Jean Charles François Rodhain, né le à RemiremontVoir la thèse de Luc Dubrulle Université Paris Sorbonne. et mort le à Lourdes, est un prêtre catholique français, premier secrétaire général du Secours catholique tel qu'il existe depuis 1946L'histoire de la fondation du Secours catholique est particulièrement complexe. Souvent présenté comme le créateur du Secours catholique, Jean Rodhain fut plutôt celui qui parvint à cristalliser les initiatives qui allaient dans ce sens ; il en fut le premier secrétaire général et l'animateur. Voir : . qui donne de bonnes bases sur le déroulement des faits amenant à la fondation du Secours catholique. (de 1946 à 1977) et, en son sein, le fondateur de la première cité qui sera rejointe par d'autres cités avant de devenir l'Association des cités du secours catholique en 1990.

Biographie Jeunesse et formation Jean Rodhain naît le . dans la ville vosgienne de Remiremont. Avec son lointain passé d’ermites et de moniales, Remiremont marque l’enfance et la jeunesse, la vocation et la vie spirituelle du futur prêtre.

Il est l’aîné d’une famille de deux enfants, qui comprend une sœur cadette, Élisabeth (Marie Anne Marguerite), née en 1902 à Remiremont, décédée en 1995 à Vauhallan, et qui deviendra elle-même moniale bénédictine à l'abbaye Saint-Louis-du-Temple, dans l'Essonne.. Sa mère, Anna Bour, née en 1862 à Strasbourg, morte en 1950 à Meudon, est institutrice, et lui fait recommencer ses dictées et ses dissertations trois, quatre ou cinq fois de suite. Son souci de soigner l’orthographe, le style, le français le marque profondément. . Avec son père, Charles (Stephen) Rodhain (né en 1850 à Albestroff, mort en 1929 à Remiremont) qui est épicier, Jean apprend à faire des colis, étant obligé, là aussi, de les recommencer plusieurs fois. Au fil des mois, il finit par estimer les tâches matérielles et le travail bien fait.

Jean Rodhain a toujours voulu devenir prêtre, il dit . Au grand séminaire de Saint-Dié, un spécialiste de l’Écriture sainte, professeur d’exégèse, l’enracine dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Cela l'imprégnera pendant toute sa vie. En 1971, il déclarera : La Vie catholique, 8 décembre 1971)...

Prêtre catholique Ordonné prêtre en 1924, il est nommé vicaire à la basilique Saint-Maurice d'Épinal, où il a la responsabilité d’un quartier en partie ouvrier. Il prend des initiatives qui agacent son archiprêtre : il déplace du mobilier, enlève une nuit avec une équipe un monument qui défigure la nef, appuie deux groupes de jeunes, ....

Muté à Mandres-sur-Vair et Norroy-sur-Vair, deux villages isolés dans la plaine des Vosges, l’abbé Rodhain devient curé de campagne. Pendant cinq ans, il s’immerge dans la vie rurale, une expérience formatrice dont il se déclarera plus tard . En parallèle, il est nommé aumônier d’un groupe de la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine (JOCF) que l’évêque vient de créer à Neufchâteau. Cette nouvelle charge est pour lui une véritable bouffée d’oxygène, malgré l’opposition de trois curés hostiles à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

Au moins une fois par semaine, il anime la section féminine du petit canton vosgien (des ouvrières des filatures de Liffol-le-Grand se déplacent pour participer aux rencontres de Neufchâteau). Il réussit à gagner la confiance des familles et de leurs filles. Il faut dire que, énergique, il organise, innove et étonne : il prêche la charité tout en lançant des cours de cuisine, de comptabilité, de puériculture, en mettant en scène un spectacle..

Aumônier fédéral de la JOC Aumônier d’une fédération féminine de Paris Sud (JOCF) en 1934, il s’immerge dans le monde de la banlieue ouvrière. Durant les partages d’Évangile prévus par le mouvement, il invite les jeunes à méditer la Parole pour qu'elle . En 1936, avec les premiers congés payés, il emmène quatre-vingts ouvrières aux Contamines, dans les Alpes. Un séjour propice à une action pastorale riche.

En , le premier congrès jociste se déroule au Parc des Princes. Chef d’orchestre de cette , Jean Rodhain rassemble jeunes pour célébrer le Christ présent au milieu de leur existence quotidienne. , témoigne Robert Prigent, alors militant jociste à Dunkerque, président du Secours catholique de 1977 à 1983..

Aumônier officiel des prisonniers de guerre et officieux des Travailleurs à l’étranger En , alors aumônier de la division cuirassée, Jean Rodhain est par l’armée prisonnière.

Un jour de l’été 1940, il peint sur le pare-brise de sa voiture l’inscription « Aumônier général des prisonniers de guerre ». Constamment appuyé par le cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris, Jean Rodhain va pendant quatre ans sillonner les camps, d’abord en France puis en Allemagne. Il contribue à l’élaboration d’un fichier de tous les prisonniers de guerre en France, base d’un autre fichier permettant de fournir à chaque diocèse la liste de leurs prêtres détenus et leurs lieux de détention.

Menant des tractations avec les nazis, il cherchera sans succès à étendre le bénéfice de cette aumônerie officielle des prisonniers de guerre aux Travailleurs forcés français présents sur le sol allemand. À défaut d'être reconnue officiellement, elle existera clandestinement. En témoignent les entêtes de lettres adressées à l'Aumônerie des travailleurs à l’étranger par des prêtres présents sur le territoire nazi auprès des Travailleurs forcés. Courriers, livres religieux, missels, transiteront par cette adresse, comme les courriers publiés dans l'ouvrage Martyrs de la résistance chrétienne, victimes de la persécution nazie décrétée le 3/12/43 de C. Molette (Tome 1, éd. F. Xavier de Guibert, 1999).

En Allemagne, l’aumônerie a tissé ou facilité des liens entre les familles et des milliers de prisonniers : envoi dans les hôpitaux des stalags et oflags de colis confectionnés par des enfants, informations données au prisonniers sur un deuil survenu dans la famille ou d’un stalag par un diocèse.

Il rencontre plusieurs fois le maréchal Pétain et est décoré de l'ordre de la Francisque. Si le rôle de Pétain en sa faveur est toujours débattu, Jean Rodhain sera le seul homme d'Église à témoigner à décharge au procès du maréchal, lui rendra visite ensuite en tant qu'aumônier général des prisons et par fidélité à en faveur des prisonniers de guerre., et veillera sa dépouille avant ses funérailles, participant ensuite au service funèbre à la mémoire du maréchal, en à l’église Notre-Dame-de-Bon-port. Il adhère à l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (A.D.M.P.)... Il déclare en 1975 être à Pétain. . Après sa mort, son soutien au réseau ecclésiastique qui aide la cavale du criminel de guerre Paul Touvier jusqu'à la fin des années 1980 sont révélés..

Chef de l'aumônerie catholique aux armées Même si Jean Rodhain était ouvertement pétainiste, le , le général de Gaulle le confirme en tant qu’ et le nomme par décret .. Il conservera cette responsabilité jusqu'en 1946. .

Les Missions vaticanes À la fin de la guerre, Jean Rodhain effectue des démarches au Vatican afin d’obtenir une présence chrétienne auprès des déportés (en , des malades mouraient encore faute de soins, de médicaments et de secours au camp de concentration de Bergen-Belsen, au sud de Hambourg). Le , une lettre de Giovanni Montini, substitut à la secrétairerie d’État et futur pape Paul VI, lui ouvre la porte à l’organisation des . ..

Fondation du Secours catholique .

Le , le pape Pie XII accorde toute sa confiance à l’aumônier. Il lui écrit :

En , Jean Rodhain se rend en Allemagne, dans la région de Darmstadt, pour enquêter sur les besoins des premiers prisonniers délivrés. ..

Lourdes, le . Jean Rodhain annonce que l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France vient de décider, en mars, la fondation du Secours catholique. À celui-ci d’exprimer désormais, au nom de l’Église catholique, la charité du Christ auprès des plus pauvres. Le nouveau-né est le fruit de la fusion imposée par l'épiscopat du Secours catholique international, dont , et de l’œuvre fondée par l’abbé Jean Rodhain, , qui a créé le Comité international de l’aumônerie catholique et le Comité catholique de secours.

Jean Rodhain, secrétaire général puis président du Secours catholique En 1946, le Lorrain, âgé de quarante-six ans, devient secrétaire général du Secours catholique. Visionnaire, il va incarner une charité à la fois inventive et efficace, aussi bien à l’échelle nationale qu'internationale. Il quitte cette fonction en 1972, trois ans après avoir été élu président de l’association. Une responsabilité qu’il gardera jusqu’à sa mort en 1977http://www.fondationjeanrodhain.org/IMG/pdf/1947-collecte.pdf..

Il est en même temps aumônier général des prisons.. Il est actif au sein du Secours sacerdotal, organisme de l’l'Assemblée des cardinaux et archevêques de France destiné à la prise en charge de prêtres « en difficulté » ou « déviants », dont il a participé à la création en 1953..

Il est nommé « prélat d’honneur de Sa Sainteté » en 1950., puis protonotaire apostolique en 1962., et reçoit ainsi le titre de « monseigneur ».

Expert au concile Vatican II Lors du concile Vatican II, qui se déroule d' à , il est nommé expert par Jean XXIII et participe donc aux travaux de ce grand événement. Peu avant le début des travaux, il s’interroge : .

Le , rapporte Gaby Lanciau, ancien délégué diocésain du Secours catholique, il martèle :

Louis Gaben, alors responsable de l’Animation et du service Jeunes, secrétaire général de 1974 à 1985, se souvient, lui, des

Au-delà de cet engagement fort, le secrétaire général du Secours catholique reste fidèle à lui-même. Courriers, notes, avis… : tous les moyens de ce qui constitue (presque) un lobbying avant l’heure sont bons, à ses yeux, pour tenter de convaincre les participants d’établir une vraie théologie de la charité. Durant des mois, il insiste inlassablement sur l’importance du travail pédagogique, d’éveil et d’éducation à la charitéhttp://www.fondationjeanrodhain.org/IMG/pdf/62da_-_La_charite_d_un_Concile_a_l_autre.pdf..

Président de Caritas Internationalis Jean Rodhain accède à la présidence de l’organisation internationale catholique, Caritas, le . Celle-ci fédère alors soixante-sept Caritas nationales, associations caritatives catholiques à l'image du Secours catholique. Il préconise une aide au développement aux besoins locaux :

Le président est sur tous les fronts (il effectue un second mandat de 1969 à 1972). En 1965, Caritas Internationalis organise des collectes de solidarité « en faveur de la population du Vietnam, celle du Nord comme celle du Sud. ». Jean Rhodain s'élève à plusieurs reprises contre les bombardements américains.... En 1966, confronté aux victimes de la famine en Inde, il rassemble soixante-douze camions pour transporter les dons envoyés par les Caritas. Après la guerre des Six Jours, en , il se bat pour que l’aide parvienne aux réfugiés palestiniens. En 1969-1970, il s’engage totalement dans la tragédie biafraise... En 1971, Carl Vath lui succède.

Le , hôtes de l'Association des informateurs religieux, Rodlhain et le pasteur René Cruse, secrétaire général du Mouvement international de la réconciliation, critiquent les ventes d'armes françaises aux pays du Tiers monde..

Le , Jean Rodhain intervient dans Messages, la revue mensuelle du Secours catholique, à l’occasion du trentième anniversaire du Secours catholique.

Il meurt le à la cité Saint-Pierre de LourdesCité Saint-Pierre..

Dates-clés de son action au Secours catholique 1947-1949 : trois campagnes d’éveil de l’opinion En , au cours de la « Campagne pour les malades », le Secours catholique collecte des vêtements, vivres, jeux, livres… pour les rescapés des camps de concentration, les prisonniers affaiblis par les privations, et les enfants privés du nécessaire en lait et en vitamines. Jean Rodhain en éprouve de la « joie » car, au-delà des dons, des colis confectionnés, qui comptent pour luiD'après ..