Petrus Leonardus Leopoldus Benoit est un compositeur et professeur de musique belge né le à Harelbeke et mort le à Anvers.
Biographie 1834-1859 Peter Benoit reçut ses premières leçons de musique de son père, Petrus, qui était lui-même un musicien polyvalent du chœur et de l'orchestre paroissiaux et un enseignant de musique. C'est en tant que choriste de l'église Saint-Sauveur de sa ville natale que le jeune Benoit apprit à connaître la musique sacrée. En 1847, il était entré comme apprenti chez un pianiste et organiste de Desselgem, Pieter Carlier, auprès de qui il resta jusqu'en 1851. Il eut également des contacts avec les compositeurs Pieter Vanderghinste et Joannes Vandewiele de Courtrai. En 1851, il s'inscrivit au Conservatoire royal de Bruxelles où, outre les cours de piano de Jean-Baptiste Michelot et d'harmonie de Charles Bosselet, il suivit les cours de contrepoint, de fugue et de composition du directeur François-Joseph Fétis. En dépit des entraves d'ordre familial, financier et psychologique, il termina ses études après trois ans. Il reçut le diplôme d'harmonie et de composition en 1854 et remporta un .
En général, la littérature sur le compositeur situe le début de sa période nationaliste plus tardivement, vers l'époque où il écrivit des œuvres telles que l'Oratoire Lucifer ou (L'Escaut, 1869) : Lucifer, parce que, dans cette œuvre, il opta pour la langue vernaculaire, et pour son sujet historique et national et le traitement du Wilhelmus comme leitmotiv de Guillaume d'Orange. Cependant, Benoit avait déjà précédemment écrit quelques autres pièces sur des textes néerlandais, comme (1854, Le village dans les montagnes) et (1856, La Nation belge) et deux pièces de théâtre musical sur des textes de Jakob Kats (1804-1886). « L'éminent compositeur belge Pierre LL Benoit » ne devint donc pas d'un jour à l'autre « Peter Benoit, l'homme qui a appris à son peuple à chanter ». Ses idées nationalistes avaient déjà progressivement mûri après ses études au Conservatoire de Bruxelles, lieu où il entra en contact avec Charles-Louis Hanssens (1802-1871), un compositeur et chef d'orchestre de tendance orangiste, et avec le metteur en scène, autant anticlérical que flamingant, Kats. Cette prise de conscience ne fut pas un simple processus en ligne droite. Benoit fréquenta les salons francophones bruxellois et, après avoir remporté le prestigieux prix de Rome en 1857, il devint un compositeur estimé par l'ordre établi en Belgique. Il nourrit davantage ses idées sur le nationalisme et le naturalisme au cours du voyage d'études qu'il fit en Allemagne dans les années 1858-1859 en tant que lauréat du prix de Rome.
Benoit eut le soutien de François-Joseph Fétis, alors l'homme le plus puissant de la vie musicale belge, et il resta à Bruxelles afin de s'y préparer pour le prix de Rome, le prestigieux prix d'État pour la composition. Charles-Louis Hanssens, directeur du théâtre de la Monnaie, lui accorda son soutien. Benoit composa une symphonie, de la musique sacrée, des chansons sur des paroles françaises et néerlandaises, mais aussi des pièces vocales plus ambitieuses, les (des œuvres théâtrales parlées et chantées), pour le théâtre populaire () de Jacob Kats. En 1855, Benoit reçut une mention honorable au prix de Rome et devint lauréat du du célèbre concours avec sa cantate Le Meurtre d'Abel deux ans plus tard, à l'âge de 23 ans. Déjà en 1856, il dirigea l'orchestre du théâtre du Parc de Bruxelles.
Grâce au prix de Rome, généralement destiné au voyage d'études en Italie, et après son début musical marqué par des mélodrames flamands et un petit opéra, il effectua un voyage d'études de quelques années en Allemagne, où il visita les centres les plus importants de la musique allemande (Cologne, Bonn, Leipzig, Dresde, Berlin et Munich en 1858), et en Hongrie. C'est ainsi qu'il fit la connaissance, notamment, de Franz Liszt.
1859-1863 Entre 1859 et 1863, comme tant de homologues européens, son ambition devint de faire reconnaître son talent de compositeur d'opéras à Paris, une consécration à laquelle il avait presque abouti. Après avoir dépensé sa bourse d'études, il s'établit donc à Paris, à partir du mois de et jusqu'en , quoique interrompu par plusieurs visites à Bruxelles afin d'y défendre son travail. Le cycle pour piano Contes et Ballades (1861), reçu favorablement, fut souvent interprété. Contrairement à de nombreux virtuoses du piano qui avaient beaucoup de succès avec leurs propres compositions, Benoit écrivit ici plutôt une musique intime. Les critiques soulignèrent également l'intérêt que Benoit portait aux traditions folkloriques de sa région, marquant le tout début du nationalisme dans la musique, et la façon originale dont il introduisait celles-ci dans ses pièces pour piano.
En 1861, il devint chef de la compagnie d’opérette du Théâtre des Bouffes-Parisiens, alors dirigée par Jacques Offenbach, à qui il succéda comme chef d'orchestre. Avec Les Bouffes-Parisiens, il apparut également à Vienne, Bruxelles et Amsterdam. Il revint définitivement en Belgique en 1863, où il connut le succès avec sa Messe solennelle.
1863-1877 Musique nationaliste De retour en Belgique, où il obtint un grand succès avec son cycle religieux Quadrilogie, il fut largement considéré comme l'un des compositeurs les plus prometteurs. Cette réputation fut confirmée par ses concertos pour piano de 1864 et pour flûte de 1865, mais surtout par son Oratoire Lucifer de 1866, qui fut le début d'une longue collaboration avec le poète Emanuel Hiel (1834-1899), mais également celui, cette fois-ci irrévocable, de l'emploi de textes vernaculaires dans ses compositions. Ainsi, il incorpora une chanson populaire dans un poème symphonique pour piano et orchestre en 1864. Après son retour en Belgique, ses idées nationalistes se développèrent encore - notamment sous l'influence du poète Emanuel Hiel - de sorte qu'il put les appliquer après sa désignation comme directeur de l'École de musique d'Anvers () en 1867. Étant l'un des premiers représentants de ce courant européen de nationalisme musical, il nota ses théories sur le nationalisme dans la musique et sur sa réalisation dans l'enseignement et dans les concerts dans une impressionnante série d'essais et de polémiques souvent empruntés aux idées d'écrivains romantiques allemands et de philosophes comme Johann Gottfried Herder.
En 1868, Benoit publia son article de base sur le nouveau mouvement musical nationaliste flamand : « Une école est une série d'hommes de la même race qui, progressivement, développent l'art afin d'élargir son domaine en introduisant de nouvelles formes et dont les œuvres sont liées par leur propre nature. C'est dans celle-là qu'ils se recréent sans cesse, parce qu'elle est la source de la vie où toutes les formes qui enrichissent l'art trouvent leur origine, et la seule base d'un développement logique et cohérent. »
Sur ce principe « nationaliste », il fonda toutes ses activités. Afin de créer un langage musical flamand particulier non corrompu par des influences étrangères, il proposa le retour aux sources en ce qui concerne la chanson populaire et la langue maternelle. Il considérait les chansons populaires comme les « messagers avant-coureurs de la musique nationale »Van den Borren, . Elles sont les sources naturelles quoique cachées où le caractère essentiel de la musique nationale est stocké. Benoit sut intégrer la chanson populaire à la fois dans son enseignement et dans ses compositions. S'opposant à l'utilisation prédominante, dans l'enseignement et dans la pratique musicale, du français, outre de celle du latin (« vestige déformé d'époques et de peuples disparus depuis longtemps ») dans la musique de l'église, il recommandait l'usage de la langue maternelle – comme trait distinctif d'une nation – car uniquement celle-ci peut rendre l'art musical « humain » : « Un peuple qui ne parle pas sa propre langue ne sera jamais en état de créer des types mélodiques originaux […], cité de Willaert et Dewilde, 150 jaar… . »
Dans le système politique belge de son époque, mettre en musique des textes néerlandais avait une grande valeur symbolique. Il fallut attendre jusqu'en 1865 pour que des candidats aux prix de Rome puissent également composer leur cantate sur un texte néerlandais. En 1846, le ministre responsable, de Theux, avait encore déclaré : « […] un peu de réflexion suffit pour indiquer qu'il ne peut s'agir que de la langue française, la langue la plus répandue, langue qui est du reste celle de l'enseignement musical dans notre paysN.N., De Eendragt, . »
Benoit ne fut certainement pas le premier à composer des œuvres sur des textes vernaculaires, mais à partir de 1866, il s'y consacra exclusivement et avec détermination. Ses œuvres religieuses ne firent pas exception, ce qui est assez progressiste. Et il y a encore des éléments plus radicaux, voire visionnaires, dans la doctrine nationaliste de Benoit, comme son engagement en faveur de l'autonomie culturelle de la Flandre. Cet idéal était contesté par des compositeurs orientés davantage vers le « cosmopolitisme », comme François-Joseph Fétis (1784-1871), François-Auguste Gevaert (1828-1908) et Adolphe Samuel (1824-1898), qui considéraient la Belgique comme un domaine musical cohérent - un carrefour d'influences latines et germaniques - et qui rejetaient les écoles nationales parce qu'à leurs yeux, l'universalité est la caractéristique de toute musique de qualité.
Un système éducatif intégré En outre, Benoit élabora un système éducatif intégré, destiné à la fois au public, aux amateurs et au musicien professionnel, englobant la vie musicale du plus petit village jusqu'à la grande ville. Le but de son enseignement n'était pas d'élever des virtuoses mais « des hommes et des femmes qui pensent » (Benoit a d'ailleurs introduit l'enseignement mixte) : « Les grands artistes n'existent pas pour ni en eux-mêmes. » Les compositeurs, autant que les interprètes, devaient se trouver au milieu du peuple, leur public. Cette dimension sociale se reflète aussi dans l'intention de Benoit d'éduquer le public par l'intermédiaire de ses conférences. Il voyait une ligne nécessaire partant du compositeur en passant par l'interprète pour aboutir à l'auditeur. Il considérait ce rapport comme tellement intense qu'à ses yeux, tout équilibre esthétique intime est appelé à disparaître lorsque ce lien serait rompu ou n'existerait pas. C'est pourquoi il croyait qu'une représentation ne serait authentique que dans le cas où les musiciens auraient la même nationalité que le compositeur. À cause de cette relation intense entre messager et destinataire, Benoit décida d'adapter au grand public son idiome jusque-là qualifié d'original et de contemporain par la critique intérieure et étrangère. Il voyait la musique comme « l'une des armes les plus puissantes de la propagande » du mouvement flamand, mais se posait la question de savoir comment on peut élever les gens par l'intermédiaire d'un langage musical qu'ils ne comprennent pas. Benoit se vit alors forcé d'écrire une musique plus adaptée au peuple.
Benoit ayant de bons contacts à Anvers, ville où il était soutenu par la famille Teichmann, le conseil communal d'Anvers le nomma directeur de l'École de musique flamande () le . C'est dans cette position qu'il élaborait, dans ses nombreux écrits, l'idée d'une « instruction nationale avec et par la langue maternelle », pour ensuite développer un programme général d'apprentissage. S'étant vu confier la direction de l'École de musique flamande d'Anvers, il en accomplit la transformation en Conservatoire royal flamand () à part entière en 1898. Il y introduisit l'enseignement dans la langue maternelle néerlandaise.