Le lac Tanganyika, ou Tanganika, est l'un des Grands Lacs d'Afrique, deuxième lac africain par la surface après le lac Victoria, le troisième au monde par le volume après la mer Caspienne et le lac Baïkal, le deuxième au monde par la profondeur après le lac Baïkal, et le plus long lac d'eau douce du monde (). Il contient 18 % du volume d'eau douce libre de surface du monde. Malgré des caractéristiques oligotrophes, le lac est paradoxalement très productif en poissons (). Les captures pélagiques concernent principalement deux espèces de sardines : Stolothrissa tanganicae et Limnothrissa miodon, et une espèce de perche : Lates stappersii. L'abondance de ces espèces fluctue en fonction des conditions environnementales liées notamment à l'existence de vagues internes dans le lac.

Ses eaux rejoignent le bassin du Congo, via la rivière Lukuga, puis l'océan Atlantique. On estime que sa formation remonte à environ d'années (Miocène).

Le lac est fortement affecté par le changement climatique et les activités humaines, en particulier la déforestation, la surpêche et la recherche d’hydrocarbures..

Géographie

Le lac Tanganyika couvre une superficie de (approximativement la même superficie que la Belgique) General Features - Lake Tanganyika Research - fao.org et s'étire sur le long de la frontière de la Tanzanie (à l’est) et de la république démocratique du Congo (à l'ouest) ; son extrémité nord sépare ces deux pays du Burundi, son extrémité sud les sépare de la Zambie. On retrouve à l'ouest (du côté congolais), les monts Mitumba.

Le bassin drainant du lac Tanganyika couvre une superficie de . Les principales rivières qui l'alimentent sont la Malagarazi, la Rusizi, la Ifume, la Lufubu et la Lunangwa qui y déversent d’eau par an ; les pluies, quant à elles, en apportent par année. La Malagarazi est plus ancienne que le lac lui-même et se trouvait auparavant dans le prolongement du Congo.

Sa température de surface est de en moyenne pour un pH variant de 7,6 dans les baies marécageuses à 9,5 en pleine eau. La profondeur ainsi que la localisation tropicale du lac empêchent le renouvellement total des masses d'eau et la plus grande partie des eaux profondes sont des eaux fossiles et anoxiques. La totalité du volume du lac est renouvelé en .

Historique Le lac Tanganyika est situé sur la branche occidentale de la vallée du Grand Rift et s'est formé lentement au cours des 15 derniers millions d'années (MA) au fur et à mesure que le terrain s'affaissait et que la faille s'élargissait. Des lacs séparés se sont tout d'abord formés dans trois bassins, au centre il y a 9 à 12 MA, au nord il y a 7 à 8 MA et au sud il y a 2 à 4 MA. Pendant une grande partie de son existence, le lac n'avait aucun émissaire et était donc endoréique. Cela est dû à la forte évaporation ( à mm/an) à la surface du lac en raison de sa position proche de l'équateurSerrat-Capdevila, A., Lajaunie, M. L., Bonzanigo, L., Figueira, P., Bench, R., Accès aux Ports du Lac Tanganyika - Principaux Défis et Recommandations, Document de la Banque mondiale.. Pendant une longue période, la ligne de côte était située plus bas que maintenant.

vignette|La sortie de la Lukuga à Kalemie. Des changements importants se sont produits il y a environ . D'une part, à cette époque, la Terre est sortie de la dernière période glaciaire et le climat de la région est devenu plus chaud et plus humide, comme le montrent des études palynologiques qui mettent en évidence le remplacement d'une flore montagnarde par des forêts claires (miombo)A. Vincens, Paléoenvironnements du bassin Nord-Tanganyika (Zaire, Burundi, Tanzanie) au cours des 13 derniers mille ans: apport de la palynologie, Review of Palaeobotany and Palynology, , 1–2, 1989, -88.. D'autre part, la formation de la chaîne volcanique des Virunga au nord du lac Kivu a redirigé des rivières vers le sudScheffel, Richard L.; Wernet, Susan J., eds. (1980). Natural Wonders of the World. United States of America: Reader's Digest Association, Inc. pp. 366–367. .. Combinée à une pluviosité plus abondante, les eaux du lac Kivu s'écoulent depuis lors le long de la RusiziHydrographie - Les lacs, Congonline.com. jusqu'au lac Tanganyika dont le niveau a alors augmenté.

Au milieu du , le lac n'avait pas d'émissaire, mais son niveau s'élevait régulièrement. En 1878, après avoir largement dépassé la côte de 782 mètres, il franchit un point haut proche de Kalemie et commence alors à s'écouler à travers la vallée de la Lukuga, ce qui lui permet désormais de s'écouler vers le bassin hydrographique du CongoE. Devroey, «Le problème de la Lukuga - exutoire du lac Tanganika», mémoires de l'Institut royal colonial belge, 1938.. Dans les années qui suivent, la plus grande force de l'écoulement a érodé ce seuil bloqué par le sable et la vase jusqu'à une barre rocheuse située à d'altitude qui fixe depuis lors le niveau minimum du lac. Celui-ci oscille de 70 à 80 cm par an avec un maximum en mai à la fin de la saison des pluies et un minimum en octobre à la fin de la saison sèche. Le record pour la hauteur maximale date de 1964 avec après une succession d'années pluvieusesLaurent Bergonzini, Yves Richard, Pierre Camberlin (2002) Variation interannuelle du bilan hydrique du lac Tanganyika (1932–1995): changement dans la relation précipitation-excédent lacustre, Hydrological Sciences Journal, 47:5, 781-796.. Au , la Lukuga est responsable de l'évacuation de 6 à 18 % des eaux sortant du lac avec un débit moyen de (record de en ), les 82 à 94 % restants disparaissant encore par évaporation.

Au début des années 2020, les eaux du lac montent et menacent de nombreuses villes situées à proximité.

Géologie vignette|gauche|Strates à Samazi. vignette|Biotope intermédiaire (île de Nkondwe). Le lac Tanganyika est situé dans le rift Est-Africain. de sédiments lacustres sont accumulés au fond du lac.

La composition du rivage se répartit ainsi : sable : 31 % ; roches : 43 % ; intermédiaire (roches et sables) : 21 % ; marais : 5 %.

Tectonique - géothermie La situation du lac en fait un lieu d'activité tectonique remarquable, par la profondeur totale de la faille à cet endroit, qui s'élève à environ du niveau de l'eau au fond sédimentaire. La sédimentation sur des millions d'années a comblé un volume énorme, des recherches pétrolières ont permis d'y découvrir un gisement exploité par le Congo.

La géothermie est visible dans la partie nord sur la rive congolaise, sur la péninsule de l'Ubwari (cap Banza), Alamba, dans la ville de Baraka ainsi que dans la région de Kalundu/Pemba (république démocratique du Congo).

Des évents libérant de l'eau chargée de minéraux et atteignant une température de y ont été découverts, à des profondeurs variant de 5 à . L'activité laisse aussi filtrer des gaz dans certaines portions de côtes rocheuses à Pemba, sous forme de chapelets de bulles plus ou moins fines et régulières.

Le un violent séisme, d'une magnitude de 7,5 sur l'échelle ouverte de Richter, a provoqué des dégâts et fait quelques victimes au Congo. Son foyer se situait sous le lac à une profondeur de .

Protection vignette|250px|Cumulus sur les monts Mahale (Kungwe) en Tanzanie. Les pays riverains du lac se sont engagés dans la mise en œuvre d’une Analyse Diagnostique Transfrontalière (ADT) et dans la rédaction de la Convention sur la Gestion Durable du Lac Tanganyika, qui a été signée en date du et ratifiée en . Cette convention fournit un cadre formel pour l’établissement de l’Autorité du Lac Tanganyikalta-alt.org (ALT), dont la fonction consiste à coordonner la mise en œuvre de la Convention. Sa mission principale est d’assurer la protection et la conservation de la diversité biologique et l’utilisation durable des ressources naturelles du lac Tanganyika et son bassin sur base d’une gestion intégrée et la coopération entre les états contractants.

Plusieurs parcs nationaux (National park) se trouvent sur les côtes du lac Tanganyika.

En Tanzanie se trouve le parc national de Gombe Stream. Ce parc a été initié en 1960 par Jane Goodall et est devenu parc national en 1968. Le plus grand parc est celui des monts Mahale (monts Kungwe) qui culminent à , toujours sur les côtes de Tanzanie.

En Zambie, le parc national de Nsumbu (Sumbu) couvre , englobant les baies de Kasaba, Kala, Nkamba et Sumbu.

Le lac est désigné site Ramsar depuis le .

Biodiversité

vignette|gauche|190px|Un spécimen de Neolamprologus cylindricus, l'une des nombreuses espèces de cichlidés du lac. Le lac Tanganyika est très réputé pour le nombre important d'espèces endémiques. On y dénombre pas moins de de poissons cichlidés (Neolamprologus, Paleolamprologus, Altolamprologus, Xenotilapia, Julidochromis, Telmatochromis, Tropheus, Petrochromis et plus de vingt autres genres) et de non-cichlidés (Stolothrissa, Limnothrissa, Lamprichthys), dont la plupart vivent le long de la côte jusqu'à environ de profondeur. La plus grande part de la biomasse se situe dans la zone pélagique et est dominée par six espèces : deux espèces de sardines du Tanganyika et quatre espèces de Lates. La quasi-totalité des espèces de cichlidés est endémique ; plusieurs sont appréciées comme poissons d'aquarium.

Le cobra d'eau (Boulengerina annulata stormsi (Naja annulata), espèce endémique) est un reptile adapté à la vie sub-aquatique, comme les serpents marins des récifs coralliens. La partie terminale du corps est comprimée latéralement afin de faciliter la nage. Jeune, il se nourrit volontiers de Neolamprologus vivant dans les coquilles de Neothauma tanganicense (escargots endémiques du lac Tanganyika) ; adulte, il n'hésite pas à s'attaquer à des proies beaucoup plus imposantes.

Espèces vivant autour du lac : crocodiles : Crocodylus niloticus et Crocodylus cataphractus hippopotames divers oiseaux pêcheurs : hérons, aigles, pygargues, anhingas, martins-pêcheurs, etc.

Hydrologie vignette|250px|Quelques pêcheurs sur le lac Tanganyika. vignette|Mastacembelus flavidus, endémique. Le lac est connu pour la limpidité exceptionnelle de ses eaux, celle-ci permettant une visibilité atteignant les .

L'eau du lac Tanganyika est d'une extrême richesse minérale, et ses paramètres sont très particuliers. Sa conductivité est d'environ 609–620 µS/m, son pH est de 9,5 à la surface et de 8,6 à ; le TAC est de 12–19, valeur faible au regard des proportions de sels :

Principaux sels d'après le Kufferath, membre de la mission hydrobiologique Belge de 1946-47 (valeurs en milligrammes par litre) : Carbonate de sodium: Na2CO3 = 125 (anhydre) Chlorure de potassium: KCl = 59 Nitrate de potassium KNO3 = 0,5 Carbonate de lithium Li2CO3 = 4 Carbonate de calcium CaCO3 = 30 Carbonate de magnesium MgCO3 = 144 Sulfate d'aluminium Al2(SO4)318H2O = 5 Sulfate de potassium K2SO4 = 4 Sulfate de sodium Na2SO4 = 1 Chlorure ferrique FeCl36H2O = 0,5 Phosphate de sodium Na3PO4H2O = 0,4 Silicate de sodium Na2SiO3 = 13,5

Au-delà des deux cents mètres de profondeur, la vie d'êtres supérieurs est impossible ; l'absence d'oxygène, remplacé par du sulfure d'hydrogène, ne permet le maintien que de bactéries anaérobies (sulfato-réductrices). Les vents dominants durant l'été austral (venant du sud-est) provoquent des remontées de cette zone anoxique. Les poissons vivant dans ces secteurs n'ont d'autre choix que de fuir ou mourir.

Exploration hydrobiologique vignette|gauche|Pêcheurs.