Edgar le Pacifique, (Edgar the Peaceful en anglais) né vers 943 ou 944 et mort le , est roi d’Angleterre de 959 à sa mort.
Deuxième fils d', il devient le souverain des Merciens et des Northumbriens dès 957, puis de toute l'Angleterre à la mort de son frère aîné Eadwig. Son règne est marqué par la réforme monastique menée par les archevêques Dunstan de Cantorbéry et Oswald d'York, ainsi que par l'évêque Æthelwold de Winchester. Les sources ne mentionnent que de rares événements survenus sous son règne, parmi lesquels son sacre, en 973, lors d'une cérémonie grandiose à Bath.
Edgar n'est âgé que d'une trentaine d'années lorsqu'il meurt, en 975. Il laisse deux jeunes fils, Édouard et Æthelred, qui lui succèdent tour à tour sur le trône. Par contraste avec leurs règnes troublés, celui d'Edgar est considéré a posteriori comme un âge de paix et de prospérité pour l'Angleterre. Le surnom de « Pacifique » lui est attribué par le chroniqueur du Jean de Worcester.
Contexte
vignette|alt=Une carte indiquant quelques lieux mentionnés dans l'article|Carte de l'Angleterre sous le règne d'Edgar.
Au début du , l'Angleterre est partagée en deux : au nord et à l'est se trouve le Danelaw, une colonie de peuplement danoise née des invasions vikings du siècle précédent, tandis que le sud et l'ouest sont occupés par le royaume anglo-saxon du Wessex, qui a victorieusement résisté aux assauts vikings sous le règne d'Alfred le Grand (871-899). Son fils et successeur Édouard l'Ancien (899-924) conquiert la région des Cinq Bourgs et l'Est-Anglie.
Le fils aîné d'Édouard, Æthelstan (924-939), parachève l'unification de l'Angleterre en s'emparant du royaume viking d'York en 927. Il reçoit également la soumission des autres souverains de Grande-Bretagne : les rois d'Écosse et de Strathclyde, le seigneur de Bamburgh (une poche anglo-saxonne ayant subsisté au nord du Danelaw, dans l'ancien royaume de Northumbrie) et les roitelets du pays de Galles. Sa victoire à la bataille de Brunanburh, en 937, renforce la position dominante de la maison de Wessex en Grande-Bretagne. Les successeurs d'Æthelstan, (939-946) et Eadred (946-955), sont confrontés à plusieurs seigneurs vikings qui tentent de s'imposer dans le Nord de l'Angleterre. La région leur est définitivement acquise à la mort du Norvégien Éric à la Hache sanglante, en 954.
Biographie
Origines et jeunesse
Edgar est le plus jeune des deux fils d' et de sa première femme Ælfgifu. Il naît en 943 ou 944, année de la mort de sa mère qui est enterrée et vénérée comme sainte à l'abbaye de Shaftesbury, un couvent auquel elle a fait de nombreux dons de son vivant. Orphelin de mère, Edgar est éduqué par Ælfwynn, la femme de l'ealdorman Æthelstan Demi-Roi ; une fois majeur, en 958, il lui exprime sa gratitude en lui offrant un domaine à Old Weston, dans le Huntingdonshire. Edgar grandit ainsi dans la maisonnée d'Æthelstan Demi-Roi, qui est l'un des principaux soutiens laïcs du mouvement réformateur bénédictin et compte l'abbé Dunstan de Glastonbury parmi ses proches. C'est peut-être pour cela qu'il se montre à son tour l'allié sincère des réformateurs monastiques une fois sur le trône.
Edgar et son frère aîné Eadwig apparaissent dans les sources contemporaines en 955, année où ils commencent à attester sur les chartes de leur oncle Eadred. Leur absence avant cette date suggère qu'ils ne sont pas souvent présents à la cour durant leur enfance. Peu avant sa mort, Eadred concède le d'Abingdon-on-Thames à Æthelwold, un moine de Glastonbury qui le refonde suivant les principes de la réforme bénédictine. Edgar est éduqué dans cette nouvelle abbaye d'Abingdon sous la tutelle d'Æthelwold, qui en est devenu l'abbé. Cela contribue vraisemblablement à son adhésion aux principes de la réforme monastique.
Eadred meurt le et Eadwig, l'aîné de ses neveux, lui succède sur le trône. Celui-ci souffre d'une réputation posthume très négative, étant généralement dépeint comme un monarque irresponsable ou incompétent. Il semble avoir cherché à s'émanciper des différentes factions qui dominent la cour et entre en conflit avec certains conseillers de son oncle, en particulier Dunstan qu'il contraint à l'exil. Sa grand-mère Eadgifu disparaît presque totalement des chartes et affirme par la suite avoir été spoliée de ses biens sous son règne. En revanche, Edgar est très présent à la cour de son frère et une charte lui donne même le titre de .
L'hostilité dont Eadwig est la cible s'explique probablement en partie par la manière dont il promeut ses alliés, notamment Ælfhere, nommé ealdorman en Mercie en 956, au détriment de figures bien établies comme Dunstan. Parmi les autres ealdormen nommés par Eadwig se trouvent Æthelstan Rota en Mercie, Byrhtnoth pour l'Essex et Æthelwald, le fils aîné d'Æthelstan Demi-Roi, en Est-Anglie. Ces hommes sont tous issus de familles bien établies et ils conservent tous leur poste sous le règne d'Edgar, signe que leur élévation n'est pas aberrante.
Roi des Merciens
En 957, le royaume d'Angleterre est divisé entre Eadwig, qui conserve le Wessex, et Edgar, qui devient roi de Mercie. La Tamise constitue la frontière entre leurs domaines. L'origine de cette division est incertaine : elle pourrait aussi bien être le fruit d'un coup d'État contre Eadwig que d'un arrangement entre les deux frères. La plus ancienne hagiographie de Dunstan affirme qu'Eadwig est rejeté par les habitants du Nord de l'Angleterre parce qu'il est un mauvais roi, mais l'auteur de ce texte, qui n'est connu que par son initiale « B. », est biaisé en faveur de Dunstan et en défaveur d'Eadwig ; il se trouve probablement en exil avec Dunstan au moment de la division du royaume. Plusieurs historiens modernes la considèrent tout de même comme la conséquence d'une crise politique engendrée par les tentatives manquées d'Eadwig de renouveler les élites du royaume.
Néanmoins, les quatre versions de la qui mentionnent la division du royaume le font d'une manière qui laisse entendre qu'il s'agit d'un événement naturel, voire attendu. Les manuscrits D et F la datent de 955, comme si elle avait été décidée avant la mort d'Eadred, mais n'avait pu être appliquée avant les quatorze ans d'Edgar. Les chartes montrent que les barons du royaume ne se répartissent pas en fonction de leurs affinités, mais sur des critères strictement géographiques : les évêques et ealdormen dont les domaines se trouvent au sud de la Tamise continuent à témoigner sur les chartes d'Eadwig, alors que les autres apparaissent sur celles d'Edgar. L'historien Simon Keynes note que l'unification de l'Angleterre est alors si récente qu'elle n'est pas forcément considérée comme allant de soi. Le partage pourrait s'inscrire dans la tradition de royauté partagée établie de longue date chez les Anglo-Saxons, tradition à laquelle s'oppose l'Église. Æthelwold se lamente ainsi de l'unité perdue du royaume, pour laquelle il blâme la jeunesse et l'ignorance d'Eadwig.
Quelles que soient les origines du partage, les deux frères ne sont pas sur un pied d'égalité. Eadwig conserve le titre de « roi des Anglais » sur ses chartes, tandis qu'Edgar est seulement « roi des Merciens » ou plus rarement « roi des Merciens, des Northumbriens et des Bretons ». Les pièces de monnaie sont toutes frappées au nom d'Eadwig jusqu'à sa mort, même celles provenant d'ateliers situés au nord de la Tamise. Rien n'indique une quelconque rivalité entre les deux frères, mais ils sont en désaccord sur au moins un sujet : Dunstan, qu'Edgar rappelle de son exil pour le nommer évêque de Londres, puis de Worcester.
Roi d'Angleterre
vignette|alt=Un parchemin couvert de texte écrit serré à l'encre noire. Le bas de la page est occupé par une liste de noms sur quatre colonnes.|Cette charte de 963 enregistre une donation d'Edgar à un certain Ingeram dans l'Essex.
Eadwig meurt le sans laisser d'enfants, ce qui permet à Edgar de devenir seul roi de toute l'Angleterre. Son ancien précepteur Æthelwold occupe dès lors une place prépondérante à ses côtés jusqu'à sa nomination comme évêque de Winchester, en 963. Dunstan, qui accède quant à lui au siège archiépiscopal de Cantorbéry en 959, reste une présence importante à la cour tout au long de son règne. Dans la sphère laïque, Æthelstan Demi-Roi s'est retiré dans un monastère en 956 et les principaux ealdormen du royaume au début des années 970 sont Æthelwine d'Est-Anglie, Ælfhere de Mercie, Oslac d'York et Byrhtnoth d'Essex.
Les listes de témoins des chartes n'enregistrent pas de grands bouleversements politiques entre les années 960 et le début des années 970, mais elles présentent davantage de noms provenant du Nord de l'Angleterre à partir de la fin des années 960. Cette région est alors divisée en deux grands domaines, l'un autour de Bamburgh et l'autre autour d'York. Osulf de Bamburgh gouverne les deux depuis que Éric à la Hache sanglante a été chassé d'York en 954. À sa mort, Edgar est en mesure de placer à York un homme à lui en la personne d'Oslac, mais son autorité dans la région n'est pas suffisante pour lui permettre de choisir le successeur d'Osulf à Bamburgh.
Durant cette période où plusieurs rois successifs meurent jeunes, les ealdormen apportent une continuité bienvenue, mais les familles d'Æthelwine d'Est-Anglie et d'Ælfhere de Mercie, solidement établies sur leurs bases, menacent la stabilité du royaume par leurs rivalités. Edgar est en mesure de les maîtriser, mais ces tensions dégénèrent en conflit ouvert après sa mort. À partir de 970, on ne trouve plus mention d'ealdormen au sud de la Tamise, peut-être parce qu'Edgar préfère s'appuyer sur des officiers royaux de rang inférieur comme les reeves pour gouverner cette région. Ce n'est qu'après sa mort que trois nouveaux ealdormen sont nommés dans le Sud.
L'historien Peter Rex remarque que le règne d'Edgar se distingue par l'absence d'opposition interne comme externe à son autorité. Aucune attaque viking sur l'Angleterre n'est documentée durant cette période, même si plusieurs campagnes militaires prennent place. En 966, le Westmorland est ravagé par les troupes d'un certain Thored, fils de Gunnar, qu'il faut peut-être identifier au Thored qui devient par la suite ealdorman d'York, et le roi écossais mène plusieurs raids en Northumbrie dans les années 970. L'ealdorman Ælfhere dévaste quant à lui le Gwynedd, dans le nord du pays de Galles, en 967.
La stabilité de l'Angleterre repose en partie sur sa puissance navale, qui est louée par la Chronique anglo-saxonne et exagérée par les chroniqueurs ultérieurs, comme Jean de Worcester qui prétend qu'Edgar dispose d'une flotte de avec laquelle il fait le tour de la Grande-Bretagne tous les étés. Sans aller jusque là, il est probable que l'organisation navale observée sous le règne d'Æthelred le Malavisé trouve ses origines dans la marine de son père. Celle-ci se compose sans doute en partie de mercenaires vikings, un expédient auquel d'autres rois anglais ont recours avant et après lui.
Le sacre de 973 et l'assemblée de Chester
vignette|Ce vitrail moderne à l'abbaye de Bath représente le sacre d'Edgar par Dunstan et Æthelwold.