Pierre Falardeau, né le à Montréal et mort le dans la même ville, est un cinéaste, écrivain et militant indépendantiste québécois.
Il voue son travail et son militantisme à la défense de la liberté des peuples, tout spécialement à la liberté et l’indépendance du peuple québécois pour lequel il éprouve un amour profond. Il détient un baccalauréat ainsi qu'une maîtrise en anthropologie à l'Université de Montréal, parcours durant lequel il fait la rencontre du cinéma, plus précisément, du documentaire québécois. Dès lors, il réalise de nombreux documentaires, puis des fictions. Reconnu pour son franc-parler et son écriture pamphlétaire, il suscite polémique à plusieurs reprises. Applaudi ou contesté, Pierre Falardeau demeure tenace dans ses idées jusqu'à ses derniers jours.
Biographie Enfance Né le , Pierre Falardeau voit le jour en 1946 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à l'est de Montréal. Il est fils de Jeannine Ouimet et Alphonse Falardeau, et frère aîné de Jean, Louise et Michel Falardeau. Jeannine est détentrice d'un diplôme de maîtresse d'école, mais n'enseigne qu'à partir de 45 ans, après avoir élevé ses enfants. Avant que ceux-ci naissent, elle travaille dans une usine de production de tabac, l'Imperial Tobacco. Pierre Falardeau hérite de sa mère une valeur qui le suit toute sa vie, c’est-à-dire le désir de liberté: «Le désir de liberté. Le désir comme preuve du vivant. Le désir de durer contre la génération des morts qui impose son pouvoir.». Quant à son père, il lui inculque la ténacité: «Mon père m’aura appris la ténacité. La ténacité du rêve. Rêver. Rêver malgré tout. Malgré les défaites. Malgré nos faiblesses, nos contradictions, nos trahisons, nos petitesses.» Alphonse (1915-1984), est employé d’une mercerie appartenant à son beau-frère sur la rue Masson à Montréal, puis devient directeur de la Caisse populaire de Châteauguay, ville dans laquelle la famille déménage dès le jeune âge de Pierre. Son père meurt dans son sommeil le , après 14 ans de maladie. Il lui consacre une lettre intitulée «Salut, Alphonse», prononcée aux funérailles par son bon ami Julien Poulin. Ce dernier, les trois frères Falardeau ainsi que Francis Simard, un autre de ses grands amis, transportent le cercueil après la cérémonie. Pudique de son enfance, on déduit toutefois du peu qu’il en dit qu’elle fut parfois épineuse: «Même si Pierre était triste de passer sa vie au collège, il disait que ça lui avait permis d’échapper aux disputes autour de la table familiale. Le collège et les scouts lui avaient, en quelque sorte, sauvé la vie.».
Formation Le collège classique gauche|vignette|246x246px|Collège de Montréal Pierre Falardeau fait son entrée au Collège de Montréal en 1959, où il se lie d’amitié à Julien Poulin. Il réalise avec ce dernier nombre de projets au cours de sa carrière, soit la grande majorité de ses documentaires. À l'école, où il est pensionnaire, il s’ennuie et s'intéresse surtout au sport. Il est un élève timide et taciturne, mais ce, jusqu’à ce que le silence de ses condisciples l’irrite: c’est à ces moments qu’il prend la parole. Déjà à cette époque, il développe une haine de ceux qui optent pour le silence bien qu’ils aient la chance et le pouvoir de s’exprimer. À l'âge de quinze ans, parmi la poignée de livres se trouvant au domicile familial, il découvre avec grand intérêt une vieille édition de l'ouvrage Les Patriotes de 1837-1838Laurent-Olivier David, Les Patriotes de 1837-1838, Eusèbe Sénécal & Fils, Imprimeurs-Éditeurs, 1884. de Laurent-Olivier David, dans lequel figurent notamment des lettres écrites par Chevalier de Lorimier avant son exécution et qui inspirent plus tard l’écriture du scénario de 15 février 1839: «L'Histoire se révélait. Mon histoire. J'apprenais des mots nouveaux. Des mots absents de l'école. Absents de la radio. Absents de la télévision. Des noms de villages où des hommes s'étaient battus jusqu'à la mort pour la liberté et l'indépendance de leur pays. De mon pays. […] L'Histoire soudain cessait d'être un mot abstrait. L'Histoire devenait essentielle, partie intégrante de ma viePierre Falardeau, « De Lorimier et la conscience politique » dans Chevalier de Lorimier, Lettres d'un patriote condamné à mort, Montréal, Comeau & Nadeau, 1996, ..».
Rencontre avec la politique vignette|Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) Son premier contact avec la politique se produit au début des années 1960, dans le contexte de la campagne électorale qui mène à l’élection du premier ministre Jean Lesage. Son père l’emmène à une assemblée publique organisée au Monument national par «les amis du docteur Philippe Hamel» qui appuient le projet de nationalisation de l'électricité: «Ce fut ma première leçon de politique. Avec mon père, je découvrais la détermination, l'acharnement et la patience. Il m'apprenait qu'il n'y avait rien de facile. Plus l'enjeu était grand, plus c'était difficile.». Falardeau est inspiré par la ténacité des gens qui militent pour la cause depuis plusieurs décennies. À 16 ans, il devient membre du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), après être fortement interpellé par une affiche de recrutement: «Pour la première fois de ma vie, on m'appelait, moi, à combattre pour la liberté.». Il débute alors son parcours de militant en prenant part à ses premières manifestations, en faisant la vente du journal l’Indépendance et esquissant des graffitis politiques.
Pierre Falardeau est fasciné par le Front de libération du Québec (FLQ) qui effectue ses premières frappes dès 1963, alors qu’il étudie au collège classique. Il se dit admiratif des gens qui sacrifient leur vie pour une cause, et plus encore dans ce cas-ci, pour la libération du peuple québécois: «J’ai toujours eu une grande admiration pour les militants du Front de libération du Québec malgré leurs échecs ou leurs erreurs. Ils avaient eu le courage, au début des années soixante, de passer à la lutte armée pour la liberté et l’indépendance de leur pays. […] Ils se battaient pour nous. C’étaient donc mes frères, sans réserve.». S’il avait eu l’occasion de rencontrer les membres du groupe, peut-être en aurait-il fait partie. S’estimant «trop pissou», probablement cette épreuve lui aurait été infranchissable par manque de courage, affirme-t-il. À 20 ans, il s’implique à Châteauguay dans la campagne du RIN, nouvellement institué en parti politique. Puis, il rejoint le Parti québécois en 1968, né du Mouvement Souveraineté-Association et du Ralliement national. Pierre Falardeau est porté d’un même dessein tout au long de sa vie, c’est-à-dire, œuvrer et militer en la faveur de l’indépendance du Québec, et ainsi à la survie et la liberté de son peuple pour lequel il éprouve un amour profond.
Université et découverte du cinéma gauche|vignette|244x244px|Université de Montréal Financièrement à l'aise, une tante des Falardeau solde les études des enfants permettant à Pierre d’entamer un parcours universitaire. Après la lecture d’un ouvrage relatant l’expédition de chercheurs anthropologues en Amazonie qui suscite sa curiosité, il entreprend, en 1967, des études dans cette discipline. Il obtient donc un baccalauréat suivi d'une maîtrise de l'Université de Montréal. Le choix de ce champ d'études est essentiellement motivé par sa volonté d'échapper au conformisme des professions libérales: «Je me cherchais une job où il n'y avait pas de cravate. […] Après ça, rendu à l'université, je me suis aperçu que c'était pas tout à fait ça, qu'il fallait lire des gros livres« Pierre Falardeau, en toute liberté », Les archives de Radio-Canada sur YouTube.». En effet, ayant d’abord été attiré par le travail de terrain, Falardeau est surpris de la charge de lecture et d’écriture que requiert ce domaine d’étude. Bien qu’il en soit au départ dépité, il réalise après coup pouvoir traiter de tous les sujets qui l’intéressent et en profite pour travailler sur divers mouvements de luttes politiques qui l’animent, notamment sur le Front de libération du Québec et le Black Panther Party. Il participe également à un cours de cinéma par le truchement duquel il découvre le documentaire québécois, soit les grands documentaristes de l’Office national du film du Canada et pionniers du cinéma direct tels que Pierre Perrault, Bernard Gosselin ou encore Gilles Groulx. Il saisit à ce moment que «le cinéma peut être un outil pour comprendre notre propre société.». Son militantisme se déporte alors vers le cinéma et devient fer de lance de son travail. Il comprend qu’il peut désormais allier anthropologie, politique et art. Son mémoire de maîtrise est déposé en 1971 avec son premier documentaire, du même titre, en tant que volet vidéo. Falardeau a l’ambition de s’adresser «au vrai monde», il se garde ainsi d’employer un langage universitaire afin que son message rejoigne le plus de gens possible et non pas seulement l’élite intellectuelle. On le qualifie à plusieurs reprises dans sa carrière de cinéaste engagé, une épithète qui ne lui plait guère puisqu’elle le dissocie, selon lui, des autres cinéastes qui eux seraient «plus purs».
Vie de famille Il fait la rencontre de sa femme, Manon Leriche, en 1982 alors qu’il est professeur en cinéma à l’Université du Québec à Montréal, et elle, son étudiante. Il l’invite à assister à une représentation de son premier court métrage d’Elvis Gratton projeté à la Cinémathèque québécoise. Peu de temps après le début de leur relation, il lui propose de faire un enfant. Fonder une famille est très important pour Falardeau, possiblement puisqu’il aspire à un nid familial plus harmonieux que celui dans lequel il a grandi: «J’espère seulement que la famille que je constitue maintenant sera un peu moins troublée. Un peu plus joyeuse.», écrit-il dans une de ses correspondances. Conséquemment, leur fils aîné Jules naît en 1985, suivi d’Hélène en 1989, et enfin Jérémie le cadet de la famille, en 1995. Jusqu’en 1999, Pierre et sa famille partagent leur quotidien entre un petit appartement de Montréal et une vieille maison située dans les Cantons-de-l’Est, à Dunkin: «Moi dans ma vie, ça me prend les ruelles et la campagne.». Effectivement, Falardeau apprécie tout particulièrement l’aspect bucolique de la campagne et la nature. Il s’agit de son lieu de ressourcement où il passe nombre de ses congés et vacances. Son fils Jules écrit ces mots : «Pour mon père, couper son bois, retaper sa maison, faire des travaux manuels, c’était une forme de rédemption. Une manière d’échapper, ne serait-ce que quelques heures, à la bêtise ambiante.».
C’est uniquement à compter de la sortie du film Elvis Gratton II que Pierre Falardeau est en mesure de se verser un salaire décent qui lui permet de faire l’achat d’une autre maison, mais cette fois-ci à Montréal, et de laisser son appartement de la rue Panet. Pour la majorité de sa carrière, il peine avec l’argent. Il lui arrive de remettre son métier en question, métier qui ne permet de subvenir pleinement aux besoins de sa famille. Il ne renonce pas à faire du cinéma, mais accepte des contrats de-ci de-là dans les moments plus difficiles. Homme droit, Pierre Falardeau refuse nombre de projets pour cause de désalignement à ses valeurs «Je préfère pelleter de la marde pour gagner de l’argent et tant pis si je n’arrive pas à réaliser le film que je veux faire. Je ferai autre chose à la place afin de conserver le respect de moi-même.». Quant à sa conjointe, elle obtient un emploi à la station de télévision Quatre-Saisons, un travail qu’elle n’apprécie pas particulièrement, mais qui lui permet de pourvoir aux besoins du foyer. Pendant ce temps, Pierre écrit et s’occupe de son fils Jules.
Du documentaire à la fiction