thumb|Papyrus d'Oxyrhynque LII 3679 contenant des fragments de La République de Platon, .
La République (en grec , « à propos de la Cité / de l'État » ou / , « La Cité/L'État ») est un des dialogues de Platon, qui porte principalement sur la vertu individuelle de justice et la justice dans la Cité. On considère que ce dialogue fait partie du genre littéraire de l'utopie.
Platon fait la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie à cause de l'attrait qu'exerce le prestige du pouvoir. Il s'agit de l'ouvrage le plus célèbre de Platon, en raison, notamment, du modèle de vie communautaire exposé et de la théorie des formes que Platon défend.
Présentation de l'œuvre Personnages du dialogue Socrate, Thrasymaque, Céphale de Syracuse et son fils Polémarque, Glaucon et Adimante, frères de Platon. Platon fait dire par Socrate qu' : 357a. Clitophon, homme politique athénien Également présents (bien que ne prenant pas part au dialogue) : Lysias, Euthydème et Charmantide
Lieu Le dialogue a lieu au Pirée, dans la maison de Céphale de Syracuse..
Place dans l'œuvre de Platon Dans le Timée, Platon soutient que le Timée, le Critias et l'Hermocrate s'inscrivent dans la suite de la République. L'hypothèse la plus crédible de nos jours est que ce livre a été écrit dans une période qui va de la fondation de l'Académie en -387 à son retour de Syracuse vers -370. Il s'agit donc d'une œuvre du milieu de la vie du philosophe.
Problématique centrale du livre et stratégie Même si ce livre traite de métaphysique et d'épistémologie ainsi que de la relation entre rhétorique, poètes et philosophe, pour Eric Brown, son objet principal relève de la politique et de l'éthique. Dans ce livre, Platon veut répondre à la question : .
Résumé de l’œuvre Livre Discussion avec Céphale sur la vieillesse et la justice Socrate, Glaucon et Adimante sont en train de rentrer à Athènes depuis le Pirée.. Polémarque invite Socrate chez son père, Céphale. Socrate est intéressé par ce que Céphale, qui est très vieux, a à dire sur la vieillesse ; comme à son habitude, il loue les vertus de la conversation. Il dit qu'il .
Le vieux Céphale est d'abord interrogé par Socrate sur la manière dont il supporte la vieillesse. Céphale se montre critique à l'égard des autres vieillards qui sont aigris au sujet de la vieillesse. Selon lui, la vieillesse est une délivrance, car elle permet d'échapper aux pulsions sexuelles qui dominent les jeunes gens. Il cite Sophocle qui avait dit, au sujet de l’amour, ..
Socrate fait remarquer à Céphale que sa richesse a peut-être une part dans l'appréciation de sa vieillesse, car on vit mieux lorsque l'on est aisé. Céphale répond que le bien suprême que la richesse lui a procuré a été d'avoir le luxe de vivre une vie sans actes répréhensibles (comme l'escroquerie, le vol, ou de ne pas honorer les dieux). Sa richesse lui ayant permis de ne pas vivre dans la tromperie et dans le mensonge, et de rendre à chacun ce que chacun lui avait profité, il a une vie juste, et n'a donc pas à craindre l'Hadès..
Cette remarque de Céphale soulève une interrogation au sujet de la nature de la justice. Pour Céphale, elle semble se résumer à n'être que l'absence de tromperie et de mensonge ; la justice est une justice-dette, dans le sens où justice serait faite lorsqu'à chacun lui est rendu ce qui a été prêté, et lorsqu'un homme dit la vérité. Socrate contre-argumente en disant que si un ami, sain d'esprit, nous prête une arme, puis qu'il devient un jour fou et nous demande de la lui rendre, alors il ne serait pas juste de lui rendre son arme.
Céphale quitte la conversation car il doit aller faire une offrande aux dieux.
Discussion avec Polémarque sur la justice comme dette Polémarque remplace alors son père dans la conversation. S’appuyant sur les poèmes de Simonide, Polémarque affirme que ce qui est juste, c’est de rendre aux autres ce qu’il convient de leur rendre. Socrate lui fait remarquer que Simonide n'avait pas pensé au cas de la folie. Dans ce cas spécifique, convient Polémarque, il serait en effet injuste de rendre à un ami son arme..
Polémarque développe donc une deuxième définition, où il mobilise la distinction entre l'ami et l'ennemi : la justice, c'est de faire du bien à ses amis et faire du mal à ses ennemis.. Or, contrairement au médecin, qui est compétent pour guérir les malades parce qu’il connaît l’art de la médecine, il apparaît à l’examen de Socrate que le juste, qui connaît l’art de la justice, ne possède aucune compétence spécifique en tant qu’il est juste. Quelqu’un doit donc toujours pouvoir faire mieux que lui dans l’accomplissement de ce qu’on requiert qu’il accomplisse spécifiquement pour « rendre son dû » à un ami ou un ennemi. Cela constitue une réponse inacceptable : c’est dire que la justice ne s’applique que dans les cas où le juste se fait confier des biens, mais jamais lorsqu’il agit ou utilise ces biens.
Socrate affirme ensuite que celui qui connaît un art a autant la capacité de s’occuper de l’objet de son art que celle de faire l’inverse. Si la justice de Polémarque permet de garder un objet en sécurité, elle rend donc aussi le juste capable d’être un voleur. Pour ces raisons, Socrate se croit autorisé à condamner la morale traditionnelle, bien que Polémarque conserve sa position..
Socrate formule une nouvelle objection : comme on se trompe parfois en disant de telle ou telle personne qu’elle est bonne ou mauvaise, il se pourrait qu’on tienne pour un ami une personne mauvaise et qu’on soit contraint, par justice, de l’avantager. Polémarque clarifie alors sa position, affirmant qu’il n’est juste de faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis qu’à la condition que ses amis soient réellement bons et ses ennemis réellement mauvais.
Or, se demande Socrate, la justice autorise-t-elle vraiment qu’on cause du tort à autrui ? Après avoir posé ce nouveau problème, Socrate recourt à trois analogies pour montrer que nuire est l’œuvre de l’homme injuste, et que ce faisant, la justice ne peut pas autoriser qu’on cause du tort à autrui.. La position de Polémarque se trouve ainsi réfutée, et Socrate appelle son interlocuteur à ne pas se soumettre à l'autorité qui émane de Simonide.
Discussion avec Thrasymaque sur la justice politique Thrasymaque, qui est un sophiste, interrompt brusquement le dialogue pour invectiver Socrate. Il considère que celui-ci s'est donné le beau rôle en n'étant qu'un questionneur et non pas un répondant, ce qui est la position la plus facile à tenir. Il propose à Socrate de lui révéler ce qu'est la justice, à condition qu'il le paie. Socrate refuse, n'ayant pas assez d'argent. Glaucon et ses amis paient à la place de Socrate afin d'entendre la thèse de Thrasymaque, selon laquelle la justice est ce qui est le plus avantageux au plus fort..
Socrate questionne la définition de la force. S'il s'agit d'un lutteur, qui s'entraîne et mange de la viande, alors chacun peut être fort. Thrasymaque doit donc développer sa thèse : la force est la force politique, car le gouvernement d'une cité est ce qu'il y a de plus fort. Les démocraties, selon lui, créent des lois favorables au peuple, les aristocraties, aux aristocrates, et les tyrans, à eux-mêmes..
Thrasymaque est toutefois coincé par un contre-argument de Socrate : les gouvernants ne sont pas infaillibles ; or, les gouvernants font les lois ; il est donc possible qu'ils mettent par erreur en place des lois qui iraient contre leur propre intérêt. Il serait alors juste, selon ce raisonnement, que les faibles suivent les règles qui sont désavantageuses aux plus forts, ce qui est illogique.
Socrate soutient que les gouvernants ont pour objectif le bien des gouvernés, comme le médecin a en vue le bien du malade. Thrasymaque contre-argumente en mobilisant l'exemple du berger, qui n'aurait que son propre bien en vue, et non celui des moutons. Socrate répond alors que le médecin n'est pas un homme d'affaires, ni un boucher : le vrai berger, comme le vrai médecin, a le bien-être de ses bêtes à l'esprit.
Socrate soutient que tout art a un objet ; cet objet est différent et inférieur à cet art qui lui est utile. Mais il doit en être ainsi de l'art politique : l'homme politique, qui a le pouvoir, travaille à l'encontre des citoyens. Thrasymaque nie qu'il en soit ainsi : le but de tous les hommes, ce qui rend vraiment heureux, c'est de mettre la puissance aux services des citoyens et des intérêts de celui qui la possède. L'injustice est sage et vertueuse..
L'injuste, selon Socrate, en cherchant à dominer tout le monde, prouve que cette notion est pourvue de vices et d'ignorance. Au contraire, c'est la justice qui est sagesse et vertu ; elle est donc plus puissante que l'injustice, car il n'y a rien de plus puissant que la sagesse. Cette justice, étant une vertu, c'est-à-dire un développement naturel des fonctions de l'être, rend heureux. Le bonheur de l’âme est attaché à la justice, à la perfection de ses actions, perfection dans le domaine de l’excellence354a..
Socrate remarque que, dans cette discussion, l’on n’a pas commencé par définir la justice ; on a cherché si la justice était science et vertu, si elle était utile. Mais il faut commencer par chercher à déterminer l'essence de la justice.
Livre
Glaucon : la vie juste et l'anneau de Gygès Socrate s'apprête à achever la conversation lorsque Glaucon lui demande de continuer. Il considère en effet que Socrate n'a pas traité de la nature de la justice. Glaucon propose de soutenir sa propre définition. Selon lui, il y a trois types de biens : les biens recherchés pour eux-mêmes (ex : la joie, la volupté) ; les biens recherchés à la fois pour eux-mêmes et pour les bienfaits qui les accompagnent (ex : la vue, la santé) ; et les biens pénibles, mais utiles, recherchés pour leurs avantages (ex : la gymnastique, les « professions lucratives »).
Pour Socrate, la justice fait partie du deuxième type de bien. Glaucon réplique que .
Afin de soutenir une thèse commune, Glaucon va expliquer pourquoi certains pensent qu’il est possible qu'il vaille mieux pratiquer l’injustice que la justice. Il dit que l'on n'aime jamais la justice pour elle-même, mais qu'on la pratique parce que les lois nous retiennent de subir l’injustice — raison que reprendra La Rochefoucauld. On est moral uniquement par peur de la sanction. Afin d'étayer cela, il fait appel à la légende de l'anneau de Gygès. Un berger découvre un anneau qui lui permet de devenir invisible. N'étant plus soumis à la crainte de la justice, il tue le roi et épouse la reine. Pour Glaucon, aucun homme n'aurait agi différemment. Il conclut que ceux qui pratiquent la justice agissent par impuissance de commettre l’injustice.
Il argumente ensuite en comparant les modes de vie de l’homme juste et de l’homme injuste. L’homme injuste pourra faire semblant d'être juste, et il sera loué pour son apparente justesse ; tandis que le juste, s'il ne peut pas se créer une apparence, cela pourra le conduire à la déconsidération, voire à la mort. L'injuste peut faire de la politique, car il n'hésitera pas à tromper les gens.
Adimante et l'apparence de justice Le frère de Glaucon, Adimante, intervient à son tour pour enfoncer le clou. Il considère que l'on ne recherche la justice que pour la réputation que celle de l'homme juste lui procure. Il est d'autant moins tentant d'être juste que les poètes soulignent que la justice est un chemin difficile et que les dieux peuvent accabler les hommes justes. Adimante appelle Socrate à réagir afin qu’il vienne au secours du concept de justice.
Réfutation de Socrate : la justice au sein de la Cité et les Gardiens