La République populaire roumaine est la deuxième forme constitutionnelle, du au , du régime communiste de Roumanie dirigé par le Parti communiste roumain (du au ). Ce régime a connu trois phases : Entre le et le , les 34 derniers mois du royaume de Roumanie (occupé par l'Union soviétique depuis le ) ; La République populaire roumaine ( ou RPR) détaillée dans cet article ; La république socialiste de Roumanie ( ou RSR) du au .

Durant cette période le pays connait un régime dictatorial d'inspiration marxiste-léniniste, caractérisé parArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, page 58. : sur le plan politique, la position constitutionnelle de jure du Parti communiste roumain comme « parti unique et organe dirigeant de l’état », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et imposant un courant de l’autorité et de légitimité » (souveraineté), allant du sommet (le Comité Central) vers la base (les autres structures du parti, les citoyens)… ; sur le plan logistique, la présence massive de la police politique « Securitate » dans la société, active par la censure, l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, l’ouverture du courrier, le quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays, la pratique courante d’arrestations arbitraires, de tortures en cours d’interrogatoire et d’internement psychiatrique et de déportation des citoyens arrêtés, avec ou sans « jugement », dans les réseaux de camps de travail forcé de la steppe du Bărăgan ou du canal Danube-Mer Noire… ; sur le plan économique, une stricte planification d’état, ne touchant pas seulement les orientations macro-économiques et au commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l'environnement et des besoins de la population, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la bureaucratie du Parti et de l'État qui disposait d’un niveau de vie élevé, et le reste de la population confronté à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative)… ; sur le plan social, un strict contrôle des activités culturelles, des médias et des droits des citoyens roumains à l’opinion, à l’expression et au déplacement (nécessitant des autorisations et divers visas préalables pour changer d’emploi, de domicile, de résidence à l'intérieur du pays, et encore plus pour voyager hors du pays, et surtout dans les pays non-communistes), ainsi qu'une oppression de la religion.

Le régime communiste de Roumanie a été mis en place par le coup d'État du Parti communiste roumain soutenu par l'Armée rouge le ; la République a été créée le lors de l'abolition du royaume de Roumanie et de l'abdication du roi Michel. Le régime s'effondra à la chute du bloc de l'Est, lorsque le coup d'État de décembre 1989 mit un terme à la dictature communiste et aux fonctions du président Nicolae Ceaușescu, mais la forme d'État républicaine fut conservée.

Instauration redresse|gauche|vignette|Andreï Vychinski, qui a obtenu l'abdication du roi Michel. redresse|gauche|vignette|La statue de Staline à Bucarest a duré onze ans (1951-1962) et était surnommée Davaï tchas (« file ta montre ») par l'humour populaire, en référence aux mœurs des soldats de l'Armée rouge durant l'occupation de la Roumanie par l'Union soviétique et à la direction de son bras tendu vers la grande horloge publique de l'autre côté de la placeSource : son neveu Radu-Alexandru Tănase sur L'homme qui joua sa vie sur scène ..

Le , les Soviétiques occupent la Roumanie, largement traitée en pays conquis, bien qu'elle ait rejoint les Alliés le en déclarant la guerre à l'Allemagne nazie. Au sein du gouvernement de coalition, les communistes Lucreţiu Pătrăşcanu et obtiennent respectivement les ministères de la Justice et des Affaires intérieures. Ils commencent l'épuration des cadres non-communistes de l'armée et de l'administration, faisant également condamner plusieurs centaines de membres de l'élite économique du pays par des tribunaux populaires. Une entreprise de confiscation des biens des entrepreneurs est mise en place, les juges étant flanqués d' désignés par le Parti communiste. Des membres de minorités allemandes de Roumanie sont déportés à partir de . Le , le gouvernement de Nicolae Rădescu est contraint à la démission. Conforté par la présence de l'Armée rouge qui occupe la plupart des administrations, des casernes et des usines, Andreï Vychinski, représentant de l'URSS en Roumanie, impose un gouvernement dirigé par Petru Groza.

Les autres partis politiques sont représentés, mais le Parti communiste roumain détient les ministères les plus importants. Des épurations ont lieu au sein des services de police et de gendarmerie. Dès le , une réforme agraire réduit les propriétés agricoles à un maximum de cinquante hectares. À l'été 1945, plus de arrestations de personnalités accusées d'être ou d'avoir été membres de la Garde de fer ont eu lieu, avec plus de internements dans des camps. L'administration est épurée pour laisser la place à des cadres proches du Front national démocratique, la coalition procommuniste au pouvoir. Le , des élections organisées à la demande des occidentaux sont massivement falsifiées et caractérisées par de larges irrégularités, l'intimidation, la fraude électorale ainsi que des assassinats ciblés GIURESCU Dinu C, article "Alegeri dup model sovietic" ("Des élections sur le modèle soviétique") dans le journal Istoric, II, 1995, page 17, 18, 40 et 113. GIURESCU Dinu C, Falsificatorii "Alegerile din 1946" (Les falsifications des élections de 1946), Éditions RAO, 2007.Musée Sighet, Salle 8 - Les Élections de 1946, page à la date du 9/12/2013: Salle 8 - Les Élections de 1946.COURTOIS Stéphane, Revue "Communisme 91-92 - Roumanie Un Totalitarisme ordinaire", Éditions l'Âge d'Homme, Pages 7 à 9 - Article in extenso.. Le Parti national paysan et le Parti national libéral se feront voler leur victoire : sur pression de Joseph Staline, le Parti communiste roumain est déclaré majoritaire.

Dès février 1947, le rythme des arrestations s'accélère, pour intimider tant l'opposition politique que l'opinion. Les communistes s'emploient ainsi à laminer les autres partis : le Parti national paysan et le Parti national libéral sont dissous, le premier en juillet et le second en novembre; leurs chefs respectifs, Iuliu Maniu et Dinu Brătianu, sont emprisonnés. Le , le roi Michel est contraint d'abdiquer sous pression de Vichinsky. La République populaire roumaine est aussitôt proclamée, la nouvelle constitution venant la formaliser dans les textes, le ..

Épuration

Constantin Ion Parhon est le chef de l'État, avec le titre de président du présidium de la Grande Assemblée nationale, tandis que Petru Groza demeure chef du gouvernement. Le Premier secrétaire du Parti communiste roumain est Gheorghe Gheorghiu-Dej, mais le parti est dirigé dans les faits par un secrétariat collectif de quatre personnes, comprenant le Premier secrétaire, (toujours ministre des affaires intérieures dans le gouvernement Groza), Vasile Luca (ministre des finances) et Ana Pauker (ministre des affaires étrangères), ces trois derniers étant considérés comme une ayant, dans les faits, le principal poids politique.

Les arrestations continuent, pour intimider tant l'opposition politique que l'opinion, avec des accusations désormais plus diversifiées: (toute personne en ayant employé d'autres), (phanariotes, francs-maçons, juifs non-communistes, syndicalistes, intellectuels ou artistes trop indépendants…), (commerçants et négociants, professions libérales…), (forces de l'ordre, appareil judiciaire, enseignants, clergé). Le nombre exact de détenus politiques demeure sujet à caution, mais certains auteurs ont avancé le chiffre de prisonniers pour la période 1948-1964, auxquels s'ajoutent environ prisonniers de guerre des Soviétiques. Le , le décret-loi impose la nationalisation des banques et des principales entreprises. Le , avec l'aide du KGB, le régime crée officiellement sa police secrète, le Département de la Sécurité de l'État, ou Securitate. En 1949 est mis en place un système de travail forcé, visant à : les colonies de travail compteront plusieurs milliers d'. Le système de l' des prisonniers politiques - soit l'arrestation sans mandat, et la détention sans jugement - est largement utilisé. Des programmes de sont mis en place dans des prisons roumaines, dont la plus célèbre est la prison de Pitești. La torture et le lavage de cerveaux y sont pratiqués à grande échelle.

Le nouveau pouvoir commence également à opprimer la religion: des églises sont détruites., des mesures répressives mises en place contre le clergéMateoniu, Maria. La mémoire refuge. Canada, PUL Diffusion, 2015.,p.8, et une propagande étatique est mise en place pour discréditer les pratiques religieusesAmherdt, François-Xavier, et al. Le fait religieux et son enseignement: des expériences aux modèles : actes du Colloque de troisième cycle 2005 (textes actualisés - été 2009), Université de Fribourg Suisse et Université de Neuchâtel. Suisse, Academic Press Fribourg, 2009.,p.130.

Le régime communiste doit cependant affronter dans ses premières années un phénomène de résistance armée, des partisans s'étant organisés dès 1945 dans les Carpates. Sans grands moyens ni idéologie commune, des petits groupes de résistants anti-communistes demeurent actifs dans les campagnes et les montagnes jusqu'au début des années 1960. vignette|Gheorghe Gheorghiu-Dej, Ana Pauker, Vasile Luca, Teohari Georgescu et Walter Roman en 1951. vignette|Chivu Stoica, Gheorghe Gheorghiu-Dej, Petru Groza et Gheorghe Apostol en 1957 Un système de déportation et d'assignations à résidences d' est mis en place par le décret 83 du , visant tout d'abord les familles de propriétaires terriens ou immobiliers dont les biens avaient été nationalisés. Le système est ensuite étendu à toute personne accusée d'avoir, par ses actions, nui à la . Des déplacements de population ont lieu en 1951-1952, sur décision des autorités, pour peupler les steppes et marais du sud-est du pays, soumises à la sécheresse et aux inondations ; en revanche tout déménagement individuel et tout changement d'emploi sont interdits sans autorisation de la Milice locale et de l'entreprise employeuse (toutes d'état), établissant ainsi un état d'assignation à résidence pour l'ensemble de la population. Les maisons d'édition et les imprimeries sont nationalisées et une politique de censure mise en place, aboutissant à la mise sous tutelle du monde intellectuel.