L'ancien couvent des Annonciades, un des seuls cloîtres de la Renaissance encore conservés en Aquitaine, est situé 54 rue Magendie à Bordeaux. Il a été fondé en 1520 par Jacquette Andron de Lansac, suivant la règle fixée par Jeanne de France (1464-1505), pour des religieuses du couvent d'Albi.
La chapelle du couvent a été classée au titre des monuments historiques le ; le portail d'entrée et le cloître sont inscrits également le et divers murs ont été inscrits le .
À partir de 1995, les services de la Direction régionale des Affaires culturelles (D.R.A.C.) d'Aquitaine s'installent dans le bâtiment, 54 rue Magendie, Bordeaux.
Historique
Les Sœurs de l'Annonciade () forment une congrégation religieuse catholique de contemplatives fondée à Bourges (Cher) en 1501 par sainte Jeanne de Valois, fille de Louis XI et de Charlotte de Savoie, mariée à Louis XII. La deuxième maison de l'ordre était fondée à Albi. En 1519 la troisième maison de l'ordre est fondée à Bordeaux par Jacquette de LansacJacquette Andron de Lansac, née vers 1490 d'une famille propriétaire du château de Lansac près de Bourg, mariée deux fois, mère de 5 enfants, décédée le . Jacquette avait une ascendance illustre, quoique bâtarde. Fille de Thomas de Lansac, propriétaire de la maison Beguey à Bordeaux, et de Françoise de Pérusse des Cars, elle était petite fille de Raymond Amanieu Andron de Lansac, chevalier, dit « Mandot de Lansac », qui avait épousé le , Jeanne de Béarn, fille naturelle de Gaston IV de Foix-Béarn, Captal de Buch et Vicomte de Benauge. Jacquette était cousine des Comtes de Foix, et par Marguerite de Foix épouse du Duc de Bretagne était également cousine d'Anne de Bretagne.Vers 1510, Jacquette, seule héritière de sa branche, baronne de Lansac et du Bec d'Ambès, propriétaire de la maison Beguey, épousait Alexandre de Saint Gelais, seigneur de Cornefou près de Cognac. Celui-ci joua un rôle important de son temps, fut garde-sceau de la Chancellerie à Bordeaux, ambassadeur pour le Roi. Il était également frère d'Octavien de Saint-Gelais, évêque d'Angoulême. Des historiens prétendent qu'elle était la maitresse de François de Valois-Angoulême, devenu François 1er, dont elle aurait eu un fils, Louis de Saint-Gelais, né en 1513 et une fille (Mémoires de la Société d'Antiquaires de l'Ouest, 1940, pp. 1-16).Devenue veuve en 1522, Jacquette épouse Jacques de Pons, baron de Mirenbeau, Plassac, le fondateur de Brouage, cadet d'une grande famille de Saintonge, qui lui assurait une situation sociale du premier plan. Elle a eu trois fils avec son deuxième mari. Elle fit son testament en 1525 et mourut en 1532.. Elle fit venir, à cet effet, sept religieuses du couvent de l'Annonciade de la ville d'Albi en Languedoc, accompagnées d'un homme d'affaires, Marc-Antoine de Serris, faisant ainsi la liaison entre les moniales et l’extérieur, négociant avec les maçons et les charpentiers lors de la construction du couvent.
La fondatrice a dû donner des fonds importants pour diligenter le chantier. Elle a été aidée par une donation. de Pierre Eyquem de Montaigne, père de Michel de Montaigne. Le elle établit un contrat. avec le maître-maçon Mathurin GaloppinMathurin Galoppin est connu pour avoir été le maître d’œuvre de la cathédrale Saint-André lors de la reconstruction des quatre voûtes de la basse-nef entre 1515 et 1520. On y trouve aux clés de voûtes les armoiries de l'archevêque de l'époque, Jean Foix-Candale, très semblables aux clés de voûtes dans la chapelle du couvent des Annonciades pour la construction de la chapelle. Le contrat avec le charpentier pour la couverture de la chapelle date du .
La bénédiction a eu lieu le ..
Devenue veuve en 1522, Madame de Lansac se remarie avec Jacques de PonsJacques de Pons avait une ascendance aussi illustre que Jacquette. Sa mère était Marguerite de Coetivy, épouse de François de Pons, fille d'Olivier de Coetivy, seigneur de Taillebourg et de Didone, Lieutenant général au Guyenne et de Marguerite de Valois, qui était la fille naturelle du Roi Charles VII et d'Agnès Sorel.Après le séjour de Calvin à Angoulême entre 1534 et 1537, Jacques de Pons devient huguenot. Parmi les trois fils du couple, un devient Chevalier de Malte et les deux autres capitaines protestants fortement impliqués dans les guerres de Religion., seigneur de Mirambeau, et fait construire à ses frais la chapelle. Elle manifeste dans son testament son désir d'y être enterrée et demande à ses héritiers d'achever la construction de l'édifice. La deuxième campagne de travaux commence avec le contrat. du ou le maître-maçon Guillaume Médion promettait de voûter l'abside, les deux chapelles, d'établir des autels et de munir les fenêtres de meneaux. Après le décès de Jacquette en 1532, son mari et le prieur du couvent passent un contrat avec Mathurin Galoppin pour : tailler neuf écussons en pierre de Tailleborg pour former une litre funéraire à l'extérieur de la chapelle ; édifier un tombeau et blanchir et enduire les murailles de la chapelle. Malheureusement, les guerres de Religion troublent la mise en œuvre de ce contrat et la vie du couvent. Plusieurs sœurs se sont converties au protestantisme et quittent le couvent ; Jacques de Pons et deux de ses fils se sont également convertis. Les héritiers de Jacquette de Lansac ne paient pas les rentes dues aux religieuses du couvent que Jacquette s'est engagée à faire en 1520. Après plusieurs recours au parlement de Bordeaux en 1546, 1547 et 1549 le problème est réglé en 1559. Donc, il n'est pas certain que ni le litre, ni que la Mise en tombeau étaient terminées en 1559. Le tombeau de Jacquette de Lansac n'a jamais été installé dans la chapelle. En 1575, les religieuses de l'ordre des Pauvres Dames (Les Clarisses), exilées à l’hôpital Saint-André depuis la démolition de leur monastère, rejoignent les Annonciades, car c'est le seul couvent de femmes dans la ville de Bordeaux. En 1604, après un relâchement notoire de la règle et divers scandales, la clôture du couvent de l'Annonciade est imposée par le cardinal de Sourdis. Il sera définitivement supprimé en 1792. En 1792, à la suite de la Révolution, les Annonciades sont chassées de leur couvent et les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation. Les bâtiments seront utilisés comme salpêtrière. En 1808 le bâtiment est racheté par la communauté de la Miséricorde, fondée par Marie-Thérèse-Charlotte de Lamourous (1754-1836) et devient la Maison de la Miséricorde, qui accueillait les « pécheresses repentantes » c'est-à-dire d'anciennes prostituées ou « filles-mères ». On y héberge jusqu'à plus de quatre-cents pensionnaires. Vendus en 1971, les bâtiments sont utilisés par le ministère de la Justice, soit comme dépôt d'archives, soit pour abriter le siège de diverses juridictions. Depuis 1974, la chapelle, le cloître et le mur d'enceinte de l'ancien couvent sont protégés au titre de monuments historiques. En 1995 les services de la Direction régionale des Affaires culturelles d'Aquitaine s'y installent.
Le couvent de l'Annonciade
Le couvent de l'Annonciade a été édifié et décoré dans le style de la Renaissance, il présente une unité que les restaurations contemporaines ont conservée.
On accède au bâtiment, 54 rue Magendie, par un portail monumental de plan en demi-lune, qui date de 1774. Ce portail est couronné d'un fronton cintré dans lequel s'inscrit une niche abritant une Vierge à l'Enfant, sculptée par Aymon Estensan.
La chapelle
Une fois le mur d'enceinte franchi, l'accès à la chapelle se faisait par une porte à l'ouest qui s'ouvrait à la manière d'un arc de triomphe dans la partie de la chapelle construite en 1613 ; elle est murée en 1673 par le maître maçon Jacques Roumillac, qui ouvre, plus à l'est, une nouvelle porte à fronton triangulaire surhaussé.
La construction de la chapelle, entreprise en 1520, s'achève par l'abside ; le gros œuvre est sûrement terminé à la mort de Jeanne de Lansac en 1532. Le chœur des religieuses a été agrandi vers l'ouest en 1613, puis vers l'est en 1680. Les chapelles latérales s'ouvrent par des arcs gauchis. Les consoles sculptées soutenant les nervures représentent les symboles des évangélistes (Tétramorphe). En 1547 des barreaux de bois clôturaient ces chapelles ainsi que le chœur des religieuses. Dans la chapelle on trouve des clés de voûte portant les armoiries de la famille de Lansac, Gelais et Pons. En 1532, Jacques de Pons, second mari de Jacquette de Lansac, commande à Mathurin Galoppin une série de neuf blasons, dont cinq sont visibles sur l'extérieur de la chapelle, pour former une litre funéraire.. L'ancien autel de la chapelle se trouve, depuis 1867, dans l'église de Saint-Rémy de Saint-Rémy-sur-Lidoire en Dordogne.
L'abside de la chapelle
Au chevet, les baies occupent la plus grande surface des murs dégagés par les ogives. Des talus sobres constituent les contreforts qui montent jusqu'au niveau du sommet des fenêtres. Un larmier écarte les eaux de pluie du bas des fenêtres et sur les contreforts.
Trois grandes fenêtres éclairent l'abside à trois pans. Les vitraux actuels datent du . Ils évoquent la parabole du Bon Pasteur, une vue de Jérusalem et la figure de Jeanne de France en habit religieux.
Le chœur des religieuses
Par la galerie haute du cloître ou par un escalier à vis situé au nord de la nef, on atteint le chœur des religieuses, bâti sur une voûte, qui était couverte à l'origine par une toiture pentue d'ardoises.
La mise au tombeau du Christ
Aujourd'hui à Bordeaux, il y a seulement trois sculptures représentant la Mise au tombeau du Christ : au Musée d'Aquitaine, en provenance de l'église Saint-Éloi. à l'église Saint-Michel, au-dessus de l'autel de la chapelle du Sépulcre, mais qui est plutôt une Déploration du Christ mort, le cadavre posé sur les genoux de la Vierge va être enlevé par Joseph d'Arimathie et Nicodème. La sculpture date de 1493 et a été commandée par le Seigneur Ferron, sire de Carbonnieux. La mise au tombeau du couvent des Annonciades date de 1526-1530 et a été donnée, très probablement, par la fondatrice du couvent. Il s'agit d'une représentation classique à sept personnages.
On peut faire un rapprochement avec la sculpture du couvent et celle qui se trouvait, autrefois, au château de Biron en Dordogne et qui se trouve actuellement au Metropolitan Museum of Art, New-York. La sculpture de Biron a été commandée par Pons de Gontaut, seigneur de Biron, vers 1515. Sauf pour la position de Saint-Jean, la composition est identique dans les deux Mises au tombeau ; certains gestes des personnages sont reproduits sans changement. Il y avait des relations de famille entre les Gontaud et le bordelais, ce qui peut expliquer que Pons de Gontaud ait fait exécuter la Mise au tombeau par un sculpteur bordelais, qui, quelques années plus tard, a sculpté le même thème pour le couvent des Annonciades.
Les culs-de-lampe, consoles et clés de voûte
Chérubins et anges
Les cul-de-lampe de l'abside sont tous décorés, soient avec des chérubins ou anges, soit un décor végétal.
Le Tétramorphe
Les consoles qui supportent les arcs des deux chapelles latérales sont décorées avec les symboles du Tétramorphe : Le lion de saint Marc et le taureau de saint Luc au nord et, au sud, l'aigle de saint Jean et l'homme de saint Mathieu.
Clés de voûte La plus ancienne clé de voûte date de 1520 et se trouve au chœur des religieuses. Elle porte un blason qui mélange les armoiries de la famille de Lansac et de la famille Saint Gelais. La clé de voûte qui se trouve dans l'abside date de 1526 et porte un blason qui mélange les armoiries de la famille de Lansac et de la famille de Pons.
Les galeries hautes