Mahamadou Issoufou, né le Profile of Mahamadou Issoufou à Dandadji, est un homme d'État nigérien, président de la république du Niger du au . Issoufou était aussi jusqu'à cette date président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya)..
Mahamadou Issoufou est Premier ministre de 1993 à 1994, président de l'Assemblée nationale de 1995 à 1996, député à l'Assemblée nationale de 1999 à 2009 et est également quatre fois candidat aux élections présidentielles à partir de 1993. Il arrive au deuxième tour en 1999 et en 2004 face à Mamadou Tandja, qui le bat. En 2011 et en 2016, il remporte les scrutins présidentiels avec respectivement 57,95 % et 92,51 % des voix. Malgré plusieurs controverses lors de ses mandats, son bilan ainsi que son engagement répété à un départ du pouvoir dans le respect des règles constitutionnelles lui valent de recevoir en le prix Mo Ibrahim, qui récompense la bonne gouvernance et le leadership démocratique des dirigeants africains.
Jeunesse et études Mahamadou Issoufou est né en décembre 1951 à Dandadji dans la région de Tahoua, au Niger. Il appartient à l'ethnie haoussa.
Mahamadou Issoufou obtient une licence de mathématiques de l'université de Niamey en 1975. Il poursuit ensuite ses études à l'université des sciences et techniques du Languedoc de Montpellier de 1975 à 1976 (obtention de la maîtrise en mathématiques et applications fondamentales) ; à l'université Pierre-et-Marie-Curie de 1976 à 1977 (diplôme d'études approfondies de probabilités et statistique) et à l'École nationale supérieure des mines de Saint-Étienne (France) de 1977 à 1979, d'où il sort avec le diplôme d'ingénieur civil des mines.
Pendant ses études en France, il est membre de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France et soutient des idées socialistes.
Carrière professionnelle Ingénieur des mines, il est directeur national des mines au ministère des Mines et de l'Industrie de 1980 à 1985 ; de 1985 à 1991, il occupe successivement les postes de secrétaire général, directeur des exploitations puis directeur technique de la Société des mines de l'Aïr (SOMAIR, filiale d'AREVA)Niger: Areva entre rêves et revers, lexpress.fr, 20 avril 2013. Il en démissionne pour entamer une carrière politique.
Carrière politique À la faveur des mouvements démocratiques des années 1990, il crée, avec plusieurs de ses anciens compagnons des mouvements estudiantins, notamment de lycée et d'université, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), de sensibilité socialiste.
Candidat à l'élection présidentielle de 1993 Il prend part à l'élection présidentielle organisée au Niger après l’avènement de la démocratie pluraliste au sortir de la conférence nationale souveraine de 1992. Troisième après Mamadou Tandja et Mahamane Ousmane à l'élection de 1993, son parti a créé, avec la CDS et l’ANDP de Moumouni Adamou Djermakoye, un regroupement dénommé l'Alliance des forces du changement (AFC) ayant permis l’élection au second tour de Mahamane Ousmane face à Mamadou Tandja en 1993.
Premier ministre, président de l'Assemblée et élections présidentielles successives Après qu'il a été nommé Premier ministre, des dissensions apparaissent rapidement au sein de l'AFC et l’alliance vole en éclats à la suite de sa démission le . De nouvelles élections législatives anticipées le ramènent en 1995 au poste de président de l’Assemblée nationale, jusqu’au coup d'État militaire mené par Ibrahim Baré Maïnassara en .
Avec l’élection de Mamadou Tandja qui le bat au deuxième tour de l'élection présidentielle en 1999, il rentre dans l’opposition dont il devient le chef de file, et occupe un poste de député jusqu'à la dissolution par le président Tandja de l’Assemblée nationale en 2009.
Opposant à Tandja Depuis l’annonce par le président Tandja de son intention de rester au pouvoir au-delà de ses deux mandats réguliers, le clivage s’est renforcé entre les protagonistes politiques au Niger. Mahamadou Issoufou préside le Front pour la restauration de la démocratie qui regroupe les forces démocratiques et les centrales syndicales nigériennes en lutte contre le plan « Tazartché » du président Tandja. Avec ce plan, un référendum est organisé par le gouvernement et boycotté par l’opposition pour l’adoption d'une Constitution instaurant la sixième République. Mamadou Tandja est renversé le par l'armée, menée par Salou Djibo, qui promet de rendre le pouvoir aux civils en 2011.
Élection présidentielle de 2011 Mahamadou Issoufou est investi candidat de son parti, le PNDS, le . Il arrive en première position lors du premier tour de l'élection présidentielle du face à neuf autres candidats. Avec 36,06 % des suffrages exprimés, il est opposé au second tour, le , à Seyni Oumarou du MNSD qui a obtenu 23,24 % des voix au premier tour. Avec le soutien du MODEN-FA Lumana (Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine) de Hama Amadou, il s'impose au second tour avec 57,95 % des voix, la participation ayant chuté de 51,56 % à 48,17 % des inscrits Le Figaro.fr, Issoufou Mahamadou est élu président. Il est investi le et nomme comme Premier ministre Brigi Rafini.
Présidence vignette|Mahamadou Issoufou, en habits traditionnels en 2012. vignette|Barack Obama, Mahamadou Issoufou et Michelle Obama à la Maison-Blanche en 2014. vignette|Le Premier ministre, Narendra Modi et Mahamadou Issoufou, lors du 3ème Sommet du Forum Inde Afrique, à New Delhi le 28 octobre 2015. vignette|Paolo Gentiloni et Mahamadou Issoufou en 2017.vignette|Le Premier ministre Shinzō Abe avec Mahamadou Issoufou au palais d'Akasaka en 2019. Malgré le départ de l’alliance au pouvoir du parti MODEN-FA/Lumana qui avait contribué à amener au pouvoir Mahamadou Issoufou en 2011, le gouvernement est resté stable, jouissant de la majorité à l’Assemblée nationale. Pour être de « large ouverture » comme le voulait le président Issoufou, il a connu un profond remaniement en , marqué notamment par l’entrée de plusieurs hauts responsables des partis de l’opposition, notamment le MODEN-FA et le MNSD. Sur le plan diplomatique, le régime du président Mahamadou Issoufou se caractérise par un engagement fort pour l’intégration économique régionale et la sécurité dans la zone sahélienne. Lors de la crise malienne, le président Issoufou a engagé des troupes (plus de 600 soldats) et plaidé auprès de ses pairs de la région, de la France et des Nations unies notamment, pour la constitution de la MINUSMA (Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali).
Il s'engage aussi dans des initiatives de promotion de la paix notamment à travers la création du Haute Autorité à la Consolidation de la Paix.
Président en exercice du G5 Sahel en , affirmant que 25 % du budget nigérien est consacré à l’éducation, rendue gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans et ayant renforcé l’enseignement de l’histoire des religions à l’école pour mieux contrer la radicalisation, Mahamadou Issoufou plaide pour un plus grande intégration économique dans la région pour favoriser le développement et donner des perspective à la jeunesse africaine : .
Sur les questions militaires, il donne carte blanche à l’Armée française, qui dispose d’une base à Niamey. La forte proximité entre l'armée française et le gouvernement de Mahamadou Issoufou est critiquée par certains diplomates français, pour qui : « Parce que c’est ancré dans leur culture, les militaires pensent que, pour faire face à la menace terroriste, il faut un homme fort à la tête du pays. Ils ne veulent pas comprendre que le soutien apporté à des autocrates peut aussi pousser des personnes à rejoindre les groupes terroristes, ou du moins à en devenir des sympathisants. »
Il compte parmi les principaux promoteurs de la controversée zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC). centré|vignette|383x383px|Photo de groupe au sommet du G7 de 2017 en Italie
Réélection en 2016 Mahamadou Issoufou est réélu le pour un second mandat à la présidence de la république. Il est investi à ce poste le . Il est réélu à 92,51 % des voix, l'opposition ayant boycotté l'élection.
Controverses En 2018, la publication d'une nouvelle loi de finances est l'objet d'une série de manifestations. Les manifestants reprochent à la loi de créer de nouveaux impôts appauvrissant la population alors que de l'autre côté, des cadeaux fiscaux sont prévus pour les entreprises de télécommunication. Les manifestations conduisent à l'arrestation de 26 activistes de la société civile, dont certains passent plus de six mois en détention. Une pétition pour leur libération est créée sur la plateforme change.org. Depuis ces évènements et la dégradation de la situation sécuritaire au Niger, plus d'une vingtaine de rassemblements et manifestations sont interdites, le motif d'interdiction le plus utilisé étant le , selon le mouvement Tournons la page dans un rapport publié en .
En , un scandale de détournement de fonds éclate à la suite d'un audit au ministère de la défense nationale où plusieurs dizaines de milliards de francs CFA (plus d'une centaine de millions d'euros) auraient été détournés par des membres du gouvernement lors de l'achat de matériel militaire. Ce scandale arrive dans une période d'insécurité grandissante au Niger où les attaques des groupes terroristes contre les positions gouvernementales sont récurrentes, notamment deux attaques de grande envergure à Inatès et Chinégodar, laissant de nombreuses familles endeuillées. Une manifestation est organisée le pour affirmer le soutien de la population aux Forces de Défense et de Sécurité nigérienne et demander que les coupables des détournements soient traduits en justice. Organisée en pleine pandémie de Covid-19 qui voit le gouvernement interdire les rassemblements de plus de personnes, la manifestation conduit à des affrontements avec les forces de l'ordre faisant au moins trois morts. Quinze autres personnes sont également arrêtées dont trois restent 6 mois et demi en prison.
Plusieurs lois adoptées pendant le mandat de Mahamadou Issoufou provoquent la controverse en raison de leurs conséquences sur les libertés publiques. La première est la Loi N°2019-33 du portant répression de la cybercriminalité, qui punit dans son article 31 de six mois à trois ans d’emprisonnement la « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ou à porter atteinte à la dignité humaine ». Ces deux notions, vagues et non définies, ont servi de prétexte à l’arrestation notamment de blogueurs ou journalistes dans l’exercice de leur travail. Depuis , au moins dix personnes ont été poursuivies sur ce fondement.
Le seconde est la Loi N°2020-019 du portant interception de certaines communication émises par la voie électronique au Niger. La loi est jugée liberticide par les organisations de défense des droits humains et l'opposition car son article 2 édicte que « Peuvent être autorisés […] les interceptions de communication émises par voie électronique ayant pour objet, la recherche de renseignement suivants : atteinte à la sûreté de l’État […] », sans définir « l’atteinte à la sûreté de l’État ». Le fait que ces interceptions ne soient pas autorisées par un juge mais par le « Président de la République ou la personne par lui déléguée » est également critiqué. La loi est adoptée malgré un avis défavorable de la Cour constitutionnelle nigérienne.
Le , l'organisation Civicus place le Niger sur sa liste de pays en surveillance, qualifiant son espace civique d'. À l'approche des élections générales de , la répression de l'espace civique s'accroît encore au Niger au point que le , l'organisation Civicus va déclasser une deuxième fois le pays en moins de six mois en qualifiant son espace civique de .