vignette|Vue d'une partie des quartiers nord de Marseille.|247x247px
L'expression désigne l'ensemble des personnes membres du crime organisé qui opère dans la ville française de Marseille et sa région proche.
Entré dans l' dès l'entre-deux-guerres il est, depuis lors, associé à l'image de la ville ; il fait l'objet de nombreuses fictions. . Néanmoins, à cause de la , Marseille demeure "la ville française du crime" pour , quand bien même son taux de délinquances n'excède pas celui des autres grandes villes françaiseshttps://ville-data.com/delinquance/classement-des-villes-les-plus-dangereuses-de-france.
Les prémices de l'émergence d'un tel milieu remontent à la fin du , période où une économie informelle se développe sur le terreau des difficultés socio-économiques de la Belle Époque (surtout parmi les immigrés corses et italiens) et grâce à l'essor du port de commerce de la Joliette, lieu de captage et de relance au carrefour de routes maritimes transcontinentales.
Ce n'est qu'à partir des années 1930 que l'on peut réellement parler de pègre ou de milieu marseillais. Cette décennie est marquée par la mainmise des parrains François Spirito et Paul Carbone qui, inspirés par les Américains Al Capone et Lucky Luciano, diversifient et amplifient leurs activités criminelles en France et à l'international. Jetant les bases d'une organisation hiérarchique parvenant à se fondre en partie dans la société formelle à travers le clientélisme politique et la corruption policière, les deux malfrats développent une entreprise clandestine influente qui servira de modèle pour les parrains qui leur succéderont. En parallèle émerge un imaginaire criminel au sein duquel Marseille devient dans l'inconscient collectif national la .
Le milieu marseillais connait son âge d'or dans les années 1960 avec l'essor de la , alors que la ville est au cœur d'un trafic international d'héroïne à destination des États-Unis, finalement démantelé par les autorités franco-américaines à l'aube de la décennie suivante. S'ensuit alors une période d'affrontements violents, à l'issue de laquelle sort vainqueur le dernier véritable parrain de la ville, Francis le Belge, finalement assassiné en l'an 2000.
Au début du , le milieu traditionnel s'est affaibli face à l'émergence des « néo-parrains des cités » français mais essentiellement issus de l'immigration maghrébine et subsaharienne rejetant leurs principes et leurs codes d'honneur, dont la source principale d'enrichissement est le négoce du cannabis dans les quartiers les plus défavorisés de la région marseillaise, notamment dans les quartiers nord. Le grand banditisme marseillais apparait aujourd'hui désorganisé et instable comme il a pu l'être à d'autres moments de son histoire, faisant s'affronter ces groupes criminels dans une violente « guerre de tous contre tous » pour le contrôle des activités les plus lucratives, en particulier le trafic de stupéfiants et les machines à sous clandestines.
Au cours des différentes années, de nombreux cartels ont fait des guerres et des alliances pour le contrôle des points de vente. Ces groupes s'affrontent pour le contrôle du territoire et sont à l'origine de la plupart des règlements de compte et fusillades, des cartels de la drogue puissants financièrement et des délinquants de plus en plus jeunes et déterminés des quartiers pauvres de la ville (3e, 13e, 14e, 15e, 16e arrondissements) tels que les Lauriers, Les Oliviers (A,B), Marignane, DZ Mafie Yoda, Corleone, « CDD » et d'autres clans du nord de la ville..
Définition D'après le consensus des chercheurs parmi lesquels Tommaso Giureti, il n'y a jamais eu à Marseille de « mafia » organisée comme en Italie ou aux États-Unis. On lui préfère, au début du , les termes de « pègre » et de « Mitan », ou de « Milieu » et « crime organisé » dans les décennies suivantes.
Le sociologue Cesare Mattina définit la mafia telle qu'elle s'est développée en Italie à partir de la fin du selon trois critères : une entreprise capitaliste à multi-activités et à dimension internationale ; qui exerce sur un vaste territoire une autorité au moins partiellement légitimée par les pouvoirs publics, notamment par le biais de la corruption ; et enracinée socialement dans des territoires où une partie de la population reconnaît son autorité. Laurent Mucchielli en ajoute un quatrième : l'usage radical de la violence physique et la détention d'une puissance de feu qui en fait un adversaire des États sur le plan régalien..
Jacques de Saint Victor préfère utiliser le terme de pour définir le milieu marseillais des années 1930, infiltré à l'époque dans les sphères politiques et répressives et s'appuyant sur un système clientéliste et communautaire. Pour lui, les gangs corso-marseillais ne sont d'ailleurs pas des mafias à proprement parler car leurs modes d’organisation sont loin d’être aussi bien structurés que les organisations mafieuses italiennes et nord-américaines ; ce sont plutôt des ..
Laurence Montel estime également que si la Corse et la Côte d'Azur se distinguent du reste de la France par un contrôle au moins partiel de certains territoires et secteurs de l'économie légale par le crime organisé, elles sont plutôt le théâtre de « dérives mafieuses » que d'une réelle mafia..
Histoire 1880-1914 : les prémices Avant les années 1880, Marseille connait une criminalité locale plutôt classique composée de délinquants peu organisés. La ville est très loin de l'image violente qu'elle inspire dans l'inconscient collectif à partir des années 1930.
Le criminologue Jean-Paul Brodeur définit le crime organisé comme un groupe menant et ayant recours au . Or le blanchiment d'argent est quasi inexistant à Marseille jusqu’à l’entre-deux-guerres. En conséquence, on parle plutôt de « trafics informels » que de crime organisé pour décrire la situation à cette période.
1800-1880 : une criminalité présente mais limitée Les bandits de grand chemin, bien présents à Marseille et dans ses alentours sous la Révolution, perdurent de façon endémique sous le Premier Empire. À partir de la Restauration, le banditisme traditionnel est remplacé par des vols collectifs de marchandises, des trafics de biens dérobés et de fausse monnaie, ainsi que de la contrebande. À une autre échelle des délits, on compte une petite délinquance constituée de cambrioleurs, voleurs d'auberges et autres chapardeurs des quais, les « quecous » et les « mandri ». Il semble donc qu'une hiérarchie sociale englobant une diversité de pratiques existe déjà au début du ..
Entre 1820 et 1870, les grappillages portuaires engendrent un marché dynamique de marchandises volées et d'alcool de contrebande. Si les mieux organisés et les plus sophistiqués sont sans doute les faux-monnayeurs, cette criminalité parait à l'époque limitée et sous contrôle des autorités, à l'image des bandes parisiennes de la Restauration. À partir des années 1860, le déplacement du trafic portuaire du Vieux-Port vers La Joliette met d'ailleurs un terme aux vols de marchandises sur le quai Rive-Neuve. La criminalité est alors représentée par des bandes de faux-monnayeurs en voie d'internationalisation, ainsi que par le retour des bandes de voleurs, dont certaines sont composées en majorité d'immigrés italiens. Le phénomène migratoire est aussitôt associé dans les discours populaires, voire politiques, à une criminalité potentiellement importée des campagnes transalpines..
Dès la fin des années 1860, les administrateurs locaux marseillais réclament l’étatisation de la police municipale, comme à Lyon, mais le gouvernement s'y refuse au titre que la classe ouvrière marseillaise semble poser moins de risques que le prolétariat lyonnais.
1880-1920 : les nervis et le développement des réseaux criminels Le « nervi », figure du voyou marseillais associé dès la fin du au souteneur, proxénète vivant de la prostitution d'une ou plusieurs filles publiques en se donnant l'apparence de les protéger, incarne dans le Marseille de l'époque la figure du malfaiteur, du voyou, de l'agitateur politique et du récidiviste. Selon l'imaginaire populaire, comparable aux apaches parisiens, il rôde la nuit dans les vieux quartiers, devenus par endroit des coupe-gorges, dans le but de détrousser les passants imprudents. Les nervis ne sont pourtant pas les ancêtres du milieu marseillais tel qu'il apparaît au siècle suivant. En effet, si des conflits opposent régulièrement des bandes du « quartier réservé », dans la vieille ville, ils sont à mettre en perspective avec une montée générale de la violence chez les plus pauvres, souvent des immigrés sous-payés vivant une situation sociale très difficile dans une période de crise économique et de fermeté politique.
Les nervis ne sont d'ailleurs pas les acteurs dominants de la criminalité marseillaise de l'époque. S'il n'y a pas encore de milieu à proprement parler, des réseaux puissants et une économie criminelle commencent à émerger, notamment dans le proxénétisme illégal et le trafic de femmes, les jeux d'argent clandestins, mais aussi le trafic de marchandise volées, favorisé par le développement des échanges maritimes internationaux à partir des années 1880-1890 et par l’essor de la demande de biens de consommation et de loisir. Ceux qui dirigent ces organisations criminelles ont plus de similitudes avec les futures élites du milieu marseillais que n'en ont les nervis, ancêtres des petites mains du crime organisé.
Parallèlement, les lois se durcissent pour endiguer ces phénomènes : le délit de « vagabondage spécial », qui vise les souteneurs et les bonneteurs, est promulgué en 1885, puis une loi de 1893 interdit les paris sur les courses tenus en dehors des hippodromes par les bookmakers clandestins. En 1903, une nouvelle législation sanctionne plus lourdement les trafiquants de femmes, tandis qu'en 1916 les peines s'alourdissent pour les trafiquants de stupéfiants. En 1908, Marseille est finalement passée sous le régime de la police d'État..
Entre-deux-guerres (1920-1939) : naissance du milieu marseillais Si la criminalité était jusqu'alors cantonnée à des bandes locales opérant sur des territoires restreints, le grand banditisme marseillais évolue radicalement durant l'entre-deux-guerres. Grâce à l'essor des échanges portuaires et à l'ouverture de lignes intercontinentales régulières, les trafiquants parviennent à s'insérer durablement dans les voies légales du commerce maritime. Les malfrats locaux s'internationalisent et, à la différence des bandes spécialisées qui les ont précédés, s'organisent et diversifient leurs activités dans la plupart des secteurs de l'économie informelle : trafic de femmes, trafic de stupéfiants, machines à sous, proxénétisme, contrebande, racket, braquages, etc. Apparaissent alors les deux premiers grands parrains du milieu marseillais : François Spirito et Paul Carbone. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les deux hommes sont à la tête d'un empire puissant et industrialisé qui a dépassé le monde criminel traditionnel pour infiltrer les sphères politiques.thumb|Les parrains Paul Carbone et François Spirito.
Les années 1920 : la pègre entre dans l'imaginaire marseillais Si la criminalité s'est accrue depuis les décennies précédentes, Marseille bénéficie dans les années 1920 d'une image plutôt positive dans une époque en quête d'aventures et dépaysement. Le crime organisé n'est pas encore aussi puissant qu'il ne le sera lors de la décennie suivante, et l'appellation naissante de « Chicago français » semble plutôt provenir d'un imaginaire collectif, qui conçoit la ville comme une , que de la réalité objective de l'époque.
Les années 1930 : montée en puissance et avènement du milieu