Les grottes de Lespugue, également dénommées grottes de la Save, sont un ensemble de grottes situées dans les gorges de la Save sur la commune de Lespugue en Haute-Garonne, en Pays Comminges Pyrénées, en région Occitanie, France.

Creusées dans le calcaire, ces grottes ont livré une belle stratigraphie archéologique couvrant la période du Solutréen au Moyen Âge central, et notamment le Gravettien avec son objet-phare, la Vénus de Lespugue de la grotte des Rideaux et, beaucoup moins connue, la Vénus de l'abri des Harpons.

Elles ont pour voisines proches les grottes de Montmaurin, qui participent de la même formation géologique et dont la grotte de la Niche a livré la célèbre « mandibule de Montmaurin » (190 ka - 240 ka). Les deux ensembles de grottes, Montmaurin et Lespugue, sont complémentaires pour ce qui est des époques d'occupation.

Étymologie

Le nom « Lespugue » dérive du roman « spulga », terme lui-même dérivé du latin « spelunca » qui désigne spécifiquement une « grotte fortifiée ». On peut citer entre autres noms dérivés l'« abri de Lespugue » ou « grotte de Laspugues » dans la montagne de l'Estelas, près du village de Saleich (Haute-Garonne) ; la « grotte des Espélugues » à Lourdes ; les « grottes de Laspugue » dans l'Aude ; le « Tuto de la Spugo. » à Engomer (Ariège), « puits de Laspone. » à Régades (Haute-Garonne).

Situation

Les grottes de Lespugue sont dans le sud de la Haute-Garonne à au sud-ouest de Toulouse, à l'est de Tarbes, au nord-ouest de Saint-Gaudens, sur la limite nord-ouest de la commune de Lespugue et la limite nord-est de celle de Montmaurin.

Elles sont incluses dans un espace de quelque allant de la Seygouade (dont les grottes de Montmaurin) à la Save, dans une zone karstique qui, semble-t-il, n'a pas subi de lessivage (tout au moins pas de lessivage généralisé) et qui, selon la préhistorienne Isaure Gratacos, renferme « tous les restes de tous les âges ».. Les grottes de Montmaurin sont à moins de au sud-ouest, en bordure ouest et nord-ouest de la commune voisine Montmaurin et de cette zone privilégiée.

La zone située en amont du confluent de la Save et de la Seygouade est « un foyer d'une richesse peu commune pour la recherche préhistorique ». Pour plus de détails sur l'interfluve Save / Seygouade et ses richesses naturelles, préhistoriques et historiques, voir l'article « Grottes de Montmaurin », section « Situation ».

Point important en regard des échanges et / ou de la mobilité des individus et des groupes, l'endroit est à distance à peu près égale de l'Atlantique à l'ouest (golfe de Gascogne, ) et de la Méditerranée à l'est (golfe du Lion, )..

Plus proches, on trouve les sites d'Aurignac ( à l'est), la grotte de Marsoulas ( au sud-est) ; dans les Hautes-Pyrénées se trouvent les sites du Moulin (Troubat, au sud), de Gargas ( au sud-ouest), de Labastide ( au sud-ouest)…

Répartition des grottes et abris

Situées en rive droite (côté est) des gorges de la Save (affluent de la Garonne) empruntées par la petite route départementale D 9g, elles se trouvent sur une façade calcaire dans laquelle elles forment un ensemble sur plusieurs étages, surmonté par le château de Lespugue à l'étage supérieur.. La plupart d'entre elles s'ouvrent vers le nord-ouest.

D'amont en aval on trouve, sur la rive droite (côté est) sauf mention contraire : « cartes du contexte géologique régional simplifié et des sites archéologiques » sur Montmaurin et Lespugue. : grotte des Scilles, environ en aval du moulin de Notre-DamePour voir l'entrée de la grotte des Scilles : : photo de l'entrée de la grotte des Scilles montrant le remblai et la cheminée d'accès à l'étage supérieur. . ; une grotte indiquée sur la carte IGN, sans nom, environ en aval de la grotte des Scilles ; puis environ en aval de la grotte des Scilles : grotte de Cahuzère I et II, en rive gauche (donc sur Montmaurin) ; et peu après en face, cinq grottes groupées en rive droite sur environ : grotte de la Vierge ; abri Sous-les-Rideaux ; grotte des Rideaux, à l'étage moyen ; grotte du Chien, immédiatement en contrebas des Rideaux ; abri du Bœuf ; ensuite, plus en aval : un abri sans nom en rive gauche, environ après l'abri du Bœuf ; abri des Harpons, un peu plus de après l'abri du Bœuf et environ avant le pont de Gouërris. ; grotte de Gouërris, la seule de ces cavités qui ne se trouve pas le long de la D 9g mais près de la D 9 après la sortie des gorges, en face du moulin de Gouërris. La carte IGN indique aussi une grotte en rive droite à peu près en face de l'abri sans nom.

En rive gauche, entre la grotte de Cahuzère et l'abri sans nom mais beaucoup plus haut sur le plateau donc au-dessus des gorges de la Save, se trouvent la grotte de Bacuran et le gisement de la Terrasse de Bacuran.

Géologie

Du point de vue géologique, les grottes de Lespugue sont à la limite de la plaine d'Aquitaine et des Pyrénées., à l'extrémité ouest des Petites Pyrénées, sur « la dernière ride nord-pyrénéenne calcaire. ». Le « front des Petites Pyrénées » est ici affecté par le « décrochement de Lespugue », une structure qui a contribué à la formation des gorges de la Save et de la Seygouade..

précise que le dôme de Lespugue-Montmaurin, sur lequel est sis Montmaurin voisin des grottes de Lespugue, est un brachy-anticlinal qui résulte de la poussée du chevauchement frontal nord-pyrénéen et s'allonge dans la direction sud-ouest / nord-est sur .. Ce brachy-anticlinal est un prolongement de l'anticlinal du massif du Plantaurel, constitué selon de couches de calcaires à algues et milioles dano-montiens., c'est-à-dire des calcaires micritiques durs de d'épaisseur. Ces calcaires sonr nomenclaturés « e1 » (en rouge brique) sur la carte géologique.. Le brachy-anticlinal est entouré des molasses du bassin aquitain, excepté au sud-ouest où il touche au cône de déjection du plateau de Lannemezan, : « Carte géologique simplifiée du bassin de la Garonne ». où la Save prend source. Il fait partie de la zone sous-pyrénéenne.

La Garonne et ses affluents ont édifié cinq terrasses alluviales, corrélées avec les glaciations du Quaternaire. et connues sous les appellations de « nappe culminante » (Donau), « haute terrasse » (Günz)., « moyenne terrasse » (Mindel), « basse terrasse » (Riss) et « basses plaines » (Würm). La série de gisements paléontologiques et archéologiques du massif de Montmaurin-Lespugue est le seul ensemble préhistorique de l'Aquitaine garonnaise qui couvre l'ensemble de ce vaste système : les cinq nappes régionales se retrouvent dans les gorges de la Seygouade. et la carte géologique les montre également dans les gorges de la Save.

Sur le massif de Montmaurin-Lespugue, les terrasses de Bacuran et du Bec participent de la moyenne terrasse ainsi que les graviers fluviatiles apparus au sommet du front de taille des carrières de Coupe-Gorge..

Découvertes, explorations et études

L'abbé Couret publie en 1891 trois pages sur les grottes de Montmaurin et de Lespugue. Cité dans .. C'est la seule littérature mentionnant les grottes de la Save avant les publications de Saint-Périer..

René de Saint-Périer (1877-1950) et son épouse Suzanne (1890–1978)

En 1911 le comte Joseph de Fraguier attire l'attention de Saint-Périer sur les grottes de la Save. Saint-Périer y vient pour la première fois en et fait une première série de fouilles intensives dans les grottes de Lespugue de 1911 à 1914., commençant par un sondage dans la grotte des Rideaux. En il fouille la grotte des Bœufs, s'étant entre-temps assuré l'exclusivité des fouilles par un bail passé avec la mairie de Lespugue. En 1914 il est aussi aux grottes de Montmaurin. Ses fouilles sont interrompues par la première guerre mondiale. il revient à Lespugue dans les années 1920 avec sa femme Suzanne, qui a fait des études supérieures en lettres, histoire et arts. Ils découvrent la fameuse vénus gravettienne de Lespugue dans la grotte des Rideaux en 1922 et poursuivent assidûment les fouilles dans les environs. À partir de 1928, ils sont occupés par la fouille du site d'Isturitz mais reviennent sporadiquement fouiller dans les gorges de la Save jusqu'en 1937. Saint-Périer donne vingt-cinq publications sur diverses grottes de Lespugue entre 1911 et 1933..

Louis Méroc

Méroc reprend les fouilles des environs à partir de 1946., principalement aux grottes de Montmaurin mais aussi vers les gorges de la Save (Bacuran, les Harpons…) sur Lespugue..

Études récentes

D'autres programmes de recherche (fouille et reprise des collections anciennes) se succèdent ensuite depuis les années 1960 jusqu'à aujourd'hui.

En 1989 Michel Allard publie son inventaire de la collection Saint-Périer appartenant à la municipalité de Lespugue, et en 1993 il publie en collaboration avec Marc Jarry l'inventaire de la collection Saint-Périer du musée de Saint-Gaudens (cette collection Saint-Périer inclut des pièces provenant d'autres sites préhistoriques, notamment celui d'Isturitz)..

À partir de 2012 une équipe composée de Sylvain Ducasse, Caroline Renard, Jean-Marc Pétillon, Sandrine Costamagno, Pascal Foucher, Cristina San Juan-Foucher et Solène Caux travaille en sur les collections éparses de l'abri des Harpons..

Occupation des lieux

Dans les environs, les premières grottes occupées sont celles de Montmaurin toutes proches, où les plus anciens vestiges humains remontent à l'Acheuléen dont la mandibule de Montmaurin et d'autres restes humains. Vers le Würm IV, dernière phase de glaciation, l'occupation se déplace sur les grottes de la Save, mieux protégées malgré leur orientation vers le nord-ouest pour la plupart ; à cette époque la plupart des grottes sont occupées à l'intérieur, contrairement aux foyers solutréens des Harpons.

L'abri des Harpons est occupé du Solutréen à l'Azilien et inclut toutes les périodes du Magdalénien. ; le seul site comparable pour une telle série stratigraphique est la grotte de Troubat dans les Hautes-Pyrénées..

Gravettien

Le Gravettien se trouve à la grotte des Rideaux.

Solutréen

Le Solutréen se trouve dans la grotte des Ours et dans l'abri des Harpons (niveau D, Solutréen supérieur pour les Harpons.).

Badegoulien

Le Badegoulien. Cité dans . se trouve dans le niveau D de l'abri des Harpons..

Magdalénien

Le Magdalénien supérieur (V et VI) se trouve dans l'abri des Harpons (niveau A).., la grotte de Gouërris (niveau B), et dans une cavité en rive gauche de la Save explorée par Saint-Périer.

Le Magdalénien moyen (IV) est principalement dans la grotte des Bœufs (Magdalénien III et IV), à Gouërris (première couche C) et aux Harpons (niveau B). Il est aussi présent aux Scilles. (niveau A, Magdalénien III à V selon Stordeur-Yedid (1979).) mais Bahn indique que l'occupation des Scilles à cette période a vraisemblablement été de courte durée car le remplissage avait atteint une trop grande hauteur pour occuper le lieu confortablement sur une longue durée.

Azilien

L'Azilien se trouve dans l'abri des Harpons (niveau B) et dans la grotte de Gouërris (niveau B).

Laborien

Le Laborien se trouve dans la grotte de Gouërris (niveau B)..

Néolithique récent

Le Néolithique récent. est dans la grotte de Gouërris (niveau A)..

Du Bronze au Moyen Âge

L'Âge du bronze, l'Antiquité, le haut Moyen Âge et le Moyen Âge central se trouvent dans l'abri Sous-les-Rideaux.. La grotte des Ours a des vestiges de l'âge du bronze. La grotte de la Vierge a livré une tasse du premier âge du fer et l'abri des Harpons une pointe de flèche en bronze de la même période.

thumb|Réplique de la Vénus de Lespugue en état lors de sa découverte. Arppeanum, Helsinki, Finlande.

Matériel recueilli

La Vénus de Lespugue aux Rideaux