Pont-Audemer est une ancienne commune française du département de l'Eure, et de la région Normandie. Elle fait partie du parc naturel régional des Boucles de la Seine normande.

Ses habitants sont les Pont-Audemériens.

Depuis le , c'est une commune déléguée de la commune nouvelle de Pont-Audemer.

Géographie Localisation Pont-Audemer est la principale commune du nord-ouest du département de l'Eure en région Normandie. Implantée au cœur de la vallée de la Risle, elle se situe précisément à l'intervalle entre les régions naturelles du Roumois à l'est et du Lieuvin à l'ouest.

Hydrographie La commune est traversée par la Risle, le ruisseau de Tourville. et la Véronne..

Les bras de la Risle et les canaux les reliant donnent à la ville un attrait touristique certain. C'est de ses canaux que lui vient le qualificatif touristique de « Venise normande ».

Milieux naturels et biodiversité Zone humide protégée par la convention de Ramsar Marais Vernier et Vallée de la Risle maritime..

Parc naturel régional Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande..

Natura 2000 Risle, Guiel, Charentonne..

ZNIEFF de type 1 Le marais de Pont-Audemer.. Les prairies du ricque des cailloux et de la rivière des échaudés.. Le bois des fiefs.. Les prairies à l'est de Pont-Audemer.. Cette ZNIEFF, qui concerne également les communes de Corneville-sur-Risle et de Manneville-sur-Risle, se distingue par la présence d'espèces de libellules fauves et de gomphes vulgaires limitées à la Risle. Par ailleurs, les ruisseaux et les fossés abondant sur l'ensemble de la zone abritent des agrions de Mercure. Les cavités de la côte de la pierre..

ZNIEFF de type 2 La basse vallée de la Risle et les vallées conséquentes de Pont-Audemer à la Seine.. La vallée de la Risle de Brionne à Pont-Audemer, la forêt de Montfort..

Toponymie Le nom de la localité est attesté sous la forme latinisée ad duos Pontes « deux ponts » en 715, Pontem Aldemari en 1025, Aldemari Ponte vers 1040., Pons Aldemari en 1135 (Orderic Vital), Ponteaudomarus en 1150 (charte de Hugues, archevêque de Rouen), Pons Aldemer vers 1190 (cartulaire de l’Isle-Dieu), Pons Audomarus en 1263 (recueil des ordonnances)..

Le déterminant -Audemer permet de faire la différence avec Pont-l'Évêque et Pont-Authou.

Il s'agit d'une formation toponymique médiévale en Pont-, dont le second élément -Audemer représente l’anthroponyme de type germanique Haldemar. ou Aldemarus (comprendre Aldemar, la désinence -us latinisant dans les textes rédigés en latin médiéval) qui a régulièrement abouti à Audemer en français (cf. latin alba > aube et latin mare > mer). Ce type de formation Pont + nom de personne est assez tardif, par rapport à la formule inverse Nom de personne + pont comme Radepont (Eure), Senarpont (Somme), etc. En revanche, elle est plus fréquente. La Normandie en compte plusieurs dont Pont-Bellanger (Calvados); Pontchardon (Orne); Pontaubault (Manche); Pontorson (Manche), etc.

Remarque : le nom de la commune est compris « eau de mer » par étymologie populaire, motivée par l'homophonie vraie avec l'élément aqueux et salin, c'est pourquoi la prononciation traditionnelle est Pont-Iau-de-Mé en normand.

Histoire Antiquité L'historien local Alfred Canel présentait Pont-Audemer comme une agglomération secondaire gallo-romaine.

Toutefois, cette ancienneté est aujourd'hui mise en douteSébastien Lefèvre, « Analyse topographique d'une petite ville normande au Moyen Âge : les origines et le développement de Pont-Audemer du », Des châteaux et des sources. Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2008, .. Car, si le site est certes propice à l'occupation humaine (point de franchissement sur la Risle, proximité des forêts et de prairies), les découvertes archéologiques ne sont pas suffisamment probantes pour prouver l'existence d'un pôle d'habitat à l'époque antique. Les vestiges ou les objets retrouvés sont en effet peu nombreux et peu structurés. Une voie antique traversait probablement le site et constituait le premier point de franchissement de la vallée de la Risle. Toutefois, son importance devait être faible puisque la route n'apparait pas sur les deux célèbres documents routiers antiques que sont la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'AntoninSébastien Lefèvre, ibid, .. Il est possible que Pont-Audemer se limitât à l'époque romaine à un simple établissement routierSébastien Lefèvre, idem.

Moyen Âge La ville est citée pour la première fois en 715 dans la Chronique des abbés de Fontenelle sous le nom de duos Pontes, c'est-à-dire « Deux Ponts » en latin, en référence aux deux localités : Pont-Audemer et Pont-l'Évêque. C'est plus tard que le qualificatif Audemer fut adjoint à l'appellatif Pont pour marquer cette différence avec Pont-l'Évêque, mais également avec Pont-Authou. Jacques Le Maho estime qu'Audemer pourrait être Audemarus, le fils du comte de Poitiers Ramnulf, mort en 890, et héros du siège de Paris de 885-887. Il aurait protégé la ville des Vikings au Jacques Le Maho, « Jardins et vergers du haut Moyen Âge en Normandie orientale () », Les paysages ruraux en Normandie, actes du des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, Caen, Annales de Normandie, ..

À l'occasion du traité de Saint-Clair-sur-Epte, le roi , cède le comté de Rouen au chef scandinave Rollon. Pont-Audemer fait certainement partie de la donation. En effet, la tradition rapporte qu'un fidèle compagnon de Rollon, Bernard le Danois, reçut Pont-Audemer mais cette attribution reste difficilement vérifiable. En tout cas, Pont-Audemer est située au cœur d'une région où la colonisation nordique fut importante, comme en témoigne l'abondance des toponymes anglo-scandinaves et le faible nombre de ceux qui sont antérieurs à la période pré-normande. Vers 995, Torf, seigneur de Pont-Audemer et de Torville, fils de Bernard le Danois, noue une alliance avec Ertemberge Bertran..

Jusqu'au , la localité n'était pas un centre administratif important ou le chef-lieu d'une seigneurie. Selon l'historien Sébastien Lefèvre, elle dépendait certainement du village voisin de TourvilleSébastien Lefèvre, ibid, .. Pour attirer la population et augmenter leurs revenus, les descendants de Bernard le Danois y fondèrent un bourg. Dès lors, les indices d'une importance de Pont-Audemer se multiplient. Une charte évoque un marché dès 1034-1035. Orderic Vital parle d'un port maritime au milieu du . Du temps de Guillaume le Conquérant, le seigneur de Pont-Audemer était Onfroi de Vieilles, également seigneur de Beaumont, un partisan de Guillaume. Dans ses vieux jours, Onfroy se retira dans le monastère de Préaux qu'il avait restauré, et ses domaines furent répartis entre ses fils : Roger pour la seigneurie de Beaumont et Robert pour celle de Pont-Audemer. À la mort de ce dernier, Pont-Audemer passa aux mains de Roger. Pont-Audemer est ainsi devenu le chef-lieu d'un honneur dominé par la puissante famille de Beaumont.

Une foire se déroulait dans le bourg au moins depuis les années 1118-1120. En 1120, c'est (1104-1166) qui hérite de la ville à la suite de son père .. Un château est mentionné en 1123. Situé sur la rive droite de la Risle, sur le mont Carmel, il est aujourd'hui presque entièrement détruit. La place forte, possession de , qui était l'un des principaux points de franchissement de la vallée de la Risle et assiégé par le duc-roi à partir de la fin à la suite de la révolte de nobles normands à la Croix-Saint-Leufroy. Le siège du château, dans lequel se sont retranchés des chevaliers normands et français, dont Louis de Senlis, futur bouteiller de France, et Raoul Fils Durand commandant de la place-forte, dure, selon Orderic Vital, six semaines à l’issue desquelles prend la forteresse. Louis et Raoul avec leurs compagnons se rendent, ont la vie sauve et certains d'entre eux gagnent Beaumont où se trouve le comte de Meulan, , l'un des révoltés, et quelque français. Comme lors de la prise de Montfort, avait au préalable brûlé la ville de Pont-Audemer.

Au , Pont-Audemer poursuit sa croissance et présente des caractères de type urbain. Elle est le siège d'une vicomté, circonscription fondamentale de l'administration locale en Normandie. Quatre paroisses la composaient (Saint-Ouen, Saint-Aignan, Saint-Germain et Notre-Dame). Un système d'enceintes semblait protéger le bourg entre les deux bras de la Risle et le quartier Saint-AignanSébastien Lefèvre, ibid, .. Le dynamisme économique est indéniable. De nombreux artisans s’installent, créant notamment des ateliers de tannerie. Pont-Audemer abrite l'une des plus importantes communautés juives en Normandie aux .

La ville est prise par Philippe Auguste en et se voit accorder une charte communale. Le roi y installe le siège d’un bailliage tout spécialement pour un de ses hommes de main, Lambert Cadoc, chef d’une bande de routiers, qui s’était mis au service du roi de France lors de l’annexion du duché de Normandie. Ce dernier pressure la ville et ses habitants, multipliant taxes et détournements. Les Pont-Audemériens vont se plaindre au roi qui relève Cadoc de ses fonctions et supprime, vers 1219-1220, le bailliage qui sera par la suite rattaché à celui de Rouen. En 1262, le lendemain de la décollation de saint Jean, s'y tient un concile provinciale de Normandie..

En 1354, à la suite du traité de Mantes, la ville est cédée par le roi à son gendre le roi , avec de nombreuses autres terres normandes.. En 1356, Jean le Bon assiège la ville et doit battre retraite à la suite de l'arrivée d'une petite armée anglaise commandée par le duc de Lancastre, Henri de Grosmont appuyée par Philippe de Navarre et Geoffroy d'Harcourt..

En 1358, le bâtard de Mareuil avec plusieurs hommes d'armes dont Jacques de Pipes, Friquet de Friquant et messire de Foudriguais, s'empare de la ville..

En 1378, la ville est assiégée par l'amiral Jean de Vienne avec l'appui de canons venus de Paris. La cité défendue par Martin-Sans-Dureté se rendit le à Du Guesclin.

La guerre de Cent Ans cause de grands ravages à la ville. Vers la fin de la guerre, à la faveur d'un coup de main anglais, en 1449, sur Fougères, Charles VII rompt une trêve établie depuis 1446. Dunois, parti d'Évreux le , prend d'assaut Pont-Audemer le après quatre jours, faisant prisonnier .. Le château et les remparts de la ville, qui s’étaient apparemment trop facilement donnés aux Anglais, sont rasés. La guerre s'achève quelques semaines plus tard avec la bataille de Formigny.

Aussi, la ville avait-elle besoin d'un nombre considérable de réparations. Par lettres patentes, le roi soutint en les dépenses pour les réparations des chaussées, des chemins et du pavage de la ville..

Temps modernes

Après la fin de la guerre, on reconstruisit la ville. Ainsi on décide de reconstruire l'église romane Saint-Ouen, endommagée, devenue trop petite et dépassée dans cette période où le gothique resplendit. Un nouvel édifice plus vaste est bâti sous la direction de Michel Gohier. Au , poursuite de l'élévation de la nef avec le triforium, l'amorce des fenêtres hautes et le voûtement des cinq premières travées des bas-côtés, par Guillaume Morin et Thomas Théroulde. Mais les guerres de Religion interrompent malheureusement le chantier de ce magnifique édifice : on a besoin d’argent pour se protéger des protestants qui menacent : armement, reconstruction des remparts… En vain ! La ville tombe aux mains des huguenots. Le chantier ne reprendra jamais, laissant l’église actuelle, unique, avec son chœur, son transept roman et sa nef, ses bas-côtés et son clocher gothique.

Les guerres de Religion terminées, la ville se relève et l’économie y devient très florissante. Son cœur s’installe définitivement sur la rive gauche de la Risle, sur la paroisse Saint-Ouen, le quartier Saint-Aignan, rive droite, n’est plus qu’une paroisse résidentielle de moindre importance.