Le siège central du Crédit lyonnais est un bâtiment du et ancien siège administratif historique de la banque du même nom de 1882 à 2010. Ce monument de l'architecture commerciale parisienne du dernier quart du occupe un quadrilatère formé par le boulevard des Italiens, la rue de Gramont, la rue du Quatre-Septembre et la rue de ChoiseulMarie-Laure Crosnier Leconte, Le siège central du Crédit lyonnais, dans Jean-François Pinchon, Les Palais d'argent, Paris, Musée d'Orsay, 1992, ..
Également nommé hôtel des Italiens, le bâtiment est victime d'un important incendie le 5 mai 1996 qui le détruit aux deux-tiers et précipite sa revente par le Crédit lyonnais, lequel achève en 2010 le transfert de son siège à Villejuif. La banque conserve l'hôtel des Italiens en tant qu'agence commerciale. Le reste presque entièrement reconstruit devient un immeuble de bureaux baptisé Le Centorial.
Ce site est desservi par les stations de métro Quatre-Septembre et Richelieu Drouot.
Histoire Fondé à Lyon en 1863, le Crédit lyonnais ouvre une première succursale à Paris deux ans plus tard, en juin 1865, dans un immeuble à proximité de la Bourse.
Le 4 mai 1876, la banque fait l'acquisition du terrain de de l'hôtel de Boufflers et de ses jardins, situés à l'angle de la rue de Choiseul et du boulevard des Italiens alors en plein développement afin de construire une succursale plus vaste et plus visible.
Cet îlot est par ailleurs traversé par la Galerie de Fer, passage couvert reliant la rue de Choiseul au boulevard des Italiens. La galerie avait été construite en 1829 dans ce matériau en remplacement de la Galerie Boufflers, construite en bois et détruite par un incendie en 1828. C'est dans ce passage que les premiers essais d'éclairage par le gaz avaient eu lieu en 1817.
La construction de l'ensemble du quadrilatère par le Crédit lyonnais a lieu par acquisitions de terrains et agrandissements successifs de 1876 jusqu'en 1913.
L'hôtel des Italiens (1876) gauche|vignette|L'hôtel des Italiens sur une toile de Gustave Caillebotte vers 1880.|203x203px En 1876, l'hôtel de Boufflers est démoli et les travaux démarrent par l'édification du bâtiment principal, l'hôtel des Italiens, qui donne sur le boulevard du même nom. Le fondateur du Crédit lyonnais Henri Germain choisit l'architecte William Bouwens van der Boijen, qui dessine un immeuble dans le style d'Haussmann et des expositions universelles, dans le but d'impressionner les clients et les investisseurs. La légende dit que ce style a été choisi afin de pouvoir reconvertir le bâtiment en grand magasin en cas de faillite de la banque .
Cette nouvelle succursale de la banque est inaugurée le en présence de Léon Gambetta, alors à la tête de la commission du Budget de l'Assemblée nationale . En 1880, une « Bourse du soir » est organisée par les coulissiers, dans le grand hall, de quatre heures à sept heures.
Extensions (1880 et 1895) et transfert du siège gauche|vignette|Ancienne façade sur la rue du Quatre-Septembre, vers 1904 Dès 1880, les locaux sont jugés trop petits et le chantier est relancé jusqu'en 1883 pour une première phase d'agrandissement. William Bouwens est réengagé.
Une nouvelle façade sur le boulevard des Italiens de 65 mètres de long est dessinée et achevée en 1882, ainsi qu'on connaît aujourd'hui. Elle est embellie de nombreuses sculptures, se voit complétée par une tour d'angle du côté de la rue de Gramont, tandis que l'entrée principale est décalée sur la gauche. À l'intérieur, l'immeuble est réorganisé autour d'un grand escalier en double révolution inspiré par celui du château de Chambord. Le résultat est à la hauteur des espérances, et le Crédit Lyonnais distribue même des billets d'« autorisation à visiter ».
En 1882, l'administration du Crédit lyonnais est transférée de Lyon vers le nouveau bâtiment parisien reconfiguré, qui devient le siège central. En revanche le siège social reste à Lyon.
Un nouveau chantier d'extension est lancé en 1895 le long des rues de Choiseul et de Gramont, en direction de la rue du Quatre-Septembre. Les dernières maisons de l'îlot sont acquises par la banque en 1902, et l'achèvement du siège central est confié aux architectes André-Félix Narjoux et Victor Laloux. Ce dernier signe la façade donnant sur la rue du Quatre-Septembre, dont la construction est entamée en 1910. L'ensemble est terminé en 1913, et le siège de la banque occupe désormais tout le quadrilatère.
XX siècle En 1957, l'immeuble échappe à un projet consistant à en évider le milieu pour y construire une grande tour de béton de 20 étages. Les installations de chauffage, éclairage et ventilation sont modernisées.
Au début des années 1970, le siège subit une rénovation complète dans l'esprit pompidolien, avec l'objectif d'héberger les effectifs en croissance liés à la rapide bancarisation de la population française, ainsi que d'installer les premiers équipements informatiques largement diffusés. Les architectes suppriment la grande galerie (hall des titres dû à Eiffel et sa verrière), et cet espace est comblé par la création de plusieurs étages. Le rez-de-chaussée devient aveugle. Il est surmonté d'un entresol et d'un premier étage où s'installe la salle des marchés. Le tout est couvert par une dalle, à peu près au niveau de l'ancienne verrière, qui forme ainsi une cour extérieure où est installé un jardin. Cet ensemble s'effondrera lors de l'incendie de 1996.
Le , le président du Crédit lyonnais de l'époque, Jacques Chaine, est abattu à coups de revolver par un déséquilibré devant le siège boulevard des Italiens.
En mars 1989, le bâtiment est partiellement inscrit au titre des monuments historiques. Sont inscrites les façades et toitures, le grand escalier, la salle du Conseil et les halls des deux côtés (boulevard des Italiens et rue du Quatre-Septembre).
L'incendie du ravage les deux-tiers de l'immeuble situé du côté de la rue du Quatre-Septembre.
Structure du bâtiment
Extérieurs À l'extérieur, sur le Boulevard des Italiens, le pavillon central de la banque est inspiré du pavillon de l'Horloge du palais du Louvre. Le toit de celui du pavillon de Flore. Le pavillon comporte une double serlienne, c'est-à-dire un groupe de trois baies dont la baie centrale est la plus haute avec un arc en plein cintre, alors que les baies latérales sont couvertes d'un linteau.
Le fronton, sculpté par Camille Lefèvre (1853-1933), est une allégorie des activités bancaires : il représente la Banque distribuant les crédits, entourée du Commerce et de l'Industrie, puis du Rhône et de la Seine. Il est soutenu par quatre cariatides disposées autour de la grande horloge symbolisant les Heures du jour. Elles sont dans le style des statues du pavillon de l'Horloge.
Intérieurs alt=Plan du siège du Crédit lyonnais|vignette|397x397px|(1) Double hall d'entrée de l'hôtel des Italiens. (2) Grand escalier à double révolution. (3) Grande galerie / hall des titres. (4) Escalier d'accès à la salle des coffres. (5) Vestibule de l'accès Quatre-Septembre. L'habillage en pierre du bâtiment, symbole traditionnel de richesse, dissimule une charpente métallique, réalisée en partie par les établissements de Gustave Eiffel.
Chaque extrémité du bâtiment possède son propre hall, éclairé chacun par une verrière à de hauteur réalisée par l'atelier de Gustave Eiffel. Celui du côté du boulevard des Italiens est double. Il est plus impressionnant que celui du côté de la rue du Quatre-Septembre. Il héberge dans les étages les bureaux de l'état-major de la banque.
Lors de son ouverture, le bâtiment abritait une des premières installations électriques de la capitale. Pour donner du jour aux salles des coffres, une partie du plancher était en verre-dalles fabriquées à Saint-Gobain. Pour impressionner le public et l'inciter à traverser, une gigantesque salle des pas perdus, éclairée par 310 becs de gaz, ouvrait sur des rangées de guichets à la mode anglaise, sans grilles ni vitres. Dans le même esprit open space, les bureaux étaient volontairement non cloisonnés. « Les cloisons servent uniquement aux employés à lire leur journal ! », fulminait Henri Germain. Quant à la direction, elle bénéficiait, au premier étage, de portes en acajou avec lambris et tentures de reps vert. C'est d'abord le service des titres (à l'époque matérialisés par des coupons de papier) qui déménage de Lyon à Paris.
La grande galerie vignette|Le hall des titres vers 1920. Dans l'extension créée à partir de 1895, l'espace des bureaux s'organise sur plusieurs niveaux, de part et d'autre d'une grande galerie éclairée par une verrière : aucune cloison ne fragmente ce lieu ouvert à la vue du public et de toute la hiérarchie, et qui permet de traverser le bâtiment de part en part. Le rez-de-chaussée est utilisé en tant que hall des titres.
Ce hall a été conçu, comme la charpente, telle une halle métallique, par les établissements Eiffel. Comme pour le rez-de-chaussée de l'hôtel des Italiens, le sol est en dallage de verre, ce qui permet de laisser passer la lumière naturelle jusque dans les sous-sols de la salle des coffres, située en dessous.
La grande galerie d'origine disparaît lors des transformations des années 1970. Elle est comblée par un entresol et un premier étage accueillant la salle des marchés, le tout surmonté d'une dalle sur laquelle, à l'extérieur, est installé un jardin. Cet ensemble est au cœur de l'incendie du 5 mai 1996 et s’effondre sur lui-même lors du sinistre. Lors de la reconstruction du bâtiment, il est décidé de recréer une grande galerie sous verrière dans un style contemporain.
La salle des coffres vignette|Entrée des salles de coffres. L'accès à la salle des coffres s'effectue côté Quatre-Septembre par un escalier situé sous la grande verrière permettant d'accéder aux sous-sols. Elle est également construite par les établissements Eiffel sur quatre niveaux de sous-sol et abrite 7800 coffre-forts Fichet destinés aux particuliers. Elle est alors la plus grande d'Europe.
Les coupons sont conservés dans les 195 coffres entourées par un chemin de ronde et desservies par un escalier en haut duquel un cendrier porte la mention « Éteignez vos cigares ».
La salle du conseil La salle du conseil d'administration a conservé ses boiseries, son décor et son mobilier d'époque. D'une surface de , elle est classée monument historique en 1989 et épargnée par l'incendie de 1996. Elle présente une cheminée de style Henri II ainsi qu'un plan de Paris et un autre de Lyon à chaque extrémité.
L'escalier à double révolution thumb|left|La verrière éclairant le grand escalier. Mais à l’intérieur du bâtiment, c'est surtout l'escalier à double révolution (ou en double hélice) qui fait la renommée de l'Hôtel des Italiens. Il est inspiré par celui du château de Chambord, avec d'ailleurs le même objectif : permettre à deux populations d'emprunter le même escalier sans se rencontrer : une volée (à double balustrade) était empruntée par la direction, et l'autre (à simple balustrade) par les employés.
L'escalier nécessite une demi-révolution par étage. La volée d'escalier de la direction, la plus proche de l'entrée du boulevard des Italiens, conduit à l'étage de l'état-major et de la salle du conseil en une révolution (la première demi-révolution aboutit à l'étage d'entresol qui héberge des bureaux autour des halls d'entrée dont le plafond est élevé).
Par ailleurs, l'escalier est asymétrique, car il comporte un total de sept travées parcourues en une révolution : une travée horizontale au niveau d'un étage, 3 travées de marches côté est, une travée horizontale au niveau d'un étage, puis 2 travées de marches côté ouest.
Le découpage en marches des deux volées d'escalier est différent (Chaque + traduit la présence d'un palier destiné à prolonger les marches des trois travées du côté est par rapport aux deux seules travées du côté ouest) : Volée d'escalier RdC à entresol ent. au au au au direction 18+18 26 18+18 25 12+13 employés 30 7+8+8+7 30 13+14 25