Rodion Iakovlevitch Malinovski (en ; à Odessa - à Moscou) est un militaire, maréchal de l'Union soviétique et ministre de la Défense soviétique. Il participa notamment à la bataille de Stalingrad et à la bataille de Budapest.

Jeunesse

Rodion Malinovski est né à Odessa. Le père de Malinovski était selon certains historiens le descendant de caraïtes de Crimée. Après la mort de ce dernier, sa mère catholique quitte la ville pour les zones rurales de l'Ukraine, à la recherche d'un moyen de subsistance. Elle se remarie. Son nouveau mari, un paysan ukrainien misérable, refuse d'adopter son fils et l'expulse, alors que Malinovski a seulement 13 ans. Le garçon, sans-abri, survit en travaillant comme ouvrier agricole. Il est finalement hébergé par la famille de sa tante à Odessa, où il travaille comme garçon de courses dans un magasin de produits généraux.

Première Guerre mondiale Après le début de la Première Guerre mondiale en , Malinovski, qui avait seulement 15 ans , se cache dans un train militaire se dirigeant vers le front allemand, mais est découvert. Il convainc alors les commandants de l'enrôler comme volontaire et sert dans un détachement de mitrailleuses sur les tranchées de ligne de front. En , comme récompense pour avoir repoussé une attaque allemande, il reçoit sa première récompense militaire, la croix de Saint-George et il est promu au rang de caporal.

Peu après, il est sérieusement blessé et passe plusieurs mois à l'hôpital. Après son rétablissement, il est envoyé en France en 1916 comme un membre du Corps expéditionnaire russe sur le front de l'Ouest. Il fait partie de la retirée du front pour agitation bolchévique, et envoyée au camp de La Courtine en . Malinovski y fait partie des milliers de mutins, canonnés par l'armée française, mais aussi fusillés, internés (Puy-de-Dôme, Gironde, île d'Aix) ou déportés (Algérie). Après la prise du pouvoir bolchevique en Russie, le gouvernement français décide de dissoudre les unités russes, mais offre aux meilleurs soldats russes la possibilité de servir dans la Légion russe des volontaires (faisant partie de la marocaine). Malinovski fait ce choix et se bat contre les Allemands jusqu'à la fin de la guerre. Il reçoit la croix de guerre et il est promu sous-officier.

Guerre civile et entre-deux-guerres

Il retourne en Russie en 1919 et rejoint l'Armée rouge dans la guerre civile contre les Armées blanches. Il se distingue en Sibérie. Il reste dans l'armée après la fin du conflit, étudie à l'école de formation pour les jeunes commandants et devient commandant d'un bataillon d'infanterie. En 1926, il devient un membre du Parti communiste de l'Union soviétique, une adhésion requise pour obtenir de l'avancement dans les rangs militaires.

En 1927, Malinovski est envoyé pour étudier à l'Académie militaire M.V. Frounzé. Il obtient son diplôme en 1930 et pendant les sept années suivantes, il est chef d'état-major du d'armée de cavalerie, dont le commandant est Semion Timochenko.

Après le début de la guerre civile espagnole en 1936, Malinovski se porte volontaire pour se battre pour les Républicains contre les nationalistes du général Francisco Franco et leurs alliés allemands et italiens. Il participe à la planification et la direction de plusieurs opérations importantes. En 1938, il se rend à Moscou, où il reçoit les hautes décorations que sont l'ordre de Lénine et l'ordre du Drapeau rouge en reconnaissance de son service en Espagne ; il est nommé maître de conférences à l'Académie militaire Frounzé.

Au printemps 1941, Timochenko, qui fait partie du Conseil des commissaires du peuple pour la Défense, est alarmé par l'accroissement massif des effectifs de la Wehrmacht aux frontières soviétiques. Pour renforcer le commandement de l'Armée rouge, il envoie certains officiers supérieurs des académies militaires au plus près des unités sur le terrain. Malinovski est promu major-général et prend le commandement du d'infanterie récemment créé, au sein de la dans le district militaire d'Odessa. Une semaine avant le début de la guerre, Malinovski déploie son corps d'armée en Moldavie (que l'URSS a annexée un an auparavant grâce au pacte germano-soviétique), le long de la rivière Prut, face à la Roumanie, où le dictateur Antonescu est désormais au pouvoir et allié du Troisième Reich.

Seconde Guerre mondiale Premières attributions

Lors de l'invasion de l'Union soviétique en , l'Armée rouge subit de graves revers et perd des centaines de milliers de soldats lors des encerclements allemands. Des divisions entières, dont les officiers compétents avaient été déportés au Goulag lors des « purges » de Staline, et qui manquaient de munitions et de ravitaillement, se rendent : Malinovski, passé au travers de ces purges, apparaît alors comme un des rares généraux soviétiques compétents, car il s'est préparé à l'attaque, et son corps de trois divisions d'infanterie fait face à la « Guerre-éclair » allemande. Alors qu'en règle générale, les généraux de l'Armée rouge promus sur critère politique à la suite des purges, mènent leurs forces depuis l'arrière de la ligne de front, Malinovski se place dans les secteurs-clés durant les batailles afin d'être avec ses soldats et les encourager. Ne pouvant pas arrêter les forces numériquement et techniquement supérieures de la Wehrmacht, Malinovski recule cependant en bon ordre le long du rivage de la mer Noire, tandis que l'ennemi essaie d'encercler ses troupes. Lorsque les Allemands réussissent à encercler son corps dans Mykolaïv, Malinovski ouvre une brèche qui lui permet de reculer jusqu'à Dnipropetrovsk.

En août, il est promu au chef d'état-major de la Armée et remplace bientôt son commandant. Il stoppe l'avancée allemande dans son secteur du front et il est promu lieutenant général. Après la retraite de l'Armée rouge de la région du Donbass, Malinovski commande une opération commune des et , dans le but de chasser la Wehrmacht de la région. En , Malinovski commande le front du sud, composé de trois faibles armées et de deux corps de cavalerie ayant la taille de division. Manquant d'hommes et d'équipement, Malinovski réussit tout de même à coûter cher au dispositif offensif allemand, et à mettre la Wehrmacht sur la défensive.

Bataille de Kharkov

Le , Malinovski et le front sud-ouest, sous le commandement complet de Timochenko, lancent une attaque commune lors de la Seconde bataille de Kharkov faisant reculer les Allemands de . Timochenko surestime les capacités offensives de l'Armée rouge, qui subit une lourde défaite lors de la contre-attaque allemande. Staline, malgré l'opposition de ses conseillers militaires, avait soutenu cette offensive ratée, et comme toujours cherchait un bouc émissaire : Malinovski est accusé d'avoir saboté l'offensive et le NKVD prépare un dossier selon lequel il aurait établi et gardé des rapports avec des intérêts impérialistes étrangers pendant son séjour en France lors de la Première Guerre mondiale. Mais il fait jouer ses relations et échappe au Goulag. Ses compétences, rares à l'époque, jouent en sa faveur.

En , le front du sud est dissous, ses unités sont transférées au front du Nord-Caucase en tant que Groupe opérationnel du Don sous la direction de Malinovski (qui est aussi devenu le commandant adjoint du Front). Staline ordonne à Malinovski de bloquer l'intrusion du Groupe d'armées A vers Rostov-sur-le-Don et les gisements de pétrole vitaux du Caucase. Étant donné que les Allemands ont presque dix fois la supériorité numérique, et une assez nette supériorité technique, le faible potentiel de défense de Malinovski est rapidement débordé. En conséquence, la Stavka dissout le Groupe opérationnel du Don en septembre.

Bataille de Stalingrad et Front ukrainien

Les armées allemandes mettent en difficulté l'Armée rouge à la bataille de Stalingrad et Staline confie à Malinovski le commandement de la Armée formée à la hâte et lui demande de tenir la position nord-est de Stalingrad. En même temps, Staline ordonne à Nikita Khrouchtchev, alors commissaire politique à Stalingrad, de surveiller Malinovski, mais les deux hommes, face au danger nazi, développent des relations cordiales.

La Armée n'a aucune expérience de combat, mais c'est la première fois dans cette guerre que Malinovski commande une armée complète tant au niveau des troupes que de l'équipement. En outre, c'est sous ses ordres que combattent deux divisions roumaines alliées, qui, dès avant mais surtout pendant et après Stalingrad, rallient à elles de nombreux prisonniers roumainsArticles du journal Ziua ("Le Jour") du vendredi 8 septembre 2006, du Jurnalul Național du mardi 5 décembre 2006, et du Ziarul Financiar du 23 juin 2006 sur : le choix entre la captivité en Sibérie et l'engagement dans les divisions roumaines alliées „Vladimirescu” ou „Horia-Cloșca-Crișan” a déterminé un grand nombre de prisonniers roumains à choisir la seconde option, même s'ils n'avaient pas de convictions politiques arrêtées. Au sein de ces divisions, il leur était d'ailleurs donné une éducation politique communiste sous les auspices des commissaires politiques membres du PCR : le colonel Mircea Haupt (frère de l'historien communiste devenu français, Georges Haupt) pour la division „Vladimirescu” et le colonel Walter Roman (ancien des brigades internationales en Espagne et père du premier ministre roumain Petre Roman) pour la division „Horia-Cloșca-Crișan”.. En septembre et , Malinovski passe à l'offensive. Ses gains territoriaux sont marginaux, mais il empêche les troupes allemandes d'encercler Stalingrad par le nord.

Plus tard dans ce mois, la Stavka expédie Malinovski au front de Voronej en tant que commandant adjoint. En , il est renvoyé à Stalingrad où l'Armée rouge est en train d'achever son plus grand succès à ce moment de la guerre. Le , les fronts de l'Armée rouge avaient encerclé la Sixième Armée allemande. Le Groupe d'armées Don, commandé par le maréchal Erich von Manstein, réunit ses troupes de Panzer dans la ville de Kotelnikovo, 150 kilomètres à l'ouest de Stalingrad et lance une contre-attaque désespérée pour sauver la Sixième Armée (opération Wintergewitter).

Malinovski mène la puissante de la Garde contre Hoth. Dans ce combat brutal, il force les Allemands à reculer, ouvrant une profonde brèche dans leur défense pourtant bien préparée, et détruit le groupement d'armée de Kotelnikovo. Cette bataille est le premier affrontement de chars à grande échelle perdu par l'Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. La victoire de Malinovski scelle le destin de et de leurs alliés italiens, hongrois et roumains (qui, pris au piège dans la poche de Stalingrad, se rendent en masse). Staline élève Malinovski au grade de colonel général et lui décerne la plus haute décoration soviétique pour sa tactique remarquable, l'ordre de Souvorov . De plus les rapports de Khrouchtchev sont élogieux à son égard.

En , Malinovski commande à nouveau le front du sud. En moins de deux semaines, il expulse von Manstein de Rostov-sur-le-Don ouvrant ainsi la route vers l'Ukraine. En , Staline l'élève au rang de général d'armée et lui donne le commandement du front sud-ouest chargé de chasser les troupes allemandes de la riche zone industrielle de Donbass. Par une attaque soudaine à la mi-octobre, Malinovski surprend une importante force allemande dans la région-clé de la ville de Zaporijia et la capture. Cette campagne divise alors les forces allemandes dans le Sud et isole les unités présentes en Crimée du reste du front de l'Est.

Le , le front du Sud-Ouest est rebaptisé Troisième front ukrainien. De à , Malinovski brise le Groupe d'armées Sud et libère la majeure partie de l'Ukraine du Sud, y compris Kherson, Mykolaïv et sa ville natale d'Odessa. À ce moment-là, et grâce aux avis de Khrouchtchev, Staline est devenu beaucoup moins méfiant envers Malinovski.

Roumanie et Hongrie