Le test de Rorschach, ou diagnostic psychologique de Rorschach, est un outil d'évaluation psychologique de type projectif. Il a été élaboré par le psychanalyste suisse Hermann Rorschach en 1921. Il consiste en une série de planches graphiques présentant des taches globalement symétriques a priori non figuratives qui sont proposées à la libre interprétation de la personne évaluée. Analysées par la personne administrant le test, les réponses fournies servent à comprendre l'organisation du fonctionnement psychologique du sujet, à travers l'exploration des processus perceptifs. Il devient possible d'établir une relation entre la perception et la personnalité.

Le test est controversé d'un point de vue scientifique – les psychologues expérimentaux estimant que les recherches qui se fondent sur sa passation justifient insuffisamment leurs interprétationsWhat’s wrong with the Rorschach ? (Jossey-Bass, 446 p.).. Néanmoins, il reste largement utilisé en psychologie clinique et dans l'évaluation psychologique plus généralement (médico-légal, recrutement, etc.).

Le test de Rorschach est généralement associé à la paréidolie, phénomène psychologique qui se base sur l'interprétation personnelle de considérer des formes indéfinies (nuages, flaques, rocher) comme des formes reconnaissables (le nuage ressemble à une poule, la flaque évoque une carte de pays, le rocher a la forme d'un visage humain, etc.)Site Google livres, "La puissance discrète du hasard", de Denis Grozdanovitch, édition Denoël, consulté le 4 octobre 2018Journal de psychiatrie, ouvrage collectif publié et dirigé par Henri Claude et Jean Lhermitte, 1936,consulté le 4 octobre 2018.

Description Les planches sont au nombre de dix, elles sont numérotées en chiffres romains. Cinq sont monochromatiques et dites « noires ». Les cinq autres sont polychromatiques dites « de couleur ». Toutes les planches comportent des nuances, du gris clair au noir, de la couleur vive à la couleur pastel.

Histoire et conception Origine et contexte scientifique L'idée d'utiliser l'interprétation que donne un individu à des dessins ambigus pour en déduire des traits de sa personnalité est très ancienne.

L'utilisation de telles images dans un cadre psychologique donnera naissance à la méthode projective. En France, dès 1895, Alfred Binet suggère que la méthode des taches d'encre peut être utilisée pour l'étude de divers traits psychologiques, et en particulier l'imagination visuelleA. Binet et V. Henri, « La psychologie individuelle », dans L'Année psychologique, vol. 2, , 1895, . .. Mais ne parvenant à en faire une méthode quantitative susceptible d'être intégrée à une batterie de tests d'intelligence, il renonce à cette idée. Pendant les deux premières décennies du , de nombreux autres travaux utilisant cette méthode seront publiés en Europe mais aussi aux États-Unis et en Russiehttp://docs.google.com/media.wiley.com/product_data/excerpt/23/04713867/0471386723.pdf History and Development of the Rorschach], in The Rorschach, A Comprehensive System, Volume 1, Basic Foundations and Principles of Interpretation, Edition (2002). John E. Exner, Jr. Wiley, John & Sons, Incorporated. ..

Intérêt d'Hermann Rorschach pour les taches d'encre

En Suisse, à la même époque, un jeu d'enfant dit klecksographie consistait à déposer une goutte d'encre sur une feuille de papier que l'on pliait de façon à obtenir diverses formes d'oiseaux ou de papillons. En 1911, Rorschach recueille avec Konrad Gehring, un ami d'enfance devenu instituteur, les réponses d'enfants et d'adultes face à une série de taches d'encre obtenues de la sorte. Rorschach note alors que certains malades mentaux semblent répondre de façon caractéristique à ce test, et en particulier ceux souffrant de schizophrénie, maladie récemment théorisée par Eugen Bleuler qui fut aussi le directeur de thèse de Hermann Rorschach. Devant le peu d'écho de cette découverte, H. Rorschach abandonne rapidement ce projet.

Quelques années plus tard, un psychiatre d'origine polonaise, Szymon Hens, dans sa thèse de doctorat, également sous la direction de E. Bleuler à Zurich, collecte de façon systématique les réponses que donnèrent des centaines de sujets face à des taches d'encresR. Delavelaye, 4° Les tests projectifs, dans L'Année psychologique, vol. 53, , 1953, . Accédé le 29 juillet 2009.. La présentation de ces résultats incite Rorschach à reprendre ses travaux avec les taches d'encre. Son objectif est alors non pas de s'intéresser au contenu des réponses (comme le firent Hens et ses prédécesseurs) mais aux caractéristiques de ces réponses. Pour cela, il développe un système de codage des réponses inspiré du mouvement de la psychologie de la forme (ou Gestalt).

Dans la volonté de raffiner son matériel, Hermann Rorschach élabore une méthode pour créer ces taches d'encre. Dans ses écrits, il reste cependant assez vague sur le choix de telle ou telle planche, mais aboutit finalement à une série d'une dizaine de planches qu'il exploitera dans ses travaux cliniques. En effet, après quelques années de recherche, ses premiers résultats indiquent que, sur la base des réponses à ces taches d'encre, il est notamment possible de distinguer les malades schizophrènes des autres pathologies mentales.

Encouragé par ses collègues dont Eugen Bleuler, H. Rorschach met alors par écrit sa méthode et cherche un éditeur qui puisse publier son manuscrit accompagné de ses planches. Or, à l'époque, la reproduction d'images en couleur dans un ouvrage imprimé est un procédé très coûteux. H. Rorschach essuiera plusieurs refus. Grâce à l'intervention de son collègue et ami Walter Morgenthaler, l'éditeur médical Ernst Bircher accepte à condition de limiter le nombre de planches à 10 et de réduire leur taille. Le titre initialement proposé par H. Rorschach était Method and Results of a Perceptual-Diagnostic Experiment: Interpretation of Arbitrary Forms mais il finira par opter pour la suggestion de Morgenthaler : Psychodiagnostik. Finalement, malgré quelques défauts dans la reproduction des planches, la première édition de l'ouvrage paraît en . . L'année suivante Rorschach décède brutalement, à l'âge de .

Diffusion du test Alors qu'à sa publication le livre de Rorschach fut d'abord mal reçu par la profession, le test de Rorschach connut par la suite une célébrité croissante. Toutefois, dès ses débuts, dans les années 1940, les praticiens des méthodes projectives, qui mettent en avant l'intérêt du caractère qualitatif du Rorschach dans les diagnostics de structure, se heurtent aux critiques sur le manque de scientificité (quantitative, statistique). Les recherches quantitatives et critiques vinrent jeter un doute sur la validité du testL. J. Cronbach, « Studies of the group Rorschach in relation to success in the college of the University of Chicago », dans Journal of Educational Psychology, vol. 41, 1950, .. Et en 1955, lors du congrès de l'« Association internationale de psychologie appliquée », à Londres, certains membres de la profession jugèrent que les tests projectifs, dont le Rorschach, n'étaient pas validesM. Reuchlin, G. Engels, L. Thomas. VII. Psychologie clinique, dans L'Année psychologique, vol. 56, , 1956, . . Accédé le 31 juillet 2009..

L'École française du Rorschach, née dans les années 1960 des travaux notamment de Didier Anzieu, Nina Rausch de Traubenberg et Catherine Chabert, s'efforce de montrer l'intérêt du test dans une perspective psychanalytique.. Elle considère que la situation projective, en facilitant les mouvements régressifs, dans un rapport de type transférentiel, permet d'étudier certaines manifestations de processus psychodynamiques inconscients. Ainsi, le test met en évidence certains mécanismes de défense (de type plutôt rigide ou labile, comme dans la plupart des organisations à dominante névrotique, ou encore inhibé, voire de l'ordre du clivage ou du déni qui relève de registres plus proches des psychoses), la place des affects et des pulsions ainsi que celle des représentations, et la prise en compte du principe de réalité ; ; ; ; ; .. L’École française, dite aussi aujourd'hui École de Paris, se distingue des approches intégrées comme celles d'Exnervoir note 13. en ce qu'elle met l'accent sur les éléments qualitatifs plutôt que quantitatifs, mais aussi par sa référence au modèle psychanalytique plutôt que psychiatrique (elle réaffirme notamment l'écart entre contenu manifeste et latent)Chabert Catherine, Le Rorschach en clinique adulte, Dunod, éd. 2012, op.cit..

Les travaux menés à partir d'une importante quantité de protocoles (environ 700) ont permis de réactualiser les critères de cotation des réponses formelles et de proposer de nouveaux outils de référence..

Les Éditions Hogrefe France. sont actuellement les distributeurs officiels du Psychodiagnostic de Rorschach en France.

Utilisation en psychologie clinique Le test de Rorschach est censé faire appel à la fois à la sensorialité du sujet et à son inconscient mais surtout à sa capacité projective à partir de son interprétation libre des taches.

Le discours du sujet et ses interprétations sont ainsi analysés par le clinicien afin de dégager des éléments pertinents quant à l'évaluation du psychisme du sujet : structure psychopathologique (névrose, psychose, état limite), mécanismes de défense privilégiés, type de relation d'objet, thèmes récurrents…

Le Rorschach est ainsi le plus souvent utilisé comme outil de diagnostic avec le TAT (Thematic Apperception Test) dans la démarche de l'examen psychologique qui se conclut par un rapport d'analyse avec conclusion. L'examen psychologique sert au diagnostic, à l'indication d'un traitement, psychothérapie psychanalytique en particulier, ou encore à étayer le travail d'expertise (justice, assurances). L'examiné doit être dûment informé du contexte et de ce à quoi l'examen servira. Utiliser les méthodes projectives dans des contextes imprécis ou pour satisfaire la curiosité des uns ou des autres n'est pas déontologique.

Déroulement L'administration de ce test se fait en deux phases. Tout d'abord, le psychologue présente au sujet les dix planches du test, à l'endroit et dans un ordre déterminé (d'abord, une noire, puis 2 bicolores (rouge/noire), 4 noires et enfin les 3 polychromes). Les avis divergent en ce qui concerne la consigne à passer au sujet : l'éventail va du « ne rien dire », à une consigne plus détaillée pour rassurer le patient. Le patient peut appréhender le matériel comme il le souhaite : retourner les planches, les regarder dans la transparence, etc. Le sujet doit ainsi dire ce qu'il voit dans les taches, sans aucune restriction. Le psychologue note scrupuleusement les dires du sujet, aussi bien ceux qui concernent les taches proprement dites que les dires en marge, qui constituent une libre association à partir du matériel présenté.

Lors de la deuxième phase, le clinicien représente les différentes planches au sujet dans le même ordre. À l'aide des notes prises lors de la première phase, il questionne le patient et lui demande de justifier ses réponses en indiquant sur la planche correspondante.

L'enquête Une fois toutes les réponses données à toutes les planches, le psychologue clinicien représente les planches une par une, afin de permettre au sujet d'étayer ses réponses. Le but principal est de clarifier la localisation et les « déterminants » (forme, mouvement, couleurs, estompage) de chaque réponse.

C'est en général au moment de l'enquête que le sujet apporte du matériel supplémentaire.

Psychogramme Les différents chiffres pour les modes d'appréhension, les déterminants et les contenus sont notés sur la feuille de psychogramme, ainsi que leur moyenne pondérée et leur pourcentage par rapport au total des réponses. Le temps de latence et le temps par réponse sont aussi des indicateurs importants.

Dans l'ouvrage d'origine de Rorschach, on considérait que sur le psychogramme pouvait apparaître :