vignette|upright=1.5|Carte montrant les chemins contemporains en Europe pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle (ou pèlerinage de Compostelle) est un pèlerinage catholique dont le but est d'atteindre le tombeau attribué à l'apôtre saint Jacques le Majeur, situé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice (Espagne).

Créé et instauré après la découverte des supposées reliques de Jacques de Zébédée au début du , le pèlerinage de Compostelle devient à partir du un grand pèlerinage de la chrétienté médiévale mais c'est seulement après la prise de Grenade en 1492, sous le règne de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle la Catholique, que le pape Alexandre VI déclare officiellement Saint-Jacques-de-Compostelle lieu d'un des , avec ceux de Jérusalem et de Rome.

Depuis la fin du , l'interprétation du sanctuaire catholique subit une évolution doctrinale : le mot tombeau disparaît des discours des derniers papes depuis Jean-Paul II : Jean-Paul II parlant du sans utiliser le mot reliques et Benoît XVI disant simplement que la cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle .

En 1987, les chemins de Compostelle, qui correspondent à plusieurs itinéraires en Espagne et en France, sont déclarés par le Conseil de l'Europe. Depuis 2013, les chemins de Compostelle attirent plus de chaque année, chiffre qui connaît un taux de croissance de plus de 10 % par an.

C'est le pèlerinage le plus fréquenté du monde chrétien et il est considéré comme un site du patrimoine mondial par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

Aussi dénommés , les pèlerins viennent essentiellement à pied et souvent de villes proches demandant peu de jours de marche pour atteindre Santiago (Sancti Iacobi). Le Camino francés rassemble les 2/3 des marcheurs mais les autres chemins connaissent une croissance de leur fréquentation supérieure au chemin traditionnel. Les mois d'été sont les plus fréquentés par les pèlerins et les pèlerins espagnols y sont majoritaires (les pèlerins d'origine étrangère dominent le reste de l'année).

Historique vignette|upright=0.8|Statue de Jacques le Majeur dans la cour de l'hôpital Saint-Jacques de Besançon, témoin d'un culte local à saint Jacques mais sans lien avec Compostelle.

Saint Jacques et l'Espagne

D'après une tradition, l'apôtre Jacques aurait quitté le Proche-Orient au avec pour mission de prêcher la parole du Christ en Occident jusque dans la péninsule Ibérique. De retour en Judée, il aurait été décapité sur ordre du roi Hérode AgrippaD'après le texte biblique . et sa dépouille, recueillie par ses compagnons, portée dans une embarcation. , l'esquif franchit le détroit de Gibraltar avant de s'échouer sur les côtes de Galice. L'emplacement du tombeau aurait été perdu jusqu'au .

Les premiers écrits mentionnant la prédication de Jacques en Espagne remontent au (par saint Jérôme (345-420))Mais cette affirmation est récusée par le pape Innocent Ier en 416.. En 419, saint Augustin soutient lui aussi la thèse de l'évangélisation de l'Espagne par saint Jacques mais à la fin du , un ouvrage apocryphe (Histoire du combat apostolique) conteste cette hypothèse indiquant que Jacques aurait évangélisé la Palestine (et non l'Espagne). L'ouvrage, s'il est condamné par le pape Gélase (492-496), reste néanmoins en circulation et . Vers la fin du , le texte est traduit en latin et rediffusé en Occident. D'autres documents diffusés en Orient donnent les lieux d'évangélisation des différents apôtres, sans jamais mentionner l'Espagne pour saint Jacques. De même, son lieu de sépulture indiqué serait en Orient, fluctuant entre la Judée, Césarée de Palestine, l'Égypte ou la Libye.. Ces textes sont repris au et incorporés au Codex Calixtinus. En 650, les catalogues apostoliques (publiés en Orient) sont traduits en Occident mais avec des variantes pour certains apôtres ; par exemple, l'Espagne est attribuée à saint Jacques (au lieu de Judée ou Palestine) mais sa tombe est toujours située en OrientDifférents lieux sont indiqués, suivant les ouvrages, dont la , région entre l'Égypte et la Libye.. Appuyé par cet écrit, la thèse de l'apostolat de saint Jacques en Espagne s'accrédite définitivement de plus en plus en Occident au début du C'est-à-dire que l'on commence à retrouver cette affirmation exprimée en différents lieux et documents.. Après la conquête de l'Espagne par les musulmans et avant la découverte du tombeau, le culte de saint Jacques se développe dans les zones restées sous contrôle des royaumes chrétiens. Ainsi, avant la fin du , une fête de Saint Jacques est inscrite au calendrier liturgique espagnol le , alors qu'elle n'existait pas auparavant.

La supposée translation des reliques de Jacques dans une barque amarrée dans la baie de Padrón, est rapportée par le Codex Calixtinus qui reprend un document du , la Lettre apocryphe du pape Léon : après sa mort en Palestine sur ordre du Probablement un des deux rois Agrippa : Agrippa Ier ou Agrippa II., ses disciples auraient récupéré son corps et l’auraient embarqué sur un navireUne autre légende rapportée par le Codex fait état d'un navire en pierre ou du saint venu de Jérusalem assis sur un rocher traversant les vagues, une explication rationnelle voudrait qu'il s'agisse d'un bateau commercial transportant une cargaison de pierre. qui, en sept jours, les aurait transportées en Espagne. Ce récit de translation, caractéristique de la littérature hagiographique, est repris dans les compilations ultérieures et s'enrichit au : après avoir accosté dans le port romain d'Iria Flavia, le corps de Jacques aurait été inhumé dans le temple païen (ou le palais) que la reine LupaLupa, appelée aussi Luparia ; le nom de cette matrone appartenant à l'aristocratie romaine de la région de Lugo évoque la louve alors que Lugo, chef-lieu en Galice, a une étymologie préromaine basée sur le dieu Lug habituellement associé à un chien, là encore une contamination entre les différentes traditions., nouvellement convertie, leur avait cédé..

Ces traditions, d'après Louis Duchesne, directeur de l'École française de Rome, ne sont fondées sur aucune réalité historique : ..

La découverte des reliques D'après la tradition, la redécouverte d'un tombeau en Galice est l'œuvre de Pelagos (ou Pelagius), ermite vivant dans les bois près de la future ville de Compostelle, vers 813. Pélage aurait eu une révélation, durant son sommeil, de l'emplacement du tombeau. Il aurait été guidé par une vers le lieu et y aurait découvert un tumulus sépulcral (un compositum, « cimetière »), lieu nommé depuis campus stellarum (), la légende voulant que vienne d'un de ces deux termes latins.

L'ermite en avertit , évêque d'Iria Flavia (aujourd'hui une paroisse rurale près de Padrón), qui y découvre vers 820-830 selon l'historiographie traditionnelle, le tumulus, dans un cimetière d'époque romaine, contenant la tombe de trois personnes décapitées qu'il identifie comme saint Jacques et deux de ses compagnons, Athanase et Théodore. À la suite de cette révélation mystérieuse et après concertation, l'Église locale déclare qu'il s'agit . Aussitôt avisé, le roi y fait édifier une église dédiée à saint Jacques (bâtie à l'emplacement de cette découverte) et abritant ses reliques. D'autres églises seront construites plus tard : une église dédiée à Jean le Baptiste et le . Le roi encourage également le pèlerinage sur le lieu... Il est à noter que les premiers écrits (829, 844 et 854) citant la découverte des reliques ne fournissent aucun détail sur le déroulement de la découverte. Il faut attendre 1077 pour trouver un texte en relatant les conditions.

Cette découverte des reliques survient à un moment crucial de l'histoire espagnole : celle de la Reconquista des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique par les souverains chrétiens..

L'invention des reliques du tombeau de saint Jacques, datée du , est rapportée pour la première fois par l', gesta écrite au par deux chanoines de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, proches de l'archevêque Diego Gelmírez.. Cette eulogie de l'archevêque assure définitivement le culte local de saint Jacques, jusque-là contesté, en se faisant l'écho d'une tradition relatée dans le , accord signé en 1077 entre l'évêque de Compostelle, Diego Pelaez, et l'abbé du monastère, selon le récit empreint du merveilleux propre au Moyen Âge..

Une autre tradition jacobéenne évoque l'invention du tombeau sans la tête (de l'apôtre). La récupération (ultérieure) de la tête de Jacques s'inscrit dans la tradition typique du vol de reliques : vers 1100, lors d'un pèlerinage à Jérusalem, Maurice Bourdin, moine bénédictin d'Uzerche devenu archevêque de Braga, aurait subtilisé la tête de l'apôtre Jacques dans une église de la ville sainte. Celle-ci aurait été rapidement récupérée par l'évêque de Compostelle..

Certains historiens comme Philippe Martin considèrent que le corps retrouvé au et identifié comme celui de saint Jacques-de-Compostelle est en fait celui de l'hérétique Priscillien..

Étymologie du lieu Le mot de "Santiago" est le résultat de la contraction latine "Sancti Iacobi" (littéralement "San Jacobo" en Espagnol), qui devient "Sant Yago", ou encore "Sant Iago" en vieux castillan, avant que ceux-ci ne forme qu'un seul prénom.

Le mot ou "Compostella" a une origine plus incertaine : une tradition bien répandue fait référence à "Campus Stellae" ou , en référence à la vue par l'ermite lors de la découverte de la tombe, d'après la légende ; une autre hypothèse concernant l'origine étymologique du nom de « Compostelle » serait que celui-ci dérive de "compositum tellus", d'une tombe ou de "compostum", . Elle se base sur l'hypothèse de la découverte de la tombe dans un tumulus, un situé dans un cimetière d'époque romaine. Cette tombe, authentifiée au par les autorités religieuses comme étant celle de saint Jacques, aurait ensuite été à l'origine de la légende..

Santiago Matamoros vignette|upright=0.8|Représentation traditionnelle de saint Jacques en "Matamore". vignette|upright=0.8|Peinture montrant saint Jacques combattant les Maures, par Giambattista Tiepolo (musée des beaux-arts de Budapest).

La figure de saint Jacques en chevalier, apparaissant dans le ciel pour donner la victoire aux chrétiens d'Espagne, date de la bataille de Clavijo, qui aurait opposé en 844 le roi des Asturies Ramiro à l'émir de Cordoue Abd al-Rahman II.

Cette légende apparaît tardivement dans l'historiographie castillane. .. Le premier à s'y référer est l'évêque Luc de Tuy dans son Chronicon mundi de 1236.. Il raconte que, au plus fort de la mêlée, apparaît un cavalier chevauchant un blanc destrier, portant un étendard blanc frappé d'une croix rouge. Toujours selon la légende, la fougueuse apparition donne l'avantage aux combattants chrétiens, qui reconnaissent en elle saint Jacques, le plus des apôtres du Christ, qui, à partir du , sera souvent représenté en statue, monté sur un cheval blanc, frappant de son épée un ou plusieurs guerriers musulmans. La tradition (ou la légende), donnent saint Jacques présent sur de nombreux autres champs de bataille, aux côtés des armées chrétiennes et leur apportant la victoire contre les troupes musulmanes (Simancas en 939, Coïmbre en 1064, Ourique en 1139, Las Navas de Tolosa en 1212, au Salado en 1340).

On voit dans cet épisode légendaire l'origine du fameux cri de guerre , équivalent espagnol du français ou du lorrain.

Saint Jacques allait être durant tout le Moyen Âge le protecteur des Espagnols contre tous leurs ennemis, au premier rang desquels se trouvent les « infidèles ». Néanmoins, précise Adeline Rucquoi, l'image du Santiago Matamore (saint Jacques tueur de Maures) ne s’impose que tardivement, au . Elle correspond à une époque durant laquelle l'Espagne des Habsbourg, est confrontée, à .