Mamilla () est un quartier de Jérusalem-ouest en Israël, situé au nord de la vallée du Hinnom qui relie la ville moderne à la porte de Jaffa et à la Vieille Ville.
Ce nom a d'abord été celui d'une église dédiée à Sainte Mamilla puis utilisé pour désigner l'ancien cimetière musulman et l'ancienne piscine Mamilla (en hébreu birket Mamilla).
Origine du nom Le nom de « Mamilla » serait celui d'une sainte chrétienneDictionnaire hagiographique ou Vies des saints et des bienheureux, L.-M. Pétin, 1848 Mamille (sainte), Mamilla était autrefois honorée en Palestine, près de Jérusalem. qui prit soin de l'enterrement d'un grand nombre de martyrs chrétiens massacrés pendant le siège de 614 sous l'empire byzantin en Palestine. En son honneur, on construisit à proximité l' L'étang situé à l'ouest de la porte de Jaffa ou de Bethléem est connu des Arabes sous le nom de Birket-el-mamilla (étang de Mamilla), parce qu'une église dédiée à sainte Mamilla s'élevait autrefois dans le voisinage (Bernardi (sapientis monachi) Itinerar. m loca sancla, xvi. — Fundgruben des Orients, II, 131.) donc avant la période islamique, sur le site de la Caverne du lion, maintenant située dans le Parc de l'Indépendance. Les ruines en étaient toujours visibles en 1882.vignette|La Caverne au lion dans le parc de l'indépendance, sur une partie du cimetière antique.L'expression Charnier du lion vient d'une légende racontant que les corps des chrétiens tués lors du siège de Jérusalem par Chosroës () furent portés en une nuit par un lion dans les sépulcres qui entouraient l'égliseLes églises de la Terre Sainte, Melchior Vogüé : « Il nous reste à mentionner deux chapelles ruinées situées, sur les grottes sépulcrales de la vallée de Hinnom : la première, près de la piscine nommée « Birket Mamillah », et au Moyen Âge « Lay du Patriarche » ;... J'ignore l'origine du mot « Mamillah »; Bernard le Sage en fait le nom d'une sainte; M. de Saulcy (II, 326) le considère comme la corruption de Babylas... Les chrétiens tués lors du siège de Jérusalem par Chosroës furent ensevelis (Eutychius, ^nn., 1I, 212, 242) dans les sépulcres qui entourent l'église. La légende raconte que leurs corps y furent portés en une nuit par un lion. Aussi, pendant tout le Moyen Âge, on appela ces grottes " le Charnier du lion " » (Jean de Wirtzbourg. — Fetellus. — Thetmar. — La Citez de Jérusalem, etc).
Une autre source indique que le nom de Mamilla viendrait de l'arabe Zaytun al-milla pour « les oliviers de la religion », qui serait « une distorsion couramment utilisée du nom Mamilla » et el bab al-milla qui signifie « la porte de la religion »Moshe Gil, Une Histoire de la Palestine, 634-1099, CUP Archive. , 634, ..
Abd_al-Ghani_al-Nabulsi écrit dans Al-Haqiqa, après ses voyages dans la région en 1693-1694 : « Il est dit que son nom d' origine est Ma'man Illah et parfois il a été appelé Bab Allah [porte de Dieu]. Il est aussi appelé 'il-Zeitun Milla. Son nom, selon les JuifsLe Talmud de Babylone mentionne aussi Beth Mamel ou Memala (Eroubim 51b, Sanhedrin 24a, Bereshit Rabba ch. 51) qui pourrait désigner « birket el Memilé », selon A. Neubauer, op. cit., est Beit Milo [maison de Milo]On remarquera que « Milo » ou « Millo » est dérivé de l'hébreu Milui qui veut dire « remplissage ». Milui pourrait lui-même être dérivé de l'assyrien Mulu désignant des travaux de terrassement (voir Jewish Encyclopedia).
est une structure à Jérusalem en pierres étagées, découverte par Kathleen Kenyon et citée plusieurs fois dans la Bible hébraïque (Chroniques 11:8) ; Livre des Rois 9:15, 11:27 ; 2 Samuel 5:6-9, etc.) (voir art. « Milo » de Wayne Blank in Daily Bible studies) où Joas, roi de Judée, a été assassiné (2 Rois 12:19-20).
Ce peut être une partie de la cité de David, une terrasse de soutien (voir la traduction « supporting terrasses » par the New King James International Version) ou d'un palais royal datant du , mais il pourrait aussi être un rempart construit par les Jébuséens (voir art. « Milo » de W. Blank) ou par le roi Salomon et réparé par Ezéchias, tel qu'indiqué dans les Écritures. et aux Chrétiens, Babilla. Mais il est connu des gens ordinaires comme Mamilla »« Jerusalem Quarterly File », Issues 17-21, Institute of Jerusalem Studies, 2003 : 61 - Annexation (Municipal government).
Dans son ouvrage majeur, le professeur de l'université d'Oxford, médiéviste et spécialiste de l'histoire du judaïsme talmudique, Adolphe Neubauer, donne l'orthographe Memillé, en 1868.
Géographie La vallée de Guei Hinnom ( Géhenne) contourne une partie de la colline de Sion, débute à l’ouest de la vieille ville sous le nom parfois de « vallée de Mamilla » car c'est dans son lit que naît Mamilla, près de l’actuelle porte de Jaffa (he. Sha'ar Yafo ; ar. Bab al'Khalil, porte d'Hébron), puis la vallée se dirige vers le sud et l'est pour poursuivre sa course.
La superficie totale de Mamilla est de carré.
Aujourd'hui situé au nord des quartiers de Talbiya et de la Jewish colony de Yemin Moshé, à l'est de ceux de Shaarei Hessed et de Rehavia, et au sud de celui de Musrarra, le quartier Mamilla fait donc la jonction entre la Vieille ville et la ville moderne.
Histoire La piscine de Mamilla est un bassin d'alimentation en eau de Jérusalem souvent attribué à Hérode Ier le Grand.
Le site de Mamilla a été le lieu d'un massacre lors du siège de Jérusalem par les Perses en 614 (voir plus bas Histoire du cimetière musulman de Mamilla).
Au Situé juste devant cette porte de Jaffa qui est l'entrée principale de la Vieille ville de Jérusalem, Mamilla est l'un des premiers quartiers construits conjointement à la deuxième moitié du par des Juifs et des Arabes puis des Chrétiens majoritairement protestants, en dehors des murailles de la Vieille ville qui avait du mal à contenir les Hiérosolymitains devenus surnuméraires intra murosYehoshua Ben-Arieh, Jérusalem au , Géographie d'une renaissance, Israël MOD Publishing House, Tel Aviv, Israël, 1980, Traduction Editions de l’éclat, 2003, chap. 6, Lire en ligne. et dont les habitants les plus pauvres (principalement juifs) ne pouvaient plus payer au mois de Muharram un an de loyer (coûteux) d'avance à leurs propriétaires arabes pour de petits logements sombres, vétustes et malsains, sans eauEau qu'ils devaient chercher loin, payer cher puis transporter dans leur logement. Voir Kark & Nordheim, 2001, op. cit., . mais prenant la pluie et donc vivre dans des conditions sanitaires déplorablesR. Kark & M. Oren-Nordheim, 2001, op. cit., .. Mamilla était aussi destiné à loger les immigrants et voyageurs arrivés à Jérusalem qui souffrait d'une pénurie de logements, entraînant une insalubrité dont témoignent les nombreux récits de voyages en Terre sainte. vignette|Les murailles à la porte de Jaffa et la route de Jaffa d'où arrivent et partent les voitures, 1912. (Mamilla est à droite) gauche|vignette|Extérieur de la porte de Jaffa avec ses nouveaux bâtiments, magasins et échoppes, fin du s. Au , la porte de Jaffa est le point de départ des caravanes, des marchands et des pèlerins se rendant à Jaffa. À partir de 1869, ils peuvent emprunter la nouvelle route carrossable reliant cette porte à la ville de Jaffa. On y trouve un bazar, des dépôts de marchandises et des auberges où accueillir modestement voyageurs, caravaniers et commerçants qui arrivent à cette porte principale de la Vieille ville, mais aussi des cabanes en bois en guise de logements pour les Juifs, du fait des contraintes immobilières du gouvernement ottoman de JérusalemR. Kark & M. Oren-Nordheim, 2001, op. cit., . et de l'indigence de ces habitants.
En deuxième partie du , et plus encore après la guerre de Crimée (1853-56), les autorités ottomanes prennent différentes dispositions qui vont changer la perception et la configuration de la ville de Jérusalem, et participer ainsi à son expansion. Elles améliorent la sécurité publique des habitants et voyageurs qui souffraient de nombreux vols, agressions et meurtres, et elles luttent efficacement contre les animaux sauvages (loups, chacals) qui hantaient la ville. Plus encore, elles assouplissent certaines lois contraignant les minorités juives et chrétiennes qui commencent à bénéficier d'une plus grande tolérance entraînant plus de sécurité physique mais aussi de nouveaux droits de propriété s'ouvrant aux étrangers (1867)« ». Voir Kark, « Development of Cities », ; Habazeleth 1/1 (16 septembre 1870) . ; de ce fait, leurs constructions à l'extérieur de la Vieille ville se multiplientR. Kark, M. Oren-Nordheim, op. cit., 2001, . Lire en ligne., et majoritairement en 1876, près de la route de JaffaR. Kark, M. Oren-Nordheim, 2001, op. cit., ..vignette|Le quartier avec en haut, le bassin Mamilla entouré du cimetière, les ruines de l'hôtel de la Rédemption de J. Merkus en bas et la rue G. Agron sur la droite, v. 1950.|alt=
Dès lors et afin d'améliorer les conditions de vie du quartier Mamilla en plein essor mais ainsi devenu insalubre, endiguer les épidémies de lèpre dont la faculté doutait de la contagiosité et de choléra (1865V. Lemire, Soif op. cit. . et 1892), et accueillir les nombreux voyageurs, plusieurs nouveaux bâtiments d'architecture européenne y sont érigés sur des terrains achetés avec des fonds juifs ou chrétiens, souvent par des philanthropesR. Kark, M. Oren-Nordheim, 2001, op. cit., . et beaucoup d'origine étrangèreR. Kark, M. Oren-Nordheim, op. cit., 2001, . Lire en ligne.. L'incitation sioniste et l'arrivée de réfugiés juifs des pogroms de Russie poussent à construire dans ce quartier de nouveaux logements modestes pour les abriter. Aussi, un dispensaire, une léproserie de trente-trois lits (Mamilla Leper home, 1876), des hôpitaux comme celui de Saint-Louis (1881) ou (1886) de Saint-Vincent-de-PaulY. Ben-Arieh, op. cit., chap. 8. (qui loue juste en face de ses murs, ses échoppes aux marchands juifs), un orphelinat, un centre culturel juif maghrébin (1854), des églises, un monastère du Rosaire (1880), des écoles, et d'autres bâtiments autonomes et d'initiative privée voient le jour, et compensent en partie les déficiences de l'administration ottomaneR. Kark, M. Oren-Nordheim, 2001, op. cit., ..vignette|Porte Neuve, 1900-1920En 1872, , une philanthrope mystique millénariste néerlandaise, considérant que le royaume de Dieu est proche, achète un terrain à la lisière sud de Mamilla et y commence la construction par un architecte français d'un « palais de la Rédemption » afin d'accueillir dignement les futurs disciples de Jésus. Les travaux sont suspendus en 1876 en réaction après la lutte de la philanthrope contre les musulmans dans les Balkans (afin d'y défaire la puissance ottomane et « libérer Jérusalem » de son joug), puis totalement abandonnés en 1883. Cette « fille de Sion », comme elle se nommait, finit ainsi par être ruinée et retourne aux Pays-BasRené Grémaux, « Merkus, Jeanne (1839-1897)», in Dictionnaire biographique des Pays-Bas. [02-09-2014].
La nouvelle politique fiscale (1877) de la municipalité ottomane lui permet d'investir dans des projets publics pour améliorer la vie des citoyens. Elle choisit la porte de Jaffa pour y installer le premier jardin municipal (al'Muntaza al'Baladi, le Parc de la ville) de Jérusalem abritant le Café Belediye (Café de la mairie) et un kiosque à musique inaugurés par Huseyn Salim al'Husseini (1892), y érige un hôpital public (1891), une pharmacie (1892) et plus tard, un autre bâtiment municipal (1896) à l'angle des rues de Mamilla et Jaffa.