Mandingo est un film américain réalisé par Richard Fleischer en 1975.
Le film se déroule en Louisiane en 1840. Le patriarche Warren Maxwell gère la plantation Falconhurst. Vieillard tyrannique, il fait régner sa loi sur son enfant unique Hammond comme sur ses esclaves. Soucieux de sa descendance et de la pureté de sa lignée, Warren oblige Hammond à épouser sa cousine Blanche. Mais son fils, attiré par les esclaves noirs, dédaigne son épouse. Il couche avec des jeunes femmes de la plantation, dont la jolie et douce Ellen qui devient vite sa favorite. En parallèle, il achète aux enchères un colosse mandingue, Ganymède, qu'il entend faire lutter dans des combats organisés. La beauté de Ganymède, la grâce d'Ellen, la cruauté de Warren, la jalousie de Blanche, l'instabilité d'Hammond vont enflammer Falconhurst jusqu'au dénouement, inéluctable et violent.
Synopsis Louisiane, vingt et un ans avant le début de la guerre de Sécession.
Le vieux Warren Maxwell, perclus de rhumatismes, dirige Falconhurst d'une main de fer. Pourtant, la plantation périclite. Warren a perdu sa femme et avec elle toute chance d'avoir un autre enfant. Il aimerait que son fils unique, Hammond, resté boiteux à la suite d'un accident, se marie afin d'avoir une descendance qui assurerait la pérennité de la famille et ses terres.
Seulement les goûts de son garçon ne favorisent pas ce projet : celui-ci est attiré par les jeunes esclaves noires (dont la belle Ellen) et subjugué par la puissance du colosse mandingue Ganymède, qu'il a acheté aux enchères lors d'un marché aux esclaves de La Nouvelle-Orléans.
Son père l'oblige à épouser sa cousine Blanche Woodford mais l'union est un échec : lors de la nuit de ses noces, il découvre que celle-ci a été déflorée. Atteint dans sa mentalité de propriétaire, il décide de faire chambre à part et s'en retourne auprès d'Ellen. La jeune esclave, enceinte, fait promettre à Hammond de ne pas vendre leur enfant et de l'affranchir lorsqu'il sera en âge. Après une dispute, Hammond ne comprenant pas les souffrances liées à l'esclavage et Ellen les ayant éprouvées toute sa vie, le jeune homme finit par céder. A cet instant, Ellen croit réellement qu'Hammond est différent des autres blancs qui abusent et tuent leurs esclaves selon leur bon vouloir.
En parallèle, Hammond se consacre à son autre passion : il entraine Ganymède, plus simplement appelé Mede, à combattre à mains nues d'autres esclaves afin de remporter les mises lors de féroces compétitions à l'issue incertaine. Mede n'est plus seulement un lutteur hors pair exhibé au bordel de Madame Caroline à La Nouvelle-Orléans, mais aussi un esclave dévoué qui s'avère très utile pour l'entretien de l'exploitation.
Mais la lente décadence de Falconhurst se précipite : Blanche découvre qu'Ellen est enceinte de son mari et provoque une fausse couche. Malgré les efforts du vieux Maxwell pour arranger les choses, Hammond arrache les aveux de sa femme et apprend que son frère a pris sa virginité l'année de ses treize ans.
Écœuré, Hammond part avec Ellen et rompt avec son épouse. Alcoolique et détruite par l'affection qu'elle croit voir entre Ellen et Hammond, la mariée délaissée prépare sa vengeance. Pendant son absence, Blanche décide de faire subir à son mari l'humiliation qu'il lui a lui-même infligée : le tromper avec les domestiques. Elle oblige Mede à la satisfaire sexuellement, sous peine de l'accuser de viol.
Neuf mois plus tard, elle accouche d'un enfant métis que le docteur supprime afin d'éviter le scandale. Hammond découvre vite la vérité. L'héritier de Falconhurst empoisonne alors sa femme avec la complicité du médecin, puis, fou de colère, se lance à la recherche de Mede.
Devenu incontrôlable, il repousse toutes les tentatives d'Ellen pour le calmer. Cette dernière le supplie et s'interpose mais est violemment précipitée au sol par Hammond, ce dernier lui rappelant qu'elle ne partage que sa couche. Le fils Maxwell exécute cruellement le mandingue.
Agamemnon, le serviteur de Warren, cherche à sauver Mede mais échoue. Alors que le patriarche Maxwell l'humilie une fois de plus, Agamemnon s'empare du fusil du maître des lieux et l'abat, avant de prendre la fuite.
Définitivement perdu, Hammond demeure prostré à côté du cadavre de son père. Le plan final annonce le point de non retour pour la famille Maxwell et la chute irréversible de Falconhurst.
Fiche technique Titre original : Mandingo Réalisation : Richard Fleischer Scénario : Norman Wexler, d'après le roman de Kyle Onstott et la pièce de Jack Kirkland Production : Dino De Laurentiis Photographie : Richard H. Kline Son : James Nelson et John Wilkinson (non crédité) Montage : Frank Bracht Casting : Lynn Stalmaster Décors : Boris Leven et Costumes : Ann Roth Musique : Maurice Jarre Sociétés de production : Dino De Laurentiis Company et Paramount Pictures Société de distribution : Paramount Pictures Pays de production : États-Unis Langues : anglais, français Dates de sortie : États-Unis : (première à New-York) États-Unis : (au cinéma) France : Belgique : Format : Couleurs (Technicolor) - spherical - 1.85 : 1 - son mono / 4-pistes stéreo Genre : drame Durée : 127 minutes
Distribution vignette|Perry King lors de la scène finale du film. vignette|Perry King et Brenda Sykes sur le tournage : ils incarnent le fils Maxwell et l'esclave Ellen. James Mason (VF : André Valmy) : Warren Maxwell Susan George (VF : Annie Sinigalia) : Blanche Maxwell Perry King (VF : Sylvain Joubert) : Hammond Maxwell Brenda Sykes (VF : Claude Chantal) : Ellen Ken Norton (VF : Sady Rebbot) : Ganymède dit "Mède" Richard Ward (VF : Jean Violette) : Agamemnon dit "Mem" : Lucrèce Borgia (VF : Bachir Touré) : Cicéron Paul Benedict (VF : Jacques Balutin) : Brownlee, le marchand d'esclaves Roy Poole (VF : Jacques Deschamps) : le docteur Redfield Irene Tedrow (VF : Héléna Manson) : Madame Redfield (VF : Bernard Alane) : Charles Woodford, le frère de Blanche Stanley J. Reyes : le major Woodford Ray Spruell (VF : Michel Gudin) : Wallace (VF : William Sabatier) : le marquis Bernard De Veve : Topaze : Babouin Debbi Morgan : Dite Reda Wyatt : Big Pearl (VF : Jane Val) : Lucy, la mère de Big Pearl Deborah Ann Young : Hortense dite "Tense" Simone McQueen (VF : Régine Blaess) : Madame Caroline, la tenancière du lupanar Evelyn Hendrickson (VF : Paula Dehelly) : Béatrix John Barber : Le Toscan Durwyn Robinson : Meg Kerwin Robinson : Alph Stocker Fontelieu : Wilson Sylvia Kuumba Williams : une mère noire Debra Blackwell : la prostituée blonde attirée par Hammond Laura Misch Owens (non créditée) : une prostituée Rosemary Tichenor (non créditée) : la veuve allemande qui veut acheter Ganymède Warren Kenner (non crédité) Edwin Edwards (non crédité) : un joueur (scènes supprimées)https://www.imdb.com/fr/title/tt0073349/trivia/?ref_=tt_dyk_trv Sylvester Stallone (non crédité) : l'homme au chapeau rouge dans la foule, lors de l'exécution d'un esclave (figuration, à confirmer).
Distinction 1977 : Prix Goldene Leinwand. Lieux de tournage
vignette|Ashland Plantation, l'un des lieux de tournage. Ashland / Belle Hélène Plantation - State Highway 75, Geismer, Louisiane, États-Unis The Houmas - 40136 Highway 942, Burnside, Louisiane, États-Unis San Juan, Porto Rico
Une production compliquée
Un roman inadaptable ?
Best-seller sulfureux, le texte de Kyle Onstott s'étend sur plus de 650 pages, lesquelles insistent longuement sur les aspects économiques de l'esclavage et les mœurs qui en découlent. Par la plume d'Onstott, il est par exemple sous-entendu que les raisons qui poussent Hammond à avoir des relations sexuelles avec Ellen et d'autres jeunes esclaves sont liées à son dégoût de Blanche, cette dernière ayant eu des rapports incestueux avec son frère. Onstott ne définit pas clairement s'il s'agit de la cause de ses infidélités ou de l'alibi qui lui permet de s'y adonner. De fait, la question des rapports maîtres-esclaves est soulevée tout au long de la trame. Le roman explicite que de nombreux hommes aisés préfèrent se satisfaire sexuellement auprès d'esclaves : le coût est moindre voire inexistant, les enfants nés de ces relations peuvent par la suite être employés dans la plantation ou revendus aux plus offrants, les esclaves sont soumises aux caprices de leur maître par crainte d'être punies en cas de refus... Pour corroborer cette vision, les hommes se focalisent sur l'aspect religieux : n'ayant pas d'éducation chrétienne, les femmes esclaves seraient moins inhibées dans leurs pratiques et permettraient un large éventail d'expériences. L'écrivain n'édulcore pas le regard raciste et la vision hypersexualisée de l'Homme blanc sur ces femmes noires qu'il considère comme ses possessions. En revanche, la simple idée d'une femme blanche couchant avec un homme noir révolte Hammond et ses pairs. C'est pour la société sudiste l'ultime tabou, impossible à transgresser. Tabou qui volera en éclat lors du dénouement. Si la sexualité est omniprésente, le roman ne témoigne d'aucun passage érotique. Son style, qualifié d'« outrancièrement naturaliste » par ses détracteurs, décrit l'esclavage comme un vaste élevage constitué par du personnel dont il faut tirer le maximum de profit.
D'emblée, l'adaptation cinématographique se veut donc éloignée du roman. Le producteur Ralphe Serpe a déclaré lors du tournage que le film était « une histoire humaine, sociologique ». Il réaffirme leur volonté de s'éloigner du livre d'Onstott, qu'il qualifie de « travail de scribouillard » et de « repoussant » : « Nous sommes fidèles à l'histoire du livre mais pas à l'esprit [...]. Beaucoup de gens l'ont lu mais pour de mauvaises raisons ».
Des débuts difficiles Face au succès indéniable des romans, le producteur Dino De Laurentiis voit en Mandingo « l'occasion de surfer sur la vague de la Blaxploitation et d'agrémenter son film de scènes érotiques ». Son choix se porte sur Richard Fleischer pour en réaliser l'adaptation. Ce dernier refuse dix fois la proposition. Lorsqu'il consent à l'accepter, c'est à l'unique condition d'être au plus près des faits : « Mon Mandingo est un reflet véridique de cette époque. Et s'il est vrai qu'il se montre mélodramatique par endroits, il n'en est pas moins un portrait rigoureusement exact des horreurs de l'esclavage ». En plus d'aborder crûment la réalité historique, la tension dramatique se concentrera sur les relations du quatuor Hammond, Ganymède, Ellen et Blanche. Le script sera réécrit trois fois et le dénouement diffère du roman. vignette|The Houmas, autre lieu majeur du tournage. Si convaincre le réalisateur ne fut pas aisé, le casting fut lui-même semé d'embûches. Charlton Heston refusa d'incarner Warren Maxwell. Timothy Bottoms, Beau Bridges, Jeff Bridges et Jan-Michael Vincent déclinèrent le rôle de Hammond Maxwell. Quant à James Mason, il admit plus tard qu'il n'avait participé au projet que pour honorer ses pensions alimentaires. Seul le boxeur Ken Norton montre un véritable intérêt pour incarner Mede : afin de tourner dans le film, il refusa une offre de 250 000 $ pour combattre Jerry Quarry.
Edwin Edwards, gouverneur de la Louisiane à l’époque, a joué dans plusieurs scènes. Elles furent finalement coupées au montage, sur les conseils de son équipe de communication : cette dernière estimait que les dommages causés à son image seraient trop importants, le contenu du film s'avérant particulièrement osé.
Accueil Accueil public thumb|Première projection à l'Americus Cinema à Allentown.|190x190pxMandingo sort le 25 juillet 1975 et s'annonce comme un succès commercial. Le film rapporte 20 717,00 $ le jour de sa sortie aux cinémas Criterion et RKO de la 86e rue, établissant des records internes.. Ces débuts sont vite enrayés par le scandale et une campagne de diabolisation instantanée de la part de la presse.