Un été inoubliable () est un film dramatique réalisé et coproduit par Lucian Pintilie, sorti en 1994. C’est une coproduction franco-roumaine, son scénario étant écrit par le réalisateur à partir d’un chapitre de roman de Petru Dumitriu.

Les personnages principaux sont un capitaine roumain et sa femme, que le service de l’officier mène à la frontière roumano-bulgare de la Dobroudja du Sud. Des terroristes y attaquent et tuent des soldats roumains, c’est pourquoi leur unité prend en otages des paysans bulgares innocents. Les supérieurs du capitaine ordonnent à celui-ci de les exécuter mais il refuse, sa carrière étant ainsi compromise.

Le rôle de l’épouse est interprété par Kristin Scott Thomas, ce rôle étant l’un des plus importants de sa carrière.

Le film a eu en général une bonne réception critique, aussi bien en Roumanie que dans d’autres pays.

Synopsis

L’action du film a lieu pendant l’été 1925Section d’après le contenu d’image et textuel du film.. À cette époque-là, la Roumanie détient, à la suite de la Deuxième guerre balkanique (1913), la Dobroudja du Sud, ayant appartenu jusqu’alors à la Bulgarie. Des troupes roumaines y gardent la frontière.

Le film commence par le départ en permission, de la frontière dans la petite ville de garnison, d’un lieutenant, Turtureanu. Il va au bordel avec l’un de ses camarades, où ils font la fête. Une personne vient de la part des autorités, qui leur rappelle que le bordel est provisoirement fermé. L’une des prostituées, Erzsi, d’origine hongroise, proteste avec véhémence, en insultant l’officiel de façon vulgaire, en roumain et en hongrois. Celui-ci devient vite plus indulgent lorsque la tenancière lui offre une boisson et lui donne de l’argent. L’homme se limite alors à demander seulement que les filles ne se montrent pas aux fenêtres, parce que dans la maison d’en face il y aura un bal important.

Quand les invités au bal sont en train d’arriver, Erzsi se montre quand même, en présentant son derrière nu. Un groupe d’officiers, parmi lesquels Turtureanu, se tient dans la rue en la regardant. Le général Ipsilanti apparaît, qui ordonne à Turtureanu et à un autre officier de résoudre la situation. Erzsi s’oppose à eux, en criant des slogans du régime communiste de la République hongroise des conseils, liquidée en 1919 avec la contribution de l’armée roumaine. Turtureanu la frappe durement, en disant qu’on n’a pas fait la Grande Roumanie pour que Erzsi s’en moque.

Le bal est donné par madame Vorvoreanu, née Lascari, une famille de boyards. Apparaissent le capitaine Petre Dumitriu et sa femme. Mme Vorvoreanu cause avec son frère, Șerban Lascari. Elle attire l’attention de celui-ci sur la femme du capitaine, qu’elle appelle Maria-Theresia von Debretzy, en disant que c’est leur nièce. Son père, Debretzy, provenait d’une famille de la noblesse magyare. En voyageant en Roumanie, il a connu Sofia Lascari, leur sœur, et ils sont tombés amoureux. Sofia est allée en Transylvanie, appartenant à l’époque (avant la Première guerre mondiale) à la Hongrie, contre la volonté de sa famille, et ils se sont mariés. Maria-Theresia est leur fille. Son père a été tué à Budapest sous le régime de la République des conseils. Quand l’armée roumaine a pénétré en Hongrie, le capitaine a sauvé Maria-Theresia d’une tentative de viol par des soldats roumains. Ils se sont mariés et établis en Roumanie. Maria-Theresia a appris parfaitement le roumain, mais avec une prononciation d’Oxford, parce qu’elle a été élevée en Angleterre. Ils ont trois enfants. Mme Vorvoreanu lui en veut. Selon elle, Maria-Theresia est arrogante, parce qu’elle ne fréquente pas la partie roumaine de sa famille. Mme Vorvoreanu dit aussi que le général Ipsilanti, chef de l’état major de la division en garnison dans la ville, a jeté son dévolu sur Maria-Theresia, et c’est pour cela qu’elle a invité la jeune femme. Celle-ci danse avec son mari mais pour la danse suivante, Ipsilanti la lui prend sans un mot et fait la cour à Maria-Theresia, qui le traite avec ironie.

Pour échapper aux tentatives d’Ipsilanti, le capitaine demande sa mutation. Le général ordonne aussitôt au supérieur direct du capitaine de le muter à la frontière avec la Bulgarie, à la place d’un autre officier, tué par les comitadjis, des terroristes qui combattent l’armée roumaineDans une interview, Lucian Pintilie rappelle que, comme le dit un personnage du livre de Petru Dumitriu, ces comitadjis étaient des terroristes aroumains payés par le gouvernement bulgare ()..

Le capitaine et toute sa famille, Eva, la gouvernante des enfants, avec leur chien Eros, leurs meubles et leur clavecin, traversent le Danube par bac. Ils sont gais, mais quand ils arrivent à l’endroit plutôt misérable où est stationnée la compagnie désormais commandée par le capitaine, sa femme regarde autour d’elle avec une certaine inquiétude. Son mari la console, en lui disant qu’ils ne vont pas y rester longtemps, mais Maria-Theresia répond que l’endroit lui plaît et elle commence tout de suite à installer la famille.

Les enfants et leur mère se baignent gais dans une grande cuve à l’extérieur. De loin, une femme portant un sarouel et ses deux enfants, les regardent intrigués. Maria-Theresia les appelle pour leur donner du chocolat, mais les trois lui tournent le dos et s’en vont.

La façon de se manifester des époux donne à comprendre qu’ils s’aiment. La famille cherche à vivre sa vie heureuse dans les nouvelles conditions aussi. Le soir de leur arrivée, ils dînent à la table mise avec soin, élégamment vêtus, puis ils font de la musique, mais brusquement, quelque chose casse leur miroir vénitien. Ils ne s’en inquiètent pas outre mesure.

Le lieutenant Turtureanu fait partie de la même compagnie. Une fois, un groupe de soldats vont en patrouille, commandés par le capitaine et le lieutenant. Ils aperçoivent un groupe d’hommes qui causent et rient autour d’un feu. Un soldat tire un coup de feu par erreur et les autres vont à l’attaque sans ordre. Ceux du groupe se répandent en courant et un soldat tombe à terre et reste immobile. On ne sait pas qui a tiré sur lui.

Dès le début, Turtureanu se présente comme une figure négative. Il est perçu comme tel par Maria-Theresia, qui le traite avec indifférence. Cela dérange le lieutenant, qui profère des jurons y compris concernant l’origine magyare de la femme, certes, quand le couple ne l’entend pas. Un soir, quand les époux restent devant la maison à admirer une colline que Maria-Theresia a baptisé Fuji yama, ils tressaillent quand derrière eux, Turtureanu roue de coups un soldat, à quoi Maria-Theresia réagit douloureusement. Le capitaine admoneste le lieutenant qui se justifie en disant que dans toutes les unités on bat les soldats. Le capitaine lui interdit de recommencer.

Une nuit, des comitadjis tuent les soldats négligents d’un piquet sur la frontière. Un groupe de la compagnie y va mais ne peut plus que ramasser les cadavres et les ramener à la compagnie. Maria-Theresia voit qu’on leur a coupé les lèvres et elle est saisie d’effroi.

Un matin, Maria-Theresia est réveillée par les rires de ses enfants qui se tiennent en compagnie de quelques paysans bulgares travaillant au potager. Elle rappelle les enfants à l’intérieur et demande à son mari pourquoi ces gens sont là. Il lui dit qu’ils sont arrêtés à cause de l’attaque et qu’il doit enquêter dans l’affaire, tout en sachant qu’ils n’y sont pas impliqués.

Le capitaine s’en va, étant convoqué dans la question des gens arrêtés. Maria-Theresia leur sert du vin et promet que leur travail sera payé. Le soir, elle commence à leur donner de l’argent, pendant que Turtureanu les fait entrer un à un dans le bureau et les bat. De retour à la compagnie, le capitaine annonce à sa femme qu’il a reçu l’ordre d’exécuter les paysans, en représailles pour l’attaque des comitadjis. Le colonel commandant le régiment l’appelle par téléphone et lui demande de rapporter l’exécution de l’ordre. Le capitaine lui réplique qu’il attend un ordre écrit avant de l’exécuter.

Les femmes des paysans essayent d’arriver à leurs maris mais le soldat qui les garde ne les laisse pas. Pendant ce temps, le capitaine commande des exercices à un groupe de soldats. Ses deux fillettes et la gouvernante aident les paysans à arroser le potager. Quoiqu’elle connaisse l’ordre, Maria-Theresia cherche à rassurer Petko, l’un des paysans, en lui disant qu’ils seront libérés.

Le commandant du régiment et le général Ipsilanti viennent à la compagnie. Le capitaine demande à celui-ci aussi un ordre écrit. Le général vante son intelligence, sa culture et sa bonne formation, comme des qualités qui sont rares dans l’armée, et lui prédit une brillante carrière s’il exécute l’ordre, mais la fin de celle-ci dans le cas contraire. Pour le moment, il le laisse réfléchir. Le capitaine invite ses supérieurs à déjeuner. Au cours du repas, Ipsilanti apprécie la qualité de la salade, à quoi Maria-Theresia répond qu’elle ne serait pas aussi bonne sans les paysans bulgares, et elle prend leur défense comme elle défendraient, dit-elle, tous les gens malheureux, avec qui elle sympathise.

Turtureanu entre dans le bureau pour faire une réclamation contre le capitaine, puis le capitaine y entre à son tour et redemande un ordre écrit. Alors Ipsilanti lui prend le commandement de la compagnie. Commandé par le lieutenant, un groupe de soldats emmène les paysans. Petko implore qu’on les épargne, et Maria-Theresia essaye de le rassurer en mentant qu’il ne seront pas tués mais reconduits dans leur village.

Plus tard, quand la famille, tendue, essaye de dîner, on entend des coups de feu lointains. Alors, Maria-Theresia en colère ramasse la salade de l’assiette de chacun, dit qu’elle est pourrie et la jette. Ensuite elle va au miroir cassé, l’enlève et, d’un trou à la hauteur de la cassure, elle extrait une balle.

Le capitaine est convoqué par le général Cilibia, le commandant de division. Celui-ci accuse sa femme de communisme, parce qu’elle a pris la défense des paysans, et traite le capitaine de salaud en l’accusant de plusieurs choses : il a épousé une Hongroise, une femme du peuple ennemi de la nation roumaine, il n’exécute pas les ordres du gouvernement, il le compromet lui, le général, en tant qu’un de ses subordonnés qui refuse d’exécuter un ordre. Il le menace de le faire muter d’une garnison à l’autre sous les commandants les plus insupportables, et lui prédit de prendre sa retraite ayant toujours le grade de capitaine. Finalement, pour l’offenser, il lui demande si Erzsi, la prostituée, et sa femme se connaissent depuis longtemps, étant du même endroit. Le capitaine porte machinalement la main à son sabre, mais le général s’excuse avec ironie. Après avoir quitté le bureau du général, le capitaine est tenté de se suicider. Finalement, il ne le fait pas, mais éclate en sanglots.

La famille se dirige vers le bac dans sa voiture à chevaux. Elle est suivie par la femme de Petko, vêtue de noir, qui répète en criant le nom de son mari. Toutes les femmes en deuil s’assemblent sur la colline au bord du Danube. L’une des fillettes court dans en enclos plein de moutons et sa mère se précipite à sa suite. Les femmes y courent aussi en criant des malédictions, et quelques-unes se mettent à frapper Maria-Theresia. Son mari court la sauver et tue l’une d’elles par un coup de pistolet.

Le film finit par les paroles de l’ancien petit garçon de la famille, qui se rappelle, adulte, que pendant quelques jours il a demandé à sa mère quand Petko reviendrait, à quoi elle ne répondait pas, ensuite elle a commencé à boire et lui, il a oublié Petko mais non cet été-là aussi, le plus bel été de son enfance.

Fiche technique

Titre original : Titre français : Un été inoubliable Réalisation : Lucian Pintilie Scénario : Lucian Pintilie, d’après Chronique de famille de Petru Dumitriu Musique : Anton Șuteu Décors : Călin Papură, Paul Bortnovschi Costumes : Miruna Boruzescu Photographie : Călin Ghibu