Le Camposanto monumentale, également connu sous le nom de Campo Santo ou ancien Camposanto, est le cimetière historique monumental de Pise, en Toscane, qui ferme le côté nord de la place où est située la cathédrale, la Piazza dei Miracoli.

vignette|Vue intérieure.

Origine du nom Le projet remonte au , quand l’archevêque de Pise Ubaldo Lanfranchi rapporta dans cinq navires - lors de son retour de la deuxième croisade en 1149 - une cargaison de terre sacrée prélevée au mont Golgotha. .

Le cimetière est situé sur les ruines du baptistère de l’ancienne église consacrée à Santa Reparata qui se trouvait elle-même à l’emplacement de l’actuelle cathédrale.

Le terme « Campo Santo » est utilisé pour la première fois dans des actes remontant à 1287, alors qu'auparavant, il est généralement fait référence à un Sepoltuarium, Mortuarium ou Cimiterium qui devait être construit à côté de la cathédrale. Il est attesté, qu'au moins jusqu'en 1406, le terme « Campo Santo » est inconnu en dehors de Pise et qu'il est conservé sous sa forme en deux mots comme nom propre dans la bibliographie spécifique jusqu'au Emilio Tolaini, Campo Santo di Pisa - Progetto e cantiere, Pisa, Edizioni ETS, 2008, pp. 33-34..

En italien courant, le terme camposanto (en un seul mot) indique toujours un lieu de sépulture, compris au sens religieux, en particulier dans la croyance chrétienneEnciclopedia Treccani online. Le mot saint situé en premier fait toujours référence à la divinitéEnciclopedia di Repubblica, 2000, alla voce "Santo".

Histoire

Selon la tradition, sa conception et sa réalisation font suite à l'arrivée de terre, provenant de la « terre sainte » du Golgotha, amenée par des navires pisans revenant de la deuxième croisade. Ces légendes fondatrices sont également répandues pour d'autres complexes similaires dans toute l'Europe. En 1203, cette « terre sainte » est répandue sur le terrain où prend place le monumental Camposanto Neta B. Bodner, , Brill, 2015, « Earth from Jerusalem in the Pisan Camposanto ».. En réalité, le cimetière a été plus simplement créé pour rassembler tous les sarcophages et les différentes sépultures qui se pressaient autour de la cathédrale. La Municipalité a beaucoup insisté pour qu'ils soient transférés dans un endroit plus approprié : dès 1260, les ouvriers de la Cathédrale juraient lors de l'élévation qu'ils participeraient à la construction du bâtiment. Ce n'est que le que Mgr Federico Visconti cède à la pression et signe l'acte de donation du terrain, un ancien cimetière, pour la construction d'un « espace clos » à usage de cimetière. Le bâtiment est le quatrième et dernier qui est érigé sur le terrain de la cathédrale. Giovanni di Simone commence la construction du cimetière en 1277, comme le rappelle l'inscription latine à côté du portail droit, même si certains mentionnent Giovanni Pisano comme étant le dernier architecte des bâtiments monumentaux de la Piazza dei Miracoli.

La construction de l'immense cloître gothique oblong commence en 1278, mais la mort de son architecte Giovanni di Simone en 1284 lors de bataille navale de la Meloria contre les Génois, retarde son achèvement. La totalité de l'ensemble est terminé seulement en 1464.

En 1358, les fondations du côté nord n'ont pas encore été fouillées. Cependant, alors que la structure architecturale est encore en cours d'achèvement, dès 1360, les murs ont commencé à être décorés de fresques avec des sujets liés au thème de la vie et de la mort par deux des plus grands peintres vivant alors, Buonamico Buffalmacco et Francesco Traini, le premier auteur du célèbre Le Triomphe de la Mort, le deuxième d'une Crucifixion. Giovanni Scorcialupi réalise peu de temps après les fresques avec les Histoires du Christ après la mort, tandis qu'au milieu du siècle Stefano di Ricco peint une Assomption. au-dessus de la porte orientale.

Le cycle est poursuivi quelques décennies plus tard par Andrea di Bonaiuto, Antonio Veneziano (Histoires de Saints Efisio et Potito) et Spinello Aretino (Histoires de l'Ancien Testament), tandis que les Histoires de saints Pisans, réalisées entre 1377 et 1391, occupent les espaces intermédiaires. Taddeo Gaddi (Histoires de Job) et Piero di Puccio (Histoires de l'Ancien Testament, 1389 à 1391) travaillent principalement dans la galerie nord. Cette dernière série n'est achevée qu'au par le Florentin Benozzo Gozzoli. En 1594, la chapelle Dal Pozzo au dôme caractéristique est ajoutée à l'extrémité est.

À l’origine, il semble que le bâtiment n'ait pas été conçu pour être un cimetière, mais une église nommée « Santissima Trinità » ; le projet évolua au cours de la construction. Toutefois il est attesté que la partie initiale était la zone Ouest, où devait être construite cette église, et que toute la partie Est fut la dernière à être bâtie pour clore la structure.

Dommages et restaurations vignette|En 1897, avant sa destruction.

Au , la popularité du Campo Santo est ternie par l'intérêt croissant pour la Tour, mais surtout à cause des terribles dégâts subis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le , lors d'un raid aérien, une bombe alliée provoque l'incendie et la fonte du toit de plomb causant de graves dommages aux fresques dont la destruction de l'une d'elles traditionnellement attribuée à Stefano Fiorentino ; de nombreuses sculptures et des sarcophages sont brisés. Des travaux de restauration sont en cours depuis 1945, qui ont notamment conduit à la récupération de très précieuses sinopie aujourd'hui exposées au museo delle Sinopie situé dans les bâtiments du côté sud de la place. Même si la suppression des sculptures, en particulier celles du afin de rétablir l'aspect médiéval, a causé un appauvrissement de l'ensemble, ce n'est que récemment, à la fin des années 1980, qu'une restauration philologique a commencé sur l'ensemble du complexe monumental du Camposanto, reconstituant progressivement, dans la mesure du possible, l'aspect stratifié du lieu, grâce notamment aux précieux témoignages qui nous sont parvenus, comme le travail laissé par le graveur Carlo Lasinio qui fut conservateur des lieux à l'époque du royaume d'Étrurie, sous le règne de Marie-Louise d'Étrurie.

Après le bombardement, les fresques étaient toutes détachées et une restauration a commencé immédiatement. Avec ce détachement des fresques, des sinopie très bien conservées ont été découvertes permettant de se faire une idée de la décoration du Campo Santo aux siècles précédents. Le de Pise a été inauguré en 1976 et rénové en 2007. Il est possible d'y voir, en plus des sinopies, une reproduction virtuelle du cimetière en « 3D stéréoscopique » qui présente l'intérieur du monument au cours des siècles.

En 1960, une exposition est organisée pour célébrer l'achèvement des premières restaurations, mais vingt ans plus tard, de nouveaux et graves signes alarmant de détérioration apparaissent, en particulier sur les œuvres restaurées sur les murs ouverts. Une nouvelle phase de recherche est alors menée par la Surintendance en étroite collaboration avec l'Opificio delle pietre dure et les départements des Sciences de la Terre et de Chimie de l'Université, qui met en évidence certaines lacunes et les mauvais choix des restaurations précédentes, rendant nécessaire une nouvelle restauration.

En 2020, si le cimetière peut paraître un peu négligé aux yeux du visiteur, avec peu de légendes explicatives sur les œuvres exposées, une restauration des fresques murales est en cours : presque toutes les fresques ont été repositionnées sur des plaques de fibrociment fixées sur des cadres en bois et déplacées, ou sont prévues pour être déplacées, pour rejoindre leur position originale. L'héritage lapidaire du porche, allant du début du Moyen Âge à nos jours, gravement endommagés par le plomb fondu après l'incendie de 1944 dont il reste des traces visibles indélébiles, doit également être mis en valeur.

« Panthéon » pisan

Les principales personnalités de la ville sont enterrées dans le cimetière, tels que les recteurs et les professeurs les plus prestigieux de l'Université de Pise, les dirigeants et les familles les plus en vue, en réutilisant souvent des sarcophages romains de grande valeur, tout en procédant à partir du , à un processus de « muséalisation » avec l'apposition d'inscriptions romaines sur les murs et de conservation de souvenirs précieux concernant l'histoire de la ville.

Ce « panthéon » pisan devint ainsi naturellement le premier musée de la ville quand, au , furent rassemblées des œuvres d'art provenant d'instituts religieux supprimés à la suite des réformes napoléoniennes, empêchant ainsi la dispersion du patrimoine de la ville, ainsi que des pièces artistiques ou archéologiques acquises spécialement à cet effet. A la même époque, la fonction du cimetière connait son apogée, avec de nombreux sépulcres du , souvent d'excellente facture, qui commencent à envahir les couloirs, rebaptisés depuis « galeries ».

Ce mélange d'ancien et de moderne, entre célébration de l'histoire et réflexion sur la mort, est à la base du charme mélancolique qui s'exerce sur les voyageurs de l'époque romantique, faisant du Camposanto l'un des monuments les plus appréciés et les plus visités d'Italie, avec des visiteurs venus de toute l'Europe pour l'admirer et l'étudier. Ce n'est pas un hasard si à cette époque, ses fresques sont popularisées par de nombreux dessins, croquis et estampes, qui répandent leur beauté à travers le monde. Malgré cette renommée, les conditions de conservation suscitent déjà de nombreuses inquiétudes, en raison de certains signes visibles de décomposition et de la disparition de certaines parties entières des scènes. Une analyse des matériaux et certaines restaurations commencent alors pour tenter d'endiguer la détérioration des couleurs et le décollement du plâtre.

Extérieur vignette|Détails de l'arcature. Sur le plan architectural, le Camposanto est composé d'un haut mur rectangulaire, faisant face au Duomo et au baptistère. L'extérieur est en marbre blanc simple, avec 43 arcs aveugles avec des têtes humaines sur les attaches des arcs, et deux portes sur le côté sud. L'accès principal est celui qui surplombe la place à l'est. Un riche tabernacle gothique orne le dessus du portail d'accès, ouvrage de la seconde moitié du , contenant des statues de la Vierge à l'Enfant et quatre saints, œuvre d'un disciple de Jean Pisano, et d'Anges, œuvre de Tino di Camaino.

La simplicité de la structure extérieure forme une toile de fond idéale au complexe monumental de la place, principalement parce qu'elle repose sur un axe incliné par rapport au Duomo-Baptistère, faisant paraître la place encore plus grande quand on la regarde depuis ses extrémités, par un jeu optique de perspective. Cet effet est particulièrement impressionnant vu de la porte située dans les murs médiévaux près du baptistère.

À l'intérieur, le Camposanto ressemble à un cloître, avec des arcatures à claire-voie particulièrement décorées, soutenues par de minces meneaux ornés d’entrelacs polylobés, achevés en 1464 dans un style gothique international.

Les tombes les plus importantes étaient situées dans la pelouse centrale, en « terre sainte », ou contenues dans les sarcophages romains réutilisés pour les sépultures les plus prestigieuses, tandis que des personnalités moins importantes étaient inhumés sous les arcades, sous une dalle de tombeau plus simple insérée dans le sol du couloir. Tous les sarcophages ont été retirés de la zone centrale et mis à l'abri lors du réaménagement du , de sorte qu'aujourd'hui, les tombes sont toutes sous les arcades. Seule des chapiteaux composites médiévaux et deux puits du , décorés de protomes humains et animaux, subsistent dans l'espace central.

Intérieur