Les courses de chars (en grec ancien : / , en ) constituaient l'événement à nature sportive et religieuse majeure de l’Antiquité grecque, de l’Empire romain et de l'Empire byzantin, pratiquées dans le cadre de nombreux jeux panhelléniques. Les graves blessures et quelquefois la mort que ces courses pouvaient entraîner pour les participants donnaient à l'épreuve une dimension spectaculaire qui contribua à son succès auprès du public. Chaque char était tiré par un, deux (bige, originellement un jeu étrusque), trois (trige), quatre (quadrige) ou six chevaux. Les chars de compétition étaient conduits par des auriges.
Dans les courses de chars romains, les équipes représentaient différents groupes de bailleurs de fonds souvent concurrents pour obtenir les services de pilotes qualifiés. Les conflits entre les fidèles des différentes équipes étaient parfois politisés, ce qui explique le souci qu'avaient les empereurs romains puis byzantins de contrôler des équipes.
La course de chars déclina après la chute de l'Empire romain d'Occident, ne survivant que pour un temps assez court dans l'Empire byzantin, où le rôle politique de premier plan des factions traditionnelles romaines persista voire s'accentua. Leur rivalité atteignit son apogée lors des émeutes de Nika, qui marqua le début du déclin progressif de ce sport.
La course de chars antique, ancêtre direct de la course attelée, reste un sujet artistique populaire, notamment à travers le roman et les films de Ben-Hur, comme le film de 1959 avec Charlton Heston, mais aussi différents tableaux, spectacles, et des reconstitutions modernes.
Histoire Grèce Antique La civilisation mycénienne (à partir de 1535 av. J.-C.) a livré les témoignages les plus anciens de l’existence de ce sport, notamment sur la décoration de poteries. Un certain nombre de fragments de poteries montrent deux ou plusieurs chars, de toute évidence au milieu d'une course. Selon Bennett, il s'agit d'une indication claire que les courses de chars existaient en tant que sport dès le . La première référence littéraire à une course de chars est due à Homère, lorsqu’il décrit les jeux funéraires de Patrocle, , vers 257 à 652.. Les participants à cette course sont Diomède, Eumélos, Antiloque, Ménélas et Mérion. La course, un tour autour de la souche d'un arbre, est remportée par Diomède, qui reçoit comme prix une esclave et un chaudron. La mythologie grecque relate aussi une course de char comme événement fondateur des Jeux olympiques . Selon Pindare, le roi Œnomaos promet la main de sa fille Hippodamie à quiconque pourrait le battre dans une course de char ; il est défait par Pélops et c’est en l'honneur de la victoire de ce dernier que les Jeux sont créés, Olympiques, I, vers 70.
Jeux Olympiques thumb|left|Course de chars sur une hydrie de l'Attique, 510 av. J.-C. Aux Jeux Olympiques de l'Antiquité, ainsi que dans les Jeux panhelléniques, il y avait lors des courses de chars soit un quadrige à quatre chevaux appelé tethrippon, en grec ancien, τέθριππον, soit un char tiré par deux chevaux (synoris, en grec ancien, συνωρίς), sans que les caractéristiques des chars eux-mêmes diffèrent réellement. Les attelages à deux chevaux, synoris, succédèrent aux quadriges en 384 av. J.-C., mais ces derniers furent réintroduits en 268 av. J.-C.. Les courses de chars figurèrent au programme des Jeux olympiques antiques à partir 620 av. J.-C. mais ne constituèrent pas l’évènement fondateur et principal des Jeux, l'histoire contredisant ici le mythe..
Les courses elles-mêmes (celles des chars et les courses équestres) avaient lieu à l'hippodrome. Si on dispose de peu d'informations concernant la construction d'hippodromes avant la période romaine, on sait qu'à Olympie l'hippodrome était situé à l'angle sud-est du sanctuaire, sur la zone située au sud du grand appartement du stade. Son emplacement exact était inconnu, car il était enfoui sous plusieurs mètres de sédiments du fleuve Alphée. Ce n'est qu'en 2008 que Norbert Muller et le personnel de l'Institut archéologique allemand ont localisé au radar un grand bâtiment rectangulaire correspondant à la description de Pausanias. Ce dernier, qui visita Olympie au , a en effet laissé un témoignage où il décrit le monument comme grand et de forme allongée, un espace plat d'environ de long et de large (quatre stades de long, et un stade et quatre plethrons de large). L'hippodrome était divisé longitudinalement en deux voies par une pierre ou une barrière en bois, l’embolon. Il était entouré par des estrades naturelles (au nord) et artificielles (au sud et à l'est) pour les spectateurs, une place particulière étant réservée aux juges sur le côté ouest de la rive nord, , 20. ; .. thumb|L’aurige de Delphes est l'une des plus célèbres sculptures de la Grèce antique. Comme les jockeys modernes, les auriges sont choisis pour leur légèreté, mais ils doivent également être grands, de sorte qu'ils sont souvent adolescents.
La course débutait par une procession dans l'hippodrome, tandis qu'un héraut annonçait les noms des pilotes et des propriétaires. Le tethrippon commençait par faire douze tours autour de l'hippodrome., avec des virages serrés autour des poteaux à chaque extrémité. Divers dispositifs mécaniques étaient utilisés pour manier les grilles de départ ou hyspleges, (singulier : hýsplex), en grec ancien, ὕσπληγξ - ὕσπληγγες que l'on abaissait pour commencer la course.. Selon Pausanias, ces grilles, inventées par l'architecte Cleœtas, étaient décalées de sorte que les chars à l'extérieur commençaient la course plus tôt que ceux à l'intérieur. D'autres dispositifs mécaniques connus sous le nom d' et de étaient soulevés pour signifier que la course débutait et abaissés à chaque tour restant. Il s'agit probablement des sculptures en bronze de ces animaux, fixées sur des poteaux sur la ligne de départ, , 20..
Dans la plupart des cas, le propriétaire ne conduisait pas lui-même le char. En 416 av. J.-C., Alcibiade envoya sept chars dans la course, ce que nul autre n'avait fait avant lui, et remporta le premier, le deuxième et le quatrième prix, selon Thucydide, , XVI, 2.(Alcibiade donna son nom à de nombreux chevaux par la suite). remporta une épreuve olympique de char, avec l'objectif de prouver qu'il n'était pas un barbare. S'il avait conduit le char lui-même, il aurait probablement été considéré comme inférieur à un barbare. Toutefois, le poète Pindare fait l'éloge du courage d'Hérodote de Thèbes pour la conduite de son char, Isthmiques, I, 1.. La distinction entre propriétaire et conducteur du char explique que les femmes pouvaient techniquement gagner la course, alors qu'elles n'étaient pas autorisées à participer ou même à regarder les Jeux.. Un exemple notable, mais isolé : celui de la spartiate Cynisca, fille d', qui aurait remporté la course de chars à deux reprises.. Les courses de chars étaient un moyen pour les Grecs de démontrer leur richesse et leur gloire, comme l'illustre bien le cas d'Alcibiade.
Le cocher était parfois un membre de la famille du propriétaire du char, ou dans la plupart des cas un esclave ou un professionnel embauché. Si conduire un char dans une course nécessitait une force peu commune et beaucoup de courage, peu de noms des conducteurs de chars grecs sont parvenus jusqu'à nous. On peut cependant citer le cas de Carrhôtos, loué par Pindare pour avoir gardé son char intact, Pythiques, V, vers 32 à 34. : cependant, contrairement à la majorité des conducteurs de chars, Carrhôtos est l'ami et le beau-frère de l'homme pour qui il a piloté, de Cyrène, de sorte que son succès confirme celui du mode traditionnel d'organisation de la société aristocratique.
Autres grands festivals En raison de l'augmentation du nombre de cités grecques de l'époque classique, d'autres grands festivals émergèrent en Asie Mineure, dans la Grande-Grèce et le continent en offrant la possibilité aux athlètes de gagner la célébrité et la richesse. Mis à part les Jeux olympiques, les jeux publics les plus respectés étaient les Jeux pythiques à Delphes ; au , le poète Pindare précise que « la course des quadriges » a lieu « dans les vallons de Crisa, Pythiques, VI, vers 17-18. ». Les Jeux isthmiques se déroulaient à Corinthe, les Jeux néméens, à Némée puis à Argos, et les Jeux des Panathénées, à Athènes, où le vainqueur de la course quadrige gagnait 140 amphores remplies d'huile d'olive, prix très recherché et précieux dans l'Antiquité, Néméennes, X, vers 35-36.. Des boucliers en bronze étaient offerts à Argos et de la vaisselle d'argent à Marathon. Les athlètes qui revenaient avec ces prix en tiraient des avantages divers dans leurs villes natales, comme des exonérations fiscales, des vêtements, des repas gratuits et de l'argent. Une autre forme de courses de chars aux Jeux Panathénées est connue sous le nom d’.
Rome antique
Les Romains ont probablement emprunté les courses de chars aux Étrusques, qui eux-mêmes les ont empruntées aux Grecs, mais les Romains ont également été influencés directement par les Grecs; .. À Rome, les courses de chars constituent l'un des deux types de jeux publics, les ludi circenses. L'autre type, ludi scaenici, consistant principalement en des représentations théâtrales). Selon la légende romaine, les courses de chars sont pratiquées par Romulus juste après la fondation de Rome en 753 av. J.-C., comme un moyen de détourner l'attention des hommes sabins. Romulus a envoyé des invitations aux villes voisines pour célébrer la fête des Consualia, qui comprend des courses de chevaux et des courses de chars. Alors que les Sabins sont en train d'apprécier le spectacle, Romulus et ses hommes saisissent les femmes sabines qui deviennent les épouses des Romains. Les courses de chars sont une partie de plusieurs fêtes religieuses romaines et ces occasions précédées par un défilé (pompa circensis décrite par TertullienTertullien, , 7, 1, 2) qui compte les conducteurs de chars, de la musique, des danseurs costumés, et des images de dieux. Alors que la valeur du divertissement des courses de chars a tendance à éclipser tout but sacré, dans l'Antiquité tardive, les Pères de l'Église la montrent comme une pratique et déconseillent aux chrétiens d'y participer.
La course de chars est sans conteste sport roi par excellence à Rome, durant un millénaire. Les attelages sont des chevaux et les concurrents des professionnels. Ils font partie d'équipes (factiones) dont chacune arbore des couleurs différentes. Ces courses se pratiquent dans des cirques.
Calendrier Le calendrier des courses évolue dans le temps avec une multiplication des courses. Avant même le règne de Tarquin l'Ancien, les jeux romains des ludi taurei et des ludi saeculares comprennent notamment des courses de chars. Tarquin l'Ancien prend l'initiative de créer des ludi magni ou romani en 500 avec des courses de chars au programme.
Après les guerres puniques, c'est la multiplication des ludi : ludi megalenses annuels, ludi florales annuels et jeux apollinaires annuels, par exemple. Nouvelle inflation des ludi sous l'Empire : on passe en effet de 76 jours de jeux annuels à la fin de la République à 175 au milieu du . 64 jours étaient consacrés aux courses de chars avec 24 courses par jour. En plus de ce calendrier , il existait nombre de courses de moindre importance.
Empire byzantin
L'empire byzantin perpétue nombre de traditions romaines, au premier rang desquelles les courses de chars. Édifié entre 203 et 223, l'hippodrome de Byzance peut accueillir plus de après l'agrandissement de 330.