La dodécapole étrusque est l'ensemble des douze cités-États étrusques qui, selon la tradition, en Étrurie, formaient une alliance fort lâche de nature religieuse que les historiens appellent la ligue, la confédération ou encore la fédération étrusque.
Les étruscologues, en se fondant sur les rares sources littéraires de l'Antiquité et en analysant des inscriptions étrusques, ont émis diverses conjectures à propos du fonctionnement de cette institution. Des réunions annuelles au Fanum Voltumnae, on ne sait pas avec exactitude si elles étaient uniquement religieuses, ou si elles revêtaient également un caractère politique. Quant au ou au des sources latines, qui les présidait, on a tenté de l'identifier au zilath melch rasnal de certaines inscriptions étrusques.
Les douze cités-États étrusques observent une évolution urbanistique graduelle passant, par le biais d'un processus de synœcisme, de sites proto-urbains, jusqu'à former, au cours du , de vastes complexes citadins.
Ces derniers se caractérisent notamment par la présence de puissantes murailles et des schémas planimétriques affectés, pour la plupart, d'une stricte régularité rectiligne.
À l'origine composée uniquement d'une ligue de douze cités-États, la dodécapole étrusque, se serait, s'il faut en croire les sources grecques et latines, accrue sur ses marges de deux autres ligues : lÉtrurie de Campanie au sud et lÉtrurie padane au nord.
Se joignirent aussi à cette ligue des peuples non étrusques, soucieux de contrer l'expansionnisme romain : les Falisci et les Capenati.
Terminologie Pour désigner la ligue ou confédération , les écrivains grecs parlaient simplement de c'est-à-dire « douze cités ». Denys d'Halicarnasse parle quant à lui de douze hegemoniaiDenys d'Halycarnasse, Antiquités romaines, 6, 75, 3, tandis que les écrivains latins parlaient de duodecim populi, c'est-à-dire douze peuples.
Liste L'identité des douze villes qui faisaient partie de la ligue étrusque ne nous est pas connue de manière certaine : il n'existe aucun document historique, en particulier étrusque, sur ce sujet. On ne peut donc que spéculer.
Jean-Paul Thuillier s'est penché sur le problème de la liste des douze cités. Il ne s'agit pas d'une liste immuable. Thuillier suggère d'en déterminer la composition en se référant à des critères archéologiques, c'est-à-dire en tenant compte de leur superficie, ou en glanant dans les données littéraires les informations éparses qui témoignent de leur prestige ou de leur puissance. Véies ou Tarquinia, par exemple, ne peuvent qu'en avoir fait partie. Si l'on suit l'écrivain du Servius, Populonia n'en faisait pas partie à l'origine. Pour ce qui est de Rusellæ, Thuillier estime qu'elle est trop proche de Vetulonia pour que les deux cités en aient fait partie à la même époque.
Les listes, si elles se recoupent en très grande partie, peuvent présenter certaines différences. Dominique Briquel, qui s'en réfère à l'Italien Mario Torelli, suggère que la Dodécapole se composait de Véies, Cerveteri, Tarquinia, Vulci, Volsinies, Vetulonia, Clusium, Perusia, Arretium, Cortone, Volterrae et Fiesole. Jean-Paul Thuillier, quant à lui, hésite entre Pise et Fiesole. Avec la prise par les Romains de Véies, il est probable qu'une autre cité prit sa place. Thuillier suggère que ce pourrait être Populonia. On peut exclure que le déclin de certaines cités ait entraîné une recomposition de la liste, mais cela reste du domaine de la spéculation. Après que l'Étrurie fut devenue, sous Auguste, la Région VII de l'Italie romaine, les cités principales devinrent officiellement quinzeRomolo Staccioli, Gli Etruschi. Un popolo tra mito e realtà, ..
Histoire Les cités de la dodécapole étaient en compétition pour l'expansion territoriale et le commerce, et ces antagonismes entraînèrent une mauvaise coordination militaire dans la lutte contre les agressions extérieures :
Assemblées des cités
Le siège de la ligue aurait été le fanum (sanctuaire) Voltumnae (du dieu Voltumna). Son emplacement a longtemps fait l'objet de conjectures. Il aurait été situé à Volsinies, où l'on pense en avoir retrouvé les traces sur le Campo della FieraFrançoise-Hélène Massa-Pairault, Autour du Fanum Voltumnae. Réflexions, hypothèses et propositions pour un débat, revue archéologique, 2016/1 ().
Les réunions annuelles, essentiellement de nature religieuse, auraient été présidées par un magistrat suprême élu, que Tite-Live appelle tantôt rex (roi en latin)Tite-Live, Histoire romaine, , 8, 3, tantôt, mais pour une période plus tardive, sacerdos (prêtre)Tite-Live, Histoire romaine, , 1, 5, un mot qui s'inscrit bien dans le cadre de célébrations religieuses. En étrusque, plusieurs inscriptions font état d'un zilath mechl rasnal, longtemps interprété comme un équivalent du latin praetor populorum Etruriae (c'est-à-dire "préteur des peuples d'Étrurie", et qui semblait désigner le chef de la ligue étrusque. Les étruscologues sont actuellement divisés sur le sens de cette expression, qui pourrait s'appliquer simplement au plus haut magistrat d'une cité donnée. Il est pratiquement impossible d'aller plus loin, et, comme le reconnaît Jean-Marc Thuillier : «... Nous ne pouvons pratiquement rien dire du mode d'élection de ces magistrats ni de leurs relations avec les assemblées, qu'il s'agisse de l'équivalent d'un Sénat romain ou d'une assemblée plus populaire. »
Seul Tite-Live mentionne le sanctuaire de Voltumna, cinq fois, pour une période assez brève, dans le cadre de décisions politiques et en l'associant à des réunions politiques de ce qu'il appelle omni Etruriae concilium (le conseil de toute l'Etrurie) (, 23,5) ou encore Etruscorum concilium (le conseil des Étrusques) (IV, 61,2). Dans ce cas également, ces fragiles sources antiques ne convainquent pas tous les étruscologues.
Urbanisme Fondation et évolution L'observation et l'analyse des surfaces d'occupation urbaine étrusques découvertes indiquent que ces dernières connaissent une évolution graduelle depuis le (contexte chrono-culturel villanovien), pour à terme se constituer sous la forme de vastes métropoles à partir du . Ces données urbanistiques d'accroissement sont attestées sur l'ensemble des cas d'implantation étrusques de la plaine padane, jusqu'à la Campanie médiane. L'émergence des cités-États étrusques au cours du passe par un processus de . Dans ce contexte, la mise en perspective de ce phénomène d'accrétion conjugué à la densification de l'habitat pourrait suggérer que celui-ci soit à l'origine de la civilisation étrusque.
Néanmoins, différents éléments matériels retrouvés au sein de domaines spatiaux à caractère rural concourent à accréditer le postulat selon lequel un autre schéma de forme organisationnelle de l'habitat étrusque rivalise en parallèle avec la structure d'agencement territorial lié aux métropoles telles que . , par le biais d'une documentation archéologique constituée de nombreuses occurrences matérielles, on peut observer à partir du le développement de structures domestiques s'apparentant aux romaines.
La lecture dindicateurs matériels tels que les riches ustensiles du symposion, objets d'orfèvrerie et inscriptions de type ex-voto, extraits en contexte d'habitats, met en lumière que ces lieux de vie appartiennent très probablement à d'opulents dignitaires de la société étrusque, tels que des hiérarques, des hauts officiers militaires, ou encore des magistrats de renom. Ces riches demeures sont généralement pourvues d'imposantes exploitations agricoles et sont également accompagnées, pour la plupart d'entre elles, d'infrastructures plus modestes sous forme d'attenances dédiées au personnel, d'ateliers de forge et d'ouvrage de la pierre, et de hangars à bestiaux. Ce schéma d'organisation de l'espace territorial demeure observable jusqu'au milieu du . Ainsi, il est possible d'appréhender la coexistence d'un développement pérenne des cités-États étrusques d'une part, et une intégration diffuse, mais cependant remarquablement concrète et homogène au sein du maillage territorial de lÉtrurie pendant trois siècles.
En revanche, au cours de la seconde moitié du millénaire av. J.-C., les métropoles acquièrent une prééminence réelle et définitive, témoignant ainsi d'un effet d'une concentration des pouvoirs à la fois politiques, religieux, économiques et culturels. Cet équation pourrait également être subordonnée à un processus probable de migration des populations, montrant ainsi un affaiblissement significatif des campagnes étrusques au profit des trois dodécapoles éponymes.
Des cités fortifiées
Au travers des vestiges d'infrastructures urbanistiques mis au jour, il est possible de déterminer de manière globale une typologie des éléments de fortifications et de castramétations propres aux cités étrusques.. Ces dernières sont généralement circonscrites par de puissants murs d'enceinte ouvragés au moyen de pierres taillées.
Toutefois, les archéologues sont actuellement en mesure de certifier que cette forme urbanistique défensive ne s'est développée qu'à partir du début du Pratiqués en fronton ou flanc d'enceinte, les points d'accès, de type monumental, sont couronnés darcs ornés de statues.
Planimétrie et D'autre part, les analyses planimétriques effectuées sur les infrastructures urbaines étrusques, mettent en lumière des tracés de pourtour denceinte et de système de voirie piétonne et véhiculaire rectiligne et ordonnancés par un quadrillage régulier et géométrique. Ces ensembles de lignes strictement perpendiculaires et régulièrement espacées supposent des connaissances scientifiques dans les domaines des applications affines sous-tendues par l'utilisation d'outils de mesure technologiquement avancés, tels que la groma (ou et / ), le demi-pouce, le fil à plomb, ou encore le niveau.
Les exemples les plus clairement définis de cette mise en perspective géométrique des infrastructures urbaines étrusques, apparaissent notamment sur les sites archéologiques de Marzabotto , de , et ..
En contrepoint de ces éléments manifestes, un examen plus approfondi des différentes organisations de plans urbains étrusques met en évidence une relative hétérogénéité. Dans le cadre de ces données, il est effet possible de remarquer que les schémas citadins de centres telles que Spina.., ou encore , ne relèvent pas d'un quadrillage de voirie strictement rectiligne et orthonormé.
La lecture de ces formes de type orthonormées conférées aux complexes urbains d'importance met en perspective une interaction entre la sphère du religieux et la fondation infrastructurelle et architecturale de ces derniers. Selon l'archéologue Claire Joncheray :
Par ailleurs, au travers de la lectures des textes antiques, on peut remarquer que l'intervention des dignitaires religieux étrusques ne se limite pas au seul domaine du culte divin. Les haruspices manifestent également d'une préemption patente au sein du rite fondateur de la cité étrusque. Cette intervention des édiles dévots se concrétise dans la détermination de l'emplacement des sites urbains par rapport aux points cardinaux, également appelée bornage étrusque. Concrètement, les cités-Etats des observent globalement une orientation précise et récursive. les édifices aspectent régulièrement deux lignes d'axes strictement perpendiculaires : le , d'orientation Est-Ouest ; et le , d'axe Nord-Sud. Les études archéologiques et planimétriques viennent des complexes urbains antiques viennent conforter et accréditer ces remarques issues des textes anciens grecs et romains.
Les dispositifs hydrauliques
Dodécapole d'origine Cas d'Arezzo