine Victoria, tandis que le parti russe préférerait voir le duc Nicolas de Leuchtenberg, neveu du tsar Alexandre II, monter sur le trône. Pour la population hellène, le premier candidat offre l'espoir d'un rattachement des îles Ioniennes (alors sous protectorat britannique) à la Grèce et surtout la possibilité d'un rapprochement avec le Royaume-Uni, protecteur traditionnel de l'Empire ottoman. Le duc de Leuchtenberg offre quant à lui l'avantage d'être de confession orthodoxe (comme le demande l'article 40 de la constitution grecque de 1843-1844) et d'être un proche du tsar.

Cependant, le traité signé par les puissances protectrices lors de la Conférence de Londres de 1832 interdit aux princes issus des maisons régnantes du Royaume-Uni, de Russie et de France de monter un jour sur le trône hellénique. Le prince Alfred est donc clairement exclu de la succession. Mais il n'en va pas de même du duc de Leuchtenberg que Saint-Pétersbourg considère comme dynaste parce qu'il n'est pas un RomanovLes Leuchtenberg sont les descendants du prince Eugène de Beauharnais. alors que le Royaume-Uni désire fermement l'exclure parce que c'est un proche parent du tsar.

Pendant plusieurs semaines, les tensions sont fortes entre les deux puissances et, tandis que Saint-Pétersbourg refuse d'exclure le duc de Leuchtenberg, Londres menace d'accepter la candidature du prince Alfred. De son côté, la France se montre assez peu intéressée par la question de la succession, même si elle refuse catégoriquement de voir un prince britannique devenir roi de Grèce et qu'elle n'est pas opposée à la candidature d'un descendant de l'impératrice Joséphine.

La quête impossible d'un candidat Saxe-Cobourg Le référendum de 1862 et l'élection du prince Alfred

Si les puissances protectrices sont divisées à propos de la succession d'Othon, les Grecs se prononcent peu à peu, dans leur majorité, en faveur de la candidature du prince Alfred. Dès le , l'ambassadeur de Grèce à Paris, Dimitrios Kallergis, demande ainsi à l'empereur Napoléon III d'offrir la couronne de Grèce au deuxième fils de la reine Victoria. Surtout, au fil des semaines, des manifestations populaires en faveur du jeune prince se produisent à Athènes. Ainsi, les 22 et , on défile avec des portraits couronnés du prince dans la capitale.

Face au risque d'une élection britannique, le gouvernement russe finit donc par accepter officiellement l'exclusion du duc de Leuchtenberg le . En contrepartie, la reine Victoria renonce définitivement, le lendemain, à la candidature de son fils et un accord est signé à ce sujet entre les deux puissances le . Désormais, la Russie ne propose plus aucun candidat pour la Grèce (même si elle continue d'insister sur la nécessité de la religion orthodoxe) et ce sont les diplomates français et britanniques qui se mettent à la recherche d'un nouveau roi.

Pourtant, les Grecs sont loin d'avoir renoncé à leur candidat et le gouvernement provisoire menace d'instaurer la république si les puissances protectrices s'opposent à la montée d'Alfred sur le trône. Finalement, le référendum organisé entre le 6 et le donne raison aux autorités grecques. De fait, parmi toutes les personnalités proposées comme souverain éventuel, c'est Alfred du Royaume-Uni qui obtient le plus de voix avec ses suffrages (soit % des suffrages exprimés). Les autres candidats arrivent loin derrière : le duc de Leuchtenberg reçoit voix (1 %) ; « un roi orthodoxe », voix ; le tsar Alexandre, voix ; Nicolas de Russie, voix et « Nicolas, roi orthodoxe », voix ; « un roi », voix ; Constantin de Russie, ; « un prince impérial français », ; le prince Napoléon, ; le prince Amédée d'Italie, ; « un prince russe », , un « membre de la famille impériale russe », et un Romanov ; le comte Philippe de Flandre, ; le prince Guillaume de Danemark, ; le prince Ypsilantis, ; Garibaldi, ; le duc d'Aumale, ; « Napoléon le Grand », ; « un prince de Suède », ; le prince de Joinville, ; le « roi Eynard », ; Mac Mahon, ; l'ex roi Othon , . La république ne remporte quant à elle que et « longue vie aux trois puissances », ..

Malgré tout, l'élection ne change rien à l'attitude britannique. La reine Victoria est radicalement opposée au projet. Ayant perdu son époux un an auparavant, elle craint d'être séparée d'un autre de ses proches. De fait, les décès successifs de trois de ses petits-cousins portugaisIl s'agit du roi Pierre V de Portugal et de ses frères cadets les infants Jean et Ferdinand, tous trois fils de la reine Marie II et du roi consort Ferdinand II ., emportés par la typhoïde en 1861, lui rappellent que la maladie qui l'a déjà privée de son époux fait toujours des ravages dans les pays méditerranéens. La souveraine a, par ailleurs, d'autres projets pour son fils. Désireuse de réaliser le vœu du prince Albert, elle souhaite voir Alfred succéder à son oncle, Ernest II, à la tête du duché de Saxe-Cobourg-Gotha. Londres refuse donc une nouvelle fois la couronne hellène le .

Des candidats rapidement rejetés