Djerba, parfois orthographiée Jerba ( ), est une île de la mer Méditerranée d'une superficie de ( sur 20 et un littoral de ) et située à l'est de la côte orientale tunisienne. Plus grande île des côtes d'Afrique du Nord, localisée au sud-est du golfe de Gabès qu'elle borde par ses côtes orientales et septentrionalesÉgalement appelé « petite Syrte », par opposition au golfe de Syrte ou « grande Syrte » qui se trouve le long de la côte de Libye., Djerba ferme au sud le golfe de Boughrara. Sa principale ville, Houmt Souk, rassemble à elle seule des .

Anciennement appelée Gerbi ou Zerbi, l'île aurait été traversée par Ulysse. Les Carthaginois y fondent plusieurs comptoirs, les Romains y construisent plusieurs villes et y développent l'agriculture et le commerce portuaire. Passée successivement sous domination vandale, byzantine, arabe, ottomane, puis française, Djerba est devenue depuis les années 1960 une destination touristique populaire. Elle demeure marquée à la fois par la persistance de l'un des derniers parlers berbères tunisiens, le tamazight de Djerba, l'adhésion à l'ibadisme d'une partie de sa population musulmane et la présence d'une importante communauté juive dont la tradition fait remonter la venue à la destruction du Temple de Salomon par l'empereur Nabuchodonosor II en 586 av. J.-C.

L'île est reliée au continent, au sud-ouest par un bac qui conduit d'Ajim à Jorf et au sud-est par une voie de sept kilomètres, dont la première construction remonterait à la fin du , entre la localité d'El Kantara et la péninsule de Zarzis.

Toponymie Djerba est connue depuis l'Antiquité par la tradition qui fait d'elle l'île des Lotophages décrite dans lOdyssée d'Homère, ce qui lui vaut d'être souvent appelée Lotophagitis (du grec ancien ou ).

Ibn Khaldoun rapporte que Djerba est constituée à l'origine par des Jarba qui donnent leur nom à l'île. C'est une tribu berbère Lemaïa, appartenant à la grande famille zénète des Beni Faten...

Selon l'historien et géographe Salah-Eddine Tlatli, jusqu'au l'île a eu plusieurs noms : le Périple du Pseudo-Scylax la nomme Brachion () ou « Île des hauts-fonds », Hérodote Phlâ, Polybe, Théophraste et tous les auteurs latins Meninx (). On l'a aussi surnommée l'« île des Lotophages », selon une tradition qui remonte au moins à Ératosthène.. En ce qui concerne son nom actuel, Salah-Eddine Tlatli avance l'explication suivante : C'est vers la fin de la période romaine qu'on rencontre pour la première fois le nom de Gerba ou Girba, donné à une ville située sur l'emplacement actuel de Houmt Souk (capitale de l'île). Auparavant, au , Ptolémée mentionne déjà le nom de Gerra, sans doute lapsus calami de Gerba. C'est en fait Aurelius Victor qui le premier parle de Girba lorsqu'il nous apprend que cette ville a eu l'honneur de donner le jour à deux empereurs romains. Jusque-là, l'île a connu bien d'autres noms au cours de l'Antiquité..

Le nom véritable de l'île, connu des Grecs depuis Ératosthène, qui s'est intéressé à elle à cause du périple d'Ulysse, est Méninx ou Ménis, un nom sans doute d'origine libyco-berbère, qui est aussi celui de l'une de ses villes principales, située près d'El Kantara, où une chaussée romaine relie l'île au continent, barrant l'entrée dans le golfe de Boughrara..

Géographie Site

gauche|alt=Paysage de plage couverte de touffes d'herbe.|vignette|Côte méridionale de l'île.

L'îleDepuis l'époque romaine, un pont a existé sur la chaussée à environ un kilomètre d'El Kantara (remplacé en 2006 par un pont moderne de de longueur). Ceci fait que Djerba est une île., qui dépend administrativement du gouvernorat de Médenine, est située par la route à environ de Tunis (contre environ à vol d'oiseau) et à plus de de Gabès.

De part et d'autre, deux avancées du continent rapprochent Jorf d'Ajim à l'ouest et Zarzis d'El Kantara à l'est. Vers le large, l'extension de la plage de Mezraya (Sidi Mahrez) forme une presqu'île, Ras R'mal, qui est l'un des sites touristiques importants de l'île. La superficie de l'île est voisine de . Vue par image satellite, elle présente la forme d'une molaire géante avec ses trois racines : les péninsules d'Ajim, de Ras Terbella et de Bine El Oudiane. ; sa plus grande longueur est de et sa plus grande largeur de .. Ses côtes, qui s'étendent sur , présentent un tracé très irrégulier. Les trois péninsules marquent les points les plus rapprochés du continent dont l'île est séparée par le canal d'Ajim, large de deux kilomètres., et celui d'El Kantara, large de six kilomètres. Le canal d'Ajim accueille deux îlots appelés Elgataia Kbira et Elgataia Sghira.

vignette|Plage sur l'île de Djerba.

Jadis rattachée au continent, Djerba s'apparente beaucoup par la régularité de sa topographie et de sa structure géologique au relief tabulaire qui marque le littoral méridional de la Tunisie. L'île est plate, l'altitude moyenne y étant de et son point culminant, Dhahret Guellala, s'élevant dans sa partie méridionale à . À ce niveau, l'île est traversée par un accident topographique majeur ( de dénivellation sur de long). La topographie en escalier alterne des secteurs élevés et d'autres en dépression dont la surface est modelée par une morphologie dunaire.

Le littoral est caractérisé par des côtes basses, les plages, en grande majorité sablonneuses, s'étendant principalement entre Ras R'mal et Borj El Kastil. Gustave Flaubert nomme Djerba « Île aux Sables d'Or » à cause de leur sable fin et doré.. L'eau douce est rare et il n'existe aucun cours d'eau. Djerba est entourée de hauts fonds — la bathymétrie à proximité de l'île est presque toujours inférieure à et l'isobathe de n'apparaît qu'au-delà d'une dizaine de kilomètres des côtes méridionale et septentrionale — toutefois perturbés au large de la côte méridionale par l'existence d'un certain nombre d'oueds (courants marins) qui sillonnent les canaux d'Ajim et d'El Kantara, les profondeurs dépassant à certains endroits les .

Climat

vignette|alt=Haie d'une propriété constituée par un figuier de Barbarie.|Haie () de figuiers de Barbarie.

Le climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance climat désertique subtropical (Köppen : BWh., Trewartha : Bwhl.) car il se trouve au carrefour des masses d'air méditerranéennes et sahariennes. La température annuelle moyenne y est de , les moyennes mensuelles ne dépassant guère ni ne descendant au-dessous de . En été, la moyenne maximale atteint mais la chaleur se trouve atténuée par la brise marine, alors qu'en hiver, les moyennes mensuelles sont supérieures à . Emmanuel Grevin parle ainsi de à Djerba : À Sfax, l'hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l'été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l'île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout.. Gustave Flaubert fait décrire à Mathos, dans le chapitre IX de son roman Salammbô, cette .. Son climat lui vaut d'ailleurs le surnom de Djerba la douce..

En ce qui concerne les précipitations, Djerba est la plus arrosée () de toutes les régions au sud de Sfax, la moyenne des jours pluvieux atteignant quarante jours par an. Plus de 60 % des précipitations se concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en octobre (28 % du total annuel).

Néanmoins, l'essentiel de la pluviométrie annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement. La saison sèche débute en avril et l'été voit rarement la pluie tomber. L'humidité et la rosée nocturne sont deux facteurs vitaux pour la flore de l'île. Suivant les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d'ouest qui dominent avant d'être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud s'accompagnant souvent de tourbillons de poussière. Avec l'arrivée de l'été dominent les vents d'est, porteurs de fraîcheur.

Histoire Antiquité Dès l'Antiquité, les historiens mentionnent Djerba qu'ils identifient à la première île où, dans l''''Odyssée, Homère fait échouer Ulysse et ses compagnons, égarés en mer de retour de la guerre de Troie (vers 1185 ). ; pour avoir goûté au lotos, , Ulysse, ., a peine à quitter l'île des Lotophages (mangeurs de lotos).

À l'orée de l'Histoire, le territoire de l'actuelle Tunisie est peuplé de Berbères au mode de vie néolithiqueMichel Camau, Roger Coque, Jean Ganiage, Claude Lepelley et Robert Mantran, « Tunisie », Encyclopædia Universalis (édition en ligne de 2010).. Plusieurs spécialistes, dont Lucien Bertholon. et Stéphane Gsell., admettent l'existence de migrations entre la mer Égée et le golfe des Syrtes, où se trouve Djerba, au cours du Avant même la fondation de Carthage, au , des Phéniciens de Tyr auraient implanté plusieurs comptoirs le long de la côte de la Libye et de la Tunisie actuelles jusqu'à Utique. Djerba en fit sans doute partie. Le Périple du Pseudo-Scylax, qui remonte approximativement au milieu du , donne sur l'île les indications les plus anciennes, exception faite de celles d'Homère : On y fait beaucoup d'huile, qu'on tire de l'olivier sauvage ; l'île produit d'ailleurs beaucoup de fruits, de blé, d'orge, la terre est fertile. La tradition locale, dans sa version la plus courante, rapporte que les premiers Juifs se seraient installés à Djerba après la destruction par l'empereur Nabuchodonosor II, en 586 , du Temple de Salomon., dont une porte aurait été incorporée dans la synagogue de la Ghriba.

alt=Vue plongeante sur une cavité dans le sol ouvrant sur des salles abritant des tombes puniques.|vignette|Tombeaux puniques à Souk El Guebli.

D'après Gsell, à l'époque, . Les Carthaginois fondent plusieurs comptoirs, le plus important étant Meninx, sur la côte sud-est de l'île, qu'ils transforment en haut lieu d'échanges du bassin méditerranéen, y aménageant des ports pour leurs embarcations et l'utilisant comme escale dans leurs parcours de la Méditerranée.. Outre la culture de l'olivier, l'île carthaginoise abrite plusieurs ateliers de poterie, plusieurs pêcheries, et développe la teinture de pourpre à base de murex, qui fait la renommée de l'île. Important relais vers le continent africain, Djerba connaît ainsi plus d'un demi-millénaire de prospérité avec les Carthaginois.

Les premiers contacts de l'île avec les Romains ont lieu lors de la première guerre punique, au cours d'opérations que ceux-ci mènent contre Carthage. La première, véritable expédition navale commandée par Cnaeus Servilius Caepio et Caius Sempronius Blaesus, est envoyée à Djerba en 253 .. Une deuxième, commandée par le consul Cnaeus Servilius Geminus, est lancée en 217 , durant la deuxième guerre punique, l'année même de la bataille du lac Trasimène disputée entre Carthaginois et Romains en Italie.

vignette|alt=Monticule de pierre marquant l'emplacement d'un mausolée.|upright|Mausolée de Bourgou à Midoun. vignette|alt=Baptistère déposé au sol dans une salle du musée national du Bardo.|upright|Baptistère d'El Kantara.

Cependant, .. On sait que l'île compte alors deux villes : Meninx et Thoar. Elle abrite par la suite trois centres urbains principaux. L'un d'entre eux, dont le nom moderne est Henchir Bourgou, a été découvert à proximité de Midoun, au centre de l'île : on y trouve les vestiges — appelés « Roches de Bourgou » — d'une grande ville datant du , marqués par la présence de poteries abondantes et d'un imposant mausolée appartenant probablement à un membre d'une famille royale numide. Un deuxième centre, sur la côte sud-est, est un site de production de colorants à base de murex, cité par Pline l'Ancien comme occupant le second rang dans ce domaine derrière la cité de Tyr : de substantielles quantités de marbre coloré découvertes sur place témoignent de sa richesse. Le troisième centre important, probablement l'ancienne Haribus, se trouve sur la côte méridionale à proximité du village de Guellala.