Æthelstan ou Athelstan, né vers 894 et mort le , est roi des Anglo-Saxons, puis des Anglais, de 924 à sa mort. Il est considéré comme le premier roi d'Angleterre et l'un des plus grands monarques de la période anglo-saxonne de l'histoire du pays.

Fils d'Édouard l'Ancien, Æthelstan est d'abord reconnu roi par les Merciens, et rencontre une certaine résistance dans le Wessex, qui a peut-être élu roi son demi-frère Ælfweard pour succéder à Édouard. Ælfweard ne survit que quelques semaines à leur père, mais Æthelstan n'est sacré roi qu'en . Il conquiert le royaume viking d'York en 927 et devient le premier roi anglo-saxon dont l'autorité s'étend à toute l'Angleterre. En 934, il envahit le royaume d'Écosse et contraint le roi à reconnaître son autorité. Écossais et vikings s'allient contre Æthelstan et envahissent l'Angleterre en 937, mais il remporte une victoire retentissante sur leur coalition à Brunanburh.

Sous le règne d'Æthelstan, le gouvernement du royaume devient plus centralisé : il exerce un contrôle accru sur la production de chartes et convoque fréquemment à ses conseils des personnalités importantes venues de régions périphériques. Des rois étrangers, notamment gallois, assistent également à ces conseils, témoignage de leur soumission à Æthelstan. Son activité diplomatique s'étend à toute l'Europe, notamment à travers le mariage de ses sœurs à plusieurs souverains du continent. Il subsiste une grande quantité de textes de lois de son règne : ses réformes législatives s'appuient sur celles de son grand-père Alfred le Grand et témoignent de sa préoccupation quant aux atteintes à la loi et aux menaces qu'elles font peser sur l'ordre social. Æthelstan est également un roi dévot, un collectionneur de reliques et fondateur d'églises réputé. Sa cour devient l'un des principaux centres du savoir du pays, annonçant la réforme bénédictine de la fin du siècle.

Jamais marié, Æthelstan ne laisse pas d'héritier pour lui succéder. C'est son demi-frère cadet Edmond qui monte sur le trône à sa mort, en 939. Les vikings profitent de la situation pour reprendre York, qui n'est définitivement reconquise par les Anglais qu'en 954.

Contexte : la Grande-Bretagne au début du

Au début du , l'Angleterre anglo-saxonne est partagée entre quatre grands royaumes : le Wessex, la Mercie, la Northumbrie et l'Est-Anglie. Le Wessex prend l'ascendant sur la Mercie sous le règne d'Ecgberht (r. 802-839), l'arrière-arrière-grand-père d'Æthelstan, et devient le royaume le plus puissant du Sud de l'Angleterre. Les raids vikings commencent à frapper la Grande-Bretagne de plus en plus durement au milieu du . L'invasion de la Grande Armée païenne débute en 865 et détruit en l'espace de quinze ans l'Est-Anglie, la Northumbrie et la Mercie. Seul le Wessex résiste victorieusement à son avancée, et le roi Alfred le Grand remporte une victoire décisive sur les envahisseurs à Edington en 878. Alfred et le chef viking Guthrum se partagent la Mercie. Les offensives danoises reprennent dans les , mais elles sont repoussées par les armées anglo-saxonnes, menées par Alfred, son fils Édouard et son gendre Æthelred, qui gouverne la partie anglaise de la Mercie avec son épouse Æthelflæd, la fille d'Alfred. À la mort d'Alfred en 899, Édouard lui succède. Son cousin germain Æthelwold tente de s'emparer du trône, mais il est tué au combat en 902.

La guerre entre les Anglais et les vikings se poursuit sous le règne d'Édouard. En 910, les Danois de Northumbrie attaquent la Mercie, mais ils subissent une défaite cinglante à Tettenhall. Après la mort d'Æthelred de Mercie en 911, sa veuve Æthelflæd gouverne seule la région. Édouard et Æthelflæd parviennent à reconquérir la Mercie danoise et l'Est-Anglie dans les années qui suivent. En 918, Édouard profite de la mort de sa sœur pour déposer sa nièce Ælfwynn et annexer la Mercie à son royaume. À la mort d'Édouard, en 924, toute l'Angleterre au sud du Humber est soumise au Wessex. Le royaume d'York est gouverné par un viking, Sihtric, mais un Anglais nommé Ealdred continue à exercer une certaine autorité dans la région de Bamburgh, en Bernicie. Le roi règne sur l'Écosse, à l'exception du royaume de Strathclyde au sud-ouest. Enfin, le pays de Galles est divisé entre plusieurs petits royaumes, dont le Deheubarth au sud-ouest, le Gwent au sud-est, le Brycheiniog au nord du Gwent, et le Gwynedd au nord.

Sources primaires

La Chronique anglo-saxonne, qui s'étend beaucoup sur les règnes d'Alfred le Grand et d'Édouard l'Ancien, est relativement silencieuse en ce qui concerne le règne d'Æthelstan et se contente de retracer ses principales victoires. La chronique de Guillaume de Malmesbury, rédigée au début du , offre davantage d'informations, dont beaucoup lui sont uniques, mais leur véracité est débattue par les historiens modernes. David Dumville n'hésite pas à rejeter en bloc le récit de Guillaume, qu'il qualifie de et dont il regrette la popularité. suggère que Guillaume s'est inspiré d'une aujourd'hui perdue pour rédiger sa chronique, une hypothèse reprise par Sarah Foot, qui souligne néanmoins qu'il est impossible de dire à quel point Guillaume a pu « améliorer » l'original. D'autres sources narratives issues de toute l'Europe fournissent quelques renseignements indirects, à l'image des Annales de Flodoard ou de la Chronique de Nantes.

David Dumville souligne que le manque de sources souvent invoqué comme cause de l'obscurité dans laquelle gît Æthelstan est davantage une impression qu'une réalité. Chartes, textes de loi et monnaies permettent d'étudier la gestion du royaume sous son règne. Les chartes font apparaître l'entourage du roi et mentionnent dates et lieux qui permettent de retracer les pérégrinations de sa cour. C'est particulièrement le cas entre 928 et 935, époque à laquelle tous les diplômes sont l'œuvre du scribe « Æthelstan A », qu'il faut peut-être identifier à l'évêque de Lichfield Ælfwine. Cette profusion d'informations offre un contraste singulier avec l'absence complète de chartes pour la -924, un manque que les historiens peinent à expliquer et qui rend difficile toute étude de la passation de pouvoir entre Édouard et Æthelstan. Les historiens se tournent également de plus en plus vers des sources moins conventionnelles, à l'image des poèmes écrits en son honneur ou des manuscrits liés à son nom.

Biographie

Jeunesse

vignette|redresse|gauche|alt=Statue d'une femme en robe accompagnée d'un enfant, au sommet d'une colonne|Statue d'Æthelflæd avec son jeune neveu Æthelstan à Tamworth.

D'après Guillaume de Malmesbury, Æthelstan monte sur le trône à l'âge de trente ans, ce qui le ferait naître vers 894. Il est le fils aîné d'Édouard l'Ancien, et le seul issu de sa relation avec Ecgwynn, une femme très mal connue dont le nom ne figure que dans des sources postérieures à la conquête normande. Ces mêmes sources ne s'accordent pas sur son rang : elle est de noble naissance pour certaines, mais la chanoinesse allemande du Hrotsvita de Gandersheim la décrit comme de basse extraction et indigne d'être reine. Son statut reste débattu. Simon Keynes et Richard Abels estiment qu'Ecgwynn n'était que la concubine d'Édouard, ce qui expliquerait pourquoi l'arrivée au pouvoir d'Æthelstan suscite des contestations dans le Wessex. En revanche, Barbara Yorke et Sarah Foot considèrent que c'est la querelle de succession qui a donné naissance aux accusations d'illégitimité, et non le contraire : d'après elles, Ecgwynn est bien l'épouse légitime d'Édouard.

Guillaume de Malmesbury décrit une cérémonie durant laquelle Alfred le Grand offre à son petit-fils un manteau écarlate, une ceinture sertie de joyaux et une épée au fourreau doré. Pour Michael Lapidge et Michael Wood, cette cérémonie représente la désignation d'Æthelstan comme héritier possible du trône, d'autant qu'elle prend place à une période où les droits sur le trône d'Æthelwold, le neveu d'Alfred, menacent sa propre lignée. Janet Nelson rappelle que les sont marquées par des tensions entre Alfred et Édouard et propose l'hypothèse qu'Alfred ait pu vouloir diviser le royaume entre son fils et son petit-fils.

Il existe un poème acrostiche en l'honneur d'un prince « Adalstan », qui lui prédit un grand avenir. Lapidge y voit une référence au jeune Æthelstan, avec un calembour sur « pierre noble », le sens de son nom en vieil anglais. Lapidge et Wood l'attribuent à Jean le Vieux-Saxon, l'un des principaux érudits de la cour d'Alfred, qui l'aurait écrit à l'occasion de la cérémonie des cadeaux. Wood va plus loin en présentant le poème comme une preuve de la véracité du récit de Guillaume de Malmesbury et en suggérant qu'Æthelstan ait pu recevoir une éducation approfondie sous l'autorité de Jean le Vieux-Saxon. Sarah Foot préfère cependant dater le poème des premières années du règne d'Æthelstan.

Édouard se marie avec Ælfflæd vers 899, année de la mort de son père. Ce mariage est sans doute dû à la mort d'Ecgwynn, à moins qu'elle n'ait été répudiée. Il affaiblit la position d'Æthelstan, car sa belle-mère agit évidemment dans l'intérêt des fils qu'elle donne à Édouard, Ælfweard et Edwin. Le roi contracte un troisième mariage avant 920 avec Eadgifu, probablement après avoir répudié Ælfflæd. Eadgifu donne à son tour deux fils à Édouard, Edmond et Eadred. De ses trois mariages, Édouard a également plusieurs filles, dont le nombre s'élève peut-être jusqu'à neuf.

L'éducation d'Æthelstan se termine probablement à la cour de Mercie, auprès de sa tante Æthelflæd et de son oncle Æthelred. Il participe vraisemblablement aux campagnes militaires contre le Danelaw dans les . D'après une charte qui n'est connue que par une copie du début du , Æthelstan aurait accordé en 925 des privilèges au prieuré Saint-Oswald de Gloucester, où reposent Æthelred et Æthelflæd, . Il est possible qu'il ait représenté les intérêts de son père en Mercie après la mort d'Æthelflæd et l'annexion de ce royaume au Wessex.

Règne

Une succession disputée

vignette|redresse|alt=Un bloc de roche massif de couleur grise posé sur un piédestal|La pierre du couronnement à Kingston upon Thames.

Édouard l'Ancien meurt à Farndon, dans le nord de la Mercie, le . Sa mort marque le début d'une série d'événements qu'il est difficile de retracer. Il est possible que le roi défunt ait voulu que lui succède Ælfweard, l'aîné des fils de sa deuxième femme Ælfflæd, voire de procéder à un partage du royaume entre le Wessex (pour Ælfweard) et la Mercie (pour Æthelstan). Dans cette hypothèse, la déposition d'Ælfwynn en 918 aurait servi à préparer l'avènement d'Æthelstan à la tête de la Mercie. Au moment de la mort d'Édouard, Ælfweard se trouve au Wessex, tandis qu'Æthelstan se trouve apparemment auprès de son père. Il est aussitôt reconnu roi par les Merciens, mais il est possible que les barons du Wessex aient préféré élire son demi-frère. Quoi qu'il en soit, Ælfweard meurt le , n'ayant survécu à leur père que seize jours.

La mort d'Ælfweard ne semble pas avoir éteint l'opposition à Æthelstan qui règne au Wessex et tout particulièrement à Winchester, où le prince défunt est inhumé. Æthelstan se comporte dans les premiers mois de son règne comme un roi purement mercien : une charte de 925 concernant des terres dans le Derbyshire a pour seuls témoins des évêques de Mercie. David Dumville et Janet Nelson proposent d'interpréter son célibat comme une concession lui ayant permis d'être accepté comme roi, mais Sarah Foot y voit plutôt un choix d'ordre religieux.

La cérémonie du couronnement d'Æthelstan se déroule le à Kingston upon Thames, ville peut-être choisie en raison de sa situation à la frontière entre la Mercie et le Wessex. Le roi est sacré par Athelm, l'archevêque de Cantorbéry, qui rédige ou applique probablement à cette occasion un nouvel . Inspiré de la liturgie franque, cet voit le roi porter une couronne pour la première fois au lieu d'un casque. Il inspire à son tour par la suite l' de la France médiévale.