La République populaire mongole, nom également traduit par république populaire de Mongolie, est le régime politique de la Mongolie entre 1924 et 1992. Le pays était alors un État satellite de l'Union soviétique. Le Parti révolutionnaire du peuple mongol, d'orientation marxiste-léniniste, gouvernait en tant que parti unique.
Prise du pouvoir par les communistes
vignette|gauche|Horloogiyn Choybalsan. Jusqu'en , la Mongolie est sous la souveraineté de l'empire mandchou des Qing. En , à la faveur de la révolution en Chine, la Mongolie proclame son indépendance, avec le Bogdo Khan comme souverain. En , la république de Chine, à la faveur de la guerre civile russe, déploie des troupes en Mongolie et obtient de celle-ci la signature d'un traité renonçant à son autonomie. En , la Mongolie est ensuite envahie par les troupes blanches de Roman von Ungern-Sternberg, qui prennent le contrôle du pays. Ungern-Sternberg est chassé en par l'Armée rouge et le Parti populaire mongol, soutenu par les Bolcheviks, instaure un système de . Le Bogdo Khan demeure officiellement à la tête de l'État mais les communistes mongols, dont les principaux dirigeants sont le ministre de la Guerre Damdin Sükhbaatar (ou Süke-bator) et son vice-ministre Horloogiyn Choybalsan, détiennent la réalité du pouvoir. Lénine voit alors la possibilité de faire passer la Mongolie directement . Damdin Sükhbaatar meurt soudainement le , à l'âge de trente ans, mais sa disparition ne modifie pas le cours politique dans le pays. Le souverain meurt en , sa disparition sonnant le glas du régime théocratique en Mongolie ; dès le mois d', le Parti populaire se réunit et prend le nom de Parti révolutionnaire du peuple mongol. Le Grand Houral d’État tient sa session inaugurale du au de la même année et proclame l'instauration de la République populaire mongole, ainsi que l'adoption de la constitution. Horloogiyn Choybalsan est nommé commandant en chef de l'armée avec le titre de maréchal. La ville d'Ourga est rebaptisée Oulan-Bator () en l'honneur de Sükhbaatar.. Par sa subordination à l'URSS, la Mongolie fait dès lors figure de précurseur des pays du bloc de l'EstArchie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, 2009, pages 78-79.
Historique du régime
Durant toute la période de l'entre-deux-guerres, la Mongolie demeure un pays fermé et isolé sur le plan diplomatique. Constituant l'un des premiers États communistes en Asie, la Mongolie est également, à l'époque, l'un des seuls régimes de ce type au monde. En août 1926, la République populaire mongole noue des relations diplomatiques avec la république populaire de Tannou-Touva, autre État satellite de l'URSS : chacun des deux États est alors le seul au monde à reconnaître l'autre, à l'exception de l'URSS. Tannou-Touva est par ailleurs absorbé en 1944 par l'URSS, qui devient alors l'unique pays à reconnaître le régime communiste de MongolieSarah C.M. Paine, Imperial Rivals: China, Russia, and Their Disputed Frontier, M.E. Sharpe, 1996, page 329.
L'histoire de la République populaire mongole se confond en grande partie avec l'adoption progressive d'un système , selon les directives données en 1921 par Lénine à Sükhbaatar. L'académicien mongol Chagdariin Bira distingue trois phases dans l'histoire du régime, marquées chacune par l'adoption d'une constitution nouvelle. La première constitution, celle de 1924, met en place les institutions administratives et politiques du pays. La seconde, adoptée le , vise à promouvoir la croissance économique et sociale. La troisième, adoptée le , entend parachever l' dans tous les domaines. Premières années 300px|vignette|gauche|Premier congrès de l'État qui a examiné et approuvé la première constitution En 1924, Balingiin Tserendorj devient chef du gouvernement, et Peljidiyn Genden chef de l'État. Les premières années, de 1924 à 1939, voient se structurer le Parti révolutionnaire du peuple mongol, avec son comité central et son bureau politique. L'assemblée législative du Grand Houral constitue l'équivalent mongol du Soviet suprême et coiffe le pouvoir exécutif en choisissant et démettant les ministres. Le poste de président du parlement correspond, sur le plan constitutionnel, à celui de chef de l'État. Le territoire du pays est réorganisé et divisé en aïmag (provinces), elles-mêmes divisées en sum (districts). Plus tard sont créées des unités de travail (les negdel ou coopératives rurales) correspondant au territoire des sum et subdivisées en brigad (brigades de travail) ou en kheseg (sections) elles-mêmes encore subdivisées en suuri (groupes de quelques familles). Une monnaie nationale, le Tugrik, est mise en circulation en 1925 et des mesures fiscales pénalisent les gros propriétaires laïques ou religieux qui, en 1926, possèdent encore 50 % du cheptel.
Des purges sanglantes contre l'opposition sont mises en œuvre, avant même la proclamation officielle de la République, par le ministre de la Guerre Horloogiyn Choybalsan, qui devient chef de l'État en 1929 : plusieurs dizaines de milliers de personnes y trouvent la mort. Entre 1925 et 1928, le régime communiste mongol met en place une politique de collectivisation de l'agriculture, qui s'avère ruineuse pour l'économie du pays. Dans les années 1928-1930, les troupeaux et les biens des monastères sont confisqués au profit des petits éleveurs. Des mesures douanières dissuasives sont appliquées aux commerçants étrangers (Chinois, Soviétiques, Britanniques, etc.) tandis que quelques entreprises nationales sont créées. Les premières années du régime sont marquées par des rivalités politiques internes au parti et par une socialisation trop rapide de l'économie, qui provoquent une grave crise économique durant jusqu'en 1932.
En 1932, la collectivisation forcée des terres et des troupeaux et l’interdiction du lamaïsme, entraînent une insurrection générale réprimée par l’Armée populaire. Entre 1932 et 1939, la politique expansionniste de l'empire du Japon, qui crée à la frontière mongole l'État fantoche du Mandchoukouo, pousse l'URSS à installer des troupes en Mongolie. Peljidiyn Genden, chef du gouvernement, se montre réticent à purger le clergé bouddhiste comme le prônait Joseph Staline et, soucieux de maintenir une certaine indépendance nationale, s'oppose à ce que l'URSS augmente sa présence militaire en Mongolie. Convoqué à Moscou en 1936, il tient tête à Staline et semble s'être vivement disputé avec ce dernier : cela lui vaut d'être démis de toutes ses fonctions et assigné à résidence près de la mer Noire. L'année suivante, il est arrêté sur l'accusation d'être un espion à la solde des Japonais, transféré à Moscou, puis exécuté. Son éviction et sa mort laissent les mains libres à la ligne dure du PPRM, et notamment à Choybalsan qui occupe alors le poste de ministre de l'intérieurShagdariin Sandag, Harry H. Kendall, Frederic E. Wakeman, Poisoned arrows:The Stalin-Choibalsan Mongolian massacres, 1921-1941, Westview Press, 2000, pages 69-78.
La période 1937-1939 est marquée par des purges draconiennes contre l', tant laïque que religieuse. Une violente campagne anti-religieuse est notamment lancée pour éradiquer la foi bouddhiste en MongolieChristopher Kaplonski : "Thirty thousand bullets : remembering political repression in Mongolia", in Kenneth Christie and Robert Cribb, eds., Historical Injustice and Democratic Transition in Eastern Asia and Northern Europe : Ghosts at the Table of Democracy, London 2002, p. 156. Les quelque 700 monastères que compte le pays sont mis à feu et à sang, les lamas étant tenus pour responsables de la résistance des Mongols à la modernisation de leur pays. Des milliers de moines sont mis à mort : un charnier de crânes a été découvert en 1991 au nord-ouest du pays, mais les experts avancent des chiffres de dix à vingt fois plus élevés. Les religieux survivants sont contraints de reprendre la vie laïque et de partager le sort des petits éleveurs. La répression de l'opposition est également accentuée : les purges politiques et les persécutions religieuses des années 1920-1930 causent environ morts, sur une population de habitants. Choybalsan supervise les purges staliniennes en Mongolie et, avec le soutien de l'URSS, élimine ses rivaux à la tête du régime, d'abord le premier ministre Anandyn Amar, qu'il remplace à la tête du gouvernement en 1939, puis le secrétaire général du parti Banzarjavyn Baasanjav. Genepil}, dernière épouse du dernier souverain théocratique le Bogdo Khan, dont l'existence rappelait encore l'ancien ordre politique et religieux, est également assassinée. À la même époque, une série de traités d'alliances, passés en 1921, 1934 et 1936, complètent progressivement l'inféodation de la Mongolie à l'URSS. Le marxisme-léninisme est enseigné à l'école et l'apprentissage du russe devient obligatoireMelvyn C. Goldstein, Cynthia M. Beall, The Changing World of Mongolia's Nomads, University of California Press, 1994, pages 24-25.
La première période d'existence de la République populaire mongole, malgré l'ampleur et le caractère sanglant des purges politiques, connaît certains effets positifs : la population s'accroît et passe de en 1925 à en 1935 ; le cheptel, pratiquement la seule ressource du pays, fait plus que doubler dans la période. La scolarisation des enfants fait d'importants progrès : touchant 576 enfants seulement en 1924, elle en touche en 1940. La mortalité infantile est divisée par plus de trois et le nombre de médecins passe du nombre de 2 pour tout le pays en 1925, à 108 en 1940. Dès 1940, la République mongole entame sa deuxième phase de , par la mise en œuvre de plans quinquennaux destinés à favoriser la croissance économique et sociale : ce processus est cependant retardé par la Seconde Guerre mondiale, qui mobilise près de la moitié du budget de l'État. Le , Yumjagiyn Tsedenbal, économiste de formation alors âgé de 23 ans, devient secrétaire général du comité central du Parti révolutionnaire du peuple mongol, tandis que Choybalsan continue de dominer la politique mongole en tant que chef du gouvernementAlan Sanders, Historical Dictionary of Mongolia, Scarecrow Press, 2010, page 482.
Participation à la guerre mondiale
La menace japonaise se précise à la fin des années 1930, alors que la seconde guerre sino-japonaise fait rage : la dispute autour d'une zone frontalière revendiquée par le Mandchoukouo, État créé par le Japon en Mandchourie, dégénère en 1939 en incident frontalier, puis en guerre ouverte où les troupes de l'empire du Japon et du Mandchoukouo affrontent les troupes soviétiques et mongoles. Grâce au soutien de l'URSS, les Japonais sont repoussés, et concentrent ensuite leurs efforts militaires vers le sud, dans le cadre du conflit contre la république de Chine.
En 1940, la Mongolie adopte sa nouvelle constitution, sur le modèle soviétique. L'économie du pays est organisée en 1941 afin de servir principalement les besoins de l'URSS dans le cadre du conflit mondial. À la conférence de Yalta, Staline pose comme condition à son entrée en guerre contre les Japonais la reconnaissance par la Chine de l'indépendance de la Mongolie ; Tchang Kaï-chek finit par céder. Le , la Chine signe avec l'URSS un traité d'amitié et reconnaît la souveraineté mongole, ce qu'elle refusait de faire depuis 1931 ; s'il met un terme aux revendications de la Chine sur le territoire de l'ex Mongolie-extérieure, le traité met également fin aux espoirs de Horloogiyn Choybalsan d'annexer la Mongolie-Intérieure, qui demeure partie intégrante de la ChineBruce E. Elleman (dir), Mongolia in the 20th Century: Landlocked Cosmopolitan, M.E. Sharpe, 2000, pages 147-148. Dans le même temps, la République populaire mongole participe avec l'URSS à l'invasion de la Mandchourie, fournissant une base stratégique et des renforts de troupesDavid M. Glantz, The Soviet Strategic Offensive in Manchuria, 1945: August Storm, Frank Cass Publishers, 2003, page 155.
Après-guerre