thumb|Fresque de la villa des Mystères
La peinture romaine est l'art pictural de la civilisation romaine de l'Antiquité. Parmi les mouvements picturaux de l'Antiquité, il s'agit de celui qui a le mieux résisté à l'usure du temps, essentiellement grâce aux cités vésuviennes. Comme les autres arts romains, la peinture naît et se développe à Rome par l'imitation des modèles grecs.
Par la suite, la peinture connait des évolutions sensibles, liées aux changements de goût ou de visions artistiques de la part des élites romaines.
Sources et conservation thumb|Ménade d'Herculanum La peinture romaine est l'une des écoles picturales qui a le mieux échappé à la perte généralisée de la peinture antique.
La connaissance de la peinture romaine est essentiellement due aux conditions uniques de préservation des cités vésuviennes de Pompéi, Herculanum, Stabies et Oplontis, où ont été retrouvées de nombreuses peintures, principalement des fresques murales. Les peintures pompéiennes sont datées entre le et la date de l'éruption en 79.
Un autre grand réservoir de peinture romaine est constitué par les portraits sur bois des momies du Fayoum en Égypte, datés entre la fin du et le milieu du .
Mais Rome elle-même a conservé quelques spécimens remarquables de peintures, souvent semblables aux réalisations pompéiennes mais d'une époque antérieure, confirmant par là l'élaboration des modèles dans la capitale avant leur propagation dans les provinces.
Naissance et principes généraux Les Romains ont assimilé en grande partie la peinture de la Grèce antique en imitant les modèles et les techniques et en créant d'innombrables copies dont certaines nous permettent d'approcher la compréhension des originaux. Dans le cas de la peinture murale, ils s'inspirent au début du style grec avec une tripartition verticale comprenant un socle, une section intermédiaire et une superstructure.
Souvent, presque toutes les parois internes et externes d'un édifice sont décorées de peintures murales. Des peintures ou stucs ornent aussi les plafonds et les voûtes. Ces surfaces peintes .
Époque monarchique
thumb|left|Fresque de la tombe des Fabii - Nécropole de l'Esquilin - L'un des premiers témoignages de peinture à fresque qui nous soit parvenu, 300-280 av. J.-C. Musées du Capitole.
Dès la fin du , la peinture eut une grande importance dans la production artistique médio-italique comme en témoignent les peintures des tombes étrusques, celles des Pouilles ou de Campanie, aussi bien que les sources littéraires. La citation par Pline l'AncienHistoire naturelle, Livre XXXV, De la peinture et des couleurs, XLV des peintres italiotes et sicéliotes Damophilus et Gorgasus, à propos de la décoration picturale du Temple de Cérès, Liber et Libera fondé par Spurius Cassius Vecellinus en révèle la présence d'artistes de diverses provenances mais ne démontre pas l'existence à Rome d'une école de peinture aux caractéristiques particulières.
Époque républicaine Durant la République, la base de la peinture murale romaine est le trompe l'œil.
Les principes du trompe-l'œil vignette|Une salle de la villa des Mystères, à Pompéi. À cette époque, la peinture romaine murale est très présente dans les demeures des élites. Il était courant de voir le moindre pan de mur d'une maison noble recouvert de peintures, d'où une extraordinaire richesse quantitative de décorations picturales. Ces œuvres n'étaient cependant pas uniquement le fruit de l'inventivité romaine mais un ultime produit, à bien des égards, de la culture grecque. Avec les sculptures, étaient arrivées en Italie quantité de peintures grecques et de nombreux peintres étaient partis de Grèce, de Syrie, d'Alexandrie pour s'installer à Rome.
Le développement de la peinture murale en trompe-l'œil provient de plusieurs éléments. Cet art permet en premier lieu d'agrandir les maisons, d'imiter à moindres frais les décorations sculptées. Mais dans la plupart des réalisations, un souci de réalisme vivant transparait, dans les guirlandes, les végétaux ou les masques. De même, les décors si fréquents de colonnes semi-rentrées dans le mur permet de donner l'illusion d'une pièce plus profonde ; un exemple particulièrement réussi étant fourni par la Villa des MystèresCubiculum 16, .
Deux innovations sont apportées à cette époque par les peintres pour aller au-delà des « simples » trompe-l'œil. En premier lieu les échappées factices, qui donnent l'illusion d'une fenêtre en hauteur donnant sur un paysage, typiquement avec un temple en rotonde au centre. La seconde innovation est l'ouverture simulée du mur via une perspective d'un paysage. Ces perspectives sont toutefois moins des illusions que des tableaux encadrés. Même si les premières œuvres de ce genre sont sans personnages, la peinture représentant les hommes et femmes existe bel et bien à cette époque. Les peintres en réalisent soit sous la forme de portraits peints sur le mur mais encadrés comme s'ils étaient accrochés, soit sous forme de vision théâtrale, comme si le soubassement peint était une scène de théâtre.
Les quatre styles
On situe sous Sylla et Jules César la formation d'une tradition picturale romaine à laquelle fut attribuée l'appellation de « pompéienne » parce qu'étudiée grâce aux importantes découvertes issues des fouilles archéologiques de Pompéi et des autres cités vésuviennes ensevelies sous l'éruption de 79, bien que le centre de production artistique fût certainement à Rome.
À partir des fouilles des cités pompéiennes, l'archéologue allemand August Mau propose en 1882 la définition de quatre « styles » de peinture romaine, bien qu'il serait plus correct de parler de normes décoratives. Le premier style fit l'objet d'une diffusion documentée pour toute la zone hellénistique (incrustations architectoniques peintes) documentée pour la période des Ce style est marqué par une vive polychromie (rouge, vert, jaune) avec des imitations de marbre. Le vestibule de la célèbre maison du Faune constitue un bon exemple de ce premier style pompéien, et atteste de la volonté de ses propriétaires de conserver un décor ancien malgré l'arrivée de nouvelles modes picturales. Le deuxième style (architecture feinte) est quant à lui datable entre 120 av. J.-C. pour les propositions les plus anciennes et 50 pour les exemples les plus tardifs, n'a en revanche pas laissé de traces en dehors de Rome et des cités vésuviennes. Il a a priori une origine romaine et témoigne d'une meilleure maîtrise des clairs-obscurs pour réaliser de véritables trompe-l’œil. Le troisième style, ornemental, est une réaction à l'illusionnisme du précédent. Il apparaît vers 20 av. J.-C. et disparaît sous le règne de Claude. Le quatrième style, documenté à Pompéi à partir de 60 est très riche mais ne propose rien qui ne fût déjà expérimenté dans le passé. Par la suite, l'inspiration se dessèche graduellement et la peinture présente des éléments toujours plus répétés avec une technique moins précise.
La peinture « triomphale », c'est-à-dire les tableaux portés dans les cortèges des triomphes, décrivant les événements de la campagne militaire victorieuse ou l'aspect des cités conquises est bien documentéeAndrea Mantegna a utilisé ce style pour Les Triomphes de César du Château de Hampton Court à Londres.. La peinture triomphale a certainement exercé une influence dans l'importance historique accordée à Rome.
thumb|Maison de la via Graziosa, scène de l'Odyssée (Attaque des Lestrygons)
Quelques exemples Parmi les exemples les plus intéressants de l'époque se trouvent les fresques représentant des scènes de l'Odyssée de la maison de la via Graziosa, datées entre 50 et 40 av. J.-C., probablement des copies exécutées avec diligence (et quelques erreurs comme dans les noms en grec des personnages) d'un original alexandrin perdu et datant autour de 150 av. J.-C. : on note ici, pour la première fois dans un contexte romain, une disposition parfaite des personnages dans l'espace illusionniste de la représentation qui semble alors « percer » le mur.
À la fin du , le nom d'un peintre (alors que ne s'est conservé le nom d'aucun sculpteur), Caius Fabius Pictor, probablement de famille patricienne comme le suggère son nom (« de la Gens Fabia »), est passé à la postérité pour la décoration du temple dédié à Salus en 304 av. J.-C.. La peinture de cette époque avait une finalité le plus souvent pratique, ornementale et, surtout célébrative. On a supposé que la décoration de Fabius avait un caractère narratif et historique et que la peinture républicaine représentant des scènes des guerres samnites dans la nécropole de l'Esquilin, dont la datation la plus probable se situe vers la fin du ou le début du , pouvait ressortir de ce type d'œuvres.
Première époque impériale
thumb|left|Villa de Livie de Prima Porta.
Entre et 25 on peut considérer comme pleinement accompli le développement du deuxième style pompéien, avec des exemples importants à Rome comme dans les cités vésuviennes. Inscriptible au troisième style est la décoration de la maison sous la Farnesina, aux scènes pastorales, de batailles navales ou de vues portuaires d'une grande fraîcheur et attribuées au peintre Ludius ou Studius dont parle Pline l'AncienNaturalis historia, XXXV, 16. (entre et 20 environ) ou la maison du cryptoportique à Pompéi.
À cheval entre la fin du règne d'Auguste et l'époque claudienne se trouvent les fresques de la grande salle de la Villa de Livie de Prima Porta avec la représentation d'un jardin luxuriant. Les artisans de la même corporation ont certainement œuvré à la décoration de l'auditorium de Mécène (aujourd'hui en grande partie perdue sans l'abondant catalogue photographique réalisé lors de la redécouverte). La peinture illusionniste de jardins est issue de modèles orientaux (dont on trouve des spécimens de moindre qualité dans quelques tombes de la nécropole d'Alexandrie). Les fresques de Prima Porta, grâce au fond bleu de ciel d'une grande clarté avec d'infinies variations, sont un exemple rarissime de peinture antique exprimant, outre la dimension de l'espace, le sens de l'atmosphère.
Remonte certainement également à l'époque augustéenne la fameuse salle de la villa des Mystères où l'on trouve des peintures grecques mélangées à des insertions romaines.
La maison de Livie sur le Palatin présente un exemple classique du deuxième style pompéien à Rome, avec une frise « jaune antique », des guirlandes tendues entre les colonnes peintes, l'évocation de paysages habités par leur faune, exemple vivace de peinture de bosquet en clair-obscur dérivée des modèles alexandrins.
thumb|Grotesque du quatrième style dans la Domus Aurea
Mais si les artistes romains, eu égard aux thèmes déjà pratiqués par l'art hellénistique, surent se placer dans la continuité de cette tradition, la production attachée aux thèmes locaux, privée de modèles comme les scènes historiques ou de la vie quotidienne, fut caractérisée par des résultats plus périphériques et modestement populaires comme dans la peinture de la procession de la maison de la rue de l'Abondance à Pompéi.
Les reconstructions de Pompéi après le tremblement de terre de 62 virent de nouvelles décorations, pour la première fois dans le quatrième style, né certainement durant la décoration de la Domus Transitoria e de la Domus Aurea, liée au nom du peintre Fabullus e de Néron lui-même.
La destruction de Pompéi et des autres cité vésuviennes survient sous la dynastie flavienne, conservant une grande quantité de peintures de l'époque augustéenne et julio-claudienne, bien que de niveau plus artisanal qu'artistique. Parmi les meilleurs exemples on trouve :
thumb|Fresques avec architecture fictive de la basilique d'Herculanum
Pompéi : la maison des Vettii, la maison de Loreio Tiburtino, la maison de Julia Félix, la maison de Pinario Ceriale la maison des Dioscures, la maison du Poète tragique, la maison du Cithariste, Herculanum la basilique d'Herculanum Stabies