La république populaire de Bulgarie (en bulgare : ) est le régime politique en vigueur en Bulgarie entre 1946 et 1990, de l'abolition du royaume de Bulgarie à la chute du bloc de l'Est. Faisant partie des régimes dits de , associée au bloc de l'Est, membre du pacte de Varsovie et du Conseil d'assistance économique mutuelle, la république populaire de Bulgarie est un proche allié de l'Union soviétique durant la guerre froide. Sa vie politique est dominée par le Parti communiste bulgare (PCB). Le régime prend fin de facto en 1989 ; la Bulgarie change de nom officiel en 1990 mais n'adopte une nouvelle constitution qu'en 1991.
Histoire politique
Origines et création de la république populaire de Bulgarie
À l'été 1944, l'Union soviétique souhaitant le retrait des troupes bulgares des terres occupées, le royaume de Bulgarie tente de prendre ses distances avec l'Allemagne, avec qui il fut associé durant la Seconde Guerre mondiale au sein de l'axe Rome-Berlin-Tokyo. Le de cette même année, l'Armée rouge envahit le pays. Les Russes sont aimés de la population et, malgré les ordres, l'armée bulgare n'oppose aucune résistance et demande l'armistice le jour même.
Dans la nuit du 8 au , le Front patriotique, alliance du mouvement corporatiste Zveno, des sociaux-démocrates, de l'union agrarienne et du parti communiste, organise un coup d'État dirigé par Damian Veltchev et prend le pouvoir le . Kimon Georgiev, codirigeant du parti politique Zveno et ex premier ministre ayant exercé une dictature sur la Bulgarie entre et , devient chef du nouveau gouvernement. Il se compose de quatre ministres communistes, trois venant de Zveno, quatre de l'union agrarienne, deux sociaux-démocrates, et deux intellectuels indépendants. Les régents du royaume de Bulgarie (Bogdan Filov, Kiril Preslavski et Nicolas Mikhov) sont remplacés par Venelin Guanev, Tsvetko Bobochevski et Todor Pavlov. La manœuvre étant inconstitutionnelle, le gouvernement s'appuie sur la Constitution bulgare de 1879 permettant dans les cas extrêmes de promouvoir une loi sans passer par l'Assemblée Nationale.
La Bulgarie déclare officiellement la guerre à l'Allemagne. Dès l'automne 1944, les communistes, dont le parti porte alors le nom de Parti ouvrier bulgare, mettent en place une politique d'épuration, d'abord sauvage, puis légale, avec l'aide des troupes soviétiques d'occupation. Membres de l'élite politique, réels ou proclamés, sont déférés devant des ; des camps de détention sont ouverts, accueillant plusieurs milliers de prisonniers. La classe politique bulgare demeurée en dehors du Front patriotique est décapitée . Le , un décret-loi prévoit de lourdes peines de prison ou la peine de mort pour toute contestation de l'autorité du Front patriotique. À l'automne 1946, un plébiscite décide l'abolition de la monarchie avec, officiellement, 95 % des suffrages : la république populaire de Bulgarie est proclamée le .
Mise en place du régime et répression politique
Les élections législatives du , à la régularité contestée, accordent 70 % des voix au Front patriotique. Le Parti ouvrier bulgare dispose à lui seul de la majorité absolue avec 275 sièges sur 468. Vasil Kolarov prend la présidence de la République, tandis que Georgi Dimitrov, ancien secrétaire général du Komintern et dirigeant du Parti ouvrier, devient le chef d'un gouvernement composé pour moitié de communistes.
thumb|150px|left|L'île de Béléné où se trouve camp de concentration de Béléné. La mise au pas de la classe politique se poursuit, les communistes éliminant progressivement toute dissidence. Le , Nikola Petkov, dirigeant de l'Union agrarienne, est arrêté en pleine séance du parlement, sous l'accusation de tentative de coup d'État et de menées terroristes. Il est condamné à mort et pendu le . En 1948, le Parti ouvrier bulgare fusionne avec les sociaux-démocrates, reprenant le nom de Parti communiste bulgare (PCB). Le Front patriotique continue officiellement d'exister, pour maintenir une apparence de multipartisme. Les camps continuent de se développer, pour atteindre le nombre de quarante-cinq, comptant notamment le camp de Béléné, ainsi que ceux de Skravena, de Bogdanovdol, ou de Lovetch. La police secrète du régime, le Comité pour la Sécurité de l'État (, Komitet za daržavna sigurnost ; abréviations : ou CSS), fait régner la terreur dans le pays. La Bulgarie étant encore une nation essentiellement agricole, une politique de collectivisation des terres est décidée ; le gouvernement impose en outre un système d'achat obligatoire d'un quota de fournitures d'État, qui s'avère ruineux pour une grande partie des paysans.
À partir de 1948, le PCB applique la dans les campagnes : la police et les milices du parti mènent des opérations contre les , dénomination sous laquelle sont regroupés les anciens membres de l'Union agrarienne, les opposants réels ou supposés, les propriétaires terriens, ou les paysans supposés aisés. Les mesures de collectivisation aggravent la situation alimentaire du pays. Le régime doit parallèlement affronter une résistance armée, des groupes d'opposants armés, désignés sous le nom de Goryani (maquisards) pratiquant la résistance dans les forêts et les campagnes jusqu'à la fin des années 1950.
Georgi Dimitrov meurt de maladie le . Vălko Červenkov lui succède à la tête du parti puis, en 1950, du gouvernement, et poursuit la politique du régime sur la même ligne stalinienne. Les purges politiques touchent également la hiérarchie du Parti communiste : Trajčo Kostov, ancien dirigeant du parti, est arrêté en juin 1949. Avec dix autres membres du parti, il est condamné pour menées subversives et collusion avec le Royaume-Uni et le régime de Tito ; Kostov est pendu dans la nuit du 16 au , tandis que ses coaccusés sont condamnés à de lourdes peines de prison.
Régime de Todor Jivkov thumb|150px|right|Timbre soviétique de 1969 célébrant « l'amitié éternelle entre la Bulgarie et l'URSS ».
Après la mort de Staline, Červenkov perd la plupart de ses appuis en URSS : en mars 1954, il est remplacé par Todor Jivkov à la tête du secrétariat général du PCB. En avril 1956, Anton Yugov le remplace à la tête du gouvernement. La politique de la Bulgarie communiste demeure étroitement associée à celle de l'URSS. La répression politique continue : en 1956, un décret-loi autorise la relégation et l'assignation à résidence de tous les , arbitrairement désignés. La politique de collectivisation des terres se poursuit, liquidant en 1958 le reste des exploitations restées en dehors des fermes collectives. En 1959, un plan quinquennal d'industrialisation, inspiré du Grand Bond en avant de la république populaire de Chine, est un échec. Une relative détente politique aboutit néanmoins à la fermeture des camps et, le , à l'amnistie des détenus politiques, pour marquer le vingtième anniversaire de la prise du pouvoir. Certains condamnés politiques, comme Kostov, sont réhabilités post-mortem, à l'exclusion cependant des non-communistes comme Petkov. En 1962, Yugov est remplacé par Jivkov à la tête du gouvernement.
Le , une nouvelle constitution, censée accompagner le passage de la Bulgarie au stade du , est adoptée par plébiscite avec 99,6 % des suffrages officiels. Todor Jivkov devient chef de l'État, avec le titre nouvellement créé de Président du Conseil d'État. Stanko Todorov devient chef du gouvernement. La Bulgarie demeure politiquement très proche de l'URSS, étant parfois considérée comme sa . Dans les années 1960, il est envisagé, côté bulgare et de manière non officielle, de demander l'intégration de la Bulgarie à l'URSS ; cette idée n'a finalement pas de suitep. 399.
Le pays connaît une sensible amélioration du niveau de vie de ses habitants dans les années 1960-1970. Le pays subit tout comme l'URSS Brejnevienne une stagnation politique et économique. La répression politique demeure cependant prégnante, et se signale par des affaires retentissantes comme l'assassinat du dissident Guéorgui Markov, dans l'affaire dite du . Le régime de Todor Jivkov connaît une période de relative libéralisation, à la fois politique et culturelle, marquée notamment par l'influence de sa fille Lioudmila Jivkova, prépondérante dans le monde culturel. Le décès en 1981 de la fille de Todor Jivkov, dont une partie des proches sont ensuite poursuivis pour corruption, marque le terme de cette période de dégel. Dans les années 1980, la Bulgarie connaît une période de difficultés économiques. Afin de détourner le mécontentement populaire, le régime communiste tente en 1984-1985 de jouer la carte du nationalisme en lançant une campagne de « bulgarisation » des noms des citoyens musulmans bulgaresp. 362. Appliquée essentiellement par voie administrative, elle est accompagnée de nombreuses exactions comme la destruction de mosquées, l’interdiction d’utiliser le turc en public, etc. Cette campagne et des manifestations de protestations souvent violentes à l’intérieur, attirent l’attention des pays occidentaux et des organisations de défense des droits de l'homme. En 1988, Todor Jivkov tente de mener une Perestroïka locale, baptisée Preustrojstvo, et incluant une relative libéralisation économique.
Au début de l'année 1989, dans certaines régions à forte population d'origine turque, de graves affrontements ont eu lieu et ont fait des victimes, à la suite desquels le président du conseil d'État bulgare, Todor Jivkov, s'est adressé à la population pour encourager les Turcs bulgares à s'installer en Turquie. Peu après son discours, la frontière avec la Turquie a été ouverte le 29 mai 1989 exclusivement pour les Turcs et les musulmans du pays et plus de 360 000 personnes ont quitté la Bulgarie pour la Turquie entre le 30 mai 1989 et le 22 août 1989. La Turquie a finalement fermé la frontière pour empêcher une nouvelle immigration de Turcs bulgares. [Face aux difficultés d'installation en Turquie, 40 000 Turcs et Musulmans sont retournés en Bulgarie dans les trois premiers mois suivant leur arrivée. Ce processus s'est poursuivi et, à la fin de 1990, environ 150 000 personnes étaient rentrées en Bulgarie.
Fin du régime
En , une importante pollution au chlore dans la région de Roussé, provenant d'une usine roumaine située à Giurgiu, entraîne le déclenchement d'importantes manifestations en Bulgarie pour protester contre la situation écologique désastreuse du pays. Des groupes dissidents comme le club pour le soutien de la perestroïka et de la glasnost puis, en 1989, Podkrepa et Ekoglasnost, se forment progressivement. Jivkov, âgé de 79 ans, apparaît dépassé : au sein du PCB, les réformateurs comme Andréi Lukanov, Alexandre Lilmov, et Petăr Mladenov prennent le contrôle dans ce qui est qualifié de révolution de palais. Le , au lendemain de la chute du mur de Berlin, Jivkov est démis de toutes ses fonctions par le parti ; Mladenov le remplace à la tête de l'Étatp. 366. La censure est supprimée. Jivkov est arrêté pour corruption en janvier 1990. En février 1990, le Parti communiste décrète la fin du régime avant de s'auto-dissoudre et de devenir le Parti socialiste bulgare. Les groupes dissidents et libéraux s'unissent au sein du SDS (Union des forces démocratiques).
Les premières élections libres ont lieu en juin 1990. Les socialistes remportent la majorité. Lukanov devient chef du gouvernement. Le , l'ancien dissident Želju Želev devient chef de l'État. Le , le parlement invalide la constitution de 1974 et supprime l'adjectif populaire du nom officiel du pays, qui devient la république de BulgarieVesselin Dimitrov, , Routledge, 2001, page 9. Le , une grève entraîne la démission du gouvernement Lukanov, remplacé en décembre par un gouvernement de coalition. Le , une nouvelle constitution est adoptée et consacre l'abandon de toute référence au socialisme. De nouvelles élections ont lieu en octobre 1991 et sont remportées par l'opposition. Le , Filip Dimitrov forme un nouveau gouvernement, sans la participation d'aucun socialistep. 367.