La chevauchée d', commencée le avec le débarquement des troupes anglaises dans le Cotentin et qui se termine par le siège de Calais et sa prise le , est un long raid dévastateur du roi d'Angleterre sur le sol français. Cette expédition ravage une grande partie de la Normandie, du Vexin, du Beauvaisis, du Vimeu, du Ponthieu, du Boulonnais et du Calaisis. Elle culmine le par la bataille de Crécy qui voit les Anglais remporter une victoire éclatante sur la chevalerie française.
On peut toutefois considérer que cette expédition se termine réellement, le , par l’arrivée victorieuse du roi d’Angleterre à Sandwich, après la capitulation de Calais, le .
Contexte Le roi de France étant mort, en 1328, sans enfants mâles, , son neveu par sa mère Isabelle de France, fille de , prétend que la couronne de France lui appartient. Philippe de Valois, plus éloigné d'un degré, mais parent du côté paternel, l'emporte au jugement des pairs, selon l'observation de la loi salique qui ne permet pas qu'une femme transmette le trône puisqu'elle ne peut l'obtenir pour elle-même. Il monte sur le trône et somme son rival de venir lui rendre hommage pour la Guyenne et le comté de Ponthieu. Édouard résiste mais, craignant de perdre ses immenses domaines en France, est contraint de remplir son devoir de vassal. Il se rend, avec une suite nombreuse, le à la cathédrale d'Amiens rendre hommage à . Cette démarche humiliante excite un ressentiment profond, et il ne tarde pas à vouloir en tirer vengeance.
Le , à l'abbaye de Westminster, lance publiquement un défi à son cousin de Valois. Il conteste sa légitimité et revendique la couronne de France pour lui-même. C'est le début de la guerre de Cent Ans. Lors de sa première campagne en 1339, Édouard bataille d'abord sur le Ponthieu, où il obtient quelques succès, puis fait le siège de Cambrai. En 1340, après avoir tenu sa cour à Gand et pris le titre de , engage la seconde campagne sur mer et sur terre où il pratique la politique de la terre brûlée. Elle se solde, en , par la défaite française lors de la bataille navale de l'Écluse. Ensuite la guerre se prolonge sans rien produire de décisif, jusqu'à la conclusion de la trêve d'Esplechin le . La trêve expire le lorsque apprend que se dispose à confisquer le Ponthieu. Il y envoie de nouvelles troupes, mais il est trop tard, les Abbevillois, ruinés par les impôts levés par les Anglais et fatigués de leurs vexations, viennent de s'armer et de chasser leurs oppresseurs. En , se met en marche pour soutenir les révoltés et reconquiert toute la province à la fin de l’année.
Préambule vignette|gauche|Le débarquement d’ dans le Cotentin. ayant obtenu pour son fils, Guillaume Bertrand, la main de Jeanne Bacon, riche héritière normande et fille de Bacon du MolayFrançois Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, ., Geoffroy d'Harcourt sire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, second prétendant à ce mariage, s'engage, début 1342, par vengeance dans une guerre privée contre son rival. Le roi intervient alors contre Geoffroy d’Harcourt en ordonnant la saisie de ses biens et l’exile le . Celui-ci se réfugie en Angleterre, où il reconnaît, le , comme roi de France.
Durant l'hiver 1345-1346, décide d’entreprendre une campagne afin de débarquer en Guyenne pour faire lever le siège d'Aiguillon, commencé en - par le duc Jean de Normandie. La ville était défendue par Jean de Norwich, le comte de Derby, le comte de Pembroke Lawrence Hastings, Gauthier de Mauny et des capitaines anglais très expérimentés disposant d’une garnison de d’armesCertaines chroniques anglaises l’affirment ainsi que Jean Froissart dans ses chroniques - Livre I Partie I chapitre CCLXIV.. Quatre assauts par quatre corps de troupes différents furent successivement donnés et énergiquement repoussés. Il fallut faire venir de Toulouse l’artillerie nécessaire et le siège traîna en longueur ; au mois d’août, les Français étaient encore devant Aiguillon.
Forces anglaises en présence Le nombre d'Anglais débarqué à la Hougue n'est pas facile à déterminer. Jean Froissart donne les chiffres de :
, équipés de longbow ; soit , dont combattants.
Mais certains historiens modernes estiment que le chroniqueur surévalue l'importance de l'armée anglaise. L'estimation se situe entre - chez Jonathan Sumption et chez WrottesleyAndrew Ayton, « The english Army and the Normandy campaign of 1346 » dans David Bates, Anne Curry (dir), England and Normandy in the Middle Ages, London/Rio Grande: Hambledon P., 1994, .. Le chroniqueur Henry Knighton, rapporte qu’il fallut bâtiments (ships, cogs et barges) pour transporter l’armée d'Édouard sans compter les navires (crayers, flûtes et pinasses), destinés à porter les approvisionnements et l'intendance. D'autres citent communément le chiffre de . Dans le vaisseau amiral prit place le roi et son fils aîné le prince de Galles, et autour d'eux, le maréchal Thomas de Beauchamp comte de Warwick, le connétable Guillaume de Bohon comte de Northampton, Jean de Moyon, comte d'Oxford, Guillaume de Montaigu, Jean d'Arcy, Jacques Andeley, Richard FitzAlan comte d'Arundel ainsi que Geoffroy d'Harcourt.
redresse=1.3|vignette|Chevauchées de la de la guerre de Cent Ans. redresse=1.3|vignette|La chevauchée d' en 1346.
Déroulement 20px = Troupes anglaises de 20px = Troupes françaises de
Débarquement anglais Du au 20px Le roi d'Angleterre réunit plus d’un millier de navires dans les rades de Portsmouth et de Southampton.
20px Il hisse les voiles pour la Guyenne. Des vents contraires rejetant la flotte sur la Cornouaille, il met à l’abri son armada dans les ports environnants pendant une semaine puis la réunit à nouveau. Sur les conseils du seigneur de Saint-Sauveur-le-Vicomte Geoffroy d'Harcourt, qui pensait qu’un soulèvement d'une partie de la noblesse normande dans le Cotentin était possibleLa prise de Caen par page 1., Jean Froissart rapporte les paroles de Geoffroy d'Harcourt : .
20px Édouard part de l'île de Wight et met le cap sur le Cotentin. (mercredi) 20px La baie n’étant pas fortifiée, débarque tranquillement, avec à Saint-Vaast-la-Hougue. Les troupes débarquées attaquent immédiatement le port de Barfleur, mais pas le château trop fortifié. 20px Les Anglais sont toutefois assaillis par , surnommé « le Chevalier au Vert Lion », et son fils ainé Robert , qui avec , tentent en vain d’empêcher l'armée anglaise de débarquer à Saint-Vaast-la-Hougue. Robert est blessé ainsi que son fils et ils durent se retirer avec seulement trente survivants de leur troupe. au 20px La prise de Barfleur permet aux restants de débarquer, avec l’intendance. Le débarquement terminé, la ville est totalement ravagée. Pendant ce temps, dans l’église de Quettehou, nomme maréchaux Geoffroy d’Harcourt et le comte de Warvich Thomas de Beauchamp, et connétable le comte d’Arundel Richard FitzAlan. Quettehou est ensuite dévasté. Une autre partie des forces, celles sous le commandement de Geoffroy d’Harcourt débarque dans la baie des Veys et détruit tous les châteaux de la région d'Isigny car ils appartenaient à la famille des Bertran de Bricquebec. Le château de l'Hermerel situé à Géfosse-Fontenay est totalement détruit. Dans le hameau de la Peinterie situé à Morsalines, avant de tout brûler, le roi fait séparer son armée en trois batailles (corps) plus la marine : - sur le côté gauche, formant l'avant-garde, elle fut confiée au fils aîné du roi assisté du comte de Northampton, connétable, du comte de Warwick, maréchal, de Barthélemy de Burghersh et de Jean de Moyon ; - au centre, au milieu des terres avec ( d’armes, et à pied), sous les ordres du roi, et rassembla entre autres le comte d'Oxford, Édouard de Montaigu, Richard Talbot et Geoffroy d'Harcourt ; - sur le côté droit, commandé par l'évêque de Durham, et formant l'arrière garde, avec les comtes d'Arundel et de Suffolk, Hugues Despencer et Guillaume de Canteloup ; La marine, avec d’armes et , commandée par le comte de Hostidonne, devait prendre toutes les nefs, petites ou grandes, qu’ils trouveraient et les emmener avec eux. Cette « tactique » fut employée afin de ratisser très large et jeter une terreur plus grande dans le pays, permettant aux soldats de piller, dévaster et brûler toutes les places dont ils s’empareraient. Les villes qui ouvraient leurs portes n’étaient pas plus épargnées que celles qui résistaient.
Mise à sac de la Normandie Renonçant aux règles de la chevalerie en vigueur, pratiqua un combat fondé sur la destruction et la terreur, le tout avec rapidité et efficacité, le pillage, l’incendie, la torture, le viol étant une mise en condition pour faire céder les prochaines villes.
20px Les Anglais s’emparent de Guernesey. Entre le et le 20px Les razzias, pillages et incendies se succèdent. Surpris et terrorisés par les « godons », les Normands ouvrent leurs villes dont les défenses n’auraient pu résister à un assaut. Le val de Saire est dévasté, Saint-Vaast-la-Hougue, Barfleur, Montfarville et le village ainsi que le château d'Anneville-en-Saire sont pillés et brûlés. Les « godons » attaquent et assiègent, vainement, Cherbourg, mais ses faubourgs sont toutefois totalement dévastés.
20px Philippe de Valois reçoit des messagers, envoyés par , lui annonçant le débarquement. Il envoie son connétable, , à Caen pour .
20px Le débarquement terminé, Édouard se met en campagne, pille et brule Montebourg puis Valognes, où Édouard, divise son armée en deux parties.
20px Saint-Côme-du-Mont et Coigny sont ravagés.
20px Carentan est livrée aux flammes, le pont d'Ouve est refait pour laisser passer les troupes qui sont à nouveau réunies.
20px Le pays de Bohon est traversé, Pont-Hébert est pillée et le pont réparé, les faubourgs d’Avranches sont brulés.
20px Pour son premier fait d’armes, après avoir jugé la situation depuis le plateau du Montcocq, le prince de Galles prend Saint-Lô facilement, les défenseurs ayant pris la fuite. Avec une grande violence, la ville est ensuite dévastée, pillée et la population mise à rançon. et sa suite sont accueillis au château de la Vaucelle. 20px Philippe soulève l’oriflamme à Saint-Denis. (dimanche) 20px les Anglais pillent Torigny-sur-Vire, Le Molay-Littry et Cormolain.
20px Le roi d'Angleterre est à Torteval ; Villers-Bocage est prise et Édouard y laisse une garnison.
20px Fontenay-le-Pesnel et Evrecy sont brulées, la flotte anglaise détruisant les villes et villages côtiers arrive dans l’estuaire de l’Orne. Le soir, il passe au large de Caen et établit son camp à Ouistreham et ses troupes dans les plaines d’Ardenne, de Couvrechef et d'Hérouville. 20px se met en marche, en direction de Rouen. vignette|redresse=1.3|Prise de Caen.
20px Les troupes anglaises arrivent devant Caen, en trois batailles, drues et serrées, semant la panique. Les gens d’armes et archers anglais chassant et tuant les habitants qui fuyaient, profitent de l’épouvante et entrent dans la ville. Jean vicomte de Melun, comte de Tancarville et réfugiés au château se rendirent au seigneur Thomas Holland (1er comte de Kent) qui toucha environ de rançon. fut libéré contre . Toutefois les Caennais ayant tué, le premier jour, dans des combats de rues plus de , le roi d’Angleterre en représailles . Mais Godefroy de Harcourt fit changer le roi d’Angleterre d’avis et les envahisseurs pillèrent la ville et les abbayes durant trois jours. Draps, joyaux, vaisselle d’or et d’argent et autres prises furent transportés à Ouistreham chargés sur des navires en direction de l’Angleterre. Ces navires transportaient également et bourgeois prisonniers qui furent libérés par la suite contre rançon.
vignette|redresse=1.3|Ce plan est ultérieur à la bataille, mais permet de comprendre la structure urbaine de Caen au Moyen Âge.
20px Bayeux est attaquée. Édouard écrit à son conseil afin de lui demander d'envoyer des renforts au Crotoy. 20px Philippe décrète la mobilisation générale. Les combattants doivent se rassembler à Paris et Amiens.