Gerhard Fritz Kurt Schröder Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API , né le à Mossenberg-Wöhren, est un homme d'État allemand, membre du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). Il est chancelier fédéral de 1998 à 2005.
Après avoir été président fédéral des Jeunesses sociales-démocrates (Jusos) à la fin des années 1970, il entre à la présidence fédérale du SPD en 1989, et devient l'année suivante ministre-président du Land de Basse-Saxe, à la tête d'une coalition rouge-verte avec les écologistes. Il est réélu deux fois avec une majorité absolue.
Candidat à la chancellerie contre Helmut Kohl aux élections fédérales de 1998, il forme la première coalition fédérale rouge-verte. Son premier mandat est notamment marqué par son opposition aux États-Unis au sujet de la guerre d'Irak. Il est réélu de justesse à la suite des élections fédérales de 2002. Le climat économique le pousse à mettre en place l'« agenda 2010 », un ensemble de réformes libérales de l'État-providence qui font chuter sa popularité. En 2005, la lourde défaite de sa coalition en Rhénanie-du-Nord-Westphalie le conduit à convoquer des élections fédérales, remportées par la CDU/CSU.
Gerhard Schröder cède la chancellerie fédérale à Angela Merkel et se retire de la vie politique. Il se lance dans le monde des affaires, ce qui entraîne des controverses, en particulier en raison de sa proximité avec le président russe Vladimir Poutine.
Biographie Formation et carrière Il quitte l'école en 1958 afin de suivre un apprentissage de vendeur à Lemgo pendant trois ans, après quoi il exerce ce métier à Lage, puis à Göttingen, où il travaille en même temps comme ouvrier du bâtiment. Il commence à suivre des cours du soir en 1962, afin d'obtenir un diplôme d'accès à l'enseignement supérieur. C'est ainsi qu'il décroche son certificat général de l'enseignement secondaire en 1964, puis son Abitur en 1966. Il intègre alors l'université de Göttingen pour y suivre des études supérieures de droit. Il est reçu au premier examen juridique d'État en 1971 et passe le second avec succès en 1976.
Il est reçu la même année à l'examen du barreau et devient avocat dans le ressort du tribunal régional de Hanovre. Il est promu associé du cabinet où il travaille en 1978, mais renonce à cet emploi en 1990. Pendant son exercice professionnel, il a notamment fait accélérer la sortie de prison de Horst Mahler, de la Fraction armée rouge (RAF), et le rétablissement de son droit à pratiquer le droit en Allemagne.
Après la fin de sa carrière politique, en 2005, il reprend ses activités professionnelles, mais à Berlin, et est engagé par la société russe Gazprom pour présider le conseil de surveillance de North-European Gas Pipeline, consortium germano-russe chargé de la construction et de l'exploitation du gazoduc Nord Stream. Le conseil l'élit à ce poste à l'unanimité le Schröder élu président d'une compagnie russo-germanique de gazoduc, MosNews, . Cette décision fait l'objet de critiques dans la mesure où Schröder, en sa qualité de chancelier, a approuvé le tracé du gazoduc et s'est porté garant d'un prêt bancaire d'un milliard d'euros proposé par Deutsche Bank et KfW à Gazprom dans le cadre de cette affaire. Il a été conseiller de Goldman SachsLe Monde Diplomatique, juin 2010, p.26, puis de la banque RothschildSchröder le scandaleux, Le Nouvel Observateur, 28 janvier 2010, et a également rejoint le groupe de presse suisse Ringier comme consultant.
Depuis , Gerhard Schröder est membre du directoire du groupe pétrolier russo-britannique TNK-BP, fonction pour laquelle il touche une rémunération de par an.
Vie privée gauche|vignette|redresse|Gerhard et Doris Schröder en 2003. Marié à cinq reprises, et divorcé par quatre fois, il est surnommé « Audi Man », en référence aux quatre anneaux de la marque allemandeThe Audi Man, The Guardian, le . Il a tout d'abord épousé Eva Schubach en 1968, et s'en est séparé quatre ans plus tard au profit d'Anne Taschenmacher, dont il a divorcé en 1984. Cette même année, il se remarie avec Hiltrud « Hilu » Hampel, qu'il quitte en 1997 pour Doris Köpf. Le couple a aujourd'hui deux enfants, adoptés à Saint-Pétersbourg : Viktoria, en 2004, et Gregor deux ans plus tard. Par ailleurs, Doris était déjà mère d'une fille, Klara, venue au monde en 1991. Après leur divorce, il se marie en 2018 pour la cinquième fois de sa vie, cette fois-ci avec Kim So-yeon, interprète sud-coréenne et représentante sud-coréenne de l'Agence de développement économique de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie âgée de 26 ans de moins que lui L'ex-chancelier Schroeder annonce épouser une Sud-Coréenne en 5ème noces, lepoint.fr, le 25 janvier 2018..
Schröder passe sa vie entre Berlin et son domicile de Hanovre. En sa qualité d'ancien chancelier fédéral, il dispose également d'un bureau permanent dans la capitale fédérale jusqu'en 2022, année où le Bundestag lui retire certains de ses avantages.
Son père Son père, Fritz Schröder, était un soldat de la Wehrmacht qu'il n'a jamais connu. Celui-ci est en effet mort le à Ceanu Mare, en Roumanie, dans une embuscade des armées roumaine et soviétique. Sa tombe n'est retrouvée qu'en 2001 par sa fille Gunhild. Il faudra encore trois ans avant que Gerhard ne vienne s'y recueillir, à l'occasion d'une visite officielle en Roumanie.
Parcours politique Au sein du SPD Il adhère au Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) en 1963, et est élu président de la Communauté de travail des jeunes socialistes au sein du SPD (Jusos) de la région de Hanovre en 1971. En 1978, il en devient président fédéral pour deux ans.
Élu au comité directeur du parti dans la région de Hanovre en 1977, il en prend la présidence six ans plus tard, devient membre comité directeur fédéral du SPD en 1986, puis entre à la présidence fédérale en 1989. Il est élu président du SPD de Basse-Saxe l'année suivante, et occupe ce poste jusqu'en 1998. Gerhard Schröder est choisi, le , comme président fédéral du parti en remplacement d'Oskar Lafontaine. Il est reconduit en 2001 et 2003.
Il démissionne volontairement de la présidence du SPD en 2004, à la suite de la mise en minorité de son candidat au poste de secrétaire général au profit d'une personnalité plus marquée à gauche. Son successeur, élu le , est Franz Müntefering, président du groupe SPD au Bundestag. Le parti décide le de le garder dans ses rangs, malgré ses liens avec Vladimir Poutine. La section SPD de Hanovre a estimé que ce dernier n'avait pas enfreint le règlement du parti.
Au niveau régional thumb|Oskar Lafontaine et Gerhard Schröder rencontrant Erich Honecker, en 1987.
En 1986, il est choisi comme chef de file (Spitzenkandidat) du SPD aux élections législatives régionales de Basse-Saxe contre le ministre-président chrétien-démocrate Ernst Albrecht, au pouvoir depuis dix ans, et soutenu depuis huit ans par une majorité absolue de son seul parti. Au scrutin du , le SPD progresse de six points et remporte 66 sièges sur 155, contre 69 à la CDU, qui recule dans des proportions égales. Albrecht parvient toutefois à se maintenir au pouvoir en formant une coalition noire-jaune, disposant de 78 sièges, avec les libéraux, et Schröder devient alors chef de l'opposition.
Au scrutin du , il s'impose avec 44 % des voix et 71 élus, deux points et quatre sièges de plus que la CDU. Le soutien des 8 députés Verts lui donnant la majorité absolue au Landtag, Gerhard Schröder constitue une coalition rouge-verte avec Les Verts et est investi ministre-président le . Candidat à un second mandat en 1994, il remporte une courte majorité absolue de 81 sièges sur 161 pour le seul SPD, et conserve donc la direction du gouvernement régional.
Il parvient à accroître cette majorité à 83 sièges sur 157 lors du scrutin de 1998. Il est réinvesti ministre-président le , mais démissionne dès le , cédant sa place au ministre de l'Intérieur Gerhard Glogowski. En sa qualité de chef de gouvernement régional, il a pris pour un an, à partir du , la présidence tournante du Bundesrat.
Au niveau fédéral Il est élu pour la première fois député fédéral de Basse-Saxe au Bundestag en 1980. Réélu trois ans plus tard, il démissionne en 1986.
Premier mandat de chancelier (1998-2002)
thumb|Gerhard Schröder et William Cohen à Munich, en 1999.
En 1998, il est choisi comme candidat à la chancellerie (Kanzlerkandidat) du SPD face à Helmut Kohl, qui sollicite un sixième mandat. Le , les sociaux-démocrates remportent les législatives avec 41 % des voix, contre 35 % à la CDU/CSU. C'est la première fois depuis les élections de 1972 qu'une telle situation se produit. Le bon score obtenu par l'Alliance 90 / Les Verts permet aux deux partis de former une coalition rouge-verte, et Gerhard Schröder est investi chancelier fédéral le . Il est alors le premier chancelier à n'avoir pas participé ou connu la Seconde Guerre mondiale. Son vice-chancelier n'est autre que Joschka Fischer, premier écologiste à avoir occupé un poste gouvernemental en Allemagne à la fin des années 1980.
Durant ce premier mandat, le gouvernement décide de la sortie du nucléaire civil d'ici à 2020, du développement des énergies renouvelables, de l'instauration d'une taxe carbone, institue des unions civiles et libéralise les procédures de naturalisation. Il organise également l'assainissement des finances publiques, réforme la fiscalité (le taux marginal de l'impôt sur le revenu passe de 53 % en 1999 à 42 % en 2004Plan Fillon : la France ménage plus les riches que les pays voisins), les retraites et prend diverses mesures en faveur de l'enseignement public. Il échoue toutefois à faire baisser le taux de chômage, dont il avait dit qu'il s'agissait de son objectif personnel. Dans un contexte de fort taux de chômage, les réformes Schröder ont pour effet de tirer les salaires vers le bas.
gauche|vignette|Gerhard Schröder et Vladimir Poutine, en 2001 à Saint-Pétersbourg.
Au niveau international, il autorise le déploiement de la Bundeswehr au Kosovo en 1999, ce qui en fait le premier déploiement armé de l'Allemagne à l'étranger depuis 1945. Il s'excuse, en , du manque de soutien apporté par le chancelier Helmut Schmidt à Solidarność lors de la proclamation de l'état d'urgence, en 1981, en PologneGerhard Schröder, "Ohne polnisches Freiheitsstreben wäre die Geschichte der deutschen Einheit weniger glücklich verlaufen", Frankfurter Allgemeine Zeitung, 7 décembre 2000, 10..
Il proclame sa solidarité avec les États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre, ce qui ne l'empêche absolument pas d'être l'un des plus farouches opposants à l'invasion de l'Irak défendue par George W. Bush et Tony Blair. En 2009, il dénoncera les pressions américaines faites à l'Allemagne pour reconnaître le KosovoSchröder : la reconnaissance du Kosovo-Metohija par l'Allemagne était une grande faute, Radio Serbija le .
Plusieurs affaires ou démissions ont également marqué ces quatre premières années de pouvoir : en , le président du SPD et ministre fédéral des Finances, Oskar Lafontaine, démissionne de l'ensemble de ses fonctions pour protester contre la politique du cabinet, qu'il juge trop libérale. En 2000, il doit se séparer de Reinhard Klimmt, ministre fédéral des Transports, condamné dans une affaire de malversations. L'année suivante, la crise de la vache folle emporte Karl-Heinz Funke, ministre fédéral de l'Agriculture, et Andrea Fischer, ministre fédérale de la Santé. À cette occasion, Renate Künast devient la première femme ministre de l'Agriculture. Enfin en , pour la première fois depuis 1949, il demande au président fédéral de mettre fin aux fonctions d'un ministre, en l'occurrence Rudolf Scharping, ministre fédéral de la Défense.
Second mandat de chancelier (2002-2005)
thumb|Jacques Chirac et Gerhard Schröder, en 2003.